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22 juillet 2010

Sécurité : pour François Bayrou, "la loi doit être appliquée et respectée" en évitant "les déclarations sensationnelles"

François Bayrou était l'invité ce jeudi de la matinale de France Inter animée par Eric Delvaux.

Partie 1

Eric Delvaux : Les gens du voyage sont-ils stigmatisés quand le chef de l'Etat prépare une réunion à l'Elysée sur le comportement de certains d'entre eux, à la suite d'un fait-divers ?

François Bayrou : Ce qui s'est passé ces derniers jours du point de vue de la violence à la fois dans les cités, et à Grenoble par exemple, et dans le Loir-et-Cher, tout cela, évidemment, pose des questions sur une dégradation de la société française. Y a-t-il des populations stigmatisées en raison de ce qu'elles sont, de leur origine ? J'espère et je crois que non. Y a-t-il des comportements qui sont incompréhensibles par une partie des Français ? Assurément, oui. Et de ce point de vue-là, il faut que l'Etat fasse son travail.


E.D. : Quel risque prend tout de même le chef de l’Etat en assimilant les gens du voyage à des gens perturbateurs ? Est ce que le pompier ne devient pas pyromane ?

F.B. : Non, je ne crois pas ça, je n’ai pas l’impression ou en tout cas j’espère que le chef de l’Etat et le pouvoir ne jouent pas sur cette corde-là. C’est que je sais, c’est que l’on a besoin, quand on est un Français installé dans ces villages comme un Français installé dans les Cités, on a besoin de la certitude que quelqu’un va faire respecter la loi. J’ai entendu une phrase de cette déclaration qui dit « A partir de maintenant, on va faire que les terrains qui sont occupés illégalement soient libérés ». Ca fait dix ans, presque, que Nicolas Sarkozy a la responsabilité de la sécurité en France, ça fait 3 ans qu’il est à la présidence de la République avec un gouvernement entièrement sur sa ligne. Pourquoi est-ce qu’on a besoin d’annoncer comme une nouvelle extraordinaire qu’on va faire respecter la loi ? La loi elle doit se faire respecter sans avoir besoin de déclarations à grand son de trompe. Parce que les Français ou tous ceux qui habitent dans ces régions savent une chose. C’est qu’il y a des déplacements de ministres, il y a des déclarations sensationnelles, et puis après ça, pendant une semaine, on met des troupes très apparentes, très démonstratives et puis au bout de 8 jours les choses redeviennent ce qu’elles étaient avant.

E.D. : Vous voulez dire que le Président serait en train d’instrumentaliser le climat de violences urbaines ?

F.B. : Non, naturellement, il fait contre mauvaise fortune ce qu’il a l’habitude de faire, c’est-à-dire des déclarations qui sont, depuis presque dix ans, pas suivies de résultats. Et c’est vrai dans le monde rural, avec des incidents comme ceux que l’on connaît avec des gens du voyage, comme on dit. Et c’est extrêmement violent, y compris pour les populations qui vivent là, ils ont l’impression d’être abandonnés. Et les gens du voyage eux-mêmes ont l’impression d’être stigmatisés. Et tout cela vient d’opérations qui sont des opérations coups de poing et qui ne sont pas suivies dans la longue durée. Donc, la loi n’est pas respectée et en tout cas le sentiment général de la population française c’est que l’on fait plus de communication qu’un travail de longue durée.

E.D. : Sur ce vocabulaire que vous évoquiez, le vocabulaire « guerrier » de Nicolas Sarkozy, est ce qu’il est approprié pour combattre cette violence urbaine, quand on sait que certaines utilisent des armes, désormais, des armes réelles contre les policiers ?

F.B. : Mais ça ne devrait pas être une question de vocabulaire. On devrait être dans un pays et avoir des responsables de ce pays qui, plus la situation est tendue, plus ont un vocabulaire qui est un vocabulaire de détermination et de calme en même temps. Et je suis sûr que tous les Français ressentent ça. Combien de fois ? Combien de dizaines de fois avons-nous entendu dire que, désormais, tolérance zéro. « On accepterait plus jamais ». « Désormais, plus un millimètre du territoire national ne serait abandonné, concédé, plus de zones de non-droit ». On a tellement entendu ça et tous les jours, on a la preuve du contraire. Ceci veut dire que la politique de sécurité ne va pas dans le bon sens et qu’il faut en changer.

