13 septembre 2010
Jean-Luc Bennahmias, député européen et vice-président du Mouvement Démocrate, a publié ce lundi une tribune dans l'hebdomadaire "Marianne".
"Contre les faux-semblants et les compromis mous, il devient urgent de proposer de vraies réformes de fond.
La crise économique, sociale et financière que nous traversons est d'une gravité hors norme, comme le succès des manifestations l'a souligné. Avec un taux de chômage de 10 pour cent, les 600 000 chômeurs de 1973 ou le "plein-emploi" évoqué encore récemment paraissent de bien lointains souvenirs.
Penser que les marchés avaient toujours raison et pouvaient s'"autoréguler" était une idée folle dont nous payons maintenant le prix. De cette crise, on avait d'abord cru pouvoir nous sauver par un plan bancaire, avant de nous promettre une refondation du système en clamant haut et fort : "Plus jamais ça !"
Mais si ce diagnostic lucide est aujourd'hui partagé, des promesses de réforme, il ne reste malheureusement que l'austérité, et tout particulièrement pour les gens déjà en grande difficulté. Plan de relance européen il n'y eut jamais, majestueux plan de relance franco-français dont on parlait encore il y a un an : oublié ! Quant à la refondation du système, elle fut reportée aux calendes grecques. Reste donc le sentiment légitime que l'on nous raconte des histoires, voire que l'on nous nargue grossièrement.
Pourquoi un tel échec ?
Parce que la logique politique de ces dernières années, axée sur la division, l'affrontement
permanent, la "rupture" et l'arrogance, nous enferme dans une passivité coupable, fruit de
dogmatismes et d'un manque de courage qui anesthésient pour l'heure toute promesse de mutation.
Les dossiers de la dette, des retraites, et bientôt de la Sécurité sociale ont besoin d'une
politique fiscale équitable, de la même manière que notre cadre social mérite d'être ajusté à notre
temps et à l'évolution démographique.
Sans utiliser la crise comme alibi pour une mise à bas des fondamentaux de nos modèles
sociaux, il faut revenir sur l'émiettement des contrats de travail et intégrer, pour de vrai, la
sécurisation des parcours. Or, la majorité, à visage découvert, jure qu'elle ne touchera pas aux
flux financiers exubérants qui ont pourtant démoli le système qu'elle prétend défendre : c'est
inadmissible ! L'apologie du profit immédiat, au même titre que celle de la concurrence érigée en
dogme, est incompatible avec toute politique de justice sociale.
La fiscalité, outil légitime de toute démocratie, ne peut s'exonérer d'une activité aussi
prépondérante dans la sphère économique que la spéculation financière. Y renoncer, c'est cautionner
un système parallèle d'économie irréelle dont les conséquences sont aussi désastreuses et
paralysantes que peuvent l'être la corruption et le marché noir dans les pays en voie de
développement. Mais de manière similaire, la gauche, ou plus précisément une partie de celle-ci, ne
laisse pas le monopole des faux-semblants et de l'hypocrisie à la majorité présidentielle. Par ses
propres tabous, par son refus de regarder la réalité comme elle est, elle nous renvoie à son image
électoraliste et sectaire d'un autre temps...
Nous devons offrir de nouvelles perspectives sociales et économiques à notre pays, sans quoi
l'édifice restera définitivement bancal, laissant le pacte de confiance en ruine, et les problèmes
intacts : l'abstention chronique, le désintérêt contagieux, le règne du populisme et l'éternelle
dérobade de "l'ennemi, c'est l'étranger".
Gestion des âges, politique active de lutte contre le sous et le mal-emploi, réduction des
niches et de l'évasion fiscales, application du principe de transparence budgétaire : nous devons
marquer la multiplicité de nos convergences. Nous, démocrates, écologistes et républicains, qui
n'avons pas toujours pu ou su aller au bout de nos démarches constructives de rapprochement, c'est
ensemble que nous allons devoir remettre à plat notre modèle. Ne nous arrêtons pas au milieu du
gué.
L'Union des centristes, celle des écologistes comme autrefois des trotskistes, sont très
"tendance". Certes, réunir le plus grand nombre de personnes de sa famille est en soi légitime. Il
reste qu'unir les démocrates du MoDem et les centristes qui pensent que, en dehors de M. Sarkozy,
il n'est point de salut, relèverait du même exploit que de rassembler les écologistes adeptes du
développement durable et les fans de la décroissance. A l'impossible, nul n'est tenu ! D'où la
pertinence d'un "arc central des progressistes écologistes et républicains", seul capable
d'atteindre une majorité à même de mener les réformes nécessaires. Le rassemblement pertinent, s'il
est plus large, n'est pas celui du compromis mou. De ce point de vue, Jean-François Kahn a raison :
" Il est évident que la convergence (qu'il faut appeler de nos voeux) concerne non pas tout le
monde, mais ceux, d'où qu'ils viennent dans l'espace démocratique et républicain, qui aspirent à
l'avènement d'un monde plus juste, plus rationnel et plus moral. " Car nous avons besoin
d'engagement et de réalisations singulièrement radicales. A ce niveau, nous considérons que les
conservateurs, les gardiens de l'ordre établi, ne sont pas toujours où l'on pense. A nous de
répondre à l'impératif exigeant de savoir repérer les positionnements justes.
