17 août 2011
Répondant à une interview du Figaro le 17 août 2011, François Bayrou est revenu sur les sujets abordés dans son livre "2012 Etat d'urgence" à paraître le 18 août. Il déplore notamment que l'éducation nationale soit "descendue au-delà du vingtième rang des pays développés" et évoque l'exemple des mesures prises par l'Allemagne pour "libérer les forces de production", qui doit être en France "porté par une majorité centre gauche-centre droit" ; une "majorité du courage", l'a-t-il qualifiée.
Le Figaro : Vous dressez un état des lieux alarmiste de la situation de la France, mais vous
écrivez que «les mauvais jours passeront». Comment ?
François Bayrou : Quand la France saura concentrer toutes ses forces sur les deux sujets de
vie ou de mort qui expliquent tous nos échecs et dont, selon moi, dépend tout notre avenir. Les
deux sujets de la bataille décisive. Le premier front, c'est produire en France. L'hémorragie de la
production se lit dans les chiffres de notre commerce extérieur. De semaine en semaine, nous
achetons à l'étranger toujours plus que nous ne vendons. Au rythme de 75 milliards par an: 75 mille
millions d'euros qui s'en vont en douze mois. On comprend alors pourquoi le pouvoir d'achat tombe,
pourquoi nous ne pouvons plus soutenir le contrat social et les services publics. Et pourquoi il
faut emprunter toujours plus, jusqu'au surendettement. Quant à l'éducation nationale, elle est
descendue au-delà du vingtième rang des pays développés. Voilà où il faut se battre.
Pour son redressement, vous souhaitez que la France suive le chemin de l'Allemagne de Gerhard
Schröder et adopte un «agenda 2020». De quoi s'agit-il ?
En 2004, l'Allemagne était dans une situation aussi grave que la nôtre aujourd'hui. Tous les
feux étaient au rouge. Le dos au mur, le chancelier social-démocrate a fait adopter, contre la
gauche de sa majorité, l'agenda 2010, ensemble de mesures courageuses pour libérer en Allemagne les
forces de production. En cinq ans, dès 2009, le redressement a été spectaculaire. En 2011, son
commerce extérieur est triomphant, de 150 à 200 milliards d'excédents. En Allemagne, aujourd'hui,
c'est l'agence pour l'emploi qui licencie, faute de chômeurs! La France doit adopter un agenda
2020, adapté à sa société, pour obtenir les mêmes résultats. L'agenda 2010 allemand a été porté par
une majorité centre gauche-centre droit. Cette majorité du courage existe aussi en France. Il
suffit de la vouloir.
Quels en seraient les contours ?
Ce ne peut être qu'une majorité centrale. Aujourd'hui, la gauche classique et la droite
classique sont gravement divisées. On agite à droite comme à gauche le leurre de la
démondialisation. Les plus durs imposent leurs obsessions, l'immigration d'un côté, «faisons payer
les riches» de l'autre. La droite prétend qu'elle n'augmentera pas les impôts. La gauche additionne
les promesses intenables, 300.000 emplois-jeunes sur fonds publics, allocations pour tous les
étudiants, retour à la retraite à 60 ans, augmentation de budgets. Tout cela va dans le mur. Il
faut une majorité du courage qui osera dire que les problèmes sont chez nous, et ne viennent pas
d'ailleurs. La question de l'heure, c'est redressement contre effondrement. Venant de gauche, de
droite et du centre, le moment est venu, pour les hommes et les femmes responsables, de faire leur
devoir.
Vous préconisez une hausse de deux points de la TVA.
Pour revenir non pas à l'équilibre des comptes publics, mais à l'étiage où la dette
n'augmente plus, il faut, en économies et en ressources nouvelles, trouver de 80 à 100 milliards
par an. Pour cela, il faut réduire les dépenses: diminuer le train de vie de l'État et de ses
dirigeants ; passer un contrat de modération avec les collectivités locales ; rééquilibrer les
comptes sociaux. La vérité exige de dire qu'il faudra aussi augmenter les recettes de l'État. Je
suis favorable à un relèvement de deux points de la TVA, à la création de deux tranches de l'impôt
sur le revenu à 45 et 50 pour cent pour les revenus les plus élevés.
Le triple «A» de la France est-il menacé ?
Le risque est fort, bien sûr. Si l'on additionne les trois critères du déficit, du stock de
dettes et de la croissance, la situation de la France est d'une extrême fragilité. Si l'épée de
Damoclès nous tombe sur la tête, il faut savoir de quoi nous allons le payer. Les premiers exposés
seront les retraites et les salaires des fonctionnaires. Regardez l'Espagne, l'Italie, le Portugal.
