5 mai 2011
François Bayrou, président du Mouvement Démocrate, a accordé un entretien au Figaro Magazine le vendredi 6 mai, dans lequel il revient sur les grands sujets d'actualité du moment.
Retrouvez le texte en intégralité.
Le Figaro: Quelles conséquences tirer de la mort de Ben Laden?
François Bayrou: Première leçon : dans la lutte à mort entre terrorisme et démocraties, ce
sont les démocraties qui gagneront. Deuxième leçon : la vraie puissance est dans la persévérance.
Les Etats-Unis ont su poursuivre une action déterminée pendant dix ans, malgré les changements de
majorité, sans se laisser distraire une seconde de leur but. Cela fait toute la différence entre la
volonté et la velléité. C'est une leçon qui vaut aussi pour nous. Nous ne sommes pas une grande
puissance par les moyens mais nous pouvons l'être par la volonté.
Le Figaro: Cette mort doit-elle conduire la France à retirer ses troupes d'Afghanistan?
François Bayrou: Notre présence en Afghanistan, décidée sous gouvernement Jospin, maintenue
depuis, pour poursuivre les auteurs du 11 septembre et priver le terrorisme de sa base arrière, est
justifiée. J'ai voté en faveur de cette action et ne le renie pas. Le jour où la coalition sortira
d’Afghanistan, et tout le monde souhaite que ce jour ne tarde pas, il faut que la transition
se fasse dans l’ordre et que soit transmis aux Afghans eux-mêmes un pays sécurisé, ou au
moins sécurisable.
Le Figaro: Jean-Louis Borloo et ses amis veulent créer une confédération des centres. En
serez-vous?
François Bayrou: Non.
Le Figaro: Pourquoi?
François Bayrou: Parce que tout cela n’a de centre que le nom. Si les mots ont un
sens, le centre veut dire qu'on récuse la guerre des deux camps. Or que disent ceux qui veulent
constituer cette confédération ? Qu'ils sont dans le camp de la majorité. Un groupuscule de plus,
cela ne sert à rien. Je veux qu’on sorte de cet affrontement caricatural. En vérité, chacun
des camps est malade. La poussée de l’extrême droite ruine l’idée d’une droite
unique. Le Front national fait tanguer l’UMP. Les divisions de la gauche apparaissent au
grand jour. Qu’y a-t-il de commun entre Mélenchon et Strauss-Kahn ? Aucun des deux camps
divisés ne peut répondre aux problèmes du pays. S’ils l’emportent, l’impuissance
est garantie. Il faut donc une nouvelle vision de notre démocratie, et une majorité nouvelle
Le Figaro: Vous ne travaillerez pas avec eux ?
François Bayrou: Si ces hommes politiques reconnaissent un jour qu'ils se sont trompés, je
serai attentif. Mais il faut des explications : on ne peut pas avoir été cinq ans ministre de
Chirac, puis quatre ans ministre d'Etat de Sarkozy, avoir été candidat à Matignon, et en quelques
semaines ouvrir la guerre à l’intérieur de la majorité sans clarification !
Le Figaro: Vous vous retrouverez un jour?
François Bayrou: J’ai conservé pour beaucoup d’entre eux de l’affection,
et pour ceux qui le méritent de l’estime. Nous parlons ensemble bien plus qu’on ne le
croit. Je n'ai aucun doute que nous nous retrouverons. Nous avons bien des convictions en commun.
J’ai conservé avec Michel Mercier, le garde des sceaux, des liens d’amitié qui ne se
sont jamais démentis. Idem avec Jean Arthuis, dont je pense qu’il fait un bon travail à la
Commission des finances du Sénat. Je n’oublie jamais que tous nous appartenons au même
courant politique, même s’il est provisoirement divisé, et que donc notre avenir est
forcément ensemble.
Le Figaro: Avant la campagne présidentielle?
François Bayrou: Je le souhaite, bien sûr. Je ne vis pas de ressentiment. Ma seule exigence
est de clarté. Ce courant politique, le courant démocrate, n’est pas soluble dans la
majorité, et est différent du socialisme. Il est indispensable à l’avenir de notre pays.
Certes, le chemin d'indépendance que nous avons choisi a été difficile à expliquer à beaucoup de
nos électeurs et de nos élus. Certains ont cru que nous changions de camp. Ils savent
aujourd’hui que ce n'était pas le cas. Le dialogue en sera facilité.
Le Figaro: Dans les sondages, il y a une percée de Borloo...
François Bayrou: Ce qui comptera pour les électeurs, c’est la cohérence.
Le Figaro: Le MoDem compte peu d'élus. Comment réunirez vous les parrainages nécessaires à
votre candidature en 2012 ?