E.D. : Changer comment ?

F.B. : En tout cas, pour ce qui est des cités, deux observations : La première : Nicolas Sarkozy, le gouvernement ont décidé, hier encore à Grenoble, de virer le préfet, de faire du préfet un fusible et de nommer un policier à la place. Bon, naturellement, le gouvernement fait ce qu’il veut et c’est sa responsabilité, mais je veux dire simplement que le travail d’un préfet ne peut pas se limiter à l’action de police. Le travail d’un préfet, c’est beaucoup plus large que l’action de police. L’Etat a la police comme bras pour faire respecter la sécurité, mais le travail de l’Etat ne peut pas se limiter à la police.

E.D. : Vous voulez dire qu’il y a une dérive des policiers dans la fonction préfectorale ? C’est une dérive selon vous ?

F.B. : En tout cas, c’est, me semble-t-il, un glissement sur lequel il faut que l’on s’interroge. Et si j’ai quelque chose à dire au pouvoir exécutif, qu’il réfléchisse à cela. Il est impossible que l’on considère en France que l’action de l’Etat est couronnée par l’action de police. La police, ce n’est qu’un chapitre de l’action de l’Etat. C’est un chapitre important, notamment dans les moments de tension, mais l’Etat, il a beaucoup d’autres responsabilités, il a à s’occuper de développement, il a à s’occuper d’urbanisme, il a à s’occuper d’intégration, il a à s’occuper d’éducation et de santé, et tout cela ne se limite pas à la police. Vous voyez bien qu’il y a un chapitre de l’action publique qui est de sécurité, mais ça n’est qu’un chapitre et ça ne peut pas être le chapitre suprême. Ca, c’est la première observation. Il y en a une deuxième. A mon avis, débat que j’ai avec Nicolas Sarkozy depuis longtemps, dans les quartiers, en particulier difficiles, la sécurité ne peut pas venir de l’extérieure, elle doit être enracinée à l’intérieur.

E.D. : Et comment fait-on pour l’enraciner à l’intérieur ?

F.B. : La présence de sécurité, on sait ça depuis longtemps, des responsabilités de l’Etat installées dans les quartiers au lieu de venir de l’extérieur, des commissariats installés dans les quartiers au lieu de l’extérieur. Moi, je n’emploie pas seulement le mot de « police de proximité », parce qu’il ne s’agit pas simplement de proximité, il s’agit de connaissance du quartier, il s’agit d’enracinement, il s’agit de familiarité, il s’agit d’observation, il s’agit d’ouvrir l’œil à chaque seconde, comme les gendarmes le font dans le monde rural. Vous voyez bien une présence des gendarmes dans le monde rural qui était traditionnelle en France et qui leur permettait de déjouer à l’avance, de faire autant de prévention que de répression.

E.D. : Tisser du lien social, par la gendarmerie notamment…

F.B. : Tisser du lien et pas dans les caricatures que l’on présente, parce que je vous assure que les gendarmes ne se contentaient pas de jouer au football avec ceux dont ils avaient la charge.

E.D. : Le reproche avait été fait par Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux.

F.B. : Et donc, pour moi en tout cas, cette politique de sécurité montre aujourd’hui les très grandes limites qui sont les siennes et il faut, me semble-t-il, la remettre en question sur des sujets très importants.

E.D. : Sur ces préfets, dont vous parliez, ils sont soumis aussi aux objectifs pour bénéficier de primes. Cette culture du résultat appliquée à la préfectorale, vous y voyez quel symbole ?

F.B. : Non, ce n’est pas une culture du résultat, la culture du résultat, on peut tout à faire la défendre. C’est une culture de la prime.

E.D. : Ce n’est pas la même chose ?

F.B. : L’idée selon laquelle tout se traduit en argent, et vous le verrez autant dans les décisions annoncées pour les familles des enfants déscolarisés, alors à ce moment-là, la sanction est financière, comme si on ne savait pas à quel point il est difficile lorsqu’on a un adolescent qui dérive de s’en occuper et tous les parents qui sont dans ce cas-là savent ce que je veux dire. Et puis, dans le monde de l’Etat, des hauts fonctionnaires de l’Etat, si vous faites votre travail, vous aurez des primes. Et bien je suis persuadé que ceci ne devrait pas être le rapport normal entre les responsables de l’Etat et les fonctionnaires.

