François Bayrou était l'invité du Grand Jury, dimanche 22 mai. Il répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie (RTL), Etienne Mougeotte (Le Figaro) et Frédéric Delpech (LCI).
Jean-Michel Apathie : Cela fait une semaine que les faits sont survenus, qu’on a appris que
Dominique Strauss Kahn était saisi par la justice américaine, on a toujours du mal à digérer cette
information. Au bout d’une semaine, comment parlez-vous de cette affaire Dominique Strauss
Kahn, François Bayrou?
François Bayrou : Bon c’est une affaire lourde, me semble t-il très grave avec des
conséquences profondes, sur un point précis qui est le contrat de confiance spontané, qui doit
exister entre les citoyens et ceux qui les représentent. Et c’est un coup de canif de plus,
donc bien entendu c’est l’affaire d’un homme. Je n’irai pas dire ici que
c’est l’affaire d’un parti ou d’un camp, c’est l’affaire
d’un homme. Mais ça porte atteinte assez profondément je crois, à l’idée que les
citoyens se font de ceux en qui ils ont mis leur confiance, ou à qui ils ont confié leur
responsabilité. Mais je ne voudrais pas que cette émission commence sans qu’on parle de cette
jeune femme blessée. Si les faits sont avérés, c’est elle qui est la victime, de qui on dit
des choses ou on insinue des choses épouvantables, sur laquelle on va faire des enquêtes qui vont
coûter des centaines de milliers de dollars, pour la déconsidérer. C’est une jeune femme née
en Guinée, «Peule» c’est le nom de l’ethnie à laquelle elle appartient, qui n’est
pas allée à l’école, qui sait tout juste nous dit-on écrire son nom, qui travaillait, tout le
monde le dit, bien et sérieusement, qui est veuve et qui élève toute seule sa fille qui a 16 ans et
donc qu’elle a eu à 16 ans. Cette jeune femme on est en train de déchainer contre elle les
foudres des plus puissants de la planète. Je trouve que c’est sujet de gêne et
d’indignation et je pense qu’il faut avoir une pensée pour elle parce que cela veut
dire que contre elle joue un phénomène bien connu : la parole des femmes agressées, des femmes
violées est toujours soupçonnée. Il y a toujours une espèce de pression qui vient raconter
qu’au fond, si elles ont été agressées ça doit être un peu de leur faute. Et c’est
dégueulasse, il n’y a pas d’autre expression. Je trouve que ça révèle des choses
profondes dans la société, chez les puissants de la société qui la ciblent, et je trouvais normal
et juste qu’on en parle au début de cette émission.
Jean-Michel Apathie : On peut comprendre votre raisonnement,...
François Bayrou : Ce n’est pas un raisonnement! Je trouve que la manière dont cette
jeune femme est soupçonnée et traitée cela dit aussi quelque chose de la manière dont on regarde
les femmes.
Jean-Michel Apathie Je voulais juste dire que Dominique Strauss Kahn plaide, pour
l’instant, non coupable.
François Bayrou : J’ai dit ‘si les faits sont avérés’. Mais comme cela a
été déjà dit, alors répétons ensemble, que s’il y a respect de la présomption
d’innocence, il doit aussi y avoir aussi respect de la présomption de la sincérité. Et tous
les éléments qu’on nous apporte montre à quel point cette jeune femme a été traumatisée et
blessée. Alors naturellement, ce n’est pas moi qui fais l’enquête, ce n’est pas
moi qui tirerai la conclusion, mais je trouve au moins qu’on doit respecter l’équilibre
en faveur de cette jeune femme dont tout montre qu’elle est du mauvais côté de la barrière :
immigrée, noire, musulmane, pauvre, veuve, élevant une fille orpheline... Si on ne mobilise pas un
tout petit peu de sympathie pour elle alors quand le fera t-on?
Frédéric Delpech : Alors justement dimanche dernier vous avez déclaré qu’il y avait
quelque chose de dégradant pour toutes les femmes, c’étaient vos premières déclarations dans
cette affaire. Aujourd’hui il y a une manifestation de féministes qui estiment que cette
affaire montre une sorte de remontée du sexisme dans l’inconscient collectif des Français, et
qui se disent choquées par un certain nombre de réactions au cours de la semaine, par exemple celle
de Jack Lang. Est-ce que vous aussi vous avez été choqué par des réactions politiques?
François Bayrou : Bon j’ai été choqué par beaucoup mais prenons le mouvement
d’ensemble. Encore une fois, je ne cherche pas à donner des leçons de morale, aucun
d’entre nous n’est parfait, il ne s’agit pas de ça. Disons une chose :
l’argument qui a été avancé constamment c’était ‘Il aime les femmes, c’est
de l’amour de femmes’. Je considère que ce n’est pas aimer les femmes ou la
féminité que de cibler cette jeune femme. Alors pas de commentaires excessifs, on n’est pas
là pour y passer une heure, mais je trouve en tout cas que celle qui en ont été émues, ont raison
d’avoir été émues. Je ne suis pas allé à la manifestation parce que cela aurait donné un air
de récupération politique, mais j’avais envie d’y aller et de manifester à côté
d’elle ce sentiment là. Alors peut être que c’est parce que j’ai quatre filles
alors j’y pense un plus que si je n’en avais pas, mais je trouve que c’est
quelque chose qui montre des choses qui ne sont pas saines et pas évoluées dans la société
française.
Etienne Mougeotte : Vous avez dit François Bayrou, en parlant de Dominique Strauss Kahn, que
l’argument disant qu’il aimait les femmes n’était pas, et de loin, convaincant.
Ma question est la suivante, beaucoup de gens connaissaient ce genre de relations, des journalistes
mais aussi des hommes politiques. Pensez vous qu’il y ait eu, comme on le dit ou on
l’écrit, une forme de silence gardé ou est-ce que c’est infiniment compliqué quand il
s’agit de la vie privée, de savoir le moment ou un comportement privé devient un problème
pour quelqu’un qui veut assumer des responsabilités politiques?
François Bayrou : D’abord c’étaient des rumeurs, on en avait tous entendu mais la
première des choses avec les rumeurs c’est qu’on doit les ignorer. Deuxièmement, moi en
tout cas, je ne le savais pas. Je n’ai jamais eu d’indices de ce type de comportement
là, et les histoires qu’on a racontées après, cette jeune femme qui été allé dans une
émission de télévision, moi je ne l’ai pas su, je ne l’ai pas suivi attentivement. Et
puis on n’est pas là pour se substituer à la justice, parce qu’il se trouve que même si
on a des éléments précis, il y a des espèces de vagues d’indignation qui viennent lorsque
vous osez dire, même des choses prouvées. Et «le premier qui dit la vérité doit être exécuté» comme
disait Guy Béart. Il y a donc une prudence nécessaire, on ne va pas aller attaquer ses
contemporains en les montrant du doigt sur des rumeurs, sur des choses qu’on raconte et
qu’on n’a pas vues soi-même, dont on a eu soi-même des preuves.
