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11 octobre 2009

François Bayrou : "Tous les piliers solides de la France s'effritent"

François Bayrou

Dans un entretien accordé au quotidien "Le Monde" daté du 11-12 octobre, François Bayrou, Président du Mouvement Démocrate, s'exprime sur l'état actuel de la France.

Prix Nobel à Barack Obama, gouvernance de Nicolas Sarkozy, affaire Mitterrand, dette et déficits, suppression de la taxe professionnelle, les perspectives relatives aux élections régionales de 2010.... François Bayrou revient sur tous ces sujets qui font l'actualité. (Lire la suite)

 

Le Monde : Barack Obama méritait-il le prix Nobel de la paix ?

François Bayrou : Cette récompense arrive tôt, très tôt. Disons qu'elle salue des intentions et un changement de cap plutôt que des résultats effectifs. En ce sens, c'est un grand défi que les Nobel lancent à Obama. Il faut qu'il obtienne des résultats. Mais au moins a-t-il en peu de mois changé l'image des Etats-Unis dans le monde, et donc un peu aussi l'équilibre du monde. Ce peut être un grand tournant.

L'affaire Mitterrand est-elle close ?

Qui peut savoir ? Lorsque M. Mitterrand a été nommé, ceux qui le nommaient savaient quels étaient ses écrits. Et certains sont violents, à la limite de l'insupportable, comme le genre de vie qu'ils décrivent. Pour moi, je crois et j'espère qu'un homme qui constate l'insupportable de sa vie peut changer. Mais sa fonction de ministre peut être rendue plus problématique...

Nicolas Sarkozy avait fait sa campagne contre Mai 68, faut-il faire l'inventaire de 1968 ?

Je n'ai jamais participé à la vindicte contre 68. Mai 68, ce n'est pas la cause de tous les maux, c'est la conséquence de mouvements très profonds de la société française, qui viennent de très loin. Dans l'héritage de 68, il y a des choses positives du point de vue des libertés, de la prise en main par chacun de son propre destin, d'un sentiment communautaire, et il y a des choses négatives, voire extrêmement négatives, la plus grave étant la dérive qu'on a tolérée et encouragée vis-à-vis de l'enfance et de l'adolescence. Une société qui expose les enfants est une société barbare. Sur ce point, il y aura un jour nécessairement interrogation.

L'ouverture participe-t-elle du brouillage idéologique ?

L'ouverture à la mode Sarkozy, ce n'est pas le dépassement des frontières que j'appelle de mes voeux, c'est la société de communication, du spectacle. On prend non pas des idées, des consciences, mais des figures médiatiques, pour abuser l'opinion publique. Mon idée de l'ouverture est exactement le contraire : la situation de la France est tellement grave qu'il sera impératif de traiter la crise sous forme d'une union nationale. Dans l'infinie dégradation qu'il connaît, depuis l'éducation jusqu'à la justice, ce pays exigera qu'on sorte de l'affrontement des camps et du simplisme pour choisir une voie nouvelle et reconstruire - car il s'agira bien de reconstruire - un pays équilibré.

Pourquoi un tel catastrophisme ?

Voyez ce qui vient de se passer en quelques jours. Dans la même semaine, le gouvernement propose de subventionner les élèves pour qu'ils viennent en classe. Il livre le pactole du marché des jeux sur Internet à des intérêts privés, bookmakers et autres, au mépris des principes que la France respectait depuis 150 ans : le jeu, parce qu'il est dangereux, est organisé par l'Etat. Il annonce que le déficit de l'Etat atteint 50 % de la dépense publique ! Et le fils du président de la République se voit installé (à 23 ans et sans aucune compétence particulière) à la tête de l'établissement public d'aménagement du quartier de La Défense, un des intervenants les plus puissants dans l'aménagement au niveau européen. Tous les piliers solides sur lesquels notre pays s'était construit, en termes de principes, de décence, de raison, chancellent et s'effritent. Cela rappelle l'Empire romain.

