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2 décembre 2009

Azouz Begag : "Il faut mener une politique volontariste de répartition du logement social" dans les banlieues

Azouz Begag

L'Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus) a publié lundi 1er décembre un rapport qui dresse un constat alarmant sur la situation des quartiers les plus défavorisés. Dans les ZUS qui concernent quatre millions et demi de personnes, un tiers des habitants vit en dessous du seuil de pauvreté (908 euros par mois). Cette proportion atteint 44% pour les moins de 18 ans ; la moitié des jeunes de moins 24 ans sont aussi les plus touchés par le chômage.

Dans un entretien accordé au quotidien "La Croix", mardi 2 décembre, Azouz Begag, ancien ministre à l'égalité des chances, tête de liste proposée par le Mouvement Démocrate dans la région Rhône-Alpes, a répondu à la question : "Que faire pour éviter le décrochage des banlieues ?" (Lire la suite)

"Le décrochage des cités de banlieue n'est pas un problème nouveau. Après les Trente Glorieuses, de 1945 à 1975, la France a connu les "trente calamiteuses" qui ont culminé avec les émeutes urbaines de l'automne 2005. Les raisons de ce phénomène, hélas, on les connaît. Notre pays a fixé dans des territoires des populations issues de l'immigration arabe et africaine sans donner aux enfants l'espoir d'une intégration par l'éducation et le travail. La dégradation du contexte économique est venue renforcer cette situation qui a transformé les ZUS en cités de chômeurs. L'instrumentalisation d'un sentiment de désarroi par des réseaux extrémistes est venue ensuite creuser le fossé.

La décomposition sociale est une tendance lourde que tous "les plans banlieues" ne suffiront pas à inverser. Injecter de l'argent ne suffit pas. La première priorité doit être de mener une vraie politique volontariste de répartition du logement social. Nous disposons de certains outils, comme la loi SRU de 2000, mais il faudrait une implication totale de l'Etat pour la faire respecter. Deuxième priorité, l'éducation. Ce chantier n'est pas simple car nous traversons une vraie crise de la transmission. Moi qui suis né en 1957 dans une famille d'immigrés analphabètes, j'appartiens à une génération qui pouvait se projeter dans le long terme. Mais aujourd'hui, nous sommes confrontés à une contradiction du temps. Les enfants des cités ont pour référence des jeunes trafiquants ou des footballeurs qui gagnent des millions. Face à ces modèles, l'éducation nationale ne parvient plus à tenir la promesse d'une réussite au long cours par le travail. Je crois qu'il faudrait d'une part revaloriser les métiers manuels, et d'autre part, faire des efforts considérables sur la maîtrise de la langue.

Tout cela ne peut porter des fruits que si, au sommet de l'Etat, une parole de rassemblement et non de division s'impose. Or, le président Sarkozy est arrivé au pouvoir en jouant sur la peur. Disons-le clairement, les Noirs et les Arabes des cités constituent la grande majorité des habitants des cités. Ils sont victimes d'un racisme diffus sur lequel n'hésitent pas à s'appuyer certains politiques. Il faut une parole forte qui redonne à ces populations les plus vulnérables leur légitimité de citoyens."

Azouz BEGAG

 

Propos recueillis par Bernard GORCE. Photo de Laurence MASSON.



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