4 octobre 2011
Sylvie Goulard, députée européenne du Mouvement Démocrate et responsable de l'Europe au sein du Shadow cabinet, se pose la question de savoir si "la baisse des fonds européens destinés aux plus démunis doit être imputée à l'Europe tout entière ou à certains États membres" dans une tribune parue dans l'édition de La Croix du 4 octobre 2011.
"La baisse des fonds européens destinés aux plus démunis doit-elle être imputée à l’Europe
tout entière ou à certains États membres ?
Au-delà de cette question, est-il acceptable en 2011 que tant d’Européens en soient
réduits à recourir à l’assistance pour se nourrir et nourrir leurs enfants ?
Une fois encore, "l’Europe" est accusée de n’avoir pas de cœur. La voilà qui
veut réduire l’aide alimentaire aux plus démunis ! La voilà qui enlève le pain de la
bouche des pauvres ! Mais est-ce bien la faute à "l’Europe" ? Ou à une dérive orchestrée
par certains États membres qui refusent désormais la solidarité et oublient que, depuis le traité
de Rome, l’un des objectifs de la Communauté européenne est le "bien-être" des
populations ?
Un petit retour en arrière permet de mieux comprendre la situation : le programme
européen d’aide aux plus démunis a été créé en 1987, dans le cadre de la politique agricole
commune (PAC), afin d’utiliser les surplus du marché au profit des associations qui aident
les plus démunis. Plusieurs réformes de la PAC plus tard, il y a beaucoup moins de surplus et le
complément nécessaire pour maintenir l’aide est acheté sur le marché. Ce programme a été
contesté devant la Cour de justice par un certain nombre d’États. Les fonds qui lui sont
consacrés n’auraient pas dû, selon eux, être imputés au budget de la PAC et il ne devrait pas
être permis d’acheter des compléments sur le marché. La Cour leur a donné raison.
Obligée de tenir compte de cette décision juridictionnelle, la Commission a d’abord
envisagé, dans le budget 2012, de réduire ces montants de 500 millions
à 113 millions d’euros (le montant de stocks d’intervention disponible pour
2012). Le Parlement européen s’est alors ému et a voté, le 7 juillet dernier, à une
immense majorité (548 pour, 52 contre, 26 abstentions), une résolution qui demandait fermement de
maintenir ces financements, quitte à les rattacher aux politiques sociales, et de réfléchir à une
nouvelle base juridique.
L’intergroupe Extrême pauvreté et droits de l’homme – Comité Quart Monde,
qui, au sein du Parlement, rassemble des députés de toutes tendances attachés à combattre la
pauvreté et l’exclusion, a contribué à ce que la majorité en faveur de cette résolution soit
solide et pluraliste. Nous continuerons, dans la discussion budgétaire, à réclamer le maintien de
ces fonds, essentiels pour les plus vulnérables. Le 17 octobre prochain se tiendra un sommet
européen et le programme d’aide aux plus démunis sera probablement à l’ordre du jour.
Ce serait un geste concret, si, ce jour-là, date de la Journée mondiale du refus de la misère, une
solution pouvait être trouvée.
La première leçon de cette triste affaire est que, bien souvent, des décisions de quelques
États bloquent la machine communautaire et que "l’Europe" se retrouve indistinctement mise en
cause alors même que d’autres gouvernements, la majorité des députés ou la Commission
déploient une énergie considérable en sens contraire. Il serait bon de faire la différence.
Mais cette affaire pose surtout une question bien plus fondamentale : est-il acceptable,
en 2011, que tant d’Européens en soient réduits, pour se nourrir et nourrir leurs enfants, à
recourir à l’assistance ? Le travail formidable de la Banque alimentaire, des
Restaurants du cœur ou des ONG de lutte contre la pauvreté mérite d’être salué. Mais la
montée récente et rapide des demandes de secours doit nous alerter. Toutes les organisations de
terrain, laïques ou confessionnelles, anciennes ou plus récentes, tirent la sonnette
d’alarme ! Le bénévolat, l’entraide, la charité ne suffiront bientôt plus à
endiguer les conséquences d’une politique erronée. Près de nous, des millions
d’Européens sont privés de leurs droits les plus élémentaires. La Charte des droits
fondamentaux reconnaît aux Européens le droit à la dignité ; elle énumère aussi des droits
sociaux que la crise, et le retour des égoïsmes, sont en train de réduire à néant.
Avec l’adoption de la "stratégie 2020" l’an passé, l’UE avait fait de la
lutte contre la pauvreté et l’exclusion l’une de ses cinq priorités. Pour
l’intergroupe, le texte n’allait pas assez loin, car il proposait de réduire le nombre
de pauvres de seulement 25 pour cent, s’accommodant de la détresse des 75 pour cent
restants. Mais, au moins, la question des inégalités était enfin prise en considération. Depuis
l’adoption de cette stratégie, la crise des dettes souveraines a frappé plus fort. La
croissance ralentit. Les derniers documents et décisions adoptés par le Conseil de la zone euro au
printemps et à l’été dernier sont muets sur les exclus. C’est une régression.
Les membres de l’intergroupe se battront pour maintenir le pro- gramme européen
d’aide aux plus démunis, mais nous tenons à réaffirmer qu’à nos yeux ces dispositifs de
secours sont des pis-aller. Ils ne sauraient remplacer des politiques qui remettent la dignité
humaine et les droits des citoyens au cœur de l’action européenne et nationale. Ils ne
sauraient se substituer à une croissance durable, créatrice d’emplois. La montée des
inégalités menace la construction européenne. Elle menace nos démocraties. Elle menace notre
compétitivité en laissant trop de personnes sur le bord du chemin. Nous devons gérer les finances
publiques avec rigueur, mais non à courte vue."
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L'Europe menace la réduction des inégalités
Posté par : borzage | 6 octobre 2011 11:17Non, Sylvie Goulard, ce ne sont pas quelques Etats membres, c'est bien l'Europe qui est en cause, en tout cas la manière dont elle fonctionne. Quels Etats d'ailleurs, non nommés ici ? Pour le reste, l'analyse est juste et la situation alarmante. Il ne faut surtout pas que les Européens de coeur comme je l'imagine la plupart des adhérents au Modem se voilent la face : cette Europe-là, celle qu'on nous fait, n'est pas celle que veulent les peuples et surtout pas celle que souhaite le peuple français. Alors, n'accusons pas les autres, ici d'autres Etats, mais mettons-nous en cause. Et que les politiques se mettent d'abord en cause d'avoir ignoré le vote souverain du peuple français...
Lorsque nous aurons effacé nos inégalités
Posté par : gilco2 | 5 octobre 2011 03:51En tant que Français et Européen, je pense oui que les inégalités menacent l'Europe de toute évidence.
Tant que nous n'aurons pas effacé nos inégalités en France, il sera bien difficile de demander aux autres de faire des efforts !
C'est une question de bon sens.
Montrons l'exemple, mais de grâce, ne soyons donneur de leçons, non à "faites de ce que je vous dis et ne faites pas ce que je fais".
Et alors, demandons à l'Europe de prendre ses responsabilités car nous prenons les nôtres mais, aujourd'hui sommes-nous crédibles ?
Je plaide l'égalité sociale, fiscale et pénale en France et en Europe.