29 mai 2011
François Bayrou, président du Mouvement Démocrate, a répondu aux questions du journal Le Parisien, dimanche 29 mai.
Retrouvez ses propos, en intégralité.
Dix jours après la chute de DSK, le paysage politique semble peu modifié, y compris pour vous.
N’est-ce pas étonnant ?
François Bayrou : DSK avait une forte image politique : il était le candidat de gauche
crédible qui plaisait aussi à la droite. Le choc entre cette image et la réalité qu’on
découvre est difficile à digérer pour les Français. Il faudra des semaines pour en mesurer les
effets.
Dominique Strauss-Kahn, dites-vous, dépassait la gauche. Cette ambition-là est-elle morte
avec lui ?
François Bayrou : Pour reconstruire le pays, il faut dépasser les guerres de camps! Les
primaires du PS iront plutôt en sens inverse, puisqu’elles seront une guerre
d’appareil. Mais je n’abandonnerai pas cette conviction et je la défendrai.
La main tendue au PS, est-ce terminé ?
François Bayrou : Vous n’imaginez pas combien sont nombreux les Français, sociaux et
réalistes, qui veulent le changement, mais ne sont pas à l’aise avec ce qui se passe au PS,
avec son programme et ses guerres internes. Ceux-là, je les entends et les respecte, et je ferai en
sorte qu’ils aient leur place dans le débat et dans le changement.
Serez-vous un candidat antisystème ?
François Bayrou : Le système, c’est le bipartisme : deux partis ont alternativement
tous les pouvoirs et, au bout du compte, rien ne change. Si l’on veut un vrai changement, il
faut mettre fin au bipartisme et imposer le pluralisme. C’est ce que disent aussi les «
indignés » espagnols.
Vous parlez de renouveau pour la France; sur quoi porte ce renouveau ?
François Bayrou : D’abord, retrouver l’éthique en politique. Car les citoyens
n’ont plus confiance en rien, ou presque. Les mots mentent, les chiffres mentent, les
décisions sont prises dans la plus grande opacité, les médias sont soupçonnés, la loi est
contournée, les sondages sont utilisés, les scandales se succèdent. Pour que le pays redevienne
sain, il faut des règles nouvelles, de vérité et de bon sens, que seul le centre peut porter parce
qu’il ne dépend de personne.
Pourquoi, alors, vous opposer à vos anciens amis centristes Jean-Louis Borloo, Hervé Morin ?
François Bayrou : Au gouvernement, ils ont tout approuvé, tout voté, tout applaudi. Ils ont
supplié de rester, y compris comme Premier ministre de Nicolas Sarkozy! Ils revendiquent de faire
voter pour lui au second tour. Comment défendraient-ils la reconstruction? Pourtant, ils sont des
millions ceux qui, de bonne foi, ont été déçus et veulent une démarche nouvelle. C’est à
ceux-là qu’il faut proposer un chemin.
Vous ne croyez donc pas à une candidature Borloo ?
François Bayrou : A l’intérieur de la majorité, c’est le président sortant qui
s’imposera.
Pourtant, ce week-end, la nouvelle confédération des centres a été créée…
François Bayrou : Je vous le dis clairement : le mot centre n’a de sens que si le
centre choisit d’être libre et refuse d’être inféodé à un camp. On ne peut, à la fois,
être dedans et dehors.
Pourquoi contester autant la candidature de Christine Lagarde au FMI ?
François Bayrou : Depuis trois jours, on sait que le procureur général près la Cour de
cassation a saisi la Cour de justice dans l’affaire Tapie. Le réquisitoire dit en toutes
lettres que la ministre de l’Economie a « pris des mesures destinées à faire échec à la loi »
et qu’elle « a constamment exercé ses pouvoirs ministériels pour aboutir à la solution
favorable à Bernard Tapie ». C’est le plus haut magistrat du parquet en France! La nouvelle
directrice générale du FMI peut-elle être en même temps poursuivie devant la Cour de justice de la
République? Imagine-t-on l’effet dans le monde ?
Après DSK, Georges Tron est mis en cause dans une affaire de harcèlement sexuel. Que disent
ces deux affaires sur la politique ?
François Bayrou : J’ignore tout de cette seconde affaire. Mais pour les Français,
chaque fois, c’est un choc de plus.
Georges Tron doit-il démissionner ?
François Bayrou : C’est sa décision, et celles du Premier ministre et du président. Il
est sûr qu’il n’est pas facile d’être au gouvernement et accusé de tels faits.
La défense de Dominique Strauss-Kahn vous choque-t-elle ?
François Bayrou : Je trouve désespérant que l’on nous annonce que des centaines de
milliers de dollars vont être dépensées pour salir à tout prix la jeune femme victime, au moins
présumée, de cette violence.
La morale sera-t-elle au cœur de la campagne présidentielle ?
François Bayrou : Je me méfie du mot morale à tout bout de champ. Mais cette question : «
Peut-on faire confiance? », oui, elle sera au centre de l’élection.
Claude Guéant a parlé de l’échec scolaire des enfants d’immigrés. Qu’en
pensez-vous ?
François Bayrou : D’abord, que les chiffres avancés sont grossièrement faux. Ensuite,
que le choix de faire de l’immigration une obsession, sur tous sujets, rend le pays incapable
d’avancer. On sait bien qu’il y a davantage d’échec scolaire parmi les plus
pauvres, ce n’est pas une raison pour mettre les pauvres en accusation!
Y a-t-il un problème Guéant ?
François Bayrou : Si j’étais le président de la République, je conseillerais à M.
Guéant de faire son travail, de lutter contre l’insécurité, plutôt que d’allumer une
polémique nouvelle chaque jour.
