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10 février 2010

Dette française : François Bayrou juge la situation "critique"

François Bayrou

Invité de Questions d'info LCP/France Info/AFP, François Bayrou a estimé ce mercredi que la situation de la dette en France était "critique" et jugé que ce qui se passait en Grèce au niveau financier pouvait "arriver très rapidement en France".

LCP/France Info/AFP : Bienvenue dans Question d'Info. Le ni droite, ni gauche peut-il résister à la campagne des régionales ? Le Centre joue-t-il son avenir ? Pour interroger M. Bayrou à mes côté Sylvie Maligorne de l'AFP et Marie-Eve Malouines de France Info.

Alors, une question d'actualité : la Cour des Comptes vient de rendre son rapport annuel, d'après elle, ce n'est pas uniquement la crise qui est responsable des déficits publics. Est-ce qu'elle est bien dans son rôle quand elle critique l'analyse du gouvernement ?

François Bayrou : La Cours des Comptes est dans son rôle, et surtout les citoyens devraient être dans leur rôle en disant qu'on est devant une dérive impossible à maitriser à l'heure actuelle. On a choisi de ne plus maitriser la dérive. Comme vous le savez, cela fait des années que j'ai sur ce sujet averti, annoncé, alerté. C'est un sujet qui concerne tous les citoyens et pas uniquement les magistrats de la cour des comptes. Vous avez lu le rapport. Que dit-il ? Que le déficit est emballé parce que désormais l'intérêt de la dette va être si lourd qu'il va enfoncer toutes les digues. Aujourd'hui, l'intérêt de la dette représente 40 milliards d'euros environs, c'est-à-dire la totalité de l'impôt sur le revenu des Français. Tout l'impôt sur le revenu que chacun de nous assume correspond à la totalité de la dette. Il dit que dans les 2 ou 3 ans qui viennent cet intérêt va représenter 90 milliards. Il faudra plus de 2 fois plus que l'impôt sur le revenu des Français ce qui veut dire que la boule de neige est lancée et qu'on va se retrouver dans une situation critique. Il n'y a pas de différence de nature dans les problèmes qui se passent en Grèce, en Espagne ou dans des pays comme le nôtre. Depuis des années, nous avons laissé filer sans précaution. Nous n'avons pas fait attention. Nous avons préféré le court terme au long terme, trahissant ainsi les générations qui viennent. Tant que nous n'aurons pas pris conscience - vous vous souvenez, durant la campagne présidentielle de 2007, j'avais dit, et j'ai tenu parole - « il n'y aura pas une intervention que je ferai et où je ne parlerai pas de la dette et du déficit ».

LCP/France Info/AFP : Quand vous dite « nous avons choisi » c’est  tous les responsables politiques depuis Nicolas Sarkozy ou avant ?

François Bayrou : Avant lui mais Nicolas Sarkozy a accentué la dérive sans mesure.

Il y aura un sommet européen à la fin de la semaine, attendez-vous une réponse de ce sommet européen ?

Il faut que les pays de la zone euro acceptent entre eux une solidarité telle que des pays comme la Grèce ne soient pas abandonnés. Il faut que la réponse soit collective.

Cela a un coût.

Il faut bien qu’on assume les responsabilités qui sont les nôtres à l’intérieur de la zone euro. Rien ne serait plus irresponsable que de faire appel au FMI comme on le faisait dans les années de l’immédiate après guerre, pour venir en aide aux pays de la zone euro qui est normalement la première zone économique et peut-être la première monnaie mondiale.

Que proposez-vous pour ces pays ?

Il faut qu’un fond collectif soit créé.

De combien de milliards ?

Il ne faut pas poser les questions trop vite. Je vous assure que c’est trop léger de parler de combien de milliards comme ça. Je n’en sais rien, ce sont des questions extrêmement profondes. Il faut un fond communautaire, collectif, qui engage tous les pays de la zone euro et qui engage tous les pays de la zone euro à une entente budgétaire sans laquelle on n’y arrivera pas. Franchement, le moment que nous vivons est un moment critique.

Critique pourquoi ?

Parce que la question de la dette qui était suspendue au-dessus de nos têtes telle une épée de Damoclès, aujourd’hui le fil qui la retenait est en train d’être tranché.

Selon vous, ce qui arrive donc aujourd’hui en Grèce peut arriver très vite en France ?

Cela peut arriver très rapidement en France. On parle de l’Espagne. Certes, c’était une économie davantage basée sur l’immobilier que la nôtre. Mais l’Espagne c’est 20 points d’endettement de moins que nous. On est dans une situation lourde et critique qui devrait faire que tous les citoyens considèrent que c’est d’urgence qu’il s’agit et qu’il va falloir que des hommes politiques sérieux acceptent dans une démarche désintéressée, volontariste, qui dépasse les frontières habituelles de prendre cette question. Vous avez rappelé ce que j’ai dit. Parmi les sujets qui font qu’on ne peut trancher les questions front contre front, bloc contre bloc, le premier c’est celui de la dépense publique et de la dette. Donc il faudra une architecture politique nouvelle pour traiter cette question, et une volonté politique et de la responsabilité et du goût de la vérité à dire aux Français. Ce n’est plus une question de communication mais de vérité.

