8 septembre 2010
François Bayrou était ce mercredi l'invité politique de Caroline Roux dans la Matinale de Canal+.
Maïtena Biraben : François Bayrou, bonjour.
François Bayrou : Bonjour.
Maïtena Biraben : Soyez le bienvenu.
Caroline Roux : Bonjour François Bayrou. Alors la question qui se pose ce matin c'est de quel côté penche désormais le rapport de force ?
François Bayrou : La réforme, qui est pour moi une réforme nécessaire, indispensable, on va peut-être, en discutant, en faire la preuve, cette réforme est menacée. Et elle est menacée par l'injustice ou les injustices que contient le texte du gouvernement. Pour qu'une réforme de cette importance passe, pour que l'opinion adhère, pour que les Français disent : Bon, on est obligés et il faut le faire de la manière la plus équilibrée, il faut qu'elle soit juste. Hors celle-là, vous le savez, elle présente, à mes yeux, au moins deux injustices, très importantes...
On va y venir… C’est important, il y a eu 2,5 millions de personnes dans la rue
hier, qu’est ce que ça change, François Bayrou ?
Ça change, évidemment, l’ambiance, parce que ça montre au gouvernement qui croyait que
tout cela se passerait, au fond, sans réaction importante, ça montre au gouvernement que les
Français sont devant ce texte, devant cette retraite avec beaucoup d’ambiguïtés, sont en
situation de refus, ou en tout cas de réticence.
Donc il faut répondre à ces attentes ?
Oui.
Nicolas Sarkozy devrait le faire lors du conseil des ministres ce matin, quelles avancées,
précisément, vous attendez sur ce texte ?
Si je puis faire une réflexion…
Je vous en prie.
Dans un pays normal, on a une discussion préalable, on a une négociation, on est tous autour
de la table, toutes les forces syndicales, les entreprises et aussi les grands courants
démocratiques du pays, on confronte les positions des uns et des autres, on élabore un projet et on
va au parlement ensuite.
C’est ce qu’il s’est passé.
Non. La négociation, ou la discussion, même, n’a pas eu l’ampleur qu’elle
aurait du avoir. Et on va au parlement ensuite et c’est au Parlement de décider. Là,
c’est l’Elysée qui décide, oui ou non, ce que va voter le Parlement. Vraiment, du point
de vue de l’amour-propre, de ce que les parlementaires qui représentent le peuple français
devraient être, franchement, c’est discutable. En plus, est ce que ça va arrêter le mouvement
? Pour moi, j’en doute beaucoup. Parce que les avancées, comme on dit, je ne sais pas très
bien ce que ce mot veut dire, mais les avancées que l’on dit que le gouvernement est prêt à
faire, ces avancées, elles seront forcément mineures, il faudrait qu’elles touchent la
pénibilité, vous avez entendu hier, beaucoup, beaucoup de ceux qui défilaient disaient « des
métiers qui usent, des métiers de poseur de sol, des métiers de bâtiment, des métiers de charpente
». Il y a des métiers qui sont physiquement usants.
C’est prévu, ça, c’est ce qu’à dit Eric Woerth, c’est ce qu’à
dit Claude Guéant, des avancées sur la pénibilité, les carrières longues et les polypensionnés. Et
bien moi je dis que l’injustice la plus importante de ce texte que le gouvernement, pour
l’instant, a refusé de remettre en cause, c’est le fait qu’on fasse payer la
réforme aux gens qui auront les retraites les plus basses, en renvoyant à 67 ans, 67 ans,
l’âge auquel ils auront le droit de faire valoir leurs droits. Parce qu’on dit « taux
plein », cette expression plein est un mensonge, est une dissimulation de la vérité, c’est
pas des retraites à taux plein, c’est les retraites avec les annuités que vous avez acquises,
si vous avez la moitié des annuités, vous partez avec la moitié de la retraite, mais pourquoi est
ce qu’on vous interdit de faire valoir vos droits, quand vous avez 65 ans. Faire payer la
réforme par les plus faibles, c’est une injustice majeure. Monsieur Chérèque avait ouvert la
porte, le gouvernement l’a refermé, je crois qu’il est impossible d’arrêter ce
mouvement si on ne fait pas des corrections fortes des injustices. Et j’ajoute que je vois
pas comment on fait les corrections fortes des injustices alors que le débat est devant
l’Assemblée Nationale.
Quand vous entendez dire François Chérèque, vous venez de le citer, dire qu’il
organisera la radicalité, s’il n’y avait pas d’avancées, de la part de François
Chérèque, est ce que ces propos vous inquiètent ?
