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20 mai 2011

"La zone euro n'est pas sortie d'affaire!"

Stéphane Cossé

Stéphane Cossé et Alain Villemeur, membres de la commission Economie du Mouvement Démocrate pilotée par Robert Rochefort, ont publié une Tribune dans les Echos le 20 mai concernant la stabilité financière de l'Europe.

Le FMI est venu le rappeler récemment : l’état de santé des banques européennes est inquiétant et menace encore la stabilité financière de l’Europe. Ce constat est survenu quelques jours après l’appel au secours du Portugal, alors que la zone euro se prépare de nouveau à aider la Grèce. Dès lors, peut-on sérieusement penser que l’euro est sorti de la crise qu’il connaît depuis plus d’un an ?

Il est vrai que les pays membres de la zone euro ont su construire au cours des derniers mois un triptyque impressionnant pour consolider la monnaie unique. D’une part, la création d’un fonds de sauvetage pérenne, le Mécanisme Européen de Stabilité Financière, véritable Fonds Monétaire Européen, capable de prêter 500 milliards d’euros. D’autre part, le renforcement du pacte de stabilité et de croissance, avec un mécanisme de sanctions plus automatiques et, espérons-le, plus dissuasifs. Enfin, l’adoption d’un pacte pour l’euro, soit une batterie d’indicateurs économiques communs, pour renforcer la convergence entre les structures économiques des pays de la zone. En bref, des avancées majeures.

Et pourtant ce triptyque n’est pas entièrement rassurant. Il recèle, en effet, des fragilités et l’on ne peut dire à ce stade qu’il permettra à la zone euro de se prémunir pleinement contre de futures secousses. Que manque-t-il encore à la zone euro ?

La zone euro est une économie intégrée, les excédents extérieurs des uns étant pour une partie significative les déficits des autres

Premièrement, une véritable coordination des politiques économiques. Chaque pays doit désormais respecter des objectifs chiffrés et mettre en place des politiques structurelles. Parler toutefois, au vu de ce nouveau dispositif, de politique économique commune, comme certains analystes l’ont fait, paraît excessif. Il y a en effet juxtaposition et non coordination des politiques économiques. Une vraie coordination aurait, par exemple, voulu dire que l’Allemagne accepte de moins réduire son déficit budgétaire pour consommer plus, et donc importer plus des pays voisins et les aider à relancer leurs économies. Car la zone euro est une économie intégrée, les excédents extérieurs des uns étant pour une partie significative les déficits des autres.

Deuxièmement, une politique budgétaire ambitieuse. Si l’outil pour éteindre le feu à été créé à travers le MESF, les pare-feux sont eux très fragiles. Il y a un paradoxe à voir les pays de la zone euro d’un côté adopter un pacte pour l’euro, et de l’autre côté prôner le gel des dépenses budgétaires communes, dans le cadre du prochain budget européen 2014-20. Sans un minimum de dépenses budgétaires en commun, la zone euro ne va pas vers un avenir économique commun, mais plutôt vers un cheminement d’économies en parallèle.

La politique budgétaire constitue un outil d’action conjoncturel indispensable. Faute d’avancer rapidement vers un budget européen plus mutualisé, on pourrait accélérer la mise en place d’ambitieux programmes de financement de projets européens communs. A cet égard, la mise en œuvre du projet de la Commission d’émettre des project bonds, des emprunts pour financer des infrastructures énergétiques ou de télécommunications, constituerait une première étape tout à fait encourageante.

Avec des institutions fortes, la première série de stress test pour évaluer la résistance des banques n’aurait pas lamentablement échoué et une seconde série ne serait pas nécessaire

Troisièmement, une gouvernance adéquate. Nul ne s’y retrouve entre les mécanismes mis en place : MESF, pacte euro, pacte de stabilité et de croissance, Eurogroupe... Les mécanismes ne se multiplient-ils pas, faute d’une vraie gouvernance ? C’est d’ailleurs bien parce que la gouvernance du secteur financier est trop faible que se pose encore la question de la solidité des banques européennes. Avec des institutions fortes, la première série de stress test pour évaluer la résistance des banques n’aurait pas lamentablement échoué et une seconde série ne serait pas nécessaire.