Si cela continue de faire ronchonner les caciques, qu'importe : selon les sujets, des hommes
de droite comme de gauche peuvent détenir une part de vérité éclairante. Le Mouvement Démocrate est
partie prenante de ce renouveau politique. Il en est d'ailleurs, quoi qu'on en dise, à l'origine.
Extension de cultures politiques diverses, et parfois historiquement opposées, d'obédiences
centriste, écolo, sociale-démocrate, et ceux qui n'avaient jamais adhéré avant l'élection
présidentielle, nous avons décidé ensemble dès 2007 de construire une troisième voie hors des deux
blocs existants.
Humanisme, démocratie, droits de l'homme, laïcité, république, développement durable. Les
valeurs que nous portons sont partagées par un certain nombre dans le paysage politique. Et c'est
une chance !
En ce qui nous concerne, au Mouvement Démocrate, à nous de faire valoir la copie originale.
Celle d'un modèle non autoritaire qui soit progressiste, laïque et tolérant. Les grandes
transformations, issues de toutes les phases post-révolutionnaires françaises et américaines du
XIXe siècle, sont nées dans la difficulté. A chaque période historique de crise, les débats d'idées
ont fait émerger des sensibilités politiques nouvelles et avant-gardistes. A nous de savoir saisir
le moment présent pour remettre la politique " à la une ", proposer les réformes de fond sans
passer par les fourches caudines du populisme, de l'autoritarisme, voire de la terreur.
Conservateurs de tous les partis, s'abstenir !"
La particularité de notre temps consiste à imaginer les réponses pour la France tout en
contribuant pareillement au projet européen.
Ne tombons pas dans le piège du repli, de la carapace. La France et ses 65 millions de
gaulois, pèse pour 1 pour cent des terriens. C'est beaucoup mais pas suffisant à nous hisser ad
vitam aeternam au rang des États qui comptent pour dessiner l'avenir. Le XXIème siècle sera celui
des États-continent ou à minima des politiques continentales.
Rassembler, sur l'Europe, ne sera pourtant pas aisé ! L'Europe, mieux qu'une histoire belge !
Il aura fallu l'intervention de l'oncle Sam pour que la solidarité européenne joue enfin son rôle
et qu'un pansement soit appliqué à la monnaie unique.
Lorsque, en mars 2007, Michel Rocard diagnostiquait, "L'Europe politique est morte. Une bonne
moitié des nations membres de l'UE y est venue pour en faire une grande Suisse": Il parlait
malheureusement juste! Une plateforme de libre échange où toute proposition de contrôle même à
minima devient un parcours du combattant et passe indéfiniment à la moulinette.
Aujourd'hui face à la cupidité des flux financiers devenus stratosphériques, les
demi-mesurettes nous conduisent tout droit vers l'abîme. Bientôt deux longues années depuis
l'effondrement du système, les États nations sont contraints de réaliser des efforts colossaux pour
réduire des montagnes de dette devenus publics. Les marchés financiers aveugles au royaume des
borgnes, redevenus solvables, eux, s'en amusent! Qu'attendons-nous pour siffler enfin la fin de la
récré!
Qu'on se le dise, l'Europe ne sortira pas de l'ornière par une succession de soubresauts
diplomatiques entre "grands États". Devant la complexité des lieux de décisions, France/Allemagne
doivent mettre un terme à leurs bisbilles. Fini l'arrogance et le tirage de couverture systématique
dont on paye aujourd'hui la facture.
Pour que notre réponse apparaisse comme légitime aux yeux de citoyens à qui l'on demande
aujourd'hui de se serrer la ceinture, nous devons proposer de nouvelles règles du jeu en respectant
l'ordre logique des choses.
-D'abord, On change les règles.
-Ensuite, On cadre les efforts que nous devons faire de manière réellement équitable.
Le risque est aujourd'hui de voir la belle idée d'un gouvernement économique européen se
traduire par une politique drastique et violente d'économie tout azimut et de mise à mal de nos
modèles sociaux, empêchant toute politique de développement durable.
L'Eurozone doit être le fer de lance de la restructuration de la dette des États. Elle doit
distinguer déficits nés du laxisme passé et déficits nécessaires à la reprise.
À ne rien faire, l'histoire budgétaire contemporaine nous enseigne que plus que de la
faillite d'un état c'est bien l'inflation incontrôlée qui menace à moyen terme. Si la tentation
existe, nous devons prendre acte qu'elle est synonyme de "sueur et de larmes" pour les plus
défavorisés. Nous partageons évidemment que ce serait la goutte de trop d'un verre déjà bien plein.
On peut, on doit se rassembler sur une option "offensive".
À l'image de cette lettre, l'avenir, en France comme en Europe reste ouvert...pourvu que l'on
sache identifier quelles sont les vraies convergences progressistes face aux conservateurs de tout
bord.
Jean-Luc Bennahmias
Député européen, vice-président du Mouvement démocrate.
Les derniers commentaires ... Tous les commentaires
exact
Posté par : chepa | 13 septembre 2010 23:31Très bon article; mais pourquoi tant d'hésitations à franchir ce pas de la part d'élus de gauche, de droite ou vert alors que la situation devient vraiment intenable.
l'arc republicain
Posté par : gouro | 13 septembre 2010 12:25en effet c'est urgent , d'accord avec cet article , si nous voulons éviter la guerre civile !