François Bayrou était l'invité d'Alba Ventura sur RTL mercredi 18 février :
Alba Ventura : Bonjour, François Bayrou.
François Bayrou : Bonjour.
AV : En Guadeloupe, la tension est montée d'un cran ces dernières heures.. Est ce que vous pensez comme le dit notre envoyé sur place Olivier Geay que l'île est en train de basculer dans le chaos ?
FB : Ah je pense que c'est au bord de ce gouffre que l'on se trouve... Et beaucoup de gens naturellement en souffrent... Et si j'ose dire, trinquent... Parce qu'on a géré cette crise depuis le début avec un pas en avant, un pas en arrière et que évidemment aujourd'hui, on se trouve devant un débordement, incontrôlé, incontrôlable pour l'instant.Et qui est extraordinairement inquiétant. Vous avez dit que je ne m'étais pas exprimé, je me suis exprimé le premier sur cette crise.
AV : Vous avez dit oui, que le gouvernement avait été honteux, Nicolas Sarkozy honteux.. de ne
pas en parler lors de son intervention télévisée.
FB : Je me suis exprimé le premier parce que depuis le début, je considère qu'on est là
devant un abcès de fixation de quelque chose qui est très profond et qui touche en effet aux
conditions de vie. Nous avons découvert tous ensemble, j'avoue que je ne le savais pas... que c'est
l'Etat qui fixe le prix de l'essence..avec des rentes de situation, qui sont évidemment
inacceptables avec un coût de la vie qui est extraordinairement élevé. J'avais demandé, peut être
vous vous en souvenez, pendant la campagne présidentielle, qu'on mette en place un observatoire du
coût de la vie dans les DOM-TOM pour que tout le monde voie bien quelle était la réalité de ce coût
de la vie. Il y a donc là, des choses extrêmement lourdes.. et tout cela sur un fond, on dit
"racial"... Je ne suis pas tout à fait de cet avis.
AV : Il n'y a pas cette dimension ?
FB : Attendez, c'est plus grave...C'est pas une affaire de couleur de peau cependant...Je
crois que c'est le poids énorme qui vient du passé, et notamment de l'esclavage, du souvenir, ou de
la hantise de l'esclavage, qui se trouve en cause dans tous ces mouvements..avec un immense besoin
de reconnaissance et d'autonomie qui pour l'instant n'est pas satisfait.
AV : Mais ça vous choque d'entendre le leader du LKP Elie Domotta dire "l'Etat veut
casser du nègre" ?
FB : Bon, il y a tout le temps des débordements verbaux dans ce genre d'affaire, et il faut
par pitié, éviter les débordements verbaux. Mais il faut à la fois l'ordre, la nécessité de l'ordre
et il faut à la fois, si on peut éviter la violence parce que je ne vois pas de quelle manière la
violence aujourd'hui déboucherait sur autre chose qu'un immense gâchis, chaos et risques.
AV : Vous condamnez ces violences ? A l'Instant le gouvernement appelle au calme par la voix
du porte-parole Luc Chatel... Vous appelez au calme ?
FB : Bon, c'est la huitième fois qu'on entend des déclarations de cet ordre...
AV : Et ça ne fait qu'empirer.
FB : Moins il y a de mots, et plus il faut d'actes au contraire, ce n'est plus dans le
domaine des mots que se trouve cette crise.. c'est dans le domaine, je crois des actes... Il y a
plusieurs semaines, en tous cas deux semaines, qu'on aurait dû éviter ce départ précipité du
secrétaire d'Etat, rappelé par le gouvernement, simplement parce qu'il y avait une incroyable
incompréhension entre le gouvernement et son représentant.
AV : Mais le gouvernement a été calamiteux, comme vient de le dire Alain Duhamel ?
FB : Oui, je crois que c'est le bon mot, le gouvernement n'a pas su gérer cette crise, plus
encore il a fait un certain nombre de gestes qui ont aggravé la crise.. C'était calamiteux, et
c'était dangereux.
AV : Et est ce qu'on peut répondre à l'exigence d'une augmentation de 200 euros sur les bas
salaires ? Est ce que vous le pensez vraiment.
FB : J'ai proposé pendant la campagne présidentielle une idée, dont je suis certain que,
qu'elle est une piste. J'avais proposé que l'Outre Mer devienne zone franche. C'est à dire qu'Outre
Mer, on mette entre parenthèse tout ce qui est de l'ordre des charges sociales pour permettre le
développement d'une économie, qui soit une économie de bonne santé. Parce que ça n'est pas une
économie de bonne santé quand on est obligé d'importer tout et quand les activités que l'on crée se
trouvent constamment grevées et n'étant pas au prix normal. Et donc, il y a quelque chose qui doit
être recherché du point de vue de l'équilibre entre salaires et charges sociales et la zone franche
me parait répondre à cette idée.