Et bien, quand un mouvement de cet ordre est parti, il est très difficile de l’arrêter
si on ne remet pas fondamentalement en cause les injustices qui frappent les gens. Alors il y a
beaucoup d’ambiguïtés sur ce sujet. Parce que, en vérité, quand je dis que la réforme est
vitale, on s’aperçoit que des responsables politiques très importants sont en train
d’évoluer vers cela. Martine Aubry, hier, a dit : « On est pour la retraite à 60 ans, mais
pas à taux plein ». Si on s’arrête une seconde sur cette phrase, qu’est ce que ça veut
dire la retraite à 60 ans, pas à taux plein ? Ca veut dire que, toute leur vie, les gens qui
prendraient leur retraite à 60 ans partiraient avec des pensions de retraite qui seraient mineures.
On baisserait ce que touchent tous les mois les retraités qui accepteraient de partir à 60 ans.
C’est, me semble-t-il, y’a quelque chose qui est de l’ordre de la remise en cause
que l’idée de la retraite ça permet de vivre convenablement.
On va parler un peu du remaniement ?
Oui, une nouvelle fois on vous retrouve entre l’UMP et le PS sur une ligne de crête
qui est pas forcément facile à comprendre.
Excusez-moi, c’est pas entre, c’est autre. Vous comprenez ça ?
Oui.
Non mais, on s’arrête juste une seconde, parce que le remaniement, c’est moins
important.
Si, c’est important, François Bayrou, d’avoir votre avis sur ce point.
Attendez, laissez-moi finir la phrase. Il y a des millions de Français qui veulent une autre
politique que celle qui est suivie, et qui en même temps ont pas envie de prendre leur carte au PS.
C’est aussi simple que ça. Et donc, c’est pas entre les deux, c’est « autre » que
les deux.
Est-ce que cette « autre » centre…
Très bien.
Vous avez vu, j’apprends vite. Est ce qu’il peut être incarné par Jean-Louis
Borloo ? Qui serait en lice, nous dit-on, pour Matignon, est ce que ce serait une bonne nouvelle
pour François Bayrou, homme du centre, de voir Jean-Louis Borloo à Matignon ?
Tout ça est de l’ordre de la plaisanterie, de la communication. Quand vous avez des
personnes, quelque soient ces personnes, je veux pas en discuter, qui siègent au gouvernement,
depuis bientôt 10 ans, depuis plus de 8 ans, pour les uns et depuis 3 ou 4 ans pour les autres, qui
ont dit oui à tout. Comment voulez-vous qu’ils incarnent une politique différente ? Mais, ils
savaient ce qu’ils faisaient en étant dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy, et avant dans
d’autres gouvernements.
Ils n’incarnent plus les valeurs que vous défendez ?
Non, je ne veux pas dire du mal des personnes. Je veux vous dire simplement qu’il faut
une cohérence dans la vie et que quand vous avez été membre d’un gouvernement, vous assumez
la politique qui a été suivie par ce gouvernement.
Mais ça fera un bon premier ministre quand même, non ?
Bon, j’essayais.
Mais vous apprenez vite, c’est ça la bonne nouvelle Caroline. Bon, on va passer au
j’aime / j’aime pas, vous allez nous dire si vous aimez ou si vous n’aimez pas,
Bernard Tapie, c’est une information du Canard Enchaîné ce matin, qui va empocher 210
millions d’euros de la part de l’Etat.
C’est à pleurer. Dans le pays, avec les difficultés que nous avons, avoir fait cette
opération, pris cette décision, aux frais du contribuable, de faire de Bernard Tapie une des
personnes les plus riches de France, et mentir au Parlement, parce que vous vous souvenez de la
controverse avec madame Lagarde, on nous disait « non, mais non, vous exagérez les choses, il aura
au plus 30 ou 60 millions », 30 millions d’euros, c’est plus que l’euromillions.
La somme n’est pas confirmée par Bercy pour l’instant.
210 millions d’euros, qui ont été pris au contribuable français pour donner à Monsieur
Tapie en mentant au Parlement et aux représentants du peuple, et bien dans n’importe quel
pays du monde, ça entraînerait des décisions radicales, en tout cas, moi je souhaite que la
commission des finances convoque madame Lagarde pour qu’elle vienne dire pourquoi on a menti
aux représentants du peuple.
On continue ? J’aime / J’aime pas : Participer aux primaires au centre
?
C’est pas le temps de la politique politicienne, de tout ce genre de mécanismes et de
cuisine, donc, pour moi, en tout cas, ça n’est pas ça le sujet, le sujet c’est : « Est
ce qu’on a quelque chose de différent à dire » ? N’est ce pas ? Ceux qui disent «
Centre », si c’est la même chose que les autres, à quoi ça sert de prétendre avoir une ligne
politique différente ? Donc, ce qui compte, c’est est ce qu’on a quelque chose de
différent à dire, est ce que dans le passé on a montré qu’on disait la vérité aux Français,
et est ce qu’on peut leur proposer un autre projet pour l’avenir.
