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10 décembre 2010

"Je veux proposer de l'espoir, de la vérité, de l'enthousiasme pour reconstruire", déclare François Bayrou

François Bayrou

François Bayrou, président du Mouvement Démocrate, est à la une du Figaro Magazine du samedi 11 décembre. A la veille d'un congrès à Paris, il veut "proposer de l'espoir, de la vérité, de l'enthousiasme pour reconstruire" le pays.

De la crise européenne au déficit budgétaire de la France, de l'affaire Bettencourt à la nécessité d'une réforme fiscale, il fait le tour des sujets d'actualité et défend l'idée "qu'il existe bel et bien un autre projet, un autre idéal, une autre pratique de la politique".

Découvrez l'interview dans son intégralité.

Le Figaro Magazine : Les crises se succèdent en Europe. Trouvez-vous les dirigeants européens à la hauteur des enjeux?

François Bayrou : Les dirigeants européens se révèlent faibles, désorganisés et confus. Il n'y a pas de cap clairement fixé, qui rassure les citoyens et les acteurs économiques. Cette indécision augmente les dangers de la crise.

Le Figaro Magazine : Que faudrait-il faire?

François Bayrou : L'Union européenne et la zone euro doivent fixer le but à atteindre et la vision à porter: il faut annoncer au monde que l'euro sera défendu envers et contre tout ! C'est une obligation historique: rendre la parole et l'autorité aux décideurs politiques, par rapport à l'univers des décideurs bancaires qu'on appelle «marchés». Il faut donc construire une politique de défense de l'euro autour de la Banque centrale européenne : le premier pas, c'est la mutualisation des emprunts avec la création d'obligations européennes. Les emprunts ne seront plus réalisés par les Etats chacun pour leur compte, mais solidairement par l'ensemble de la zone euro. S'il le faut, pourquoi la BCE, comme les autres banques centrales, ne prêterait-elle pas directement aux Etats ? Ce type de soutien créera instantanément trois obligations: renforcer le sérieux de la gestion financière dans tous les pays solidaires, harmoniser peu à peu les fiscalités, choisir les mêmes priorités économiques.

Le Figaro Magazine : Mais les Allemands y sont opposés!

François Bayrou : Il est assez rare que je me trouve en désaccord de fond avec les dirigeants allemands. Mais je n'approuve pas aujourd'hui leur attitude crispée, comme s'il fallait punir ceux qui sont en crise, comme si on leur demandait à eux des aides ou des subventions. On ne leur demande rien de tout cela: on demande une organisation commune du crédit à des pays en difficulté. Je rappelle que dans les années 90, il y a eu une immense polémique en France parce que nous avons accepté des taux d'intérêt très élevés, jusqu'à 12 pour cent, pour rester solidaires, à l'intérieur du système monétaire européen de l'époque, avec l'Allemagne qui construisait sa réunification. A l'époque, j'ai soutenu cette solidarité qui nous coûtait très cher. Tout le monde doit comprendre que nous sommes dans le même bateau. Au lieu de pousser les plus faibles en dehors pour sauver les plus forts, les pays européens devraient s'inspirer de la tactique des troupeaux de bisons pourchassés par les loups: s'ils choisissent la fuite en avant, les plus faibles, les plus jeunes, les malades, ne peuvent pas suivre, ils décrochent, et les loups les dévorent. Si au contraire, ils mettent les plus faibles au milieu et les plus forts à la périphérie pour les défendre, les loups abandonnent la partie. Face aux spéculateurs, dont la condition est de chasser en meute, c'est la seule solution.

Le Figaro Magazine : Certains militent pour une autre solution: la sortie de l'euro, qui permettrait de doper nos exportations.

François Bayrou : Ce serait une catastrophe épouvantable et la misère pour beaucoup de Français, particulièrement les classes moyennes ! La dette française vogue vers les 1800 milliards d'euros. Avec des taux d'intérêt à 3 pour cent, la charge de la dette s'élève à 45 milliards d'euros par an. C'est le premier budget de l'Etat devant celui de l'Education nationale. Si on quitte l'euro, les taux d'intérêt exploseront. S'ils montent à 9 ou 10 pour cent (situation de l'Irlande aujourd'hui), il faudra trouver 100 milliards de plus dans la poche des Français ! Cela équivaut à tripler l'impôt sur le revenu. Les emprunts pour la maison, pour la voiture, deviendront hors de prix. Je me refuse à toute indulgence à propos d'une telle folie.