François Bayrou: Les élus indépendants et les élus du centre se comptent par milliers. Ils
ne se laisseront pas intimider. Nous avons bâti un courant politique qui a les moyens de son
indépendance politique et financière. Nous avons tenu le cap sans jamais en changer. Et le pays a
le plus grand besoin de ce renouvellement. Il a besoin de gouvernants nouveaux, courageux et
crédibles. Et il a besoin de réponses nettes sur tous les grands chapitres de son avenir.
Le Figaro: Quand prendrez vous votre décision définitive ?
François Bayrou: Ma décision définitive mûrit depuis longtemps. Mais je ne veux pas entrer
dans le jeu de ces candidatures qui poussent comme des champignons, semaine après semaine.
Le Figaro: Votre détermination est totale et ne dépend pas des scores potentiels d'autres
candidats ?
François Bayrou: Non. Je suis et je serai au rendez-vous. Le temps viendra.
Le Figaro: Hulot est sur la même ligne que la vôtre qui récuse la bataille des deux camps.
Sa candidature vous inquiète?
François Bayrou: J'ai de bonnes relations avec Nicolas Hulot. Je pense simplement que ses
valeurs sont antagonistes avec l'appareil des Verts. Cette contradiction est trop forte pour que
cette alliance fonctionne bien.
Le Figaro: Ses valeurs sont compatibles avec les vôtres ?
François Bayrou: Dans la classe politique, je suis l'un de ceux qui est depuis longtemps le
plus sensible aux questions écologiques. Ma jeunesse dès mes 18 ans c’était auprès de la
communauté de l'Arche, une des sources de ce que devint ensuite l'écologie. J'étais un étudiant
admiratif de Jacques Ellul, qui en fut une autre source. Je sais ce que représente la terre, les
écosystèmes, et par toutes mes fibres j’y tiens. Ma différence, sur un point fondamental,
avec certains d’entre eux, c’est un certain malthusianisme, la mise en doute de
l’action de l’homme dans le monde. Pour moi, l’humanité peut, par la science, la
recherche, la conscience, faire du bien à la planète. Et même la planète Terre, c’est la
nature, le cosmos plus l’homme. Sans homme, il n’y a pas de nature au sens où nous
l’entendons.
Le Figaro: Que retenez vous des quatre premières années de Nicolas Sarkozy à l'Elysée?
François Bayrou: Nicolas Sarkozy est un homme politique doué d'une grande énergie, qui ne
baisse pas les bras, qui croit à l’action. C’est à mettre à son crédit. Mais le bilan
est cruel. Je ne vois pas un seul chapitre de la vie nationale qui aille mieux en 2011 qu'il
n'allait en 2007. L'éducation ne va pas mieux. Notre économie est, dans bien des secteurs, en
péril. L'emploi souffre. Le secteur de la santé est en doute. La sécurité ne s’est pas
améliorée. La justice est dans une crise sans précédent. Les membres de la fonction publique se
sentent abandonnés. Les choix initiaux du quinquennat expliquent cette impasse.
Le Figaro: Sur le fond, pourquoi vous êtes-vous opposé à lui ?
François Bayrou: De tout ce que j'ai écrit dans Abus de pouvoir il n'est pas une page qui se
soit révélée fausse. Au-delà de ses qualités de combattant, il a porté deux grandes erreurs. La
première est dans son système de valeurs. Il porte respect et considération à des choses qui
n’en méritent guère : l’arrogance de l’argent et la notoriété. Toute la fausse
monnaie dont notre monde est remplie. C’est cela qui lui parle. Tout le reste, la recherche,
la science, la philosophie, la culture, la création, le profond de la vie, il l'a mis au second
plan. Deuxième erreur, il a fait de la fonction présidentielle, une fonction partisane. Organiser à
l'Elysée les réunions de son parti, aller caresser dans le sens du poil les donateurs, multiplier
les nominations de complaisance. Partout où il aurait du choisir l'Etat impartial, il a choisi
l'Etat arbitraire ou partisan.
Le Figaro: Mais il a nommé un socialiste comme président de la Cour des comptes et un autre
à la commission des Finances...
François Bayrou: Oui. Je ne sais d’ailleurs pas si être socialiste est un critère
suffisant… (sourire). Mais décider de nommer le président des chaînes publiques de télévision
et de radio à l'Elysée est une régression que la France n’aurait pas dû accepter. Et
l’arbitraire d’État ! Dans l'affaire Tapie, le contribuable français a été spolié de
250 millions d'euros. 250 millions c'est deux années pleine des salaires des 15000 postes
d'enseignants supprimés !
Le Figaro: S'agissant des réformes que Nicolas Sarkozy a engagées, reconnaissez-vous au
président le courage de les avoir menés jusqu'au bout ?
