23 décembre 2009

Identité nationale : une "diversion", destinée "à un gisement de voix qui ne demandent qu'à se mobiliser pourvu qu'on les excite", selon François Bayrou

François Bayrou était l'invité de Michel Grossiord, mercredi 23 décembre, sur Europe 1.

Le Président du Mouvement Démocrate est revenu sur le débat relatif à l'identité nationale, dénonçant notamment une "diversion" de la part du pouvoir en vue d'occulter d'autres problèmes nationaux, comme par exemple le fait qu'il y a 1 000 chômeurs de plus par jour. (lire la suite)

Michel Grossiord : - Bonjour François Bayrou.

François Bayrou : - Bonjour.

M.G. - Ce n’est pas la première fois que le débat sur l’identité nationale s’envenime. Auriez-vous quitté la salle en entendant cette phrase : « le jour où il y aura autant de minarets que de cathédrales en France, ce ne sera plus la France » ?

F.B. - Cette phrase, ou cet incident, c’est la conclusion logique de la manière dont, en France, on est en train d’exciter une partie de la population contre l’autre. Les dérapages sont inéluctables. Imaginez, s’il y a dérapage au sein d’un groupe parlementaire de l’Assemblée nationale, normalement très policé et habitué au débat, imaginez ce que c’est dans les conversations de voisinages.

M.G. - Dérapages dites-vous ? Vous seriez sorti ?

F.B. – Dérapage, et je trouve normal qu’on rappelle les députés, surtout quand on est ministre, a plus de retenue. Tenue, peut-être, mais retenue, en tous cas. Vous savez, c’est très fragile, un pays. Il n’y a rien de plus facile que de faire se battre une partie du pays contre l’autre, surtout quand sont en cause les histoires de religion, d’habitudes, de manière d’être. Il n’y a rien de plus facile. C’est explosif ; et normalement le rôle des dirigeants devrait être de rassembler, d’avoir des attitudes qui défendent les principes mais qui appellent au respect… toutes ces choses qui sont absentes aujourd’hui, et je trouve que c’est dangereux.

M.G. - Dans le Figaro, Henry Guaino, le conseiller du chef de l’Etat, défend le débat, mais il estime qu’il faudrait l’élever, l’élargir. Est-ce que vous souscrivez à ce qui ressemble à un recadrage ?

F.B. - Je voudrais bien qu’on le relève, le débat. Qu’on l’élargisse, c’est ce qu’on est en train de faire.

M.G. -  Pas le suspendre ? Ni l’arrêter ?

F.B. - En tous cas, moi, lorsque j’y participerai, ce sera sous cette forme, j’essaierai d’écrire de manière directe ce qui me frappe aujourd’hui dans la France, son interrogation sur son identité. C’est très précieux l’identité d’un peuple. Mais ça ne doit pas être bradé dans des… Il ne faut pas faire flamber ça. Encore une fois, c’est comme un abcet. Si vous frappez cet abcet, si vous le faites flamber, alors vous avez des dégâts considérables. Considérables à l’intérieur de la France, et considérables pour l’image de la France à l’extérieur, parce que je voudrais qu’on réfléchisse à ce qui est en train d’être ressenti à l’extérieur, de l’image de la France.

M.G. - Que dois faire Nicolas Sarkozy aujourd’hui, selon vous, François Bayrou ?

F.B. - D’abord il n’aurait pas dû lancer les choses comme ça.

M.G. - Mais maintenant ?

F.B. - Parce que ça a été lancé, comme vous le savez, de manière électoraliste et normalement, le rôle du président de la république, c’est d’élever le débat et rassembler le pays. Et je souhaiterais qu’il le fasse.

M.G. - Et est-ce que vous craignez que ce débat soit une machine à gagner les élections pour le Front National ?

F.B. - Ecoutez, je vais vous dire. Bien entendu, je sais pourquoi ce débat est lancé et il est lancé parce qu’on imagine qu’il y a là un gisement de voix qui ne demandent qu’à se mobiliser pourvu qu’on les excite. C’est ça la règle. Moi je voudrais que ça se passe autrement dans notre pays, et notamment lorsqu’on a la responsabilité du pouvoir, la responsabilité de représenter le pays, la responsabilité de le conduire, et non pas de se laisser conduire par ce qu’il y a de plus brûlant, de plus passionnel dans un peuple.

M.G. - Et ça veut dire qu’on ne doit pas parler de l’identité nationale sans évoquer la place de l’Islam ?

F.B. - Il faut évoquer la place de l’Islam. Il faut naturellement évoquer l’immigration, l’intégration, la manière dont ceux qui sont arrivés de l’extérieur ces dernières décennies trouvent leur place, ou ne trouvent pas leur place dans notre pays. Parce que le problème c’est que précisément ils ne trouvent pas leur place donc toutes ces questions elles doivent être évoquées, mais elles doivent être évoquées avec un ton, des références, avec une manière d’être qui donnent au pays le sentiment qu’on le conduit, on l’élève et on le rassemble.