Le Figaro Magazine : La France est-elle menacée par la spéculation?

François Bayrou : Les propos de circonstance qui laissent entendre que s'il y a le feu chez le voisin, tout va bien chez nous, je ne m'y prêterai pas.

Le Figaro Magazine : La rigueur prônée par Fillon ne suffira pas à éviter cette menace?

François Bayrou : L'idée selon laquelle les efforts sont derrière nous et que les décisions prises suffiront à rétablir la situation est faite pour rassurer. Mais l'heure de vérité viendra.

Le Figaro Magazine : Que préconisez-vous?

François Bayrou : J'ai tout à fait conscience que c'est en période de croissance qu'on peut faire des économies plutôt qu'en période de récession. Mais nous n'aurons pas le choix. Pour rétablir l'état de nos finances publiques, il faudra construire un large consensus national. J'ai alerté notre pays sur ce sujet depuis ma campagne de 2007. Il y a trois directions à suivre, en un plan de cinq ans: le retour à l'équilibre des régimes de retraite et de la Sécurité sociale nous permettra d'économiser 40 milliards; il faudra réduire les interventions de l'Etat à hauteur de 25 milliards et faire une réforme fiscale juste qui permette de trouver 25 milliards supplémentaires. Le but est de rejoindre un seuil de déficits, entre 20 et 30 milliards, à partir duquel - enfin ! - le stock de dettes n'augmente plus. Le bateau ne s'enfonce plus, la croissance peut le remettre à flot. A condition de concentrer les moyens et les efforts sur les deux priorités de croissance pour la France : l'éducation (d'abord apprendre à lire à tous les enfants) et l'emploi (innovation, création, relocalisation des productions sur le sol européen en général et sur le sol français en particulier).

Le Figaro Magazine : Etes-vous favorable à la suppression de l'ISF?

François Bayrou : Je pense qu'on doit non pas supprimer, mais transformer l'ISF en l'incluant dans le calcul de l'impôt sur le revenu. Affecter un pourcentage du capital détenu par le contribuable (par exemple 0,5 pour cent) à sa base d'impôt sur le revenu, accompagné de la création d'une tranche supplémentaire à 45 pour cent, la combinaison de ces deux décisions suffirait à équilibrer l'opération.

Le Figaro Magazine : En échange de la fin du bouclier fiscal?

François Bayrou : Le bouclier fiscal est une injustice d'Etat. C'est une organisation de la fiscalité dans laquelle - on l'a vérifié au fil de l'affaire Bettencourt - les plus riches payent en réalité proportionnellement beaucoup moins que les plus pauvres, moins qu'un smicard ! C'est une organisation qui rend l'impôt non pas progressif, mais dégressif au bénéfice des plus privilégiés. Le bon sens et l'esprit de justice se révoltent devant un tel montage.

Le Figaro Magazine : Etes-vous favorable à l'instauration de jurys populaires dans les tribunaux correctionnels?

François Bayrou : Je ne crois pas que le fait d'amoindrir l'autorité des magistrats en les faisant passer pour laxistes soit la bonne solution. Le ministre de la Justice est devant un défi personnel considérable: rendre confiance aux Français dans l'indépendance de la justice alors qu'au gouvernement domine un courant d'opinion qui n'aime pas l'indépendance de la justice. Je n'ai pas de doute sur ses sentiments profonds. Aura-t-il la force de résister? S'il le fait, il remplira une mission historique.

Le Figaro Magazine : L'espace politique que vous représentez est aujourd'hui encombré pour 2012: Hervé Morin, Jean-Louis Borloo, voire Dominique de Villepin veulent l'occuper.

François Bayrou : Il n'y a aucune concurrence possible: le centre est attendu, mais le centre, par définition, c'est l'indépendance par rapport à l'UMP et au PS. Tous ceux qui se sont situés, depuis des années, dans le pouvoir actuel ou sous sa coupe se retrouvent aujourd'hui forclos. En prenant tous les risques - et Dieu sait que cela n'était pas évident - pour bâtir cet espace d'indépendance, j'ai donné aux Français la preuve qu'ils pouvaient avoir confiance.

Le Figaro Magazine : Ils viennent quand même chasser sur vos terres...