AV : François Bayrou, cet après-midi donc, Nicolas Sarkozy réunit donc à l'Élysée, les
partenaires sociaux pour leur présenter des mesures censées répondre à la crise. Alors, il y a
plusieurs pistes : exonération de la première tranche d'impôts, des aides type chèques emploi, on
parle d'un montant de 200 euros... Des primes de fin de CDD, augmentation de l'indemnisation du
chômage partiel...le partage des profits. Est-ce qu'il y a au moins une piste qui vous satisfait ?
FB : Bon, on va encore une fois, multiplier les promesses. Dont, je crains, les Français ne
verront pas l'effet... Qu'est ce qui est frappant dans cette affaire ? Premièrement on ne peut pas
multiplier les dépenses par milliards et par milliards en direction des grandes entreprises ou du
monde bancaire, sans qu'il y ait un geste en direction des familles. Attendez.. et un geste
infiniment plus lisible et plus important que ceux qu'on nous promet jusque là. Je vais prendre un
exemple : on nous annonce qu'on va toucher à la première tranche de l'impôt sur le revenu ou à
l'impôt sur le revenu lui même. Il y a la moitié des famille, plus de la moitié des familles, la
majorité des familles en France qui ne relève pas de l'impôt sur le revenu. Ils relèvent d'autres
impôts, TVA, etc. Ils paient de l'impôt, mais pas l'impôt sur le revenu. Et c'est donc la partie au
fond, la moins défavorisée de la société qui va être touchée par cette annonce, à supposer qu'elle
soit faite parce que pour l'instant, je crois que tout n'est pas encore réglé. Ça c'est une
première idée. Moi, j'ai proposé depuis longtemps que l'on prenne les, je vais prendre un ordre de
grandeur, les 5 millions de familles, qui en ont le plus besoin, ceux qui sont en difficulté, ceux
dont on ne parle jamais. Par exemple les retraités qui ont de toutes petites retraites. Par exemple
les jeunes étudiants... qui n'y arrivent pas
AV : Mais là, il y a des aides prévues annoncées pour les personnes âgées pour les familles
qui ont des enfants, les parents isolés...
FB : En tous cas, moi qui observe, je ne vois pas venir ce qu'il faudrait. J'avais proposé un
livret épargne crise d'un montant de 1.000 euros comme vous le savez aux Etats-Unis, c'est 1.000
dollars qu'on a choisi... D'un montant de 1.000 euros qui permettrait à ces familles de passer, de
voir un peu mieux les situations de surendettements dans lesquelles, ils se trouvent... Alors,
c'est un geste social, mais c'est un geste symbolique en même temps, parce que ça veut dire :
on ne s'occupe pas que du haut de la pyramide, on s'occupe aussi du bas de la pyramide. Et c'est un
équilibre absolument nécessaire... Alors vous allez me dire, comment on finance ?
AV : Oui et puis surtout vous ne souhaitez pas qu'on alourdisse....
FB : Vous avez absolument raison, parce que je trouve que le déficit est un énorme risque et
qu'il est en train de s'accentuer... Je dis qu'on ne peut pas traverser cette crise en laissant une
mesure aussi mal inspirée que le bouclier fiscal qui coûte 15 milliards par an..
AV : On supprime le bouclier fiscal ?
FB : Voyez ce que je viens de dire, c'est 5 milliards, 5 millions de familles à 1.000 euros,
dépensés une seule fois... Le bouclier fiscal, c'est 15 milliards tous les ans, au profit, en tous
cas au moins pour 5 à 6 milliards, au profit des plus favorisés des Français. Je trouve que ce
geste de solidarité nécessaire qui consiste à dire, en période de crise, il faut que tout le monde
fasse un effort, soit solidaire, et en particulier nous allons mettre entre parenthèse, ou mettre
un terme au bouclier fiscal qui a été mal décidé et mal inspiré, me paraîtrait une mesure juste. Et
vous vous souviendrez, et je finis avec ça, on ne peut pas avoir de réponses que nationales. Voilà
pourquoi j'ai proposé au gouvernement ou demandé au gouvernement de mettre sur la table l'idée d'un
emprunt européen, de l'ordre de ce que Barak Obama a fait aux Etats-Unis. J'avais dit 3% du PIB en
direction en particulier, des petites et moyennes entreprises, qui vont être la cible de cette
énorme crise que nous sommes en train de vivre... et qui vont être les plus fragiles en face
d'elle.
AV : François Bayrou, l'UMP vous a traité de populiste, d'être à la remorque de toutes les
revendications...