JM Apathie : On a été très respectueux en France, on en faisait même une attitude supérieure
à d’autres pays, très respectueux de la vie privée au sein de la vie publique. Est ce
qu’avec ce qu’il s’est passé, Dominique Strauss Kahn doit amener la société
française à être plus exigeante qu’elle ne l’est dans les notions de transparence
d’une part et de fidélité d’autre part? Comment faut-il, à votre avis, gérer tout ça, y
aura t-il un avant et un après Dominique Strauss Kahn?
François Bayrou : Qu’il y ait un avant et un après, il n’y a aucun doute et cela
va être dans l’esprit public pour longtemps. Deuxièmement, il y a en France une loi sur la
protection de la vie privée et c’est bien comme cela. Parce que si l’on se met à faire
l’inquisition de chacun, évidemment cela aura des conséquences dramatiques, et ça suppose une
chose, c’est qu’on croirait qu’il y a des saints et des condamnables. Or ceci
évidement n’est pas vrai. Tout le monde a naturellement des faiblesses et ce n’est pas
la peine qu’on fasse de l’inquisition au nom d’un morale dont on serait porteur.
Non cela n’est pas vrai. Il y a une loi en France et c’est bien. Mais je ne confonds
pas la protection de la vie privée et des délits ou des crimes qui sont des violences intolérables,
insupportables, et qui portent atteinte de manière dégradante, aussi bien aux victimes qu’à
ceux qui les commettraient si encore une fois, tout ça était prouvé.
Etienne Mougeotte : Je vais revenir sur un point précis, parce que c’est vrai que
c’est une domaine très difficile. Où s’arrête la vie privée et où commence là où, pour
un homme public, il est nécessaire de dire les choses. Quand les journalistes savaient que François
Mitterrand avait une double vie, il n’y avait pas de problème. Mais qu’ils savaient que
son deuxième foyer était hébergé au frais de l’Etat, à ce moment là, faut-il le dire? A
fait-on preuve d’une faiblesse coupable dans ce soucis légitime de ne pas intervenir dans la
vie privée? Je prend un exemple ancien sur lequel il y a prescription.
François Bayrou : Etienne Mougeotte, arrangez-vous avec votre déontologie et votre
conscience. En tout cas moi, je n’ai pas envie de remettre François Mitterrand sur le tapis.
Je considère d’avoir eu la vie qu’il a eu et d’être mort, eh bien ça doit le
mettre à l’abri de cette inquisition.
JM Apathie : Comment matérialiser cela : un avant et un après Strauss Kahn? A quoi peut-on
penser? Si la loi qui protège la vie privée ne doit pas changer, cela suggère que l’attitude
de ceux qui observent ne doit pas changer, qu’il y a des limites à tout raconter, que la
transparence absolue n’est sûrement pas une règle à suivre.
François Bayrou : Mais Jean Michel Apathie, c’est la loi ! Dan le Code pénal vous avez
cinq, six articles qui protègent la vie privée, vous n’avez pas à aller braquer des
projecteurs qui n’ont aucun lieu d’être! Parce que la plupart de ceux qui mènent cette
inquisition, j’aimerais bien voir leur vie privée à eux. Pour ce qui est de l’avant et
après Strauss Kahn, je pense que dans la réflexion sur les candidatures, sur les nominations, sur
les conséquences que ça peut avoir pour le rôle international de notre pays, j’imagine que
les responsables, moi en tout cas si je devais l’être un jour, je ferai attention à ces
risques là.
Frédéric Delpech : Diriez-vous, comme Nicolas Sarkozy sur un terrain plus politique,
qu’avec cette affaire le Parti Socialiste a perdu la bataille de la morale?
François Bayrou : Je ne confonds pas le Parti Socialiste en tant que mouvement politique et
une affaire privée. Je n’ai aucune intention d’entrer dans ce genre de jeu. Le Parti
Socialiste, je suis souvent en désaccord avec lui, je le combats sur bien des points, je crois
qu’on aura l’occasion d’en dire un mot d’ici à la fin de cette rencontre,
mais ce n’est pas le Parti Socialiste qui est en cause dans le procès qui est fait.
Simplement c’est vrai que le mouvement d’unanimité qui s’était créé autour de
Strauss Kahn est à relativiser aujourd’hui.
Etienne Mougeotte : Je voudrais revenir sur le débat précédent. Vous avez parlé à juste titre
de cette victime présumée, de cette femme, mais il y a un présumé innocent qui est Dominique
Strauss Kahn. Pensez-vous que les médias français et notamment les télévisions, n’auraient
pas du diffuser les images fournies par les Américains, qui sont dégradantes pour Dominique Strauss
Kahn, mais qui étaient disponibles partout dans le monde?
François Bayrou : Je pense que les médias français ne pouvaient pas faire autrement que de
montrer ces images. Et je pense que si on ne l’avez pas fait, il y aurait eu parmi les
spectateurs un mouvement d’indignation en disant : ‘ Le monde entier les voit et nous
pas!’. C’est comme ça, c’est la procédure américaine, je ne l’approuve pas
sur bien des points, je n’ai jamais pensé qu’il était bon de décalquer l’Amérique
en France, à la différence de ceux qui ont défendu des thèses comme la disparition du juge
d’instruction et le choix de cette procédure qu’on appelle accusatoire. Jamais je
n’ai défendu cette thèse, j’ai toujours, au contraire défendu le juge
d’instruction en pensant que c’était une bonne idée. Oui, il y a des faiblesses, sans
doute, mais au moins il instruit à charge et à décharge, et le rapport de forces ne se détermine
pas sur qui est riche et qui est pauvre. Qui peut se payer les immenses cabinets de détectives
privés qui vont lui apporter les preuves ou les indications et qui ne peut pas se le payer.
Etienne Mougeotte : Oui, mais quand vous pouvez vous payer un très bon avocat, vous êtes en
meilleure position qu’avec l’aide judiciaire, même en France.
François Bayrou : Oui mais que proposez-vous? Qu’on supprime l’aide judiciaire?
