20 octobre 2011
François Bayrou, dans une interview accordée au quotidien Le Monde du 21 octobre 2011, a réagi à l'accélération de la crise et à l'investiture de François Hollande au PS. "Il n'est plus possible que plus de la moitié du pays soit exclue de l'Assemblée nationale", a-t-il par ailleurs déclaré, réaffirmant sa volonté de voir instaurer une part de proportionnelle au scrutin législatif.
Le Monde : La crise, avec la surveillance par Moody's de la note AAA de la France, menace plus
que jamais. Jugez-vous bonne la politique menée par Nicolas Sarkozy ?
François Bayrou : Il y avait une chose à faire, le premier jour, qui n'aurait pas coûté cher
et qui aurait arrêté la crise. Il suffisait que l'Union européenne affirme que la dette contractée
jusqu'à ce jour par les Etats de la zone euro était garantie par les institutions de la zone euro.
La France aurait dû défendre cette thèse. Cela aurait rétabli la confiance et n'aurait pas coûté le
prix exorbitant que la défiance généralisée va nous obliger à assumer. Le renouvellement des dettes
à venir devait en revanche être conditionné à des réformes. Ce n'est pas ce qui a été fait. Une
stratégie confuse collant à une politique allemande elle-même incertaine a conduit à la
généralisation de la défiance.
L'UMP annonce la fin du AAA en quelques heures si M. Hollande est élu président en
2012…
Il n'y a qu'une stratégie de redressement des finances publiques. Cette stratégie, c'est
d'augmenter les ressources fiscales de l'État et de baisser un certain nombre de dépenses
publiques. Une vingtaine de milliards doivent être économisés au niveau de l'État, une dizaine dans
les collectivités locales et une vingtaine dans la Sécurité sociale. En ce qui concerne les
ressources, je suis pour la création de deux nouvelles tranches de l'impôt sur le revenu : il faut
relever à 45 pour cent celle qui est actuellement à 41 pour cent et en créer une à 50 pour cent. Il
faudra peigner les niches fiscales d'une vingtaine de milliards d'euros et il faudra une
augmentation de la TVA de 2 points.
La gauche est dans l'illusion quand elle dit : "Nous allons augmenter les impôts et cela nous
permettra de faire de nouvelles dépenses publiques." La droite raconte des histoires quand elle dit
: "Nous allons baisser la dépense publique sans augmenter les impôts."
François Hollande se dit sensible à la question des déficits. Au fond, n'occupe-t-il pas, comme
vous, le terrain du Centre ?
Ce n'est pas un secret que j'ai de bonnes relations avec François Hollande. Mais il est
engagé avec son parti dans un programme insoutenable pour la France. In-sou-te-nable ! Je vous le
dis en détachant les syllabes. On ne fera pas 300 000 emplois jeunes sur fonds publics. On ne fera
pas des recrutements de dizaines de milliers de fonctionnaires. On ne fera pas le retour à la
retraite à 60 ans. On ne fera pas une allocation générale pour tous les étudiants. Tout cela
additionné est une illusion meurtrière pour le pays. C'est un mensonge public.
Ne pas dire la vérité, c'est se condamner à des accidents à très court terme. En 2007, je
disais qu'on ne pouvait pas continuer les dérives pendant les deux années après la présidentielle.
Cela a été vérifié. Aujourd'hui, j'affirme qu'on ne pourra pas les continuer pendant deux mois.
Vous ne croyez donc pas aux intentions de M. Hollande?
Au fond de lui-même, je suis sûr, il n'est pas très éloigné de cette pensée. Mais les
socialistes ont décidé d'une stratégie de séduction tous azimuts. Avoir fait voter 2,5 millions de
personnes pour un programme qui ne sera pas appliqué, c'est pour moi une situation de malaise
démocratique.