E.D. : C’est ce rapport à l’argent que vous dénoncez notamment dans votre livre « Abus de pouvoir »…

F.B. : Et dont on voit aujourd’hui exactement toute la traduction.

E.D. : Encore un mot sur la sécurité, Joël Bouchitey, qui pourrait devenir le « Monsieur Sécurité » à l’Elysée auprès de Nicolas Sarkozy, est-ce de nature, selon-vous à affaiblir la fonction du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux ?

F.B. : Vous voyez, il me semble qu’il y a une reprise en main par l’Elysée ou une prise en main, ou une énième prise en main des problèmes de sécurité, le pouvoir exécutif s’organise comme il l’entend. Mais je ne pense pas qu’il soit bon d’affaiblir constamment les ministres en recentralisant complètement entre les mains d’un seul décideur toute l’action de l’Etat et toute l’action publique. Je suis persuadé que Nicolas Sarkozy se trompe lorsqu’il croit que tout doit être fait par lui. Depuis le football jusqu’à la sécurité, en passant par la décision sur les principaux dirigeants des chaînes publiques, en passant par l’organisation des médias, etc. Il se trompe. C’est une erreur profonde, parce que cette erreur, elle touche à la conception même de l’Etat. Si l’Etat est entièrement concentré entre les mains d’un seul, il ne peut pas fonctionner. Ca n’est pas seulement que ce n’est pas républicain, ce n’est pas démocratique, ce que je crois. Ce n’est pas du tout fait pour ça, la France n’est pas construite comme ça. Et c’est une grande faiblesse qu’elle ait cru qu’elle était construite en ce sens. De ce point de vue-là, en tout cas, il se trompe, c’est un affaiblissement assuré que de croire qu’un seul homme est capable de résoudre tous les problèmes d’un pays dans tous les secteurs.

Partie 2

E.D. : Sur la réforme des retraites. Hier, en commission des affaires sociales…

F.B. : Et aujourd’hui. Avant-hier, hier et aujourd’hui…

E.D. : Les députés ont validé le passage de 60 à 62 ans, progressivement, l’âge minimum légal pour prétendre à la retraite, en quoi est-ce inéluctable selon vous ?

F.B. : Ecoutez, il suffit de regarder dans la rue, de se promener, et de faire dans sa tête le compte de ceux qui sont à la retraite et de ceux qui paient les retraites tous les mois. Parce que le mot « retraite par répartition » que tout le monde utilise, il a une signification précise, c’est que les pensions, les versements de retraite tous les mois sont prélevés sur la feuille de paye de ceux qui travaillent.

E.D. : C’est la solidarité nationale.

F.B. : Non, ce n’est pas la solidarité, c’est la retraite par répartition.

E.D. : C’est la même chose ?

F.B. : Non, c’est une organisation de la retraite qu’on a choisi en France depuis longtemps, et donc lorsque le nombre des retraités augmente constamment, ce qui est le cas aujourd’hui et que le nombre des actifs baisse et bien ça veut dire que ça devient impossible à financer. Et ça a une traduction simple, c’est que les retraites peuvent un jour ou bien ne pas être payées, ou bien être diminuées comme dans beaucoup d’autres pays européens, avec des gouvernements socialistes autant qu’avec des gouvernements de l’autre bord, ce qui veut dire que, oui, pour moi, il est inéluctable, sérieux et juste de dire qu’on devra travailler plus longtemps.

E.D. : Cela dit, vous ne voterez pas une réforme des retraites qui obligerait à partir à 67 ans pour bénéficier de cette retraite sans décote. Qu’est ce qui est injuste, selon vous, dans ce paragraphe ?

F.B. : Et bien vous voyez bien, reprenons les deux chiffres. Selon moi, il est acceptable de passer progressivement à l’âge minimum pour prendre sa retraite à 62 ans. Mais il n’est pas acceptable de faire que les personnes qui pourraient faire valoir leurs droits à la retraite à 65 ans soient repoussées à 67 ans. Parce que l’on dit toujours que 65 ans, à 67 ils veulent l’âge de la retraite à taux plein. Ce n’est pas vrai. C’est une expression fausse, parce que ce n’est pas une retraite à taux plein.

E.D. : C’est une retraite sans décote.