Quel est le principal défi de l'après-crise ?

La dette : chaque heure de la journée, quand on fait une dépense publique de 1 000 euros, il faut en emprunter 500 ! Ce déficit a augmenté de 350 % en deux ans ! Et contrairement à ce qu'on dit, les choses ne vont pas s'arranger. Comme Jean Peyrelevade l'a montré, la charge de la dette est devenue telle qu'il ne peut y avoir de rétablissement à politique constante. Pendant des années et des années, tout le travail des Français sera ponctionné pour rembourser, notamment à l'étranger, cette charge qui a été constituée à leur insu. Ce déficit, désormais, fait boule de neige : il semble hors de tout contrôle. Notamment si les taux d'intérêt augmentent. Pour inverser la tendance, il faudra un immense effort national, Etat, collectivités, citoyens. Cela ne se fera pas sans un changement profond, majeur, dans la politique du pays.

Faut-il poursuivre la réduction du nombre de fonctionnaires ?

On peut le faire, si cela n'est pas décidé à l'aveugle et si on sait réorganiser l'Etat. Mais il est illusoire de croire qu'on trouvera là les économies suffisantes.

Faut-il taxer les indemnités liées aux accidents du travail ?

Non, on ne peut pas les considérer comme un salaire normal. C'est la compensation par l'assurance d'un dommage subi. Et il y a souvent des pertes de revenus supplémentaires liées à cet arrêt de travail.

La réforme des collectivités va-t-elle dans le bon sens ?

L'idée principale, rapprochement des départements et des régions, je la défends depuis longtemps. Je suis donc disposé à la soutenir et à la voter, à une condition impérative : qu'il y ait une loi électorale juste, représentant équitablement les grandes sensibilités du pays, comme le fait la loi électorale allemande.

Comprenez-vous les réticences des élus ?

C'est normal, les élus ont envie de conserver leurs prérogatives. Mais le système actuel ne va pas. Il n'est plus possible de conserver deux institutions (départements et régions) avec des élus qui s'ignorent pour faire à peu près la même chose. Moi, je veux changer les choses. Le conservatisme n'est pas une solution.

Partagez-vous la colère d'Alain Juppé sur la réforme de la taxe professionnelle ?

Oui. Les collectivités ont reçu des assurances formelles et l'on découvre que ces assurances ne seront pas respectées. En vérité, quand un impôt est accepté, il faut y toucher avec prudence. Les intérêts qui pèsent sur la décision du gouvernement sont puissants. Mais les milliards qui seront rendus aux industriels les plus puissants, il faudra les prendre à de plus fragiles. Ce sont autant de décisions dont on n'a pas pesé les conséquences.

Après votre échec aux européennes, vous avez formulé une offre de dialogue publique à l'opposition. Avec qui allez-vous discuter ?

Ma démarche repose sur cette conviction : face à la dégradation du pays, au dévoiement de son projet national, il faut changer nos institutions, reconstruire complètement la pensée et cette révolution ne peut pas se faire camp contre camp, démagogie contre démagogie. Il faut donc que ceux qui cherchent l'alternance acceptent de se parler, de confronter leur point de vue, sans renoncer à rien de ce qu'ils sont, à leur histoire, à leurs idées. Cette idée avance, je le crois, et j'espère qu'elle se concrétisera dans les semaines qui viennent. J'essaie d'être l'accoucheur d'un espoir crédible pour le pays.

La percée des Verts ne contrarie-t-elle pas votre appel ?

Pourquoi donc ? Je les crois aussi attachés à sortir de l'impasse dans laquelle se trouve la France. Sur le fond j'ai une différence avec eux : l'environnement est un problème pour l'humanité mais je ne crois pas que les problèmes de la société française se résument à l'environnement. Les banlieues, les inégalités sociales, l'école, la santé, la situation des jeunes totalement abandonnés, celle des finances publiques ne se résument pas au problème de l'environnement.