François Bayrou : Non. Depuis le premier jour de mon engagement, je défends l'idée qu'il existe bel et bien un autre projet, un autre idéal, une autre pratique de la politique. La voie proposée par le pouvoir d'aujourd'hui, une société d'inégalités et de rapports de force, et celle proposée par la gauche, qui pense que l'Etat doit prendre en charge tous les problèmes de la société, ce sont deux erreurs. Je propose une voie qui s'oppose à ces deux impasses, une voie fondée sur la vérité. C'est pourquoi je me sens proche d'un Pierre Mendès France ou d'un Raymond Barre, d'un Jacques Delors, qui ont fait de la vérité, en économie, aussi bien que dans le social, le socle de leur politique. Comme eux, je pense qu'au fond les choix éthiques sont les premiers choix, les seuls vraiment efficaces en démocratie parce qu'ils sont la condition de la confiance.

Le Figaro Magazine : Redoutez-vous les candidatures en 2012 de Dominique Strauss-Kahn au PS et d'Eva Joly pour Europe Ecologie?

François Bayrou : Personne ne sait qui sera candidat en 2012. Mais ce qui compte, ce n'est pas les concurrents, c'est sa propre force.

Le Figaro Magazine : Vos critiques à l'encontre de Nicolas Sarkozy ont semblé moins virulentes ces derniers mois.

François Bayrou : Il y a un temps, quand tout le monde se tait, quand tout le monde est tétanisé, où la dénonciation est un devoir. J'ai été présent, et en avance, à ce rendez-vous. Aujourd'hui, tous les yeux se sont ouverts. Nous sommes entrés dans un autre temps, où il faut encore être en avance pour proposer de l'espoir, de la vérité, de l'enthousiasme pour reconstruire. C'est là désormais que je me situe.

Le Figaro Magazine : Ecririez-vous à nouveau «Abus de pouvoir» aujourd'hui?

François Bayrou : A ce livre, je n'ai pas une ligne à changer. Et même parfois, l'actualité donne plutôt envie d'en souligner quelques-unes.

Le Figaro Magazine : Pourquoi avez-vous voté blanc au second tour de la présidentielle de 2007?

François Bayrou : J'avais annoncé que je ne voterais pas pour Nicolas Sarkozy, parce que je ne voulais pas être de sa majorité présidentielle. Mais le programme et les choix de Ségolène Royal ne me paraissaient à la même époque ni convaincants ni rassurants.

Le Figaro Magazine : Comment retrouver en 2012 la partie de l'électorat socialiste qui s'était porté sur vous en 2007?

François Bayrou : La plupart des gens réfléchissent et jugent par eux-même. Ce n'est pas un parti qui dicte leur choix. L'électeur choisit ce qui lui paraît le plus honnête, le plus juste, le plus entraînant. C'est cela la vertu de l'élection d'un Président par les citoyens, directement, par un choix de femme ou d'homme, en conscience: c'est la seule élection dans laquelle les partis n'ont pas le pouvoir de s'interposer.

Le Figaro Magazine : Craignez-vous un score élevé de Marine LePen à la présidentielle?

François Bayrou : Les votes extrêmes sont la garantie absolue du maintien des pouvoirs et des influences déjà en place, avec tous leurs abus.

Le Figaro Magazine : Le remaniement a permis de rééquilibrer le pouvoir entre le Premier ministre et le président de la République...

François Bayrou : ... je n'en crois rien !

Le Figaro Magazine : Vous ne croyez pas à une nouvelle répartition des rôles?

François Bayrou : Ni les institutions, ni le quinquennat, ni la structure de la majorité ne peuvent laisser place à un autre rapport de force, à un Premier ministre qui prendrait le pas sur le Président. C'est une vision journalistique.

Le Figaro Magazine : Nicolas Sarkozy ne changera pas?

François Bayrou : Les hommes ne changent jamais vraiment sur leurs fondamentaux.

Le Figaro Magazine : N'avez-vous pas l'impression d'être isolé?

François Bayrou : Si j'étais isolé, j'aurais disparu. Le combat politique est si âpre qu'il exige aussi de la chaleur humaine. Pendant toutes ces années, j'ai eu deux appuis : une équipe soudée, solide, amicale, et les gestes de soutien des Français. C'est beaucoup.

Le Figaro Magazine : Mais la nomination attendue de nouveaux secrétaires d'Etat devrait renforcer la présence des centristes au gouvernement!

François Bayrou : Je n'ai jamais pensé que des maroquins suffisent à construire l'équilibre, alors des sous-maroquins... c'est dérisoire.


Les derniers commentaires ... Tous les commentaires

Un discours sous forme de programme

Posté par : Aboubacar33 | 15 décembre 2010 17:01

Comment sortir de la crise ?