F.B. : C’est une retraite où vous pouvez faire valoir les droits que vous avez acquis et si vous avez un nombre de trimestres inférieur au nombre de trimestres exigés, naturellement, vous aurez une retraite inférieure à ce que serait une retraite à taux plein pour les gens de la catégorie à laquelle vous appartenez. En plus, c’est des toutes petites retraites, ce sont les populations qui ont eu le plus de difficultés, notamment des femmes ayant élevés des enfants, s’étant arrêtés pendant un long moment pour élever des enfants, et qui reviennent au travail ou viennent au travail après avoir élevé des enfants. Il n’est pas juste de faire payer à ceux-là la réforme des retraites. Il n’est pas juste que quelqu’un qui a pu avoir la chance d’avoir une carrière professionnelle en droite ligne, de longue durée…

E.D. : Sans trous d’air…

F.B. : De cadre et sans trous d’air, puisse partir à 62 ans et que vous êtes au contraire quelqu’un qui a eu des difficultés, alors là on vous repousse à 67 ans. Or, pour moi, les années entre 60 et 62 ans, bon, on est en forme, en général on est en forme, sauf quand on a eu une vie qui use davantage, mais en général entre 60 et 62 ans, on est en forme, entre 65 et 67 ans, ce n’est pas tout à fait la même chose, surtout pour les Français qui ont eu les carrières les plus difficiles et les plus chahutées.

E.D. : Et sur le thème de la reconnaissance de la pénibilité, entre le cas par cas, chez le médecin que préconise le gouvernement ou alors la reconnaissance d’une pénibilité globale comme le souhaite la gauche et les syndicats, dans quel camp vous situez-vous ?

F.B. : Moi je suis d’avis que l’on devrait avoir, pour la pénibilité, le même genre d’organisation que pour les accidents du travail. C’est-à-dire une caisse autonome alimentée par les entreprises, proportionnellement à la pénibilité qu’elles offrent, si j’ose dire…

E.D. : Qu’elles génèrent.

F.B. : Qui est la condition de travail dans l’entreprise dans laquelle on exerce son métier, une caisse autonome qui fasse que la pénibilité soit prise en charge et que les grandes entreprises ne se débarrassent pas de la pénibilité sur des sous-traitants vers qui on rejette, comme la poussière sous le tapis, les difficultés qui sont en cause. Donc, je suis pour une caisse autonome traitant la pénibilité. J’ajoute, on va en discuter tout à l’heure à l’Assemblée, c’est un des dossiers les plus difficiles qui soient. Parce que tout le monde peut considérer que son travail est pénible, et donc, de ce point de vue-là, il n’est pas facile, et tous les députés de quelque bord que ce soit en discutent, ce n’est vraiment pas facile de définir la pénibilité et la manière dont on va traiter cette pénibilité pour qu’on puisse partir plus tôt à la retraite.

E.D. : Il est 8h45, vos questions ce matin à François Bayrou, Yvan est en ligne, bonjour Yvan.

Yvan : Oui bonjour.

E.D. : Vous nous appelez de Brest. Quelle est votre question ?

Yvan : Donc la question que je voulais poser à Monsieur Bayrou, je voulais d’abord rappeler un petit épisode que beaucoup d’auditeurs avaient vu, c’est quand un enfant avait fouillé dans les poches de monsieur Bayrou et que celui-ci avait répondu par une claque, et donc la question que je voulais lui poser c’était est ce qu’il pensait que cette claque avait éloigné de façon efficace cet enfant de la délinquance ? Moi, personnellement, j’estime que moi je ne vole pas mon semblable pas par peur de la punition, je ne vole pas mon semblable parce que j’estime qu’il est mon semblable et que ça me suffit à ne pas le voler quoi.

E.D. : Alors on a compris votre point de vue sur la question, alors est-ce que la petite claque est efficace en matière de lutte contre la délinquance ?

F.B. : Ce n’est pas de cette manière que j’avais vécu il y a longtemps cet incident. Je suis un père de famille qui a des enfants, j’ai 6 enfants, et les pères et mères de famille savent qu’il y a des moments où il faut un rappel à l’ordre immédiat. Et d’ailleurs je dis « Elles savent » comme si c’était une réflexion approfondie, en réalité c’est un réflexe d’éducateur élémentaire, d’éducateur paternel, c’était un petit garçon qui avait 8 ou 9 ans, et bon, je n’ai même pas réfléchi, j’ai apporté la réponse qui, à mon sens, s’imposait. Et j’ai dit à son père à ce moment-là, qui était là, si c’était mon fils qui avait fait la même chose, et bien je trouverais normal que vous ayez réagi de la même manière. Est ce que ça a suffi pour lui éviter une vie tumultueuse, je n’en suis pas sûr, naturellement.