Sitôt investi, M. Hollande a fait une ouverture en direction des centristes…
François Hollande prétend que sa majorité peut aller des communistes, des écologistes,
jusqu'aux centristes. Je vous le dis : cette majorité-là n'existera pas. Il y a deux thèses
irréconciliables. Les uns disent : "C'est la faute du capitalisme, il faut démondialiser." Les
autres sont réformistes. J'admets volontiers que M. Hollande est de la seconde famille. Mais une
telle majorité qui engloberait les uns et les autres est impossible durablement.
Les événements vont imposer – quel que soit le vainqueur de la présidentielle –
une majorité dans laquelle les réformistes de gauche, du centre et de la droite républicaine
devront assumer ensemble la responsabilité du pouvoir. Aucune des deux majorités traditionnelles ne
peut respecter le contrat que la nécessité imposera. La droite est sous la pression de la droite
extrême, ou "populaire", qui flirte avec des thèmes europhobes et anti-immigrés, et la gauche est
sous la pression des démondialisateurs. Avec d'étranges recouvrements entre les deux radicalités.
Les projections sur les législatives de 2012 prédisent une large victoire de la Gauche. Quelle
peut être la place du Centre ?
Aujourd'hui, la Gauche est favorite. La vertu de l'élection présidentielle est qu'elle permet
au pays de redessiner le paysage politique. La majorité qui sortira des urnes entraînera une
majorité législative différente. Et lors de cette échéance, le courant central du pays, unifié,
devra défendre lui-même ses convictions et ses candidats. Si je gagne, ce grand courant aura des
investitures dans toutes les circonscriptions. Et il y aura un courant de rassemblement puissant.
Rassembler le centre semble déjà une mission délicate…
Le centre est en diaspora. Mais je crois que cette diaspora s'achève. Il y a des députés de
la majorité actuelle qui dialoguent avec nous, tout comme des élus de centre-gauche. Dans les
familles divisées de cet ensemble au centre-droit, la prise de conscience est en train de se faire
qu'au fond il faudra choisir entre Nicolas Sarkozy et moi.
En 2007, nombre de vos soutiens ont rejoint la majorité pour assurer leur réélection. Pourquoi
changeraient-ils d'avis ?
Tout le monde sait que l'UMP est un échec. Il faut reconstruire un Centre indépendant. Je ne
vais pas régler de comptes, je ne mettrai pas en accusation des choix passés. Les députés
s'apercevront bien sûr que l'UMP ne peut plus être l'assurance de leur réélection.
Si vous n'êtes pas au second tour de l'élection présidentielle, que ferez-vous ?
Il y a quatre candidats possibles pour le second tour : Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy,
François Hollande et moi. Trois – M. Sarkozy, M. Hollande et moi – peuvent être élus.
Quatre dont trois ! La campagne électorale permettra aux Français de trancher. Après, il y a un
second tour où chacun prendra ses responsabilités.
Ferez-vous connaître, cette fois, votre préférence ?
Je prendrai mes responsabilités, et cette décision sera prise d'une manière collégiale.
Vous avez demandé plusieurs fois une part de proportionnelle dans le scrutin législatif. Est-ce
la clé d'un accord ?
Je vous dis avec certitude qu'il n'est plus possible que plus de 50 pour cent du pays soient
exclus de l'Assemblée nationale. De l'extrême Gauche au Front National, en passant par les
Écologistes et le Centre, c'est la majorité du pays qui est exclue, ou obligée de faire allégeance
pour avoir des sièges. Cette exclusion est honteuse. Faut-il changer cela après ou avant la
présidentielle ? Si j'étais Nicolas Sarkozy, je me demanderais quelles sont les raisons de la
fragilité politique dans laquelle nous sommes et j'ouvrirais, avant 2012, pour les élections qui
viennent, le débat.
La perspective d'une vie démocratique dominée sans partage par le PS, qui, avec moins de 30
pour cent des voix, pourrait occuper sans aucune exception tous les pouvoirs du bas en haut de la
République, est malsaine. Jamais cela ne s'est produit dans la République.
La primaire des partis est maintenant achevée. Maintenant va commencer la vraie primaire, la
primaire du pays. Les Français ont deux choix à faire : veulent-ils l'alternance ? Et, si oui, avec
quel président, quel projet, quelle majorité ?