François Bayrou: Le courage vaut si l'on va dans la bonne direction. Il y a –
heureusement !- des points positifs. Le statut d’auto entrepreneur, une certaine autonomie de
gestion des universités. Mais les mesures les plus significatives répondaient à une logique
profondément inégalitaire. Que Madame Bettencourt ait payé proportionnellement moins d'impôt qu'un
smicard grâce au bouclier fiscal était une faute grave. Laisser filer le déficit et la dette
pendant des années, nous chargera longtemps. La réforme des retraites n’est pas financée et
elle frappe le plus gravement les femmes de plus de 65 ans qui n’ont pas les annuités.
Le Figaro: Vous approuvez le statut d’auto entrepreneur, c'est pourtant l'aspect le
plus libéral de sa politique ?
François Bayrou: Oui, parce que cela multiplie les créations d'entreprise et cela libère les
énergies.
Le Figaro: Comment réagissez vous à la défiance des peuples qui s'expriment à travers la
montée de l'extrême droite partout en Europe ?
François Bayrou: Les peuples ont le sentiment qu'ils n'ont plus de prise sur leur destin. Et
hélas !, même les institutions européennes sont devenues un labyrinthe illisible pour la plupart
des citoyens.
Le Figaro: Vous comprenez dès lors que les électeurs, déboussolés, se tournent vers des
partis comme le Front national ?
François Bayrou: Qu'ils se tournent vers ces mouvements, je ne l’accepte pas et je le
combattrai. Car c’est à eux-mêmes qu’ils risquent de nuire. Le FN propose comme potion
magique, deux poisons mortels : il oppose entre eux les Français en fonction de leur origine, de
leur religion, de la consonance de leur nom… Aucun pays ne peut vivre diviser contre
lui-même. Le deuxième poison consiste à vouloir sortir de l'euro. Si par malheur, on se trouvait en
situation d'avoir un gouvernement assez fou pour le décider, alors on vivrait la misère. Avoir à
payer en monnaie faible une montagne de dettes libellée en monnaie forte, c’est la misère
pour tous, et le drame pour les plus pauvres.
Le Figaro: La prime aux salariés voulue par le président dans les entreprises qui voient
leur dividende augmenter, est-ce une bonne mesure ?
François Bayrou: C'est tout mélanger ! D’abord parce que ce n'est pas à l'Elysée que
doit se décider la politique salariale des entreprises. Comment voulez-vous qu’un pays marche
comme cela, à coups de foucades ? Prendre des mesures spectaculaires dans l’espoir
d’améliorer l’image, c’est forcément désordonné et à courte vue. Mais cela
aboutit à des absurdités : par exemple parmi les entreprises qui n’auront rien à payer il y a
Total !... Et une entreprise qui ne payait pas de dividendes depuis des années sera elle mise à
contribution ! Si l'on avait voulu poser cette question légitimement, profondément, même moins
spectaculairement, il suffisait d’améliorer la loi sur l'intéressement. Au bout du compte, il
restera un mauvais précédent et bien des frustrations.
Le Figaro: Il y a un autre anniversaire. C'est celui du 10 mai 1981. Pour vous, les
socialistes sont ils une force crédible d'alternance ?
François Bayrou: Dans le programme du PS, il y a des choses positives ou acceptables, bien
sûr, que nous défendons depuis longtemps, notamment sur les institutions. Mais je suis en désaccord
avec l’inspiration générale qui s'en remet à l'Etat, toujours, pour résoudre les problèmes.
L’État qui recrée des emplois jeunes, l’État qui encadre les loyers, l’État qui
règlemente à tour de bras. En réalité, ce qu’il faut c’est que l’État donne aux
Français les moyens de résoudre leurs problèmes eux-mêmes, qu’il les soutienne, en
particulier lorsqu’ils entreprennent, lorsqu’ils créent, lorsqu’ils portent un
service public. Il faut en finir avec la conception d'un Etat magicien et rendre à la société
confiance en elle-même.