E.D. : Question de Pierrette, vous nous appelez de l’Essonne.

Pierrette : Moi je voulais poser une question par rapport à l’éducation des enfants des gens du voyage, qui sont scolarisés jusqu’au CM2, qui sont des élèves comme les autres et qui ensuite quittent l’école au moment du collège. Donc comment faire pour qu’ils reçoivent cette instruction jusqu’à 16 ans et faire en sorte qu’ils puissent aller au collège comme tous les autres enfants sans avoir l’impression de trahir leurs familles ? Puisqu’à partir du moment où ils ont quitté l’école primaire on ne sait pas si l’instruction est vraiment donnée par le CNED ou pas.

F.B. : Oh madame, c’est une question très juste et très difficile. Il se trouve que j’ai des amis qui travaillent dans ce secteur de l’éducation des gens du voyage et c’est très difficile, parce que, en effet comme vous l’avez souligné, il y a des habitudes culturelles, si j’ose dire, dans les familles et dans les communautés auxquelles ces enfants appartiennent, et ces habitudes culturelles les conduisent à ne pas aller à l’école.

E.D. : Ils sont de plus en plus sédentaires en même temps.

F.B. : Ils se sédentarisent, pour un certain nombre d’entre eux, et donc c’est une politique de très longue haleine et qui doit se faire avec des gens qui connaissent bien ces communautés de l’intérieur. Pour que, en effet, comme vous le dites, l’école apparaisse pour eux comme un plus, comme une chance et pas comme une contrainte insupportable dans laquelle ils ne font rien et donc, ils n’ont qu’une envie, c’est celle d’en sortir. Et comme votre question le sous-entend, je considère que dans beaucoup des situations que nous avons évoquées au micro ce matin, l’éducation est la seule clé disponible. Non pas la seule clé souhaitable, pas parce que nous sommes des grandes âmes qui considéreraient que… C’est simplement parce que c’est la seule possibilité de changer les choses, c’est d’avoir une éducation qui s’adresse aux enfants et qui soit autre chose qu’un alibi ou qu’une apparence.

E.D. : Et pour en revenir à ces gens du voyage, faut-il forcer la main ou comment faut-il forcer la main à ces municipalités qui préfèrent payer des amendes plutôt que d’appliquer la loi qui obligerait ces mêmes villes à offrir des espaces en mètres carré disponibles pour ces gens du voyage ?

F.B. : Ca se fait de plus en plus, en tout cas dans la région qui est la mienne, il y a un plan qui est de mieux en mieux appliqué pour que les zones de stationnement existent, qu’elles soient équipées, qu’elles ne soient pas des zones de relégation. Mais en même temps, ce qui est frappant, c’est à quel point ces communautés demeurent totalement extérieures à la puissance publique, à ceux qui les entourent, aux interlocuteurs de la loi, tout cela est extrêmement fermé. Il y a des chocs culturels qui sont très importants, des deux côtés : Les populations qui les voient arriver et ceux qui voyagent. Les uns ont l’impression d’être ciblés et stigmatisés les autres disent : « Mais regardez les voitures qu’ils ont, les caravanes qu’ils ont, vous n’allez pas me dire que c’est uniquement avec l’argent du RMI que ces choses se passent » et il y a là des abcès de fixation. Et donc, c’est la même chose que dans les quartiers, pardonnez-moi de vous dire il y a eu ce drame à Grenoble, mais beaucoup de Français se sont dit : « Comment ça se fait que quelqu’un qui a été condamné trois fois pour attaque à main armée et qui a 27 ans soit dehors sans suivi et donc en situation de recommencer. Comment ça se fait ?

E.D. : Question d’accompagnement des sorties de détenus.

F.B. : Même plus que d’accompagnement. Question de respect de la loi. A la troisième récidive à une attaque à main armée, bon, il est me semble-t-il juste de penser à des peines qui soient des peines qui ne soient pas seulement de mise à l’écart pendant quelques mois.

E.D. : Eric est en ligne, bonjour Eric. A Bordeaux, quelle est votre question ?

