7 décembre 2009

François Bayrou : "Nous avons fait un long effort pour sortir de l'emprise de l'UMP, pour bâtir un chemin politique indépendant"

François Bayrou était l'invité de Jean-Pierre Elkabbach, lundi 7 décembre, sur Europe 1.

Jean-Pierre Elkabbach : Pour comprendre le duo Royal-Bayrou, il faut lire « la guerre du Péloponnèse »? François Bayrou, bonjour !

François Bayrou : Peut-être ne va-t-on pas aller jusqu'à des extrémités de cet ordre ? (lire la suite)

Jean-Pierre Elkabbach : Ségolène Royal a renouvelé sa proposition d’alliance avec le MoDem au premier tour des régionales. Est-ce que son obstination vous fait changer d’avis ?

François Bayrou : Au premier tour, c’est le tour où les électeurs choisissent, il y a du pluralisme, c’est le tour où chacun présente ses idées ; et au deuxième tour, c’est un tour de rassemblement. Si on choisissait de répondre oui a l’idée de se mettre ensemble dès le premier tour, cela veut dire qu’on serait les mêmes et cela veut dire qu’il y aurait du rassemblement et non de la confusion.

Quand vous réclamez le pluralisme, ça veut dire chacun pour soi ? ça veut dire la division ?

Est-ce que vous imaginez, Jean-Pierre Elkabbach, que nous avons fait ce long effort de sortir de l’emprise de l’UMP, pour bâtir un chemin politique indépendant et qu’on va à l’instant succomber aux sirènes et faire en sorte que l’on rentre dans un sous-courant du PS ? Donc la réponse est que nous affirmerons au premier tour nos idées, notre opposition et notre personnalité, parce qu’en Poitou-Charentes aussi, il y a des choses à faire qui, pour l’instant, ne sont pas faites.

Elle vous a rappelée hier, Ségolène Royal, que votre parti est décentralisé, et elle ne s’adresse pas à François Bayrou mais aux militants et au MoDem régional de Poitou-Charentes. Est-ce qu’ils ont la liberté de dire non à François Bayrou leur chef, et oui à Ségolène Royal ?

Les militants et adhérents de Poitou-Charentes ont délibéré avec les autres et à l’unanimité, ils ont dit que notre présence au premier tour de ces élections ne se discute pas, parce qu’on a besoin de dire des choses qui ne sont pas dites dans la vie politique française. 

Donc ils resteront dans la «  ligne Bayrou » ?

D’abord, ce n’est pas une « ligne Bayrou », c’est une ligne de la réflexion générale. Lorsqu’un mouvement politique décide qu’il va se présenter devant les électeurs, c’est une responsabilité collective et c’est cette responsabilité-là que nous assumons. Mais vous voyez bien, c’est un grand enjeu à un moment où le pluralisme doit s’exprimer. Il y a des gens, Nicolas Sarkozy en est un, qui veulent que la politique française soit réduite à deux partis et seulement deux. Moi je me suis toujours battu contre ses idées parce que je trouve que la liberté des électeurs, c’est une liberté de choix. Il faut la reconnaître et la défendre.

Ségolène Royal prétend que les élections régionales sont des élections locales et pas nationales…

Elle a raison.

Deuxièmement, elle vous propose de la rencontrer une nouvelle fois… Est-ce que vous êtes d’accord pour en parler là, où ce n’est pas la peine ?...

Mais je suis d’accord pour rencontrer toutes les responsables politiques français qui pensent qu’on a à bâtir une voie nouvelle pour la France. Je les ai déjà rencontrés d’ailleurs, tous y compris Ségolène Royal à qui j’ai dit en privé depuis des semaines et des semaines ce que je suis en train de vous dire au micro.

Mais elle n’entend pas, vous n’avez pas été assez claire ?

Je pense avoir été d’une clarté absolue. Je pense qu’elle a parfaitement compris. Je pense qu’elle sait exactement de quoi il s’agit, et je pense simplement que son but était un peu plus de communication que de fond…

À votre avis, elle s’isole dans sa démarche ?

Je n’ai pas envie de faire de commentaires sur sa démarche politique. Ségolène Royale est un acteur souvent démonstratif du jeu politique français ; ce qu’elle fait, c’est souvent rigolo…

Lors de votre Congrès à Arras, cela vous a fait rire ? Lorsqu’elle est entrée avec sa méthode, son style un peu comme dans un western, et qu’elle vous a pris la vedette ?