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Commentaire refuse par le Figaro le 6/5/11
Posté par : liberal1 | 8 mai 2011 16:25LAURENT11 Ce ne sont pas les girouettes qui commandent le sens du vent, mais le vent qui oriente les girouettes. Le Figaro sent le vent tourner doucement vers la raison, c'est-à-dire vers le centre seul système capable de faire travailler le peuple de gauche (environ 30 pourcents réel des électeurs) et le peuple de droite (environs 25 pourcents réel des électeurs) sachant qu'il reste 45 pourcents du peuple non satisfait par les résultats de la bipolarisation. Depuis plus de 20 ans François Bayrou lutte pour que le Centre ne soit ni de droite ni de gauche mais une entité par elle-même qui avec ses propres idées puisse en discutant avec les uns et les autres réaliser une politique dont l'ensemble de la France soit fière et espère de nouveau en son avenir, et plus spécialement celui de ses enfants. Rétablissons l'état dans sa fonction originale, c'est à dire représenter l'ensemble des Français et plus particulièrement les plus démunis, favoriser la progression intellectuelle et technique, ce qui commence à nous manquer par manque d'ambition de notre population qui se désespère des politiques du bipartisme et n'a pour seule réponse lui semble-t-il que les extrêmes qui malheureusement ne peuvent que nous mener à la déchéance. Alors il n'est pas difficile de comprendre que le vote pour François Bayrou est non seulement le meilleur, mais le seul qui puisse nous sortir de cette torpeur morbide qui nous enveloppe. sur François Bayrou: «Je suis et je serai au rendez-vous» 23:40, le 06/05/2011 Répondre Refusé
voilà pourquoi le MoDem peut changer les choses, yes we can
Posté par : regisr | 8 mai 2011 08:49Le MoDem changera les valeurs de la politique appliquée par le Gouvernement actuel. François Bayrou le dit si bien: il y a deux valeurs essentielles qui seront changées:".. La première est dans son système de valeurs. Sarkozy porte respect et considération à des choses qui nen méritent guère : larrogance de largent et la notoriété. Toute la fausse monnaie dont notre monde est remplie. Cest cela qui lui parle. Tout le reste, la recherche, la science, la philosophie, la culture, la création, le profond de la vie, il l'a mis au second plan. Deuxième erreur, il a fait de la fonction présidentielle, une fonction partisane. Organiser à l'Elysée les réunions de son parti, aller caresser dans le sens du poil les donateurs, multiplier les nominations de complaisance. Partout où il aurait du choisir l'Etat impartial, il a choisi l'Etat arbitraire ou partisan..." Science(recherche fondamentale), Philosophie, Culture(education), création(recherche et developpement durable), tout profond de la vie(humanisme, civilité et patriotisme), ça se sont les valeurs de la croissance d'Une GRANDE Nation! et le PS avec sa politique égalitariste ne traitera pas en profondeur ces valeurs essentielles et n'offre pas d'alternative pour redresser notre société Nation essentielle dasn le monde Quand la vraie campagne 2012 sera lancée, François Bayrou pourra développé ces grandes valeurs qui font la force du programme Humaniste du MODEM dans les grands meeting electoraux et le grand rassemblement des français se fera par centaines de milliers..puis par millions. le Zenith se remplira a nouveau! et le second tour sera franchi ouvrant la porte à la gouvernance des "Démocrates" qui saura se placer ENTRE les syndicats et le Patronat gouvernance antipartisane, pour faire tourner rond la boutique FRANCE! François Bayrou est encore bien plus fort qu'en 2007 car il est le seul a avoir prédit ce qui se passe aujourd'hui et Abus de pouvoir n'en est encore que plus vrai! il a la grande expérience d'un grand homme politique aujourd'hui, il est prêt c'est notre OBAMA. début 2008 Obama bataillait dur au sein des démocrates pour être reconnu. 10 mois plus trad il triomphait dans le parc de Chicago devant des milliers d'Américains en pleurs de joie! aujourd'hui il montre encore qu'il est un Grand président qui montre la voie des Démocrates au monde régis78
être entendu ....
Posté par : ivag | 8 mai 2011 08:02Merci pour pour ses messages plus que convaincants ! Si ces mots pouvaient être entendus et crus par suffisamment de personnes, alors les sondages redonneraient au Modem, et à son leader, un poid suffisant pour décider les personnes proches, en idées, de se rapprocher de nous. En particulier Hulot, Artuis... Une réaction en chaîne pourrait ainsi demarrer et mener notre mouvement aux victoires nécessaires pour que nos idées puissent enfin servir notre pays, l'Europe, voire au-delà.
A bon chat , bon rat
Posté par : phiphilac | 7 mai 2011 22:09Je me permets d' émettre quelques doutes sur la qualité des sens des Français. Cela découle de l' éducation ?Il y a quelques années qu' ils en bouffent. A lire " le livre noir de l' agriculture " Isabelle Saporta chez Fayard.Philippe Lacroix,37.
Interview de François Bayrou dans le Figaro.
Posté par : Grand_Combien | 7 mai 2011 19:54François Bayrou a exposé parfaitement les définitions même d'un Centre en France; le Centre n'est et ne sera le Centre que s'il est libre et indépendant! Ce sont les deux conditions essentielles pour que le Centre puisse en 2012 figurer en bonne position afin de gagner et ainsi être porteur d'un Avenir Meilleur pour la France. Je crois en François Bayrou pour 2012 car il est porteur de cet Espoir! Il a tous la stature d'un Chef d'Etat, contrairement à beaucoup de candidatures fantaisistes pour 2012!!!