Eric : Ma question à l’intention de François Bayrou est la suivante : D’abord je voudrais lui dire que son usage de la langue française est plutôt rassurant, parce que peu de gens dans la classe politique en ont cet usage-là, c’est peut-être le fait qu’il est agrégé. François Bayrou, vous avez eu le mois dernier dans votre circonscription de Pau la visite du Président de la République et c’est vrai que les médias ont beaucoup appuyé sur cette visite, les poignées de main, est-ce que ça augure, puisque l’on annonce un remaniement au mois d’Octobre, d’une possible entrée dans le gouvernement de la France de François Bayrou ?

E.D. : La réponse est dans le rire de François Bayrou déjà…

F.B. : Oui. Monsieur, le président de la République vient dans ma circonscription, dans l’usine la plus importante de cette circonscription, qui a été portée par tout un pays depuis 60 ans. C’est la plus grande usine qui sera inaugurée cette année en France et c’est la première usine de fabrication de moteurs d’hélicoptères au monde.

E.D. : Et c’est à côté de chez vous, Bordères.

F.B. : Et nous en sommes très fiers et c’est le village voisin du mien. Est ce que vous croyez qu’il aurait été sérieux que je n’y aille pas ? Et si j’y allais est ce qu’il aurait été sérieux que je ne serre pas la main du président de la république ? On est en République, on n’est pas en guerre civile. Je suis en opposition avec Nicolas Sarkozy sur des principes très importants qui ont encore été rappelé pendant cette émission, ce n’est pas pour autant que je considère qu’il est illégitime, il a été élu et je respecte donc sa fonction. Pour autant, je suis en discussions, et c’est pour moi un choix de vie, je suis en discussions avec tous les responsables démocratiques du pays et je ne suis pas en situation de concessions.

E.D. : Est-ce un choix de vie ou est-ce un choix stratégique ?

F.B. : Les deux. Je parle avec les dirigeants de la majorité, je parle avec le Premier Ministre, je parle avec les ministres, je parle avec le président de la République, je parle avec les responsables de l’opposition, je parle avec les responsables du PS, et c’est normal et naturel. Je voudrais que vous écoutiez cela : Il n’existe aucune possibilité que nous tirions le pays de l’impasse et de l’enlisement et de l’affaiblissement dans lesquels il se trouve si les responsables publics ne sont pas capables de discuter ensemble. Aucun, vous m’entendez, aucun n’a la clé à lui tout seul des immenses défis que nous allons avoir à relever. Pour ma part, je ne me souviens pas que notre pays ait été dans une situation aussi de déliquescence de l’esprit public. A ce point frappé par les difficultés de toutes natures : Economique, sociale, politique et morale.

E.D. : Plus les soupçons de conflit d’intérêts.

F.B. : Et morale. Et donc, de ce point de vue-là, je considère comme non seulement légitime, mais comme une obligation que nous regardions les autres courants démocratiques du pays non pas comme des ennemis mais comme des partenaires le jour il faudra sortir la France des difficultés où elle se trouve. Discussions oui, concessions non.

E.D. : Alors, à propos de partenaires, vous avez un point commun avec Dominique de Villepin, c’est que vous cherchez à rassembler autour de vous, quelle route commune pourriez-vous faire ensemble, ou pas ?


F.B. : Pour moi, tous ceux qui ont aujourd’hui les yeux ouverts sur l’importance et la difficulté de la reconstruction que nous allons avoir à conduire dans le pays et pour lui, tous ceux-là ont quelque chose à faire ensemble.

E.D. : Vous en avez parlé avec Dominique de Villepin, de vos convergences ?

F.B. : J’ai en tout cas des échanges normaux et réguliers avec ses amis, avec ses proches et je l’ai déjà rencontré pour discuter de ces sujets, naturellement, comme je le fais avec tout le monde. Tous ceux-là ont une responsabilité commune. Ils ne sont pas en situation de rivalité, ils sont en situation de partenariat. Et donc, de ce point de vue-là, en tout cas, pour moi, je le vis comme l’idée que plus nombreux on sera avec la volonté de reconstruire, sur des bases de bon sens et républicaines, réalistes et généreuses en même temps et mieux ce sera pour la France.