Le gouvernement s’est-il empêtré dans l’affaire des radars ?
François Bayrou : Cafouillage et bidouillage : il s’est fait des nœuds à tous les
étages. Il faut faire baisser la vitesse, qui aggrave lourdement le bilan des accidents. La
question est de savoir si le retrait des panneaux fait baisser ou non cette vitesse. Pour en avoir
le cœur net, je propose que l’on expérimente cette mesure quelques mois dans une ou deux
régions, sous le contrôle des associations de victimes.
Vous ne cessez d’alerter contre l’ampleur de la dette. Faut-il poursuivre la
suppression des postes d’enseignant ?
François Bayrou : La menace de la dette s’accroît tous les jours. C’est sur ce
sujet, en particulier, qu’on verra qui dit la vérité. Mais, je le dis aussi, l’école
est le seul secteur dont il faut protéger, « sanctuariser » les moyens. C’est la garantie à
apporter pour que chacun sache que c’est la priorité du pays, et que soient apportés les
moyens humains nécessaires à la réforme profonde dont les élèves et les parents ont besoin.
Que pensez-vous de la prime aux salariés ?
François Bayrou : C’est ni fait ni à faire : à moins de cinquante salariés, on
n’a rien; au-dessus de cinquante, la mesure cible les PME qui versent pour la première fois
depuis longtemps des dividendes, mais elle épargne Total, par exemple. Ma proposition pour une
prime juste et générale, c’est d’améliorer la loi sur l’intéressement.
Les derniers commentaires ... Tous les commentaires
Reconstriure le pays Résister
Posté par : gouro | 30 mai 2011 16:47Merci pour vos réponse . Dépasser les clivages me fait penser au CNR (Conseil National de la Résistance) dont reparle Hessel dans son livre. Il y avait De Gaulle, Jean Moulin...
Etant données les circonstances ce serait bien venu.
Continuons à nous battre pacifiquement
Le MoDem antisystème! Non au "Système politique"
Posté par : regisr | 30 mai 2011 08:09Wikipedia :
"Un système est un ensemble d'éléments interagissant entre eux selon certains principes ou règles.
Un système est déterminé par : - la nature de ses éléments constitutifs ; - les interactions entre ces derniers ; - sa frontière, c'est-à-dire le critère d'appartenance au système (déterminant si une entité appartient au système ou fait au contraire partie de son environnement)..."
La définition du système est bien contre l'idée de rassemblement parce qu'il impose des frontières avec des critères d'appartenance. Le bipartsime est bien un syteme anti-rassemblement... donc un rejet des "autres".
Avec le MoDem il n'y aura qu'un vainqueur : "La démocratie humaine du rassemblement des citoyens"... et il n'y aura qu'un rejet, celui du pouvoir de l'argent pour l'argent !
Depasser la guerre des camps, c'est signer un pacte pacifique de solidarité des citoyennes et citoyens pour un avenir meilleur pour l'ensemble de la société... alors on pourra parler de "système démocrate Français post-moderne" !
Bravo !
Posté par : verseau | 30 mai 2011 00:38Entièrement d'accord avec le contenu de cet interview de FB. En temps de crise, et nous n'en sommes pas encore sortis, il faut absolument trouver des convergences de vue et de programme pour faire avancer notre pays. Les partis politiques sont tous (plus ou moins) idéologiques. A nous de définir des valeurs que nous sommes capables de nous appliquer à nous-mêmes. Ensuite partager ces valeurs avec le maximum de Français. On n'a pas besoin de "politiciens" qui font de la politique pour "réussir leur vie". On a besoin de l'effort de tous. On a besoin d'entendre la vérité sur l'état de notre pays. On a besoin d'avoir confiance en des personnes qui possèdent une éthique, un sens de l'honneur, des élus qui travaillent pour rendre la vie meilleure au plus grand nombre, pas pour distribuer des lois ou des allocations en tous genres. On a besoin de personnes qui font passer le bien des autres avant le leur. Tout cela semble bien éloigné du monde politique.
Pourtant, en lisant F. Bayrou, je pense qu'il est le seul à défendre ces valeurs et qu'il a raison sur toute la ligne : dépassons cette foutue "guerre des camps" qui est nuisible à notre pays et l'épuise en de vaines querelles.
Quand il y a péril en la demeure, on ne demande pas aux pompiers s'ils sont de droite, de gauche ou du centre, on leur demande d'unir leurs efforts pour éteindre l'incendie.
Et le péril est déjà là.
Reconstruire le pays
Posté par : ellica02 | 29 mai 2011 21:33C'est exactement le mot qui convient. Péricliter ou se regénérer, c'est notre alternative, notre combat à tous. Regénérer est le but noble de la politique. De tels moments arrivent parfois dans l'histoire des nations. Je retiens pour ma part cet angle d'attaque "Vous avez confiance ?" "Vous y croyez?"
INDEPENDANCE
Posté par : cefrandpt77 | 29 mai 2011 19:56J'écoutais François Hollande dans C Politique : réponses pleines de bon sens ! je lis François Bayrou réponses pleines de bon sens ! Leur différence est étroite me semble t-il, et d'ailleurs, le premier se félicite de n'être plus le premier secrétaire du Parti Socialiste pour, dans cette élection présidentielle, ne pas représenter que les socialistes, comme le serait inévitablement M Aubry ! Les 2 François ne pourraient-ils pas gouverner ensemble ? Oui si l'un n'était pas obligatoirement encarté dans un parti dit de gauche qui, me semble t-il, l'handicape pour représenter le plus de Français possible, comme le fait François Bayrou.