Corinne Lepage et Jean-Luc Bennhamias vous poussent à un accord national avec les Verts. Y êtes-vous favorable ?

Le choix que j'ai fait depuis longtemps, c'est celui du rassemblement. Etre soi-même, et en même temps faire tomber les murs, dépasser les frontières. Avec les écologistes dans certaines régions ? J'y suis ouvert. Mais cela ne nous dispensera pas de construire nos propres forces.

 

Propos recueillis par Sophie Landrin et Arnaud Leparmentier


Les derniers commentaires ... Tous les commentaires

avant de sauver la planète il faut sauver les mourrants

Posté par : regisr | 18 octobre 2009 10:12

a la question: "La percée des Verts ne contrarie-t-elle pas votre appel ?" François répond: "Pourquoi donc ? Je les crois aussi attachés à sortir de l'impasse dans laquelle se trouve la France. Sur le fond j'ai une différence avec eux : l'environnement est un problème pour l'humanité mais je ne crois pas que les problèmes de la société française se résument à l'environnement. Les banlieues, les inégalités sociales, l'école, la santé, la situation des jeunes totalement abandonnés, celle des finances publiques ne se résument pas au problème de l'environnement." on lit cette semaine: ".Plus d’un milliard de personnes frappées par la faim dans le monde – Pour la première fois depuis 1970, le seuil historique du milliard d’affamés dans le monde a été de nouveau franchit. ...La faim a progressé dans le monde en raison de la crise économique mondiale en 2008-2009 et touche aujourd’hui un sixième de la population mondiale, selon un rapport publié mercredi par la FAO, une agence de l’ONU....Alors que la population mondiale devrait atteindre les 9,1 milliards d’individus dans les quarantes prochaines années, 300 experts internationaux s’interrogent sur le thème «comment nourrir le monde en 2050», cette semaine à Rome. «L’alimentation devient une bombe pour les gouvernements: si on ne fait rien, ça pète à la figure», et que lit-on pendant ce temps dans la tribune: A Paris, le CAC 40 se rapproche un peu plus des 4000 points avec une clôture au plus haut de l’année à 3883 points, en hausse de 2,14%. Mais c’est à Wall Street que le symbole a été le plus fort avec une clôture au delà des 10.000 (10.016 points, +1,47%) pour la première fois depuis un an. La chute qui avait suivi la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers est digérée...." la crise est déjà digérée par les banques.. alors qu’un millirad de ventres affamés n’ont rien à digérer… C'est beau l aplnète, la faune la flore c'est la base de notre vie MAIS quand un enfant de moins de 10 ans meurt toutes 5 secondes.. bien sûr il ya toutes les ONG qui tentent de répondre à l'uregnce mais de l'autre coté on dégage des milliards de bénéfice à ne savoir qu'en faire.. en se focalisant sur les grands projets pour sauver la planète , réchauffer le climat OUI il le FAUT ! mais si on résume le problème de la société à ce récuauffement climatique, un enfant contiunera de mourrir toutes les 5 s'condes en attendant au moin s10 ans pour que la taxe carbone commence a faire de l'effet! c'est quoi l'urgence c'est LA DETTE des pays pauvres celle qui est alimenter par les profits financiers qui permettent d erpeter aux pays endettés à des taux qui font que 30 à 40% deleur PIB est bouffer par le remborsement d ela dette et n'ont aucun pouvoir pour alimenter leurs enfants.. l'urgence, c'est bien Les banlieues verlesquelles affluent des milliers d'immigrants pour trouver à manger pour leur enfants, les inégalités sociales qui laiseent sur le trottoir ces meêms affamés(car la afim dasn le monde touche aussis maintenant le spays industrialisés!), l'école (inexistante pour cesa ffamés), la santé(n'en parlons pas..avec ce sgosses de 1 metre qui pèsent 6 kilos), la situation des jeunes totalement abandonnés à la faim, celle des finances publiques qui contineunt d'alimenter les riches Quand il y a le feu dans la pinède: on va d'abord sauver d'abord les habitants, puis sécuriser les habitations en ne s'occupant pas en priorité de la pinède qui brûle !!!!!! Régis 78