Je ne vis pas les choses comme ça. Je trouve ça plutôt marrant que ce soit démontré par des gestes un peu étrange comme cela… Je trouve intéressant qu’on montre cette question : quel est le centre de la vie politique française ? Qu’est-ce que c’est que le centre indépendant, à partir duquel tout change ? Et les responsables politiques disent : « on veut s’allier avec eux ou pas »…

Devrait changer, parce que tout n’a pas changé jusqu’ici…

Cela bouge un peu quand même, et donc je ne vis pas ça comme une affaire de communication. Je vis ça comme les indices que quelque chose est en train de changer, et que ce n’est pas de ralliement qu’il s’agit ; si c’est du ralliement, cela veut dire que vous disparaissez.

Elle vous tend la main pour une coalition que Julien Dray a appelé « l’arc-en-ciel » ; elle vous a, à Arras, proposé un arc central… Où est la différence ? On voit bien vers qui seront envoyées les flèches des deux arcs…

Je ne sais pas bien à quelle expression vous faite allusion. Je vous dis la mienne le jour où les Français -et ce jour j’espère viendra s’imposer d’une autre voie politique pour la France, parce que ça c’est des jeux dont vous riez donc (Marco rie dont tout le monde a le sourire dans les studios)- mais derrière ces jeux, il y a des conséquences lourdes et graves pour les gens.

Donc il faut battre et éliminer Sarkozy et sa majorité… Mais votre volonté de rassembler et de battre Sarkozy avec votre grand arc central, vous donnez l’impression qu’elle s’arrête nette devant vos ambitions pour 2012…

On a besoin d’une alternance, je pense que le chemin qui est suivi n’est pas le bon, et il y a mille décisions qui le montrent : on a besoin d’une alternance et cette alternance, elle doit être soutenu par une majorité large. Il y a des gens qui pensent que cette majorité doit être uniquement à gauche, je ne le pense pas. Je pense qu’il est nécessaire que cette majorité soit plus centrale et qu’elle aille assez loin sur sa gauche et assez loin sur sa droite.

Et ça commence dès le deuxième tour ?

Jean-Pierre Elkabbach, on ne va pas recommencer cette explication ; c’est mieux que vous me laissiez finir. Et donc je dis, il faut qu’on ait ce grand espace central qui servira de pilier le jour venu à la nouvelle politique qu’il faudra suivre pour la France. Tous ceux qui voudront en êtres selon moi seront les bienvenues ; mais simplement, il faut qu’on comprenne qu’à l’intérieur de ce grand axe, il n’y a pas la prédominance d’un parti, mais qu’on ait besoin de plusieurs partenaires reconnus et à égalité.

Le sommet de Copenhague commence aujourd’hui jusqu’au 18 décembre ; les pessimistes commencent à croire au succès de ce rassemblement. Et vous ?

Oui je pense qu’on fera un pas. Ce pas sera-t-il suffisant ? Je me le demande. Il aurait été plus efficace que l’Europe y parle d’une seul voix.

Que dites-vous à votre successeur, Luc Chatel, pour ne pas supprimer l’Histoire-Géographie en terminale S ?

La décision de supprimer l’Histoire-Géo en terminale S est une décision qui va à l’encontre des principes que l’on doit défendre dans l’Education nationale. On a besoin, non pas de faire des têtes bien pleines, purement scientifiques et techniques, mais de faire des têtes bien faites soit des jeunes qui connaissent notre histoire et qui sachent où elle pourrait aller pour pouvoir se repérer dans la grande histoire des hommes. C’est une des décisions les plus significatives et des plus graves qui ait été prise dans l’Education nationale, ces dernières années.


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Elections à 2 tours...

Posté par : Ronceveaux | 10 décembre 2009 17:58

Finalement je vais également réagir sur le fond à cette interview. Car l'insistance de nombreux journalistes à s'étonner du refus de François Bayrou (en particulier) et du MODEM (en général) de rentrer dans le jeu des avances de Ségolène Royal concernant une alliance au 1er tour des élections régionales en Poitou-Charentes m'interpelle ! Car enfin, pourquoi 2 tours si ce n'est pour que chacun tente sa chance et s'évalue ? Seule la crainte du risque financier (ne pouvoir assumer les dépenses de campagne pour cause de non remboursement par l'Etat en cas de score inférieur à 5%) peut pousser une formation à s'allier dès le 1er tour. Car sinon raisonnons par l'absurde (je dis bien "absurde") : supposons par exemple que dans une région le candidat UMP, aussi soucieux d'ouverture que le Président de la République, propose à chaque formation candidate de se rallier à sa liste en échange pour chacune d'une ou plusieurs places éligibles. Supposons que la totalité des formations accepte cette proposition. Il n'y aurait alors, et dès le 1er tour, qu'une seule liste, ce qui serait la négation à la fois du principe des 2 tours et du concept même d'élection démocratique. La consultation ne serait plus que marchandages, arrangements et complicités... Une proposition d'alliance dès le 1er tour à une formation pouvant dépasser le seuil des 5% ne peut être qu'une mauvaise farce et une insulte aux électeurs. Et c'est vers celle qui fait pareille proposition que les journalistes devraient diriger leur étonnement et leur scepticisme, non vers celui ou ceux qui la déclinent "avec sympathie" (et indulgence!)...