Si vous voulez vous rendre populaire auprès des avocats, vous proposez qu’on relève
l’aide judiciaire.
JM Apathie : Je voulais vérifier quelque chose auprès de vous, c’est la deuxième fois
depuis le début de cette émission que vous évoquer les moyens que met en oeuvre la défense pour
tenter de raconter la vie de la victime présumée.
François Bayrou : Pas de raconter, ce qui a été écrit dans tous les articles c’était
pour discréditer la victime. Et je trouve que c’est double peine, si les faits sont avérés,
avec toutes les précautions de langage, vous êtes cette jeune femme fragile, que je viens de
décrire, à qui on reproche dans son milieu de travailler; parce que ça ne se fait pas chez un
certain nombre de ces familles qu’une femme travaille, a fortiori si elle est seule. Vous
avez lu dans le journal ce matin que ces voisins disaient que de toute façon maintenant elle ne
trouvera jamais plus personne, parce qu’elle est souillée et tout ça en plus on va déclencher
contre elle des hordes de détectives. Eh bien excusez moi, il y avait autrefois une expression en
France une expression qui disait «on va défendre la veuve et l’orphelin», c’est une
expression qui est au moins toujours d’actualité. Veuve et orpheline, je trouve que
c’est pas mal de faire attention à ce que cette femme va perdre de manière irrémédiable.
JM Apathie : Je vous pose la question parce que le seul effet de nouveauté dans cette
affaire, c’est que la partie qui se défend est française. Et la partie qui paye la défense,
c’est Anne Saint Clair. Et donc comme cela fait deux fois que vous parlez de l’attitude
de la défense et j’aurais aimé savoir s’il y avait dans votre esprit une condamnation
de la défense qui s’organise autour de Dominique Strauss Kahn?
François Bayrou : Non, je comprends très bien qu’une femme essaie de défendre son mari,
je comprends très bien qu’un accusé essaie de se défendre. Mais je voulais défendre ici cette
jeune femme qui n’a personne pour la défendre. Je parle de l’opinion publique
française, des puissants qui s’expriment, je parle de ce qu’on lit et voit tous les
jours.
Frédéric Delpech : Vous défendez effectivement beaucoup les droits de la victime et de cette
jeune femme mais que diriez vous de ce destin brisé de Dominique Strauss Kahn vous qui avez été
président à l’élection présidentielle à plusieurs reprises, lui qui souhaitait être candidat
à l’élection présidentielle, que diriez vous de ce destin fracassé en quelques secondes?
François Bayrou : J’ai dit mon impression lundi, je crois. En voyant ces images de cet
homme menotté, sortant du commissariat de Harlem, j’ai dit ‘c’est une tragédie
grecque dans un série américaine. La tragédie antique a un ressort qui est toujours le même : le
héros monte, il est entouré de gloire et d’honneur, on lui voit le destin le plus glorieux et
tout d’un coup les dieux sont irrités et déclenchent quelque chose qui était parti depuis le
début des temps. Oedipe tue son père et épouse sa mère. J’ai trouvé qu’il y avait
quelque chose de l’inexorable et au fond tout le monde se disait que c’était sur ce
terrain là qu’on pouvait attendre la tragédie. Donc j’ai trouvé ça très émouvant, ce
n’est pas une raison pour qu’on retourne le destin contre la victime.
JM Apathie : Et cela, vous en conviendriez, bouleverse l’élection présidentielle qui
s’annonce?
François Bayrou : Oui, cela change profondément la donne. Dominique Strauss Kahn était une
sorte de candidat de la gauche idéal pour la droite. Vous ne pouviez pas faire un pas dans la rue
sans rencontrer des gens dont vous saviez très bien d’où ils étaient, où ils allaient voter
et qui vous disiez «Oui, mais il faut entendre Strauss Kahn..
JM Apathie : Vos propres amis aussi?
Mes amis non, parce qu’ils sont très engagés et fidèles. D’avoir éprouvé au
travers du temps une équipe qui est solide je vous assure que ça change beaucoup les choses. Donc
c’était un candidat de gauche idéal pour la droite, ça le mettait dans une position de force.
Moi j’ai toujours pensé qu’il y aurait des faiblesses dans le jeu..
Frédéric Delpech : Vous aviez même l’air de dire que vous ne croyiez pas à sa
candidature, c’est ce que vous aviez dit à un journaliste.
François Bayrou : C’est vrai je n’y ai jamais vraiment cru, je dois dire la
vérité. Alors tout montrait le contraire. Le désir de vote pour lui était enraciné chez une certain
nombre de gens assez profondément. Mais cette idéal candidat de gauche idéal pour la droite
n’est plus là et cela va changer un certain nombre de choses.
Etienne Mougeotte : Vous l’aviez rencontré ces derniers temps?
François Bayrou : Non. C’est bizarre la vie politique, il se trouve que je connais bien
François Hollande, que je connais bien Martine Aubry, que je ne connais pas bien Ségolène Royal et
que je ne connaissais pas Dominique Strauss Kahn.
JM Apathie : Mais de votre point de vue cela redistribue profondément les cartes par exemple
en faveur du candidat sortant et au détriment de la Gauche?
François Bayrou : Les cartes sont rebattues mais on ne peut savoir pour qui. C’est
comme au poker, on peut espérer, on peut croire que, mais on ne sait pas.
JM Apathie : Nicolas a du pousser un soupir de soulagement. Cela peut favoriser sa
réélection.
François Bayrou : Je ne veux pas commenter ça. Je crois que le jeu est nouveau, que tout est
repris à la base. Mais il y a des choses qui n’ont pas changé, la volonté de changement des
français ,elle, est toujours là. Le sentiment qu’il faut que 2012 ouvre une étape nouvelle,
toujours là, de même que la puissance du Parti Socialiste avec tous ces réseaux, en particulier de
réseaux d’élus locaux comme jamais la Ve république n’en a connu, toujours là. Les
débats autour de la crise ils sont toujours la, regardez ce qui se passe en Espagne. Ce sont des
débats très forts et qui vont envahir l’Europe je n’en doute pas. Donc il y a des
éléments qui ne bougent pas, pour autant le jeu est nouveau et la manière donc on répondra les uns
et les autres à ce type de questions est ouverte.
Etienne Mougeotte : Cela veut-il dire que par exemple, pour vous, ça ouvre un espace dans la
mesure où Strauss Kahn couvrait une partie du centre et que peut être le Parti Socialiste le
couvrira moins bien?
