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26 septembre 2007

François Bayrou : "La France a besoin qu'on offre un choix différent"

François Bayrou était l'invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC Infos et sur BFM TV. Il a évoqué la politique du gouvernement en matière de retraites, de fiscalité. Concernant l'omniprésence de Nicolas Sarkozy dans les médias, le président de l'UDF-MoDem a réaffirmé son souhait que soit inscrit dans la Constitution la défense du pluralisme dans les médias. Interrogé sur de possibles alliances avec le Parti socialiste et l'UMP, François Bayrou a affirmé que le Mouvement démocrate et l'UDF seront capables de nouer des accords.

François Bayrou, bonjour.
Bonjour.

Merci d’être avec nous. Le budget, présentation du budget 2008.  C’est un budget de rigueur ou pas ?
De toute façon, ce sera nécessairement un budget de rigueur, qu’on l’annonce ou qu’on ne l’annonce pas...

C’est-à-dire qu’on nous ment ?
La situation de la France est telle que le Premier ministre a été amené à dire que l’Etat était en faillite. Evidement, c’est un constat qui ne va pas bien avec les premières mesures qui ont été prises par le Gouvernement. Il y a une contradiction que tout le monde voit bien, qui est très forte entre les choix qui ont été faits au début, comme si tout allait bien dans notre pays et comme si on pouvait multiplier les cadeaux fiscaux - et les cadeaux fiscaux en direction de ceux qui étaient déjà les plus favorisés dans notre pays. Cela a amené, d’ailleurs, le ministre allemand des Finances à dire à Nicolas Sarkozy qu’il faisait des cadeaux à sa clientèle électorale et qu’il ne respectait pas les engagements de la France. Mais, évidemment, la réalité rattrape toujours la fiction. Les illusions, cela ne tient pas et comme à d’autres époques, en 1995 par exemple, on fait beaucoup de promesses, on fait rêver les électeurs et puis le moment vient où l’on est obligé de faire face aux réalités. J’aurais préféré, de beaucoup et de loin, qu’on fasse en sorte que le pays prenne conscience plus tôt, pendant la campagne électorale - comme j’ai essayé de le faire - de la situation réelle du déficit et de la dette, de manière que l’on ait une politique courageuse - je n’emploie pas le mot de "rigoureuse", je dis "courageuse" - pour remettre en ordre notre maison, notre pays et pour que l’on puisse regarder en face, à la fois la réalité et nos enfants.

Mais François Bayrou, Nicolas Sarkozy a engagé de nombreuses réformes, on va les regarder rapidement, y revenir. Je pense aux heures supplémentaires défiscalisées, puisque c’est d’actualité, qui doivent être en place le 1er octobre, lundi prochain. C’est une réforme qui était contenue dans le paquet fiscal. C’est une bonne réforme, une mauvaise réforme, une réforme efficace ou inefficace ?
Je pense que la défiscalisation d’une partie des revenus du travail se révélera au bout du compte une illusion, parce que tout le monde n’y a pas accès. Il y a des gens qui peuvent faire des heures supplémentaires, parce que leur entreprise se porte bien, et il est légitime qu’ils en fassent - je suis pour qu’on puisse travailler comme on le souhaite - mais leurs voisins, qui n’ont pas une entreprise qui marche bien, vont devoir payer l’impôt sans diminution, j’allais dire "plein pot", sans jeu de mots. Est-ce que c’est juste ? Je ne le crois pas. Je pense qu’autant il était légitime de faire que les heures supplémentaires ne coûtent pas plus cher aux entreprises que l’heure normale - c’était la proposition que je faisais - autant faire des cadeaux fiscaux à ceux qui peuvent les recevoir et ne pas en faire aux autres - ce qui fait que la charge va être injustement répartie - ne me paraissait pas l’orientation à privilégier.

Vous êtes dans l’opposition ou dans la majorité, aujourd’hui, François Bayrou ?
Je pense que les mots sont inexacts. Il y a des gens qui sont au pouvoir, et des gens qui sont hors du pouvoir. Je ne suis pas au pouvoir. J’ai choisi...

Vous êtes hors du pouvoir ?
J’ai choisi d’être hors du pouvoir et je me considère cependant comme responsable de l’avenir du pays, à l’égal de ceux qui sont au pouvoir.

Donc, est-ce que vous approuvez certaines mesures gouvernementales ?
Evidemment.

Par exemple.
Je les approuve et j’y aiderai chaque fois que nécessaire.

Par exemple ?
Quand le moment viendra de faire une réforme sérieuse des retraites, si
le Gouvernement va dans le bon sens, je le soutiendrais.

Cela veut dire quoi, le bon sens ?
J’allais dire en même temps que...

… l’équilibre en 2012, comme le promet François Fillon ?
Non, mais on ne sera pas à l’équilibre en 2012. Evidemment, on raconte des histoires. Combien de fois à votre micro avez-vous reçu, Jean-Jacques Bourdin, des ministres, ces dernières années, qui vous expliquent que l’on va être à l’équilibre de la Sécurité sociale, des dépenses de santé et des retraites, dans deux ou trois ans.