Pour mettre en œuvre une politique économique commune, nous proposons la création d’un Conseil de la Politique Économique de la zone euro au niveau des chefs d’État et de gouvernement. En effet, l’Eurogroupe, qui réunit les ministres des finances, joue un rôle politique trop faible. Ce Conseil serait techniquement appuyé par la Commission Européenne et présidé par le Président du Conseil pour éviter d’être une institution trop intergouvernementale. Il pourrait désigner un Ministre des Finances de la zone euro, ou Directeur du Trésor européen, en charge d’exercer la coordination des mécanismes qui viennent d’être mis en place. Ce Ministre siègerait aux réunions de la Commission lorsque les affaires traitées le concernent. Il aurait également pour responsabilité de gérer les émissions d’euro-obligations pour financer une partie de la dette souveraine des Etats, une initiative pour laquelle l’Allemagne et la France lèveront, il faut l’espérer, leur opposition actuelle.

En fait, la zone euro n’est pas sortie d’affaire et il ne faut pas relâcher l’effort commun, car les contrôles, sanctions et mécanismes de convergence mis en place dans les pays sont essentiels, mais insuffisants. Pour être à la hauteur des défis à venir, la zone euro doit désormais s’engager dans une vraie coordination économique et financière, une politique budgétaire ambitieuse et une gouvernance plus forte et transparente.


Les derniers commentaires ... Tous les commentaires

Repenser l'Europe

Posté par : cocobeloeil | 26 mai 2011 12:58

J'ai dû m'y reprendre à plusieurs fois et être suffisamment concentrée pour assimiler le contenu de cette déclaration. Et pourtant, elle est bien construite et rigoureuse.

Les différents mécanismes de stabilisation financière de la zone euro, que vous évoquez -MESF= Mécanisme Européen de Stabilité Financière, pacte euro, pacte de stabilité et de croissance, Eurogroupe...- s'additionnent, se superposent, sans jamais aller dans le sens de la réduction simplificatrice. Autrement dit, vous venez de nous décrire la construction d'une "Usine à gaz", comme on le dit, vulgairement. Et n'imaginez pas que le commun des mortels est capable de retenir quels sont ces mécanismes, alors qu'il ne 'nage' pas tous les jours dans cet univers.

Il m'apparaît donc que pour mettre en oeuvre une politique économique commune, il conviendrait de remettre à plat le système, c'est-à-dire, d'effacer -le temps d'un changement de 'logiciel'- tout ce qui s'est additionné depuis des décennies (ou depuis la création de la zone euro), de tout réinitialiser, de prendre en compte toutes les contraintes et les mesures actuelles, et de créer un nouveau système plus simple englobant tous ces mécanismes.

Le mieux serait de le faire aussi sur le plan politique, où l'on observe les mêmes empilements.

N'est-il pas temps de repenser cette Europe fédérale, de la constituer, de reconstituer de nouvelles institutions (en lieu et la place des institutions actuelles, ce qui demande de passer par une suppression) politiques -ou de gouvernance- et de créer au sein de ces institutions, le système de pilotage de l'économie fédérale?


L'Euro est une volonté

Posté par : Canard_Orange | 24 mai 2011 19:56

Oui, l'Euro est une volonté et personne ne nous fera perdre cette volonté européenne.

Son ancêtre était l'Ecu, qui n'a pas existé dans les porte-monnaie, mais qui était l'unité de conversion européenne, dans le cadre du serpent monétaire. La condition était de rester dans la fourchette de plus ou moins deux virgule cinq pour cent de parité.

Le Monténégro a choisi la monnaie Euro sans droit de tirage et hors zone Euro. Il y a environ 800 000 habbitants.

Le Monténégro est un petit pays qui est un éclatement de l'ex Yougoslavie sur l'Adriatique, au sud de l'Albanie, à l'ouest de la Serbie et du Kosovo, et au nord de la Croatie.

Expliquez-moi pourquoi le Monténégro choisit l'Euro plutôt que le Dollar ?