F. Bayrou reste fidèle à son analyse de la situation de notre pays, il rappelle son attachement à la liberté de l’information, au pluralisme des idées avec sa fameuse loi -« les partis se tiennent par leurs noyaux durs »-, rappelant par là-même qu’il sera candidat en 2012 pour rendre effectif un changement en profondeur, et que ce serait suicidaire de faire supporter le poids de la dette aux générations futures…etc. Bref, il est fidèle à sa pensée contrairement à « certains centristes en quête de marocain » et prouve, malgré les difficultés, qu’il est de bonne foi et reste attaché aux principes de la république, ce que d’autres qualifieraient de : vision gaullienne ?

Cette vision républicaine que défend F. Bayrou est malheureusement savamment sabordée depuis des décennies par une certaine élite nationale convertie aux valeurs anglo-saxonnes du profit et ce quelles qu’en soient les conséquences. Elle le fait avec un cynisme terrifiant « enrobé de soie et de bonnes paroles », n’ayant cure de la souffrance du peuple du moment que cela lui profite.

Si nous admettons que la politique obéit aux règles du marketing commercial, on est contraint d’admettre que F. Bayrou a raison sur toute la ligne, mais son discours de vérités ne donne pas envie aux électeurs de voter pour le Modem. La politique étant avant tout un projet utopique, il ne suffit pas de dénoncer sur les plateaux de télévision, ou d’écrire, ce qui ne va pas pour attirer à soi l’adhésion du plus grand nombre, mais il n’est pas non plus de bon usage de jouer au démagogue comme la droite et la gauche qui savent si bien le faire en promettant vaille que vaille de raser gratis à chaque échéance.

Ce discours de clôture semble avoir trouvé le bon tempo car il promet de rendre espoir aux français. Mais d’ici 2012, il faudra sans cesse le renouveler en combinant savamment les mots « efforts et espoir » ce qui n’est pas une bonne pub en soi. Chaque citoyen doit pouvoir trouver sa part d’espérance dans ce programme : les jeunes, les adultes et les personnes âgées. Rassembler doit être le maître mot pour que chacun sache qu’il ne sera pas oublié sur la route, d’où la nécessité de mettre fin aux pratiques désastreuses de politiques clientélistes qui ont abouti à rendre rigide le fonctionnement de la société et à creuser tant de déficits.

Bref, l’issue pour le Modem de sortir de sa traversée du désert passe par : -« un Modem qui saura proposer de libérer les initiatives, mettre en place une politique équitable sur tous les plans de la justice, de l’économie, de la santé, de la formation en générale…etc. »- Soit redonner du « sens » ou « vie» aux fondements de la république.


les mots causent des maux

Posté par : phiphilac | 13 décembre 2010 23:14

Je reprends mon message de la mi- journée car le nouveau site est à revoir comme dit précédemment.

Pour ceux qui désirent une meilleure appréhension et compréhension de F. Bayrou lors de ses propos sur "la cicatrice ne se refermera jamais " je propose la lecture de " Noir Négoce ", roman d' Olivier Merle aux éditions de Fallois. Le thème en est plus l' esclavage que la colonisation, mais les deux sont -ils dissociables ?

Je pensais encore hier au discours de Dakar. Je ne reformule pas.

Merci aux techniciens d'améliorer le fonctionnement de ce nouvel habillage.


produire en france

Posté par : lydroy | 13 décembre 2010 16:46

Pourquoi ne pas développer le recyclage ? idée trouvée sur le site de Démocratie et hérésie economique


congrés et commentaires

Posté par : berthir | 13 décembre 2010 13:45

Nous sommes rentrés regonflés par ce congrès, simple et profond. Un grand merci. Mais ce matin, impossible de lire les commentaires dans ce site nouveau et plus aéré, comment faire, pouvez vous nous l'expliquer. Pensez aux plus anciens qui ne sont pas nés avec l'informatique.

Réponse du modérateur : Nous avons bien reçu votre remarque. Nous allons modifier la présentation actuelle, afin de permettre un accès plus pratique et intuitif aux commentaires. Ces changements seront effectifs d'ici demain. Bien cordialement.


candidature

Posté par : justis | 12 décembre 2010 18:23

Monsieur Bayrou,

C'est vous ou Mélenchon parce que, oui, il faut qu'ils s'en aillent. Alors soyez précis sur tout et l'écologie aussi, les jeunes ne vous connaissent pas et vous devez les toucher par ce biais, pour les autres parlez de ce que vous pouvez faire de mieux pour nos vies au quotidien.



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