Oui, de droite comme de gauche, et de nombreux gouvernements.
Je ne crois pas que l’on y arrivera sans réforme sérieuse. Alors, hier, François Fillon a écarté une idée, que pourtant je crois juste, qui est celle de retraites qui soient des retraites par points, c’est-à-dire qui garantissent à chacun de vrais droits et pas des droits constamment remis en cause. Que chacun sache exactement où il en est, devant la retraite, et quelle sera la retraite exacte qu’il recevra. Il a écarté cela en disant que ce n’était pas la tradition française et qu’il fallait en rester à la tradition française. Je pense que c’est pourtant une voie qui est juste et je regrette que le Premier ministre l’ait écartée. D’une manière ou d’une autre on y reviendra. On ne va pas rester dans ce déséquilibre des retraites. Les régimes spéciaux...

Voilà. Est-ce que vous voterez le texte de loi, le jour où il y aura un texte de loi concernant les régimes spéciaux ?
Ce qu’on nous annonce, c’est qu’il n’y aura pas de loi. Comme vous savez, donc...

Oui, pour l’instant. Mais, vous, vous trouvez que le Gouvernement, sur les régimes spéciaux, agit bien ? Est-ce que vous trouvez que le Gouvernement a pris le dossier dans le bon sens, que le dialogue est bien installé ?
S’il y a un dialogue suffisant avec les entreprises ou à l’intérieur des entreprises, oui, je pense que ce serait la bonne direction, parce que vous savez bien, les régimes spéciaux des uns n’ont rien à voir avec les régimes spéciaux des autres. Il y a des métiers pénibles qui méritent des régimes spéciaux et il y a des métiers qui ne sont pas pénibles et qu’il faut aligner sur le cas le plus général, celui qui touche tous les Français. Il y a aussi le fait que lorsqu’ils ont signé leur contrat au départ, les personnes qui se sont engagées dans ces métiers-là, l’ont fait avec l’engagement qu’ils auraient, pour la retraite, des conditions particulières, et je ne suis pas pour qu’on néglige cela. C’était la raison pour laquelle, dans la souplesse d’une retraite par points, on pouvait prendre en compte ce genre d’engagement. Quelqu’un qui a fait par exemple 38 ans à l’intérieur d’une entreprise, avec la certitude ou l’espoir qu’il pourrait prendre sa retraite à 55 ans, pour celui-là, il faut tenir compte des 38 années qu’il a faites. Ce n’est pas la même situation que quelqu’un qui vient d’entrer dans la même entreprise. J’aurais voulu que la réflexion sur la retraite prenne en compte la diversité des situations : pénibilité, temps passé dans l’entreprise avec le contrat qui prenait en compte la retraite et réalité économique qui fait qu’il y a de plus en plus de personnes âgées et qu’il y a aussi des gens au travail, qui sont pour l’instant surchargés.

François Bayrou, vous allez rencontrer aujourd’hui François Hollande. Vous allez parler des municipales ?
Pas du tout.

Pas du tout ?
Pas du tout. Et je vais rencontrer...

Est-ce qu’il y aura des accords possibles entre le PS et le MoDem, aux municipales ?
Il y aura des accords possibles...

Locaux ?
Locaux...

Dans certaines villes ?
...Entre l’UMP et le Mouvement démocrate, et entre le Mouvement démocrate et le Parti socialiste. Et je souhaite que chaque fois que ces accords interviennent, les listes soient le plus larges possibles, parce que je ne crois pas que l’approche pour une élection locale, municipale, doive être une approche seulement politique. Ou plus exactement, je ne crois pas que l’approche pour une élection locale doive être une approche partisane. Je pense que ce qui compte dans une ville, c’est la vie de ceux qui y vivent et qui la forment. Donc, je suis en effet pour qu’on puisse avoir des rassemblements plus larges que un camp contre l’autre. Le Mouvement démocrate, l’UDF, regarderont ville par ville et seront capables de nouer des accords...

A Paris, vous choisissez qui ? L’UMP ou Bertrand Delanoë ?
A Paris, j’espère bien que les listes autonomes que nous présenterons dans chacun des arrondissements et que Marielle de Sarnez conduira, convaincront les Parisiens et que la question qui se posera ne sera pas à qui on se rallie mais qui se rallie à nous.

Qui se rallie à vous. Même chose à Lyon, à Marseille, à Toulouse, dans les grandes villes ? Je parle des grandes villes. Vous avez choisi, déjà, ou... ?
Mais, vous voyez bien que vous enfermez le sujet, et je n’ai pas l’intention de le laisser enfermé. Il y a des maires que je considère comme des maires responsables et menant des politiques positives pour les villes, et je n’ai pas envie...

Celui de Lyon ?
Je n’ai pas envie...

Celui de Marseille ?
Et je n’ai pas envie d’enfermer la discussion comme ça. L’idée qui est la mienne, c’est que dans le plus grand nombre des villes de France, nous présentions aux électeurs des listes qui, enfin, auront une approche non partisane.
Je n’ai pas envie que les mairies soient uniquement un jeu d’étiquettes. Les écoles, le plan de circulation, l’urbanisme, les déplacements...