François Bayrou : Alors je vais vous dire ce que j’aurai dit avant l’affaire
Strauss Kahn et que je vous dit aujourd’hui : il y aura un candidat de droite de l’UMP,
il y aura un candidat de gauche et il y aura un candidat du Centre.
JM Apathie : Peut être deux candidats du Centre?
François Bayrou : Non ! Il y aura un candidat du Centre parce que tout autre attitude serait
irresponsable et que la définition même du Centre c’est de ne pas être engagé dans la
dépendance à l’égard de la majorité actuelle, pas plus d’ailleurs que de la Gauche.
Autrement les mots n’ont aucun sens.
JM Apathie : Vous voulez dire que Jean Louis Borloo sera candidat?
François Bayrou : Vous avez entendu ce que j’ai dit et qui ne mérite pas d’être
répété tant c’est pour moi une évidence. On ne peut pas être candidat du Centre quand on est
coresponsable, à ce point, du bilan du Gouvernement. Quand on est partie prenante de toutes les
décisions qui ont été prises depuis des années, qu’on a tout approuvé, tout voté et tout
applaudi, comment voulez vous venir de façon crédible devant les Français en disant « Mesdames,
Messieurs, je propose une toute autre politique que celle qui a été suivie. La crédibilité est un
caractère essentiel et la cohérence aussi. Les Français savent et sauront très bien cela. Donc je
vous dis, il y aura un candidat de la Gauche, du PS essentiellement, dominant, il y aura un
candidat de l’UMP, il y aura un candidat du Centre et ceci n’a pas changé. Alors peut
être les frontières ont-elles légèrement bougées pour la raison que vous indiquez mais pour moi
cela n’a pas changé fondamentalement la donne.
Frédéric Delpech : Vous disiez il y a encore quelque temps que vous seriez au rendez-vous de
2012 sans donner plus de précisions, justement ne serait-il pas temps pour vous de déclarer
formellement votre candidature ?
Je vous écoute avec attention, avec respect, avec admiration, cela dépend de l’échelle
à laquelle je vous place, mais il se trouve que j’ai choisi de ne pas avoir de conseiller en
communication.
Frédéric Delpech : Mais ici ce n’est pas un conseil c’est une question.
Je pense que le temps de l’élection présidentielle est un temps tout à fait
particulier, que les esprits, les coeurs, les oreilles, ne s’ouvrent qu’à un moment
précis, que ce moment vient tard, au dernier trimestre avant l’élection présidentielle. Mais
il peut toujours avoir des accélérations, j’ai vécu autrefois une campagne où en plein milieu
du départ de la campagne est arrivé le 11 Septembre 2001 avec la chute des tours jumelles donc je
sais très bien qu’il peut y avoir des accélérations. Il demeure que les Français pour
l‘instant n’ont pas l’élection présidentielle en tête, il n’ont pas le
cadre de l’élection présidentielle en tête donc pour l’instant je suis dans le même
temps qu’eux.
Etienne Mougeotte : Qu’est ce qui pourrait vous empêcher François Bayrou d’être
candidat?
François Bayrou : Je n’aperçois pas de réponse à cette difficile question, sans doute
parce que je n’aperçois pas de raisons. Mais j’ai été décrit très souvent comme étant
obsédé par l’Élysée, et ce n’est pas vrai. Je suis obsédé par une chose. Je sais que
mon pays n’allait pas dans la bonne direction, je sais qu’il faut apporter à ce pays
des réponses profondément nouvelles, une èrede renouveau et je sais que cela ne peut se faire
qu’à l’élection présidentielle.
JM Apathie : Parmi les conséquences nombreuses de l’affaire Dominique Strauss Kahn, il
y a la succession du Fonds Monétaire International, il en était le président général, il a
démissionné et une candidature semble bien placée, puisque les Européens veulent garder le poste en
raison de la crise de l’Euro, qui persiste et qui est grave, c’est celle de Christine
Lagarde, ministre de l’Economie, une candidature qui semble être la favorite de tous les pays
européens. Faut-il soutenir cette candidature?
François Bayrou : En tout cas, moi je ne le ferai pas. J’ai vu que les dirigeants
socialistes soutenaient Christine Lagarde, Martine Aubry et même François Hollande, peut être ne
savent-ils plus exactement où ils habitent. Le choix qui est annoncé est un choix qui se heurte à
deux questions principales : la première c’est qu’en principe on est nombreux à ne pas
approuver la politique économique qui a été suivie par la France : le bouclier fiscal, les choix
qui ont été faits, les résultats obtenus... Cela mérite au moins des points d’interrogations
plutôt que les applaudissements généraux auxquels on assiste. La deuxième chose c’est que
Madame Lagarde a été l’acteur principal de l’affaire Tapie, c’est elle qui a tenu
les commandes, en tout cas dans cette période critique là, c’est elle qui est venue, devant
les représentants du peuple français, mentir sur les choix qui avaient été faits, car elle est
venue dire «Mais ne vous inquiétez pas, ce sera au mieux pour M. Tapie trente millions
d’euros», en réalité c’est entre 270 et 300 millions, voir le rapport de la Cour de
Comptes qui a été publié avec des chiffres très précis. C’est peut être dix fois plus que ce
qui avait été annoncé par la ministre de l’Economie s’exprimant devant la Commission
des Finances de l’Assemblée Nationale. Je trouve que tout ceci justifie qu’on ait des
interrogations, des réserves et des doutes et c’est là que, pour ma part, je me situe. Je
trouve que cette adhésion venant y compris de l’opposition est suspecte et bizarre.
Etienne Mougeotte : L’adhésion va bien au delà, Angela Merkel, David Cameron,
Jean-Claude Juncker, tous les dirigeants européens. Deuxièmement François Bayrou, la présomption
d’innocence, comment pouvez-vous avoir l’air de mettre en cause Madame Lagarde alors
même qu’il y a une enquête dont nous attendons le résultat?
François Bayrou : Etienne Mougeotte, j’y étais. Et j’étais même un de ceux parmi
les plus précoces et déterminés, qui ont dit qu’il y aurait là le scandale, qui serait même
un des scandales les plus forts de la Vème République. Et quant à l’affirmation mensongères
qui a été la sienne devant la Commission des Finances, c’était devant moi. Choisir une
justice privée parce que la justice publique ne donnait pas raison à Monsieur Tapie, c’est
honteux. La manière obsessionnelle dont ça a été fait est pour moi profondément scandaleuse et je
considère que les Français on été spoliés de plusieurs dizaines de millions d’euros dans un
temps où l’Etat est complètement sans argent et je rappelle que cette somme c’est deux
années pleines de la totalité des salaires, des 15 000 enseignants, qui ont été l’an dernier
supprimés, de l’Education Nationale.