il fut un temps qu'on decernait des prix encourageant la réussite

Posté par : regisr | 17 octobre 2009 10:17

François relève une des failles inombrables de Sakozy: "Dans la même semaine, le gouvernement propose de subventionner les élèves pour qu'ils viennent en classe. .." Nous sommes à des années lumières du temps ou on decernait des prix encourgeant la réussite .. un bien fait que la gauche idélogique a balayé par égalitarisme.. voilà ou nous en sommes, mainteant c'est la droite qui donnes des bonbons pour dire "fous moi la pix!". J'étais fils d'ouvrier d'une famille de 7 enfants, et la remise des prix en fin d'année le 14 jiullet était un moment émouvant, on nous faisait même chanter la Marseillaise sous le drapeau tricolore .. (Ne riez pas !..) mes copains restaient mes copains même quand je recevais des prix dont mes parents étaient fiers ..et qu'eux n'en avaient pas, et 50 ans après quand je les croise, nous sommes toujours heureux de nous revoir avec des chemins souvent bien opposés! Régis78


Soyons justes dans l'appréciation des déficits.

Posté par : sylvain_jutteau | 15 octobre 2009 14:46

L'entretien inclut une erreur. Il est écrit : "le déficit de l'Etat atteint 50 % de la dépense publique" Non ! La vraie phrase devrait être : "Le déficit public atteint 50% des dépenses de l'Etat". L'Etat représente une part minoritaire des dépenses publiques. Les premières dépenses publiques sont les dépenses des administrations de sécurité sociale, viennent ensuite l'Etat, et enfin les collectivités territoriales. *** Il est écrit aussi dans cet article : "Chaque fois que l'on fait une dépense publique de 1000€, il faut en emprunter 500". C'est une autre erreur. En réalité, ce sont pour 2009 quelque 15% des dépenses publiques qui sont financées par l'endettement, selon les projections faites par la Cour des Comptes. C'est déjà considérable. D'ailleurs, on pourrait dire les choses autrement : En situation de déficit public, chaque dépense publique supplémentaire est financée à 100% par l'emprunt. http://www.sylvainjutteau.blogspot.com


interview de François Bayrou

Posté par : demorange | 14 octobre 2009 22:17

Bonne analyse de François Bayrou, lucide et pertinente.


Tour d'horizon incomplet

Posté par : iskra | 14 octobre 2009 22:17

Il est frappant de lire que dans ce passage en revue des problèmes qui nous accablent, il n'est pas question de la crise. D'ailleurs, le Monde se situe déjà dans l'après-crise. Travaillant au Pôle Emploi, je peux constater que les principaux ingrédients de la crise sont toujours sont toujours présents: baisse ou stagnation des salaires, hausse du coût de la vie, en tout cas pour le principal poste de dépense, à savoir le logement. Rien n'a été fait, et rien ne sera fait, pour desserrer la tenaille. Au contraire, bien des entreprises tirent argument de la situation pour tirer les salaires vers le bas. Nous voici donc à l'heure de vérité. Ces 30 dernières années, chaque fois que c'eût été possible, le patronat s'est opposé à toute révision de la politique salariale, arguant de la fragilité de l'économie. Maintenant que la situation s'y prête encore moins, cette revendication est jugée blasphématoire. Ainsi, par inconscience et pure voracité, on a laissé passer toutes les occasions d'éviter le conflit qui s'annonce. Car la vraie crise, celle d'un chômage qui dure et atteint jusqu'aux cadres les mieux protégés, est à venir. Dans ce contexte, ô combien semblent déplacées les questions de stratégie électorale qui occupent ceux qui font de la politique... autrement qu'en se souciant de l'intérêt général



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