M.G. - Ce n’est pas l’affaire d’Eric Besson ?

F.B. - Vous voyez bien que Monsieur Besson, ce n’est pas du tout ce qu’il fait. Ce n’est pas la peine de se dissimuler. Il y a là une exploitation qui est en réalité une diversion, parce que tant qu’on parle de ça, on ne parle pas du reste. Je vais vous donner simplement deux chiffres. Il y a tous les jours en France plus de mille chômeurs de plus. Il ya à partir du premier janvier, c’est une annonce du pôle emploi hier, il y a trois mille fin de droits par jour. Trois mille personne par jour qui entrent en fin de droit. Et naturellement, si vous excitez comme la muleta, le chiffon rouge sous le nez du taureau, tout le monde fonce dans la muleta, c’est une diversion pour éviter qu’on parle des choses les plus graves et les plus importantes de la vie de tous les jours des gens.

M.G. - On attend votre texte François Bayrou, vous nous l’annoncez ce matin. Jean-François Copé accélère sur la burqa. Il déposera une proposition de loi dès janvier pour interdire dans l’espace public ce voile intégral où s’enferment les femmes, où certains les enferment parfois. Est-ce que vous le suivez ?

F.B. - Vous voyez bien, on a nommé une commission parlementaire avec le soutien de tout le monde, pour essayer de débrouiller un sujet très difficile. Et puis simplement pour faire un effet d’opinion, pour gagner…

M.G. - C’est difficile pourquoi ? « Ce n’est pas une question religieuse », dit Jean-François Copé. « C’est le respect des femmes. Une question de sécurité publique », dit-il...

F.B. - C’est extrêmement choquant pour les Français, pour les occidentaux en général, mais surtout pour les français parce que nous, ici, nous sommes le pays des visages découverts. Il existe d’autres pays dans le monde qui au contraire sont des pays où au contraire il est choquant de montrer quelque chose du corps de la femme. Donc ce sont des sujets extrêmement difficiles et normalement on avait une démarche qui était une démarche raisonnable pour essayer de traiter ça. Après, chacun se détermine au bout du chemin. Je vous assure qu’il y a une partie de la population française qui ne partage pas du tout l’usage de la burqa, mais qui se sent montrée du doigt. Et il faut se poser la question de ce qui arrive comme conséquence lorsque ce genre de tensions augmentent, et donc en tous cas moi je trouve qu’on s’honorerait en respectant le rythme, et en attendant que la commission parlementaire donne son avis.

M.G. - Pas de précipitation donc. François Bayrou, Nicolas Sarkozy a reçu hier soir à l’Elysée deux chefs de fil UMP pour les régionales, il s’implique. Il est dans son rôle ?

F.B. - Non. Le président de la république ne devrait pas être un chef de parti.

M.G. - Il n’a pas le droit de demander à ses candidats de défendre leur drapeau et ses réformes ?

F.B. - Le président de la République devrait être en France au dessus des partis, au dessus des batailles électorales. C’est comme ça qu’on a construit nos institutions, et donc recevoir les candidats d’un parti, le sien, participer aux instances politiques d’un parti, ce n’est pas la conception qu’en tous cas je me fais de la fonction présidentielle. Et les élections régionales devraient être des élections régionales. Ca à l’air d’enfoncer une porte ouverte, les élections régionales devraient permettre de débattre de l’avenir d’une région, des problèmes qui s’y posent, de son avenir. Et ça ne devrait pas être un plébiscite ou un referendum pour ou contre le pouvoir. En tous cas le président de la république ne devrait pas le présenter sous cette forme.

M.G. - Est ce que vous trouvez Ségolène Royale toujours rigolote ? Vous l’aviez dit sur cette antenne. Elle ne renonce pas manifestement à faire venir vos candidats du MODEM sur sa liste en Poitou-Charentes. Et localement, elle a même dit « la proposition est honnête ».

F.B. - Ce n’est pas vrai. Nos instances… enfin… c’est normal, les responsables de notre mouvement se sont réunis, ils ont pris une décision. Ils la respecteront tous. Selon moi en tous cas ils sont logiques et cohérents quand ils font ça. Pour le reste, je trouve que chacun défend ses chances et c’est très bien comme ça parce que chacun défend sa conception des choses et il se trouve qu’il est normal que l’on défende des idées pour la régions qui ne sont pas appliquées aujourd’hui.

M.G. - Est-ce que vous êtes satisfait, aujourd’hui, du retour à la normale dans les relations entre la Chine et la France ? On a vu François Fillon faire des prouesses diplomatiques ces derniers jours.