Etienne Mougeotte : Parce que vous pensez que la justice aurait donné beaucoup moins! Il y
aurait eu une très longue procédure au bout de laquelle il est possible qu’il y ait eu plus.
François Bayrou : Eh bien Monsieur Mougeotte, c’est un principe fondamental du droit
public que l’Etat n’a pas le droit de recourir à l’arbitrage. Et c’est même
tellement vrai que des ministres précédents ont essayé en douce de faire passer en douce un
amendement à l’Assemblée Nationale et au Sénat dans une loi qui n’avait rien avoir pour
justifier ce recours à l’arbitrage qui se préparait dans ces cercles mystérieux depuis très
longtemps et que le Conseil Constitutionnel l’a annulé. Je dis donc avec certitude que
c’est un principe fondamental du droit public et que en l’occurrence,c’est le
contribuable Français qui a été spolié.
Frédéric Delpech : Est-ce que vous dites que c’est un abus d’autorité comme a
l’air de le soupçonner le procureur général de la Cour de Cassation?
François Bayrou : Faisons une petite réflexion sur ce sujet. Les dirigeants journalistes
viennent nous dire que Madame Lagarde serait une très bonne directrice générale du FMI. Ils ont
porté plainte contre elle à la Cour de Justice de la République pour abus d’autorité. Quelle
est la logique de tout ça? Qui peut s’y reconnaître? Ou alors leur plainte n’était
qu’une apparence, c’était publicitaire ou bien ils sont inconséquents et incohérents.
Moi je n’ai rien contre Madame Lagarde, je ne la connais pas je n’ai jamais discuté en
privé avec elle. Je trouve que cette affaire là a été une affaire scandaleuse pour la France.
Etienne Mougeotte : Et si vous faîtes perde le FMI à l’Europe et à la France?
François Bayrou : On a eu suffisamment de scandales au FMI sans en ajouter un de plus.
Etienne Mougeotte : Mais il faut rester dans des domaines comparables ! Entre ce qui est
arrivé à M. Strauss Kahn et ce qu’on pourrait éventuellement reproché à Madame Lagarde,
c’est quand même invraisemblable de faire le parallèle.
François Bayrou : Il y a une action en justice pour ce que je considère être un abus de
pouvoir, un abus d’autorité quelque chose qui est contraire aux principes du droit et un
mensonge aux Français au travers de la représentation nationale. Je suis même allé en justice sur
ce point.
JM Apathie : Est ce que les circonstances très particulières de la crise de l’Euro ne
pourrait pas, de votre point de vue, justifier que l’action devant la Cour de Justice de la
République cesse puisque la crise de l’Euro est ce qu’elle est? Peu de personnes comme
Christine Lagarde aujourd’hui réunissent la confiance!
François Bayrou : Eh bien moi j’en connais, je connais des Français qui ont une
compétence, qui sont reconnus par tout le monde, qui vont se trouver libres de leur mandat, qui
connaissent bien les affaires de finances internationales, par exemple Jean Claude Trichet, qui est
actuellement numéro 1 de la Banque Centrale Européenne me paraît remplir ce type de conditions.
Donc pour moi ont peu trouver d’autres personnes. Si ce que je vois est vrai, c’est à
dire un certain nombres d’erreurs économiques de politique intérieure, qui ont été
sanctionnées par la réalité et par les Français, le bouclier fiscal par exemple, ce n’est pas
rien que d’avoir fait des erreurs de cet ordre. De surcroit y ajouter l’affaire Tapie
et les menaces que cela fait peser, je n’applaudirai pas celui qui en rendra la
responsabilité.
Frédéric Delpech : Depuis le retrait de la candidature très probable de Dominique Strauss
Kahn, il y a un débat sur «Faut-il un Président normal pour la France?» François Hollande, qui est
aujourd’hui à la tête des sondages socialistes, à l’air de porter ce débat en estimant
que ce serait une chance pour la France. Claude Guéant quant à lui affirme qu’il faut à la
France un Président exceptionnel et pas normal. Quel est votre point de vue?
François Bayrou : D’abord je ne suis pas sûr que les mots soient bien choisis. Parce
que je ne sais pas si on est normal quand on veut se présenter à l’élection présidentielle,
il y a des tas de gens qui prétendent le contraire. Je ne sais pas si exceptionnel est le contraire
de normal, parce que je pense qu’on peut être exceptionnel et avoir d’autres qualités
humaines. En tout cas je vais vous dire mon idée :il faut un Président qui ait une vision et il
faut un Président qui soit un homme ou une femme équilibré(e). Et il me semble que ça trouve un
chemin à peu près équidistant des deux affirmations que vous venez de faire. Je crois que
c’est le plus juste. J’espère avoir une vision et j’espère être équilibré, mais
pour autant, j’imagine qu’il y a d’autres gens en France qui ont une vision et
qui sont équilibrés. Pas assez.
JM Apathie :Autant avoir une vision on peut comprendre, autant équilibré on comprend pas
forcément ce que vous voulez dire.
François Bayrou : Vous ne savez pas ce que c’est l’équilibre dans la vie?
Equilibré dans sa manière d’être, dans sa vie, dans ce qu’il considère être essentiel
et ce qu’il considère être accessoire. Quelqu’un qui sache qu’il n’y a pas
de pays sans son histoire, que ces dans les racines que se situe la croissance de l’arbre,
qu’il sache l’histoire très importante du temps. Vous savez, il y a un homme que
j’admire beaucoup qui était Vaclav Havel qui était le président de la Tchécoslovaquie puis de
la République Tchèque après la partition. Il a démissionné et il s’est représenté. Vaclav
Havel avait une phrase formidable sur le temps, il parlait des impatients en politique : «Ils sont
comme ces enfants qui, pour faire pousser les arbres plus vite, leur tirent sur les feuilles.»
C’est un grand poète et un philosophe et ça c’est de l’équilibre.