FB : Et bien, en effet je reconnais que ce qui manque le plus c'est de comprendre et
d'entendre le peuple dans sa vie de tous les jours... Les gens ne se reconnaissent pas dans les
mots que le pouvoir utilise, dans le déluge de mots et de promesses que le pouvoir utilise , les
gens ne reconnaissent pas leur vie, leur propre vie. Alors, s'il y a des hommes politiques qui en
effet, défendent les aspirations populaires, je trouve qu'ils sont bien à leur place.
Bravo pour la seule bonne et vraie proposition sur l'Outre mer : une zone franche. La république
est peut être indivisible mais les faits sont sûrement têtus : les Antilles sont dans un
environnement économique non européen. L'intérêt commun bien compris, c'est que la métropole
finance la protection sociale des actifs locaux, ce qui permet de payer des salaires convenables,
de développer les DOM et coûtera beaucoup moins cher que de mettre tout le monde au RMI.
Amitiés
Voici des "vraies" nouvelles de la Guadeloupe
Posté par : Soleillanne | 24 février 2009 11:54
Reçu par e-mail, d'une amie guadeloupéenne, le 23 février à 20 h : "En Guadeloupe, les grèves se
durcissent, je me contente d'admirer ces personnes qui donnent le meilleur d'elles pour un monde
meilleur, ces personnes en adéquation avec elles-mêmes... Les casseurs ne sont pas les personnes
qui défilent : dans les défilés, l'alcool est interdit et le service de sécurité est impeccable !"
Sans commentaire...
Sarkozy a promis n'importe quoi !
Posté par : regisr | 23 février 2009 21:46
sarkozy a promis n'importe quoi comme d'habitude, et maintenant les dom sont dans une situation
pire qu'avant les patrons ne lacheront pas les 200 euros... parcque ceratins peuvent et bien plus
et d'autre ne pourront pas ... c'est n'importe quoi Comme dit ce matin sur France culture par
Christiane Taubira-Delannon, député de Guyane, on a eu l'habitude de se faire de l'argent là bas en
prétextant la vie chère en fait pas justifié du tout, comment mettre de l'ordre dans tout ça
maintenant sinon par autorité sur le "patronat" à la Barack Obama , mais encore faut-il être
respectable.. le 19 mars va être une très grande manifestation car les français en ont marre de
voir qu'on les a trompés, et qu'ils ont été victime d'injustice
F.Bayrou et le RSA
Posté par : 18828 | 22 février 2009 23:56
@Nono37 : je ne sache pas que F.Bayrou soit contre le RSA, il y est même plutôt favorable. En
revanche, ce contre quoi il est s'agissant de ce dispositif social, c'est son mode de financement.
En effet, le RSA est prévu pour être financé par les classes moyennes. Je ne me souviens plus des
détails exacts, mais j'ai le souvenir d'une vive réaction de F.Bayrou au moment de l'énoncé de
cette mesure. Dans cette situation de marasme national autant qu'international, que pensez-vous de
l'idée qui voudrait que les élites dirigeantes de notre pays, renoncent à certains de leurs
privilèges, pour contribuer à l'effort national. 1°) Annulation du système de protection des
ex-parlementaires (non réélus). 2°) Diminution du traitement des grands commis de l'État -
Ministres et hauts-fonctionnaires (cf la scandaleuse affaire Jouyet) 3°) Réduction drastique des
charges de fonctionnement de l'État (voyages, dispositifs de sécurité pléthorique. 4°) Annulation
des Commissions nombreuses et variées au fonctionnement budgétivore. La liste n'est pas exhaustive,
mais il y a là, déjà de belles économies à redistribuer.... À bientôt.
classes moyennes
Posté par : euro | 22 février 2009 23:18
Visiblement, avec ces mesures sur les impots, complétées par queques déclarations bien senties
sur les "classes moyennes", le gouvernement est parti à la b (re)peche d'une clientèle. "Moyen" dit
bien ce que cela veut dire, c'est-à-dire ni "les plus à l'aise", ni "les moins favorisés". Moi, je
connais au moins deux retraités (plus exactement, une retraitée et un ménage) qui touchent une
petite retraite et ne paient pas d'impots. Leur premier réflexe, logique, en écoutant les promesses
de Sarkozy, ç'a été : "Et moi ? Et nous ?" Ils ne touchent évidemment ni RMI ni RSA..., ont très
peu de moyens et se voient exclus. De meme des étudiants, qui n'ont pas droit au RMI-RSA. Il me
semble que dans une situation aussi pénalisante qu'aujourd'hui, la proposition du livret de crédit
de 1000 euros est la meilleure... à condition de répondre à l'objection de nono37. C'est-à-dire que
cet argent soit attribué après examen des ressources réelles, à ceux qui en ont le plus besoin.