Mais ce ne sont pas les agences de notation qui ont provoqué ce drame. C'est nous-mêmes qui avons
laissé se créer notre fragilité.
Le président doit-il convoquer le Congrès sur la «règle d'or» ?
À sa place, je le ferais. Le texte que le gouvernement a fait voter n'est pas simple et clair
comme je l'aurais voulu, mais c'est au moins un signal. Certes, je comprends que les socialistes
regimbent à recevoir des leçons de vertu d'un gouvernement qui a tant creusé les déficits. Mais la
tactique n'est plus de saison. Ce sera l'heure de vérité. Pour ma part, je prendrai mes
responsabilités.
Dans ce livre, vous êtes moins sévère envers Nicolas Sarkozy que vous ne l'étiez dans Abus de
pouvoir. Le président a-t-il changé ?
Je ne sais pas si les hommes peuvent changer. Mais s'ils sont moins en transgression, si leur
comportement est moins provoquant, pourquoi ne pas le reconnaître? Nicolas Sarkozy paraît plus
retenu, moins dans le superficiel. Mais cela n'efface pas les fautes des premières années du
mandat, qui ont tant coûté au pays, dans ses valeurs et moralement.
Lisez l'interview du Figaro en intégralité en cliquant ici.
Les derniers commentaires ... Tous les commentaires
@ veit
Posté par : gilco2 | 19 août 2011 18:27Je crains fort que si on touche à "ceux d'en bas", beaucoup feront comme vous !
C'est pourquoi j'insiste tant sur l'égalité.
Je pense que François BAYROU comprend, peut-être pas tous ses conseillers ?
augmenter la TVA ?
Posté par : Veit | 18 août 2011 23:22Pardon, M. Bayrou, mais comme j'en veux à M. Juppé d'avoir augmenté la TVA, je quitterais le MoDem si ce Mouvement préconisait le relèvement de celle-ci de 2 points. En ne renouvelant pas ma cotisation en 2012. Malgré toute la sympathie que j'ai pour vous. Pour le moment, je reste, car la position personnelle du Président du Mouvement n'engage pas celui-ci et que je veux bien qu'on me démontre la nécessité de cette augmentation que je refuse. Bien cordialement.
Xavier T., de Tremblay (93290).
ça manque d'ambition
Posté par : metre3 | 17 août 2011 22:50Créer des tranches d'imposition, c'est selon moi trop frileux. Il faut remettre à plat le système d'imposition pour retrouver de la justice fiscale, réformer les retraites avec un système de base moins généreux mais qui prennent mieux en compte la pénibilité pour retrouver de la justice sociale, achever la décentralisation pour responsabiliser les élus locaux, la tva à 5, 10 et 20 pour cent faciliterait la vie des entreprises et ça c'est important. Il faut encore du boulot pour écrire un programme qui tienne la route.
NON à la charge supplémentaire pour les petites bourses
Posté par : gilco2 | 17 août 2011 17:24L'augmentation de la TVA, c'est faire payer aux consommateurs avec de petits revenus plus cher leurs consommations donc baisser leurs niveaux de vie (sans commune mesure avec ce que celà coute aux gens aisés). Donc l'austérité pour payer les abus, les parti pris, les avantages aux riches etc...etc... la mauvaise gestion de l'Etat. Je ne suis pas d'accord.
Je préconise l'égalité : sociale, fiscale et pénale. Avec :
La suppression de tous les privilèges, les niches fiscales, sauf celles qui sont créatrices d'emploi. Les cumuls de mandats.
La réforme des retraites et suppression de toutes les retraites spéciales etc....
Lutter contre les délocalisations pour relancer la production interne, par un controle efficace aux frontières européennes des importations sur la qualité et les prix.
Une taxe pénalisant les contrevenants utilisée uniquement pour le développement et la création des PME innovantes.
C'est ainsi, gracé à de telles mesures, que nous gagnerons la bataille de la relance économique.
Sinon, si nous manquons d'efficacité et de rigueur : nous nous effondrerons (c'est d'ailleurs prévu nous suivons la Grèce et le Portugal).
Aïe !
Posté par : cefrandpt77 | 17 août 2011 13:23La vérité ! Peu électoraliste ! Augmentation de 2 points de TVA à 21,6 pour cent : à craindre, le refus d'une telle proposition touchant l'ensemble des français, même si beaucoup ne se rendent pas compte de ne pas payer d'impôts sur les revenus. Surtout qu'elle soit ciblée et ne concerne pas les produits de première nécessité. Que de débats à venir et d'explications pour convaincre !