Ne craignez-vous pas que la crise n'augmente la polarisation de la vie politique, réduisant
l'espace central ?
Comme à chaque élection présidentielle, on essaiera de réduire le débat à la bipolarisation.
Et comme à chaque élection, nous ferons échouer cette tentative. J'affirme que notre potentiel
électoral est plus important qu'en 2006.
Ne vous y trompez pas : beaucoup de Français veulent une alternance, ils veulent tourner la
page Nicolas Sarkozy, mais ils ne veulent pas donner tous les pouvoirs au PS. Et par dessus tout,
ils veulent qu'on leur dise la vérité et qu'on leur propose un chemin crédible pour en sortir.
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À Sterne et les autres : Réponse simple.
Posté par : gilco2 | 25 octobre 2011 07:45L'abolition de tous les privilèges et, la suppression de toutes les niches fiscales à l'exclusion de celles qui créent des emplois réels ? C'est simple, non ? Qu'en dites vous ? C'est bien ce que je réclame depuis de nombreux mois et, bizarrement : bien peu de réactions. Seriez-vous tous contents de votre sort ? Ou alors, contre la suppression de vos privilèges ??? Vous n'êtes pas humanistes ? Alors ? Que faites vous au MoDem ? Ou bien, c'est moi qui suis naïf ?
Déficit de la sécurité sociale
Posté par : ericj | 24 octobre 2011 22:15Il y a trois grandes catégories de dépenses pour la sécurité sociale: Les médicaments, les hôpitaux, dont l'essentiel des charges sont des salaires et les indemnités journalières maladie. S'il faut faire des économies, il serait souhaitable de réduire les indemnités journalières maladie et de les compléter éventuellement par un système d'assurance privé pris en charge par les entreprises, avec un bonus/malus qui inciterait les entreprises à maintenir leurs employés en bonne santé. Une entreprise qui veille à la santé et à la sécurité de ses employés serait alors récompensée par un bonus. A l'inverse, une entreprise avec un fort taux d'absentéisme serait pénalisée. Enfin, pour économiser, il faut faire de la prévention et du dépistage des maladies.
Réponse à Sterne
Posté par : valerie16 | 24 octobre 2011 13:38Pour réduire le déficit de la sécurité sociale, c'est tout simple il suffit de supprimer les privilèges des parlementaires quand on sait qu'ils ne payent pas de mutuelle, qu'ils ont les médicaments gratuits déjà cela serait une équité par rapport au français lambda ? Et en plus le fait qu'ils ne payent pas le train, c'est tellement pratique de critiquer les cheminots alors qu'eux c'est pire. C'est là qu'il faudrait faire une pétition, pour équilibrer les dépenses .
Avenir de la sécu
Posté par : gone59 | 24 octobre 2011 12:28Je veux témoigner ici du peu d'envergure de notre politique de santé : on nous explique depuis l'affaire médiator en gros qu'il y a trop de médicaments dont certains sont inutiles voire dangereux, mais les supprimer où les diminuer ne résoudra pas tout.
En prenant de la hauteur, on sait très bien que pour améliorer les comptes de la sécu il faut agir sur 3 leviers :
Le fournisseur (pharmacie), la demande (les malades) et l'offre de soins (médecins).
Dire la vérité c'est aussi évoquer une médecine trop technique et trop chère et un accès beaucoup trop laxiste des "malades" aux professionnels de santé mais de cela on ne parle jamais car les présidentielles approchent.
TVA + 2 points
Posté par : CMARINE | 23 octobre 2011 20:05Effectivement, il conviendra d'être attentif à ne pas rogner davantage le pouvoir d'achat des Français et notamment celui des moins favorisés qui ont la plus grande propension à consommer. Si une taxation supplémentaire doit être mise en place, la concentrer sur les produits de luxe paraît être une bonne chose tant ceux-ci ont une élasticité-prix moins défavorable.