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au MODEM de dénoncer....
Posté par : gilco | 10 septembre 2010 08:26le premier ministre à l'émission "à vous de juger" nous a annoncé un SCOOP. "les carrières longues (ceux qui auront commencé leur activité très jeunes) bénéficieront d'une retraite à 62 ans après avoir totalisé plus d'annuités que nécessaire, feront bénéficier de ce complément d'activité à ceux qui auront commencé leur carrière tardivement du fait d'études longues : ceux là bénéficieront d'une allocation de 8 trimestres gratuits ? Scandaleux, ces gens qui auront bénéficié des avantages liés aux étudiants à la charge des contribuables (bourses, etc..etc...) s'ils ont débuté leur carrière à 27 ans, s'ils souhaitent partir à 62 ans,pourront le faire avec 37 annuités dont 35 travaillées !!! Ce sont bien les carrières longues et souvent pénibles qui le leur permettront. Ajoutant à celà, les possibilités pour les fonctionnaires ayant eu 3 enfants de prendre leur retraite après 15 ans de service que je dénonçais hier. Pendant ce temps, rien pour les femmes du privé qui ont arrêté leur activité pour élever leurs enfants....... à suivre : les mesures qu'on va nous présenter pour les poly pensionnés, parmi lesquels on retrouvera sans nul doute tous ceux qui ont reçu une retraite sans comptabiliser les annuités (l'exemple ci-dessus pour 3 enfants - les militaires - les parlementaires....etc...etc....) OUI, la réforme des régimes spéciaux doit se faire maintenant (Tous les régimes spéciaux) : mise à plat général POSSIBLE NON ? et JUSTE !!! POUR FAIRE PREUVE DE JUSTICE SOCIALE Par ailleurs les mesures de rabotage des niches fiscales sont des mesures contre l'emploi pour celles qui concernent l'immobilier par exemple. Pendant ce temps que dit on des avantages aux fonctionnaires OUTRE MER ??? etc...etc... à suivre
qui faire payer?
Posté par : coolfifi | 9 septembre 2010 16:54Je suis bien consciente que l'idée simpliste de "faire payer les riches" est assez irréaliste vu l'armée de fiscalistes que ces fameux riches ont à leur disposition pour faire "fondre" légalement la partie imposable de leurs revenus. Mais l'idée de faire participer chacun à hauteur de ses revenus est tout de même un idéal vers lequel on devrait oser tendre au lieu de baisser d'emblée les bras. Il ne me paraît donc pas totalement idiot de chercher tous les moyens possibles pour limiter les fameuses solutions d'évasions légales que ces fiscalistes offrent à leurs clients dont le plus souvent le seul mérite consiste à recevoir une rente d'un héritage qu'ils auraient été parfaitement incapables de constituer par leurs simples talents. Je sais que l'on nous rabâche que nous sommes le pays d'Europe où l'on taxe le plus les riches mais est-ce bien toujours vrai? Compare-t-on vraiment ce qui est comparable en prenant en compte tout ce qui rentre en ligne de compte? Nos cadres supérieurs seraient-ils en mesure d'offrir des écoles privées à tous leurs enfants aux prix qui sont demandés en Grande Bretagne? Pourraient-ils financer les études de leurs bambins dans les grandes écoles? Ce sont quand même essentiellement leurs enfants qui y entrent et bénéficient des subventions de l'Etat (donc de l'argent de l'impôt) au détriment des "économies" demandées aux étudiants des universités. Si ces grandes écoles ou Sciences po, pratiquaient le prix réel que leur coûte un étudiant, seraient-ils prêts à payer la facture? Pourraient-ils s'offrir à la fois des assurances privées pour leurs frais médicaux (en Allemagne une assurance privée s'engageant à vous rembourser les médicaments à taux plein mais tout autre frais (hospitaliers en particulier) à 50 pour cent vous coûte 900 euros par mois par personne. Ajoutons en 2000 autres pour financer sa future retraite en espérant qu'un nouveau krach boursier ne bouffe pas les produits financiers où vous avez placé ces fonds pour les faire fructifier quand vous serez à l'âge de la retraite, je me demande si ces fameuses classes supérieures n'ont pas déjà largement entamé la différence fiscale qu'il peut éventuellement y avoir entre les pays. Bien entendu les ultra-riches ne sentiraient rien passer. En conséquence, je suis persuadée qu'ils ne sentiraient guère la différence s'ils payaient vraiment leurs impôts comme les autres mais c'est juste l'excitation d'être plus forts que le fisc qui les motive, bien davantage qu'un quelconque sentiment d'injustice. Pour Johnny, le fait d'être fiscalisé en Suisse n'a semble-t-il toujours pas résolu ses problèmes financiers. Preuve s'il en était besoin que vivre au-dessus de ses moyens est tout aussi difficile en Suisse