L’actualité c’est aussi le débat sur l’identité nationale. Est-ce que vous pensez que François Fillon l’a enterré ?

Il y a quelque chose de sein dans cet échec du gouvernement car le peuple français ne s’est pas laissé manipuler. Tout avait été monté par des gens qui se croyaient malins, pour qu’une nouvelle fois on agite les braises des sentiments… Au sein des peuples comme les nôtres, dans des époques comme celle ci il y a toujours des sentiments d’inflammation collective. Ca avait été pour qu’on agite ce type de brulures. Le peuple a dit « on voit ce que vous faites » et « ce sujet n’est pas un sujet au piège duquel nous allons nous laisser prendre ». Les Français savent très bien qu’il y a des questions d’identité : qu’est-ce nous construisons, nous, France ? Ils ne sont pas laissés faire et le gouvernement, penaud, a abandonné le sujet.

Lequel de Besson ou Fillon a le plus la queue entre les jambes ?

Je ne rentrerai pas dans ce débat. Vous voyez que M. Besson ne peut rien faire sans l’accord du président de la République. Il ne faut pas désengager l’un pour charger l’autre. Je ne pense pas que Fillon soit le plus à charger.

Si on reprend votre image d’une plaie, Fillon a davantage été un médecin que d’autres.

Il a été pompier essayant d’éteindre un incendie qui n’était pas bon pour son image. Encore un fois, il faut noter la réaction collective du peuple français qui n’est pas rentré dans ce piège malgré tous les artifices qu’on avait mis en place.

Autre incendie : la question des gardes à vue qui augmentent. Le gouvernement veut revenir là dessus. Michèle Alliot-Marie parle d’un entretien de 4 heures. Faut-il légiférer ?

En tous cas il y a une question de protection des citoyens de tous âges placés en garde à vue. Selon moi, le principe de la garde à vue n’est pas respecté. Le principe c’est que cette coercition, cette prise de contrôle de la vie d’autrui doit être réservé aux cas les plus graves et non pas aux petites filles de 14 ans… Combien de fois depuis 7 ans a-t-on durci la loi pour faciliter la garde à vue ? On a mené une politique systématique pour les gardes à vue qui atteint ses limites. Il faut que chacun prenne conscience que la garde à vue doit être réservée aux cas les plus graves.

Vous avez été Ministre de l’Education Nationale. Les enseignants du lycée Chérioux continuent leur mouvement. Comment en sortir ? Approuvez-vous leur mouvement ?

La situation de violence à l’école est intolérable. Elle devrait, face à la violence de la rue, être sanctuarisée. Il faut y mettre des surveillants, des éducateurs s’il le faut, des établissements de petite taille pour connaître les élèves, surveiller leurs fréquentations, il faut être intraitable en face des élèves violents qui n’ont pas leur place dans le système scolaire normal. Il leur faut un système spécial. J’avais appelé cela « hors les murs », c’est à dire des types de scolarisation en même temps par des enseignants et des éducateurs. Il y a des élèves qui traduisent une violence à l’école. Il faut leur donner une réponse qui n’est pas de les faire tourner de collèges en collèges ? Il faut une scolarisation particulière pour que les collèges et lycées traditionnels soient protégés de la violence par le système interne.

Luc Chatel considère que les enseignants qui ne veulent pas faire classe sont en grève. A-t-il raison, a-t-il tort ?

Il ferait mieux de nommer un médiateur pour les écouter et proposer des réponses concrètes et directes. Ce n’est pas par la surdité qu’on répond à cela. Il faut se rendre compte que la situation de l’Education nationale est désespérée pour beaucoup de ceux qui enseignent et aiment l’école. L’échec est grave dans l’école. La détérioration du climat est profonde entre pouvoirs publics et écoles. La dette : échec. L’emploi : échec. La sécurité : échec. L’école : échec. Qu’est-ce qui s’est amélioré depuis 3 ans ? Où un français peut-il dire ce qui s’est amélioré depuis 3 ans ? C’est lourd pour la société française. Le tissu social est en crise.

Les commentateurs parlent de grave échec aux régionales.

C’est dérisoire de comparer ce dont on vient de parler et cela. Les questions devant nous ne sont pas politiciennes. Un pays tout entier est en difficulté.

Sera-ce votre crédo de stigmatiser les échecs du gouvernement ?