Ne vous trompez pas de projet

Posté par : coolfifi | 23 mai 2011 01:09

Après un président de la commission Barosso, un président tout court, mr Van Rompuy, une représentante de la diplomatie, Mme Ashton, sans oublier les présidences tournantes, maintenant nous aurions un Monsieur économie de la zone euro lequel ne représenterait rien pour les pays qui n'ont pas adopté l'euro ou pas... Franchement je doute que ce soit à travers ce genre de proposition que nous rendions l'Europe plus populaire, plus près des citoyens européens ni même plus efficace. Il me semble que le parlement européen avec ses députés élus à plein temps serait une fois de plus boycottés. Je conçois que l'économie est une matière difficile que l'on ne peut soumettre aux sondages populaires mais trop de technocratie tue la démocratie et donne raison à la théorie de Todd qui dénonce l'évolution de nos démocraties vers des oligarchies qui non seulement ne disent pas leur nom, mais s'ignorent.
Simplifions le diagnostic: plus nos économies se rétrécissent et se figent et moins il est facile de rembourser nos dettes aux banques qui non seulement ne sont toujours pas sous contrôle mais sont réellement, seules aux manettes et s'enrichissent dans tous les scénarios, bien qu'elles soient entièrement responsables de l'état dans lequel se trouve aujourd'hui l'économie réelle. Les deux questions auxquelles il faut apporter des solutions sont:
premièrement comment remettre du mouvement dans l'économie (grands projets européens? relance des projets nationaux éventuellement coordonnés? importance ou non de conserver un secteur public pour assurer les règles et l'équité sociale et éviter un l'augmentation brutale du chômage dans les pays?)
Deuxièmement, comment se dépétrer de la dette sur le court, le moyen et le long terme? Une fois les systèmes de fond monétaire européen, d'émission d'éventuelles obligations européennes pour les investissements, il faut savoir quel modèle économique global cette Europe veut et surtout peut encore défendre. Veut-on continuer à défendre une Europe du tertiaire ou sommes-nous convaincus de l'importance de réindustrialiser l'Europe et toute l'Europe, en particulier la France mais également ces pays comme le Portugal qui ont si bien suivi les régimes d'austérité dans le passé, qu'il ne reste plus rien à resserrer tant les boulons sont en bout de course? Sommes-nous comme Attali toujours persuadés que les européens aurons les idées géniales, les concepts, les ingénieurs seront en Inde, les usines en Asie, les matières premières en Afrique et que l'argent produit reviendra en Europe assurer notre train de vie et nos retraites ? Peut-on encore sérieusement croire en ce paradigme et le soutenir? Si effectivement l'économie européenne est intégrée, alors l'idée d'un protectionnisme européen est-elle absurde pour assurer l'éventail des métiers (tout le monde n'est pas concepteur) et financer les protections sociales et les retraites?
Si l'homme est effectivement au centre du projet du MoDem, quelle organisation des banques, quels contre-pouvoirs sommes nous prêts à envisager pour remettre les banques au service de l'économie au lieu de dépecer les pays européens et leurs économies au service des banques et des financiers?
Tant que votre équipe ne donnera pas l'idée d'une vision, d'une Europe meilleure qui devrait et pourrait être, qu'il serait possible de convaincre les autres de construire pour le bien de tous, alors la seule impression qui se dégagera de vos propositions c'est que vous acceptez le réel tel qu'il est, et que vous ne voulez pas vraiment d'un autre monde, plus juste, plus efficace, plus humaniste.
Les gens sur les places d'Espagne vous disent, la droite la gauche, ce n'est pas le problème, ce que nous voulons c'est un autre monde. Le MoDem nous l'avons accueilli parce qu'il nous promettait autre chose, tout en ne cherchant pas à nous leurrer avec des promesses irréalistes.


Zone euro : l'image de la France !

Posté par : gilco | 22 mai 2011 09:05

L'europe et sa monnaie sont à l'image de la France, victimes de gestions laxistes, partisanes pour la défense des privilèges.
Tant qu'il en sera ainsi, l'EURO sera menacé.
l'Incohérence d'une mauvaise gestion ECONOMIQUE et SOCIAL en est la cause...
Pourquoi chercher midi à 14 heures ?



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