E.D. : On a bien compris votre souci de rassemblement, rassembler avec qui ? Le Nouveau Centre d’Hervé Morin, occupe le terrain, comment voulez-vous rassembler hormis le Nouveau Centre ?

F.B. : Non mais vous voyez bien le choix fondamental qui se pose et qui s’illustre pour les Français tous les jours. C’est : Est ce qu’on continue comme ça, dans la direction qui est suivie et ça c’est la majorité, les différents partis, enfin, le parti majoritaire, l’UMP avec quelques groupuscules de lui, est-ce qu’on continue dans ce sens-là ou est-ce qu’il faut proposer un changement profond au pays ? Moi je suis de ceux qui pensent qu’il faut un changement profond pour le pays. Que ce changement, les Français auront à l’arbitrer. Est ce que c’est plutôt dans la direction que le PS montre aujourd’hui et que je ne trouve pas absolument convaincante ? Ou est-ce que c’est dans une autre direction, plus novatrices, plus réalistes et plus ouvertes ? Moi je pense que c’est plutôt dans cette deuxième direction qu’il faudra aller.

E.D. : Ca fait quand même quelques années, François Bayrou, qu’on vous entend et qu’on vous voit pousser votre rocher en haut de la montagne.

F.B. : Hé oui, c’est comme ça, il faut pousser le rocher, vous avez raison mais au fond, c’est la même chose que votre métier, que le vôtre et que celui de beaucoup de Français. Tant que l’on est pas arrivé à la réussite, il y a beaucoup de travail à faire, et il est souvent à recommencer. Et quand arrive à la réussite, il y a encore plus de travail à faire.

E.D. : Question de Rémi, bonjour Rémi.

Rémi : Oui, je réagissais ce matin, quand j’ai entendu monsieur Bayrou qui parlait du rôle des gendarmes en milieu rural. Et moi, je voulais apporter une précision, parce que je fais un constat : C’est que les postes ferment de plus en plus, les perceptions, tout ce qui est services ferment dans mon monde rural, et les gendarmeries aussi. Et moi j’habite à 6 Km d’une gendarmerie qui est ouverte deux fois deux heures par semaine. Et ça va même plus loin, je prends cet exemple-là, mais quand on fait des votes par procuration, on s’adresse aux gendarmeries. Quand on va à la gendarmerie qui est à 6km de chez moi, j’ai un exemple concret, elle est fermée, il faut aller à celle qui est à 12km, à 16km ou à 20km.

E.D. : Voilà pour le commentaire, la question ce serait quoi alors ?

Rémi : Ben la question c’est qu’il y a les discours et les réalités, et la réalité, je crois que la sécurité dans le monde rural est, pour moi, abandonnée et quelles mesures faudrait-il prendre si, par exemple, Monsieur Bayrou devenait président de la république ?

F.B. : Monsieur, je trouve votre question très intéressante, parce que si on la reprend, au fond, elle dit deux choses. Elle dit : On a besoin de cette présence, d’ordre proche. De défense de l’ordre proche. Et en même temps, à vous écouter, on a souvent confié, par exemple aux gendarmes, des tâches qui ne devraient pas être les leurs. En vous écoutant, je me disais : Qu’est ce qui justifie que ce soient les gendarmes qui aient à faire les procurations pour les élections ? Franchement, c’est un travail qui pourrait être fait par tous les secrétariats de mairie, n’importe quelle administration. Il faut, me semble-t-il, garantir les moyens et faire en sorte que ces moyens soient concentrés sur leurs véritables utilités sociales. C’est vrai que les gendarmeries se regroupent, mais il y a encore une présence des gendarmes en milieu rural qu’il faut défendre avec les moyens nécessaires, je réponds à la question finale qui a été la vôtre. Qu’est ce qu’on pourrait faire ? En tout cas, je crois qu’il n’est pas raisonnable de faire une application aveugle « un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ne sera pas remplacé ». Parce que je considère qu’il y a des secteurs dans lesquels il est légitime et essentiel de remplacer les gens qui partent à la retraite et d’autres où on peut, sans aucun doute, faire des économies, et je crois que, de ce point de vue-là, une remise en question des pratiques suivies depuis des années s’imposera.


Les derniers commentaires ... Tous les commentaires

longuet : encore une....