Frédéric Delpech : Le Président sortant Nicolas Sarkozy est-il impatient ou équilibré? Vous
avez plutôt l’air de dire que vous le qualifiez d’impatient.François Bayrou :
J’ai écrit sur Nicolas Sarkozy ce que j’en pensais alors vraiment, sans dissimuler ma
pensée le moins du monde, je crois d’ailleurs qu’il a trouvé que je ne la dissimulais
pas assez, dans un livre qui s’appelle Abus de pouvoir, et je n’ai pas à revenir la
dessus. Quand on est président de la République, on doit voir les responsables des principaux
courants démocratiques du pays, en tout cas tel est mon sentiment, même si on n’est pas
d’accord avec eux. Et je trouve qu’en France on ne le fait pas assez. Je trouve que le
président de la République devrait être le garant d’une certaine impartialité. Ça aussi ça
fait partie de l’équilibre, il doit garantir l’équilibre des institutions, et il
devrait s’entretenir régulièrement avec les responsables du Parti Socialiste, avec moi comme
responsable du courant démocrate au Centre. Et pourquoi pas les responsables du Front National.
Alors je sais bien que je vais faire pousser les hauts cris. Moi je suis pour une loi électorale
juste qui permette à tous les courants d’être représentés au Parlement, à l’Assemblée
Nationale. Y compris le Front National et l’extrême gauche. Pourquoi? Eh bien parce que quand
vous êtes à 10 ou 15 pour cent dans le pays, vous devez avoir la garantie de la représentation ou
alors on vous interdit. Mais comme pour l’instant ce n’est pas interdit, je considère
qu’il devrait être représentés à l’Assemblée Nationale.
JM Apathie : Avec Marine Le Pen, le Front National devient un parti comme les autres?
François Bayrou : Il y a des gens qui pensent ça et moi je suis en désaccord profond avec
cette idée parce que je pense que ce n’est pas la présentation qui fait le fond de cette
affaire. Le fond de cette affaire ce sont les thèses que le Front National véhicule, et j’en
connais au moins deux qui sont des poisons mortels. La première, c’est dresser les gens les
uns contre les autres en fonction de leur statut, de leur origine et de leur religion, il n’y
a aucun pays qui puisse survivre à ça. La deuxième, c’est l’idée qu’on s’en
tirerait mieux en sortant de l’Euro, c’est méconnaître le fait que nous avons sur nos
épaules une montagne de dettes et que quand vous avez une montagne de dettes libellée en monnaie
forte et que vous devez la payer en monnaie faible, c’est l’Argentine.
Etienne Mougeotte : Je voudrais revenir sur le temps, il faut donner du temps au temps. Quand
en Octobre 2008, la faillite de Lehman Brothers menace de faire sauter en 24 heures tout le système
bancaire monétaire, est ce qu’il faut donner du temps ou est-ce qu’il faut comme
l’a fait Nicolas Sarkozy réunir les autres et voir immédiatement ce qu’il faut faire.
François Bayrou : Ce n’est pas Sarkozy mais Gordon Brown qui a trouvé l’idée. Et
Sarkozy avait dans un premier temps proposer une idée que je considérais moi comme fausse, et quand
il a soutenu cette idée fausse j’ai dit que ça me paraissait faux et quand il a fait ce
qu’il a choisi de faire, je l’ai approuvé et j’ai voté le texte. Bien sûr
qu’il fallait aller vite et peut être qu’en Libye il fallait aller vite, mais
c’est cela l’équilibre, il faut savoir ce qui est juste dans le bon temps.
JM Apathie : Un président normal pour vous, c’est idiot?
François Bayrou : Non pas du tout, je ne sais pas ce que ça veut dire normal. Je pense que
c’était une flèche un peu tous azimuts, si je me replace au moment où il a dit cette phrase.
Frédéric Delpech : Il y a un débat, qui est tout à fait autre chose, qui ajoute beaucoup la
majorité et notamment l’UMP, ce sont les mesures décidées par le Gouvernement pour lutter
contre l’insécurité routière, avec notamment la suppression des panneaux indiquant les
radars. Comment vous vous positionnez? Est ce que vous approuvez la fermeté de François Fillon et
de Nicolas Sarkozy sur ce sujet ou est ce que vous comprenez, au contraire, l’inquiétude
d’un certain nombre de parlementaires?
François Bayrou : D’abord je trouve bien que le gouvernement s’en occupe parce
que le réaccroissement du nombre de morts sur la route est un indice affreux. Deuxièmement est-ce
que la vitesse aggrave les choses? La réponse est oui. Et puis est-ce que cette affaire
d’affichage des panneaux et de l’interdiction des «coyotes» pour parler simplement,
cela fait-il baisser la vitesse ou augmenter la vitesse? Sur ce point je ne sais pas, on ferait
mieux d’expérimenter, par exemple en prenant une région et en regardant ce qui se passe. Mais
j’ai été très intrigué car ce matin le Ministre de l’Intérieur était dans une émission
semblable à celle ci sur une autre antenne et il a dit, «on va faire quelque chose qui n’a
jamais été fait et qui est formidable : des radars pédagogiques.» C’est-à-dire des radars qui
afficheront votre vitesse, mais qu’elle est la différence avec l’affichage des radars
sur les routes? Pourquoi l’un serait interdit et l’autre serait autorisé? Il semble
qu’il y a là une contradiction que je ne comprends pas. Et il y a une chose très facile à
faire pour lutter contre la vitesse sur les routes, c’est ce qu’on appelle des radars
de tronçon. Ce sont des radars non pas qui mesurent la vitesse instantanée, mais qui mesurent votre
moyenne sur un tronçon de route. Là, vous êtes sûr que personne ne dépassera plus la vitesse
autorisée. Pourquoi est-ce qu’on ne le fait pas? Il n’y a rien de plus simple, on
chronomètre votre entrée sur le tronçon de route et votre sortie du tronçon de route et on voit
quelle vitesse vous avez fait. Je vous assure que ce sont des idées simples mais celles là
permettent réellement de lutter contre les excès de vitesse sur les routes. Pour le reste, il y a
des causes extrêmement graves que je demande que l’on regarde de près ; alors ce n’est
pas facile de traiter les jeunes qui sont dans les boîtes de nuit, qui consomment de la drogue et
de l’alcool et qui vont se tuer à 5h du matin à la sortie des routes, ça c’est
autrement grave. Les deux roues qui sont particulièrement exposés,le fait que peut être la manière
dont est organisée le permis de conduire ne convient pas. En tout cas là, on a des causes de morts
qui sont affreuses et peu prises en compte.
JM Apathie : Cette question est importante et on vous a laissé répondre longuement
puisqu’il y a des morts sur la route, mais la question était simple : faut-il enlever les
panneaux qui annoncent les radars pour que ceux-ci soient efficaces?