qu'en France.Tous ces avantages par rapport à des pays dont on nous vante tant le taux d'imposition, me semble systématiquement méprisés. Or ils comptent et puisqu'il y a une forme de "chantage" au départ des riches, de la même façon on devrait mettre sur la table tous les avantages publics dont ces fameuses classes trouvent normal de bénéficier tout en trouvant parfaitement insultant qu'on leur demande de contribuer aux impôts à proportion de leurs revenus comme les simples gens sous prétexte qu'ils seraient économiquement "mieux" actifs que les autres. Est-il prouvé qu'ils sont économiquement "mieux" actifs que les autres? Achètent-ils des produits français (produits et conçus en France) au pourcentage de leurs revenus? Dépensent-ils leur argent en France proportionnellement autant ou plus que les autres classes sociales? On nous dit qu'ils donnent des emplois aux autres et qu'il faut donc non seulement les respecter mais pratiquement les vénérer. Certes s'ils créent des entreprises compétitives mais s'ils sont rentiers ou de simples pousse-papiers? Bref, j'attends d'une réforme des retraites que TOUT soit mis sur la table: la convergence progressive des systèmes pour éteindre la violence sous-jacente de plus en plus perceptible dans les replis coorporatistes, le taux des retraites et son calcul, le taux des cotisations, l'assiette de ces cotisations. Doivent-elle être calculées sur les seuls salaires ou prendre en compte d'autres revenus, financiers, retraites chapeau, stock options? Pourquoi ne pas construire une transition vers un système à points qui donnerait à chacun à la fois liberté et lisibilité sur ces retraites? Définir les étapes indispensables pour parvenir en 10 ou 20 ans à un système qui paraîtrait équitable à tous, assurerait un minimum vital réaliste aux retraités et qui surtout ne demanderait pas des bricolages acrobatiques tous les 5 ans pour rééquilibrer les comptes. Tout le monde reconnaît aujourd'hui que la réforme Fillon a coûté beaucoup plus cher qu'elle n'a rapporté or dans cette réforme, j'ignore qui a gagné mais certains ont perdu plus de 20 pour cent sur leurs niveaux de retraite, c'est absurde. De bricolage en bricolage, parce qu'on pense qu'en biaisant, en ne mettant pas sur la table les problèmes qui fâchent, on va éviter la grève générale et donc s'épargner des soucis, on finit par "voler" ceux qui sont les moins dangereux, ceux qui n'ont pas de relais médiatiques, n'ont pas de relais syndicaux, n'ont pas les moyens de bloquer le pays bref, systématiquement les plus faibles socialement et financièrement. C'est une méthode de travail de nos politiques qui les discréditent tout autant que les trafics de légions d'honneur dont ils ne sont même plus conscients, le népotisme qu'ils pratiquent ou les privilèges qu'ils s'arrogent en étant persuadés d'être plus blancs que blancs, des modèles de vertu.
Ca va être difficile ...
Posté par : audomarois | 9 septembre 2010 13:17François Bayrou : "Faire payer la réforme des retraites par les plus faibles est inacceptable" C'est un point de vue intéressant , mais les frontières ayant disparu , et les capitaux circulant librement , les gens les plus fortunés , logiquement vont s' arranger pour placer leur argent bien à l' abri du système de prélévements obligatoires français Ainsi , informons les électeurs : Toute solution qui reposera sur l' Idée - simple et généreuse - " Faire payer les riches " est inefficace dans une économie ouverte , sans frontière ...
210 millions à Tapie
Posté par : sylva71 | 9 septembre 2010 11:43Lettre ouverte à Monsieur Tapie 210 MILLIONS = 11667 années de SMIC soit près de 20 ans de salaire pour les 600 salariés licenciés de Wonder, entreprise racheté par vous-même en 1984, ces licenciements entraîneront une augmentation de l'action Wonder de 560%. Monsieur Tapie, je vous le demande solennellement, combien vos actions ont coûtés et continueront de coûter au citoyen que je suis ? Combien d'argent perdu par nous depuis que vous sévissez ? Merci de ne plus inonder ma boîte mél de vos promesses de gains pour votre nouvelle entreprise, vous vous êtes déjà assez enrichi sur mon dos, un peu de pudeur serait la bienvenue.
Affaire Tapie
Posté par : libre | 9 septembre 2010 11:11Sur Europe 1, Bernard Tapie a déclaré "Ce que je trouve absolument incroyable, c'est de faire croire aux gens que cette somme est le fait du prince, que c'est un cadeau".
Il a raison : cette somme n'est pas le fait du prince, un cadeau. C'est la procédure arbitrale acceptée par l'Etat et qui a conduit au versement de ces sommes astronomiques à Tapie qui est le fait du prince, un cadeau.