Posté par : gilco | 29 juillet 2010 12:56

au MODEM` Encore une affaire LONGUET : il les cumule et les accumule... Après les autres scandales : en voilà un nouveau .... Mais jusqu'ou allons nous continuer avec cette république bananière ? Sans rien faire ? Que font les juristes des partis d'opposition SINON DENONCER SANS AGIR C'est INCROYABLE tout de même !! Pendant ce temps le peuple doit savoir que les jours prochains, une augmentation des impots locaux est inéluctable et, on ne le leur dit pas....


lutter contre prolifération des partis

Posté par : gilco | 27 juillet 2010 10:53

à cocobelloeil et au MODEM Il est vrai que les partis (tous), partis de gauche comme partis de droite jouent à ce jeu scandaleux de partis satellites puis qu'on arrive je crois à quelques > 300. Voila ou passe notre argent. J'espère (jusqu'à preuve du contraire) que le MODEM n'est pas concerné, c'est pourquoi il appartient à un parti indépendant comme le nôtre de créer les conditions pour recenser les partis concernés et les sommes illégales encaissées par ce biais enfin, la légalité de ce type de prolifération et, d'engager les moyens de lutte contre ces frauduleux moyens.... un parti à (je crois) le droit d'ester en justice ?


à gilco: liste des partis

Posté par : cocobeloeil | 26 juillet 2010 16:36

La liste des partis et µpartis politiques alimentants l'UMP été communiquée récemment par RUE89. Par ailleurs cette liste est établie et mise à jour sur Wikipedia, cependant, je n'en garantis pas le caractère exhaustif. Lien: http://fr.wikipedia.org/wiki/Partis_et_mouvements_politiques_français#Partis_parlementaires_.28l.C3.A9gislature_2007-2012.29 Cette liste est probablement recensée sur le site du ministère de l'Intérieur (par moteur de recherche) et à la libre consultation de chaque citoyen curieux. Pour ma part, je ne l'ai pas consultée. Les µpartis devraient normalement figurer sur cette liste. Cependant, il faut s'attendre à ce que l'UMP ne soit pas le seul parti à procéder de la sorte. D'autre partis pouvant bénéficier de la manne financière de gros contributeurs pourraient suivre ce genre de pratiques. A l'inverse, la source de financement d'un parti se définissant comme anticapitaliste n'a aucune chance de bénéficier d'un tel financement (son financement serait de nature plus 'explosive', genre self-service). Wikipedia traite aussi des financements illégaux. Vous constaterez que ceux-ci concernent la quasi-totalité de l'offre politique.


prolifération des partis

Posté par : gilco | 26 juillet 2010 14:17

à cocobelloiel la première chose à faire, c'est de lister les partis et micros partis existants, puis par le biais des banques (voire banque de france ?) obtenir la liste des virements importants effectués par les banques vers ces partis ou micro partis. Qui peut le faire ? Pourquoi pas le MODEM, parti indépendant ? C'est une question de morale .....


pour être respecté il faut être respectable

Posté par : regisr | 24 juillet 2010 10:03

pour être respecté il faut être respectable et bien entendu Sarkozy , s'il n'est pas respecté il en est en grande partie respectable !... il faut une "main de fer dans un gant de velours", mais Sarkozy est plutôt du genre Capitaine Crochet! un pirate! un crochet au bout du bras! Wikipedia: "..Physiquement tout d’abord, ce chef pirate est la parfaite incarnation du Mal : ... un épais chapeau à plume et son célèbre crochet, symbole parfait de sa personnalité froide, dure et tranchante, et peut-être même déjà une image de la mort. Il s’habille en outre à la mode Charles II, anachronisme qui accroît encore sa prestance superbe et terrible..... Sa cruauté, même à l’égard de ses alliés, est également légendaire, et il n’hésite pas à exécuter lui-même ses hommes à la moindre « faute de bon ton ».... Le capitaine est ainsi un homme de goût, presque un dandy : outre ses habits extravagants mais stylés et choisis avec soin, il cultive une véritable religion du « bon ton » (ou « bonne et due forme » selon les traductions), tranchant net avec les extravagances des enfants perdus : il représente ainsi l’adulte par excellence, qui veut tout dominer, tout rationaliser et laisser le moins de place possible à l’imagination et à tout ce qui a trait à l’enfance ou à la nature...."On ne "carchèrise" pas la société, On lui donne les moyens de son éducation! on est entrain de recreer la société féodale! le retour au moyen age ! Le MoDem doit conduire la renaissance ! Régis78



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