Le logement.
Le logement dans les villes. Tout cela, pour moi, ne répond pas à une étiquette. Ça n’est pas un jeu uniquement entre les partis politiques. Et c’est ainsi que nous allons aborder les élections municipales.

Azouz Begag, candidat à la mairie de Lyon….
A la candidature….

…veut faire de Lyon une ville anti-Sarkozy. A-t-il raison ou tort ?
Il a tort.  Avec beaucoup d’amitié pour lui parce que c’est une personnalité très intéressante et membre du gouvernement précédent, je veux lui que ce n’est pas la bonne approche. On ne va pas recommencer à faire du camp contre camp, du tous  contre un ou un contre tous . En tous cas, pour moi, ce qui compte dans une élection municipale à Lyon ce n’est pas principalement la politique nationale, c’est principalement la vie des Lyonnais. Et c’est principalement dans l’idée que nous proposerons aux Lyonnais que se trouvera l’adhésion que les électeurs nous apporteront. Je refuse les attitudes sectaires. Je les refuse quand il s’agit du combat classique des uns contre les autres, je les refuse dans cette approche. Les élections municipales sont faites pour rendre meilleure la vie des gens dans une ville.

Est-ce que Nicolas Sarkozy vous a fait une proposition lorsqu’il vous a reçu ?
Je pense que Nicolas Sarkozy aurait souhaité  – il l’a dit à la télévision – que je rentre dans cette majorité nouvelle. Ce n’est pas mon approche, je pense que ce dont la France a besoin, c’est qu’on bâtisse ou qu’on offre aux Français un choix différent.

Vous êtes déjà en 2012…
… Non. Je suis en 2007 et même le 26 septembre 2007. Je sais exactement où nous en sommes et il y aura, je vous le dis, beaucoup d’eau qui coulera sous les ponts avant 2012 et l’obsession de 2012 n’est pas la mienne.

Le temps médiatique du Président, surtout ses interventions à la télévision, doit être pris en compte au même titre que celui du gouvernement, dit François Hollande. Etes-vous d’accord ?
C’est principalement aux journalistes et aux rédactions, qui s’inquiètent beaucoup aujourd’hui – vous savez qu’il y a des mouvements d’inquiétude dans toutes les rédactions – de prendre en compte cet équilibre nécessaire. J’ai une certitude que j’ai exprimée devant la Commission Balladur : il va falloir qu’on inscrive, dans la Constitution, la défense du pluralisme dans les médias.

Cela veut dire ?
Des précautions contre la concentration excessive et des précautions contre des influences excessives.

Cela veut dire interdire à des grands groupes passant commande avec l’Etat de posséder des médias ?
Comme vous le savez, c’était mon programme présidentiel. Je considère qu’il y a là un sujet qui doit inquiéter tout le monde. L’évolution du paysage médiatique, comme on dit, avec des concentrations excessives et des influences excessives du monde de l’argent, de la puissance économique et financière et de l’Etat. On doit protéger la liberté de l’information contre ces influences que tout le monde voit aujourd’hui se déployer et vous avez vu que les syndicats de journalistes ont hier allumé un feu d’alarme sur ce sujet.

Vous avez discuté de pluralisme et de séparation des pouvoirs avec François Hollande. Concernant la réforme des Institutions, comment allez-vous faire avancer le dossier de la proportionnelle aux législatives ?
C’est en effet une question clé. Vous voyez bien que les Institutions ne fonctionnent pas. Vous voyez bien que le pluralisme n’est pas défendu en France et vous voyez bien que de ce point de vue-là, c’est un handicap pour notre pays. Il se trouve que si on ouvre le sujet de la réforme des Institutions, alors cela ne peut pas se faire sans que le gouvernement obtienne le soutien des parlementaires soit du Parti socialiste, soit du Mouvement démocrate ou de l’UDF, comme ils sont organisés en groupe au Sénat. Je pense donc qu’il faut que nous exercions cette responsabilité. Si nous sommes la clé du changement des Institutions, il faut que nous disions calmement et sereinement qu’il y a un certain nombre de points de passage obligés, que notre pays se dote enfin d’une loi électorale plus juste qui fera que tous les grands courants d’opinion qui passent la barre de 5% soient certains d’avoir une représentation à l’Assemblée nationale. 5%, c’est plus d’un million de Français. Quand vous êtes un million dans un courant politique, il est légitime que vous soyez représentés. Nous allons aborder cette question, mais il y en a d’autres, par exemple la défense de l’indépendance de la Justice qui est pour moi aussi une question clé dans les Institutions.

Deux députés UMP ont déposé une proposition de loi demandant  l’interdiction de la corrida. Vous approuvez ou pas ?
Je ne suis pas un aficionado. J’ai trop de goût pour la vie des animaux, celle des taureaux, des chevaux, pour que je sois passionné de ce spectacle. Mais il faut prendre ce sujet avec prudence parce qu’il fait aussi partie de la culture de millions de Français qui considèrent que c’est quelque chose de très important pour eux. Je ne voterai pas cette interdiction, en comprenant leur émotion, mais je ne suis pas pour qu’on fasse ainsi tomber le couperet sur des activités qui viennent du fond des siècles.



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