François Bayrou : Moi je n’aurai jamais mis des panneaux annonçant les radars, je
n’ai jamais compris cela. Alors maintenant, les gens vous disent que c’est une manière
de baisser la vitesse. J’ai dit expérimentons : prenez une région, enlevez-les interdisez les
dispositifs que vous n’aimez pas et au moins on va voir si ça améliore les conditions de
vitesse. Enfin, on n’est pas obligé de faire tout d’un coup le contraire de ce
qu’on avait dit hier. Je vous rappelle qu’à votre micro Nicolas Sarkozy avait dit
qu’il n’enlèverait jamais les panneaux de radars.
JM Apathie : Ce matin, le ministre de l’Intérieur a dit : «La France n’a pas
besoin d’immigrés pour être serveurs ou maçons, contrairement à une légende, il est inexacte
que nous ayons besoin de talents et de compétences issus de l’immigration». Ce genre de
phrase appelle un commentaire de votre part, François Bayrou?
François Bayrou : C’est une phrase à l’emporte pièces mais il faut que les
ministres regardent ce qu’il se passe vraiment dans la réalité. Moi je peux vous dire que
tous les jours je rencontre des restaurateurs et des maçons qui me disent « Monsieur, on ne trouve
personne», et qui font des démarches multiples pour avoir l’autorisation d’embaucher ou
de continuer à employer quelqu’un qui n’a pas les papiers qu’il faudrait
simplement parce qu’on ne trouve pas dans la société française des gens qui veuillent le
faire. Ceci est la réalité. Alors que M. Guéant, avant de prononcer des phrases comme ça, mette en
place une politique sérieuse qui consiste à pousser ou à entraîner des gens qui sont au chômage à
accomplir ces métiers, qui peuvent d’ailleurs être des métiers épanouissants autant que
d’autres, je trouverais cela très bien. Mais ne disons pas que ça n’existe pas, parce
c’est du déni de réalité. Je vous demande d’appeler tous les maçons et les
restaurateurs que vous connaissez en Île-de-France et vous me direz s’ils sont de
l’avis du ministre de l’Intérieur. Il y a une espèce de gouffre qui se creuse : on
annonce des principes comme ça sans regarder la réalité. Juste pour raconter une anecdote :
j’ai été arrêté par un monsieur il y a dix jours par un monsieur qui m’a dit
qu’il occupait un poste de responsabilité sur un chantier, il est en France depuis vingt ans
et il n’a pas de papiers. Il paye naturellement toutes les charges sociales, il paye les
impôts et il n’a pas de papiers et pourtant cela fait vingt ans qu’on lui confie la
responsabilité des chantiers. Si le Ministre de l’Intérieur et le président de la République
me disent que cela n’existe pas alors je leur dit qu’il ne connaissent pas la réalité.
Etienne Mougeotte : Question simple sur le RSA : Êtes-vous favorable à ce qu’en contre
partie du RSA, ceux qui le touchent aient l’obligation de quelques heures de travaux
d’utilité sociale par semaine?
François Bayrou : J’ai trouvé la formule de M. Wauquiez particulièrement maladroite,
agressive et choquante. Il demeure qu’il est vrai qu’il y a un problème
d’intégration au monde du travail ou plutôt un problème encore plus profond de perte de liens
entre le monde du travail et ceux qui sont dans ces situations là. La perte, comme disent les
sociologues, d’employabilité est quelque chose qui existe et à quoi il convient de porter
remède. Mais je ne suis pas du tout sûr que quatre heures ou cinq heures par semaine répondent à
cette question, je pense que le diagnostic n’est pas faux mais que la réponse est inadaptée.
JM Apathie : L’attribution des palmes a commencé au 64ème festival de Cannes, vous avez
vu La conquête, François Bayrou?
François Bayrou : Non. Les critiques n’étaient pas bonnes et il y a des gens qui
m’en ont dit du bien. Je ne suis pas emballé par la mythification de Nicolas Sarkozy, pas
plus que de n’importe quel autre responsable politique. Je ne me trouve pas dans la geste des
héros, comme on dit pour la littérature latine, quand je sais que ce ne sont pas tout à fait des
héros. Je suis un peu réservé mais je ne vous dit pas que je n’irai pas parce que je crois
que la performance des acteurs mérite d’être vu.
JM Apathie : Un commentaire sur l’heureux événement qu’attend le président de la
République et son épouse?
François Bayrou : Mon dieu, vous me faites passer en quelques secondes du commissariat de
Harlem jusqu’à la maternité de Neuilly, c’est un peu rapide. J’ai entendu un
commentaire fait par quelqu’un de très autorisé, Madame Chirac qui a dit «C’est un
événement formidable qui va apporter du bonheur dans tous les foyers français. Et moi je me dit
qu’on oublie peut être trop souvent qu’on est en République depuis 222 ans. Et que chez
nous, on essaie d’avoir des petits princes, toujours dans la mythification. Pour le reste, je
suis très heureux que les familles s’agrandissent, je suis un défenseur de l’idée que,
un des atouts de la France c’est sa natalité et sa démographie. Que Nicolas Sarkozy et Carla
Bruni y participent j’en suis très heureux, mais avec la nuance que j’ai essayé
d’exprimer.
JM Apathie Donc on attendra Janvier 2012 pour que vous annonciez votre candidature?
François Bayrou : Si vous regardiez le passé, vous verriez que je n’ai pas souvent
attendu jusqu’au mois de janvier pour annoncer ma candidature.
Dans l'affaire DSK, on nous dit qu'on aurait découvert quelque chose sur la victime. On sous-entend
qu'elle devrait être parfaite pour avoir le droit d'être écoutée. Si c'était la dernière des
dernières, elle devrait donc se faire violer sans rien dire ? Sans avoir le droit de se plaindre,
ni d'obtenir réparation ?
agressions des femmes, mais aussi des hommes çà existe
Posté par : gilco | 30 mai 2011 10:38
Je ne rajoute rien à mon commentaire du 24 Mai que vous pouvez retrouver ci-dessous.
J'ai toujours été pour l'égalité des hommes et des femmes. Je n'ai pas attendu en cela que
les féministes existent et que les politiques s'en préoccupent (par électoralisme).
Si on veut que les hommes et les femmes soient égaux, il faut en employer les moyens,
pénaliser ceux qui font de la ségrégation, etc... Allez-y Mesdames et Messieurs les politiques...
Ce n'est pas en tirant toujours dans une seule direction qu'on parviendra à cette justice
homme-femme : il y a des coupables chez les uns comme chez les autres. Alors, dans tous les cas :
présomption d'innonce aux deux et laissons faire la justice. Rendons-la libre et indépendante et
que les pressions cessent et soient elles mêmes punies.