Informer ou déformer ?

Posté par : Ronceveaux | 10 décembre 2009 15:52

Que de vertu faut-il parfois à un homme politique pour supporter certaines "interviews" : cela frise le sacerdoce ! J'ai mis des guillemets à "interview" car de toute évidence Jean-Pierre Elkabbach aurait préféré réciter un éditorial ou interpréter un sketch plutôt que de questionner un invité. Si l'on se refuse à écouter et prendre en compte les réponses à ses questions, pourquoi se contraindre à en poser ? Je délaisse volontairement la discussion sur le fond au profit de celle sur la forme, car franchement, dans ces circonstances, le journalisme devient de plus en plus un métier dédié à la déformation bien plus qu'à l'information, et cette évolution d'un métier à l'origine noble et généreux vers une tâche vulgaire et égoïste est tout aussi pernicieuse que décevante, particulièrement quand elle est véhiculée par de soi-disant "grandes signatures" de la profession. Merci et bravo à François Bayrou, d'une part de persister à honorer les invitations d'où qu'elles viennent en sachant pertinemment à quoi il s'expose, et d'autre part de ne pas mâcher ses mots quitte à déplaire quand cela devient inévitable...


A propos de l'interview de F.Bayrou lundi matin .

Posté par : berfay | 9 décembre 2009 12:59

Ai bien apprécié cette intervention mais je regrette beaucoup que FB n'ait pas parlé du congrès d'Arras, congrès fondateur s'il en est, puisque le MoDem est en train de se doter d'un magnifique projet humaniste. Cela valait quand même la peine d'en dire 2 mots ! FB devrait faire comme N.Sarkozy, c'est à dire les questions et les réponses ! Avec un courtisan comme M.Elkabbach, il faut savoir s'imposer pour faire passer ses idées.


L'Importance, le Poids des Mots et des paroles !

Posté par : bourbon9 | 7 décembre 2009 20:39

Encore Bravo, cher François Bayrou pour vos réponses intelligentes à des questions volontairement stupides la plupart du temps de journaleux infatués...Une petite remarque cependant si vous le permettez : Se positionner dans l'alternance (éternelle dualité gauche-droite organisée et voulue), c'est vouloir rester malgré tout dans les filets serrés de notre " belle " république et dont les mailles vous retiennent encore...Le RENOUVEAU n'est t-il pas un mot plus approprié qu'alternance...N'y a t-il pas d'autre issue ? Oserons enfin un jour appréhender indépendamment cette nouvelle approche sociétale qui nous tend les bras...Bien des vérités devront être dévoilées d'ici là....C'est votre grand rôle, je crois, bon courage, F.B. Amitiés !


super clair! même qu'Jean-Pierre Elkabach s'est calmé cette fois ci

Posté par : regisr | 7 décembre 2009 19:09

10 minutes sur Europe1 claire et précise je dirais même conviviales.. un régal d'entendre des positions claires du chefs ! Morin peux s'égosiller à dire que FB ne fait que des zig zags.. lui il est complètement à la ramasse pour qui voudra bien de lui avec ses dits"NC".. Oui l'important "..Nous avons fait un long effort pour sortir de l'emprise de l'UMP, pour bâtir un chemin politique indépendant.. " que ce n'est pas mainetnant qu'on a le petit livre orange qu'on va se "casser".. nous tous qui nous sommes mis debout depuis 2002 lorsque FB a dit NON à l'UMP ! NON au parti oligarchique NON aux extrêmes.. la route est longue mais que de chemin déjà parcouru.. Fb avec nous au Modem n'avons qu'un défaut sans doute aux yeux de sarkozy comme il a osé le dire face au Grand Obama, dêtre en avance sur son temps.. c'est la post-modernité du 21ème siècle et ça! ça dérange Frédéric Lefebvre va s'en étrangler, il ne put plus supporter ça.. oUi aux primaires qu'il faut gagner pour rassembler ensuite ! régis78