F.B. - Oui, je ne suis pas sûr qu’il y ait retour à la normale. Les signes que j’en ai vu, en tous cas les images qui ont été montrées sur les chaines de l’arrivée de François Fillon en Chine n’étaient pas des images, comment dirais-je ? Terriblement chaleureuses, vous l’avez souligné tous à l’envie dans vos articles. Ce n’est pas ça qui m’inquiète. Je vais reprendre, si vous le voulez bien, le grand sujet qui a été celui de la semaine. Copenhague. A Copenhague, qu’est ce qu’on a vu ? On a vu que dans la dernière ligne droite, à Copenhague, les acteurs c’étaient les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Brésil, et l’Afrique du Sud. Europe totalement absente. France, absente. Il y a là quelque chose d’un basculement dans le monde. Il y a là un symbole de ce que nous nous effaçons dans le grand jeu du monde au lieu de nous affirmer.

M.G. - Important le volontarisme qu’a montré le chef de l’Etat ?

F.B. - Oui mais peut-être qu’il y a des gestes qui sont des gestes d’activité, parfois d’agitation, très démonstratifs ; et ces gestes là n’entraînent pas des conséquences positives. On aurait mieux fait de rassembler l’Europe et de la faire parler d’une seule voix, au moins aurait-elle été présente quand les décisions définitives ont été prises.

M.G. - François Bayrou, merci et bonne journée.

F.B. - Merci François Bayrou, merci Michel Grossiord.


Les derniers commentaires ... Tous les commentaires

EMMANUEL TODD CONFIRME AU MONDE

Posté par : MANDRIN | 27 décembre 2009 12:59

"Ce que Sarkozy propose, c'est la haine de l'autre" Démographe et historien, Emmanuel Todd, 58 ans, ingénieur de recherche à l'Institut national d'études démographiques (INED). Inspirateur du thème de la fracture sociale, repris par Jacques Chirac lors de sa campagne présidentielle de 1995, il observe depuis longtemps la coupure entre élites et classes populaires. Il livre pour la première fois son analyse du débat sur l'identité nationale. Sans dissimuler sa colère. "Si vous êtes au pouvoir et que vous n'arrivez à rien sur le plan économique, la recherche de boucs émissaires à tout prix devient comme une seconde nature", estime-t-il. On sait parfois où cela mène.... et le projet du Mouvement Démocrate doit prendre appui d'une facon contagieuse sur l'aspiration d'une population lasse de tant de diversions et d'invectives, souhaitant le retour à une posture plus apaisée pour vivre normalement, tout simplement !!. Meilleurs voeux à toutes et tous , le bon sens est avec nous comme le temps .


La France avnat tout doit défendre la "Patrie des droits des l'homme"

Posté par : regisr | 27 décembre 2009 12:12

Sihem HABCHI ni pute ni soumise parle de "Patrie des droits de l'homme" oui c'est dans cette patrie qu'on se reconnait ou pas .. oublions cette terminologie "identité nationale" qui sonne mal, chacun doit garder "SON identité" qui lui est propre, parlons patriotisme qui nous rassemble sous la diversité! Régis78


identité nationale rime trop avec nationalisme

Posté par : regisr | 26 décembre 2009 16:18

identité nationale rime trop avec nationalisme.. "Le patriotisme (du latin pater, père) plutot est un sentiment d'appartenance à un pays, la patrie, qui renforce l'alliance selon des valeurs communes.........." disons alors patriotisme! un mot qui rassemble.... à revoir.. régis78


identité nationale

Posté par : marinella | 25 décembre 2009 22:36

si l'identité est écrit dans le dictionnaire :lat : identitas du latin idem , le même . Nationale : relatif à une nation ;qui lui appartient : hymne nationale et Nationalité est une appartenance juridique d'une personne à la population d'un état .( Proclamée par la révolution française , il joua un rôle essentiel dans l'europe du XIXème siècle ) c'est aussi une communauté d'individu unis par la langue , l'histoire, les traditions l'aspiration à se constituer en état ou se voir reconnaître des droits spécifiques Ce que je dois comprendre par rapport au dictionnaire c'est : une personne qui peut sans être agressée prouver de sa bonne foi que c'est une personne digne en montrant un papier qui l'a destine a rester dans un pays là où elle y réside , respectant un mode de vie tout comme la communauté et aussi en y travaillant tout comme un bon citoyen . L'identité c'est se rapporter non pas seulement à un peuple mais aussi de se reconnaître , se faire respecter ,en clair d'exister .


La meilleure preuve...

Posté par : euro | 25 décembre 2009 19:19

"Diversion", dit François Bayrou. Diversion et perversion, ajouterai-je. Ce mauvais débat ou pseudo-débat fait ressortir toutes les peurs, tous les fantasmes, toutes les phobies. Ces refus se cristallisent naturellement sur "le musulman" et plus généralement sur "l'étranger". Ces jeux sont dangereux en période de crise, et, pour le pyromane Sarkozy, il est bien tard pour jouer au pompier. La meilleure preuve : l'apparition toute récente sur ce forum de messages d'une tonalité inhabituelle, peu confome en tout cas à l'idée que nous nous faisons au Modem d'une "identité nationale" ouverte, pluraliste et finalement évolutive. Dans le droit fil de notre histoire, tout simplement.