L'affaire DSK
Posté par : laine | 28 mai 2011 22:01
Bien sûr, comme vous le dites, Monsieur Bayrou, si les faits sont avérés, c'est dégueulasse de ne
pas mettre à égalité la parole de la présumée victime, et celle du présumé coupable ou présumé
innocent. Merci pour le respect que vous portez aux femmes et pour votre sentiment naturel à la
défense des êtres vulnérables... "selon que vous soyez puissant ou misérables"... etc.... je ne
sais plus la suite mais c'est à peu près ce qu'il se passe.
Amitiés Démocrates,
Laine.
J'ai renouvelé mon adhésion aussi
Posté par : Canard_Orange | 27 mai 2011 12:50
On a assez parlé de ce film en direct à New York.
Tout modemiste qui se respecte, respecte aussi la femme dans toutes ses déclinaisons.
Ces histoires de tabloïdes sur DSK, sans juger de la gravité en cas de confirmation des faits
reprochés par la présumée agressée, pourrait aussi relever de l'arroseur arrosé ou l'arroseuse
arrosée. Si j'essaye de mieux exprimer notre malaise à tous, cela reste la question éternelle de
l'oeuf et de la poule. Qui a fait l'oeuf ? Qui a fait la poule ?
Ce qui est surtout dég... en employant le mot exprimé par notre leader, c'est de voir un
système de justice américain écraser avec l'argent le non possédant pour ne pas dire le pauvre.
Les procédures de justice de notre pays, je l'espère, ne fabriqueront pas une affaire
composée d' un homme contre une femme, un blanc contre une noire, un juif contre une musulmane.
La Totale.
La France, c'est pas cela. François Bayrou non plus.
C'est vrai que j'entends dire que notre leader devrait mordre un peu plus pour se faire
entendre.
Appeler un chat un chat
Posté par : persever | 27 mai 2011 11:12
Le mot "dégueulasse" était-il de trop ? Pour ma part, je ne le crois pas. Dans la bouche de
quelqu'un d'aussi cultivé et policé que François Bayrou, il attire forcément l'attention. Et dans
le monde médiatique auquel nous ne pouvons échapper, seuls des mots très forts ont une chance
d'être cités.
Il ne faut pas s'en plaindre, surtout lorsqu'il s'agit d'appeler un chat un chat. Nous allons
en avoir malheureusement d'autres exemples dans cette lutte inégale. Je trouve bien que nous soyons
dans cette affaire du côté de la défense des pauvres et des démunis. Même si les plus nantis
méritent eux aussi un traitement humain et non "dégradant".
Les derniers commentaires ... Tous les commentaires
La plaignante n'a pas à être parfaite
Posté par : Mickie | 5 juin 2011 17:43Dans l'affaire DSK, on nous dit qu'on aurait découvert quelque chose sur la victime. On sous-entend qu'elle devrait être parfaite pour avoir le droit d'être écoutée. Si c'était la dernière des dernières, elle devrait donc se faire violer sans rien dire ? Sans avoir le droit de se plaindre, ni d'obtenir réparation ?
agressions des femmes, mais aussi des hommes çà existe
Posté par : gilco | 30 mai 2011 10:38Je ne rajoute rien à mon commentaire du 24 Mai que vous pouvez retrouver ci-dessous.
J'ai toujours été pour l'égalité des hommes et des femmes. Je n'ai pas attendu en cela que les féministes existent et que les politiques s'en préoccupent (par électoralisme).
Si on veut que les hommes et les femmes soient égaux, il faut en employer les moyens, pénaliser ceux qui font de la ségrégation, etc... Allez-y Mesdames et Messieurs les politiques...
Ce n'est pas en tirant toujours dans une seule direction qu'on parviendra à cette justice homme-femme : il y a des coupables chez les uns comme chez les autres. Alors, dans tous les cas : présomption d'innonce aux deux et laissons faire la justice. Rendons-la libre et indépendante et que les pressions cessent et soient elles mêmes punies.
L'affaire DSK
Posté par : laine | 28 mai 2011 22:01Bien sûr, comme vous le dites, Monsieur Bayrou, si les faits sont avérés, c'est dégueulasse de ne pas mettre à égalité la parole de la présumée victime, et celle du présumé coupable ou présumé innocent. Merci pour le respect que vous portez aux femmes et pour votre sentiment naturel à la défense des êtres vulnérables... "selon que vous soyez puissant ou misérables"... etc.... je ne sais plus la suite mais c'est à peu près ce qu'il se passe.
Amitiés Démocrates,
Laine.
J'ai renouvelé mon adhésion aussi
Posté par : Canard_Orange | 27 mai 2011 12:50On a assez parlé de ce film en direct à New York.
Tout modemiste qui se respecte, respecte aussi la femme dans toutes ses déclinaisons.
Ces histoires de tabloïdes sur DSK, sans juger de la gravité en cas de confirmation des faits reprochés par la présumée agressée, pourrait aussi relever de l'arroseur arrosé ou l'arroseuse arrosée. Si j'essaye de mieux exprimer notre malaise à tous, cela reste la question éternelle de l'oeuf et de la poule. Qui a fait l'oeuf ? Qui a fait la poule ?
Ce qui est surtout dég... en employant le mot exprimé par notre leader, c'est de voir un système de justice américain écraser avec l'argent le non possédant pour ne pas dire le pauvre.
Les procédures de justice de notre pays, je l'espère, ne fabriqueront pas une affaire composée d' un homme contre une femme, un blanc contre une noire, un juif contre une musulmane.
La Totale.
La France, c'est pas cela. François Bayrou non plus.
C'est vrai que j'entends dire que notre leader devrait mordre un peu plus pour se faire entendre.
Appeler un chat un chat
Posté par : persever | 27 mai 2011 11:12Le mot "dégueulasse" était-il de trop ? Pour ma part, je ne le crois pas. Dans la bouche de quelqu'un d'aussi cultivé et policé que François Bayrou, il attire forcément l'attention. Et dans le monde médiatique auquel nous ne pouvons échapper, seuls des mots très forts ont une chance d'être cités.
Il ne faut pas s'en plaindre, surtout lorsqu'il s'agit d'appeler un chat un chat. Nous allons en avoir malheureusement d'autres exemples dans cette lutte inégale. Je trouve bien que nous soyons dans cette affaire du côté de la défense des pauvres et des démunis. Même si les plus nantis méritent eux aussi un traitement humain et non "dégradant".