Mon discours consiste à parler des régions dans les régions. J’y suis tous les jours pour rencontrer les problèmes qui devraient mobiliser les régions. Une collectivité devrait être de plein exercice dans la défense des citoyens alors que personne ne connaît le nom des élus régionaux. Ils sont ignorés de tout le monde. Nicolas Sarkozy veut changer le mode de scrutin. J’approuverai cela si le mode de scrutin devient équilibré. Il y a deux légitimités pour un élu : celle du territoire qu’il représente qui doit se faire au scrutin uninominal. Deuxième légitimité : les courants d’opinion. On voit qu’il y a gauche-droite, centre, tout doit être représenté. Un mode de scrutin doit pouvoir respecter les deux. Il faut sortir du système pervers des listes. Les gens se disputent des places dans des guerres infernales. Il y a des lois qui permettent d’éviter cette main mise des partis.

Sur votre avenir et celui du MoDem : joue-t-il son avenir ?

S’il s’agit d’un courant démocratique comme je le crois, sa vocation est d’exister. Il n’y a qu’une question politique : to be or not to be. Etes-vous un courant politique de plein exercice ? Si oui il faut être indépendant. C’est la raison pour laquelle nous sommes présent dans toutes les régions avec la volonté de répondre aux problèmes des gens, de proposer des actions nouvelles.

Ce courant de pensée gauche PS et droite UMP, il y a beaucoup de gens qui s’y intéressent notamment M. De Villepin qui revient en politique. Est-ce un allié ou un concurrent ?

Tout le monde est légitime. M. De Villepin est UMP et je suppose que c’est là qu’il fera entendre sa voix. Ce n’est pas mon cas. Mais quoi qu’il en soit, toutes les voix sont bienvenues. Pour le reste on n’est pas dans les affaires électorales ?

Jouez-vous votre peau à ces élections ?

Je ne suis pas dans une démarche personnelle mais dans un mouvement. Je vois les difficultés qui se présentent à ceux qui nous écoutent.

J’ai l’impression que vous vouliez être un grand parti démocrate et écologiste, mais vous avez un peu raté ce virage…

Et bien dans ce mouvement, il y a les personnalités qui ont joué les premiers rôles dans l’écologie : Jean Luc Bennahmias, Yann Wehrling, les deux principaux animateurs de l’écologie en France ces dix dernières années.

Sur George Frêche, considérez-vous ce procès comme légitime ?

J’ai écouté, je ne veux pas participer à des procès excessifs… Je pense que c’était fait pour choquer. L’antisémitisme est grave et haïssable, il faut faire attention.

Sur le MoDem et vous même, n’avez vous pas l’impression que dans l’opinion les gens connaissent mieux le mouvement de François Bayrou que le mot MoDem ?

Ceci est vrai. C’est très naturellement un mouvement politique nouveau. Avant qu’il soit identifié, il faut du temps. Notre mouvement est reconnu comme d’autres à partir de celui qui l’a porté depuis des années. C’est une petite difficulté.

Ca veut dire que « Bayrou » c’est 3 ou 4% de plus sur les sondages que Modem ?

Je ne vous le fais pas dire. Vous êtes un analyste brillant.

Etes-vous triste de voir les sondages ?

Je ne crois pas du tout à cela, mais ça vous fait tellement plaisir que je ne voudrais pas vous priver de ce plaisir.


Les derniers commentaires ... Tous les commentaires

TRES INQUIETANT !

Posté par : audomarois | 12 février 2010 14:00

En effet , avant les élections de 2002 , JACQUES CHIRAC expliquait déjà que la situation des finances était difficile , et notamment que les fonctionnaires étaient trop nombreux ... Avant les élections de 2007 , F BAYROU ( et d' autres ) expliquaient que la dette de la FRANCE était de plus en plus catastrophique ... Mais voilà , on a encore supprimé des fonctionnaires , et la situation est toujours de plus en plus dramatique ! J' en arrive donc à la conclusion que les politiques d' austèrité qui ont été enchainées depuis 2002 ont été inutiles !


justesse

Posté par : chris1951 | 11 février 2010 15:05

Complètement d'accord avec le fait que si ce courant est véritablement un courant démocratique il va survivre et croître. Quant à F Bayrou,malgré les sondages ou les pseudo sondages où on fait semblant de l'oublier,il reste quelqu'un de parfaitement crédible pour les français.


CRISE FINANCIERE

Posté par : audomarois | 10 février 2010 22:49

J' avais compris qu on allait à la catastrophe , à la fin de l'année 2008 quand la FRANCE déjà fort endettée , avait décidé de s'endetter encore davantage pour secourir des banques en faillite ! Et voilà que la valeur de l ' euro , cette monnaie prodigieuse qui allait nous apporter la joie , la bonne humeur et des friandises pour des siècles et des siècles , commence à baisser ... En fait , dans les pays d' Europe , qui ont l' Euro , seule l'Allemagne est un pays qui a une économie à peu prés sérieuse ! Pour les autres , notamment la GRECE , l' ESPAGNE , et quelques autres on voit bien leurs situations désastreuses ! ... Et si l' Euro s' effondre on peut trés vite se retrouver avec du carburant à plus de 2 € / litre à la pompe !



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