C'est - ou plutot cela aurait été - moins compliqué que l'usine à gaz présidentielle. Et surtout
plus juste.
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Outre mer
Posté par : fmeisart | 25 février 2009 13:56Bravo pour la seule bonne et vraie proposition sur l'Outre mer : une zone franche. La république est peut être indivisible mais les faits sont sûrement têtus : les Antilles sont dans un environnement économique non européen. L'intérêt commun bien compris, c'est que la métropole finance la protection sociale des actifs locaux, ce qui permet de payer des salaires convenables, de développer les DOM et coûtera beaucoup moins cher que de mettre tout le monde au RMI. Amitiés
Voici des "vraies" nouvelles de la Guadeloupe
Posté par : Soleillanne | 24 février 2009 11:54Reçu par e-mail, d'une amie guadeloupéenne, le 23 février à 20 h : "En Guadeloupe, les grèves se durcissent, je me contente d'admirer ces personnes qui donnent le meilleur d'elles pour un monde meilleur, ces personnes en adéquation avec elles-mêmes... Les casseurs ne sont pas les personnes qui défilent : dans les défilés, l'alcool est interdit et le service de sécurité est impeccable !" Sans commentaire...
Sarkozy a promis n'importe quoi !
Posté par : regisr | 23 février 2009 21:46sarkozy a promis n'importe quoi comme d'habitude, et maintenant les dom sont dans une situation pire qu'avant les patrons ne lacheront pas les 200 euros... parcque ceratins peuvent et bien plus et d'autre ne pourront pas ... c'est n'importe quoi Comme dit ce matin sur France culture par Christiane Taubira-Delannon, député de Guyane, on a eu l'habitude de se faire de l'argent là bas en prétextant la vie chère en fait pas justifié du tout, comment mettre de l'ordre dans tout ça maintenant sinon par autorité sur le "patronat" à la Barack Obama , mais encore faut-il être respectable.. le 19 mars va être une très grande manifestation car les français en ont marre de voir qu'on les a trompés, et qu'ils ont été victime d'injustice
F.Bayrou et le RSA
Posté par : 18828 | 22 février 2009 23:56@Nono37 : je ne sache pas que F.Bayrou soit contre le RSA, il y est même plutôt favorable. En revanche, ce contre quoi il est s'agissant de ce dispositif social, c'est son mode de financement. En effet, le RSA est prévu pour être financé par les classes moyennes. Je ne me souviens plus des détails exacts, mais j'ai le souvenir d'une vive réaction de F.Bayrou au moment de l'énoncé de cette mesure. Dans cette situation de marasme national autant qu'international, que pensez-vous de l'idée qui voudrait que les élites dirigeantes de notre pays, renoncent à certains de leurs privilèges, pour contribuer à l'effort national. 1°) Annulation du système de protection des ex-parlementaires (non réélus). 2°) Diminution du traitement des grands commis de l'État - Ministres et hauts-fonctionnaires (cf la scandaleuse affaire Jouyet) 3°) Réduction drastique des charges de fonctionnement de l'État (voyages, dispositifs de sécurité pléthorique. 4°) Annulation des Commissions nombreuses et variées au fonctionnement budgétivore. La liste n'est pas exhaustive, mais il y a là, déjà de belles économies à redistribuer.... À bientôt.
classes moyennes
Posté par : euro | 22 février 2009 23:18Visiblement, avec ces mesures sur les impots, complétées par queques déclarations bien senties sur les "classes moyennes", le gouvernement est parti à la b (re)peche d'une clientèle. "Moyen" dit bien ce que cela veut dire, c'est-à-dire ni "les plus à l'aise", ni "les moins favorisés". Moi, je connais au moins deux retraités (plus exactement, une retraitée et un ménage) qui touchent une petite retraite et ne paient pas d'impots. Leur premier réflexe, logique, en écoutant les promesses de Sarkozy, ç'a été : "Et moi ? Et nous ?" Ils ne touchent évidemment ni RMI ni RSA..., ont très peu de moyens et se voient exclus. De meme des étudiants, qui n'ont pas droit au RMI-RSA. Il me semble que dans une situation aussi pénalisante qu'aujourd'hui, la proposition du livret de crédit de 1000 euros est la meilleure... à condition de répondre à l'objection de nono37. C'est-à-dire que cet argent soit attribué après examen des ressources réelles, à ceux qui en ont le plus besoin. C'est - ou plutot cela aurait été - moins compliqué que l'usine à gaz présidentielle. Et surtout plus juste.