14 novembre 2010
François Bayrou était l'invité ce dimanche de l'émission "C politique" animée par Nicolas Demorand sur France 5.
Après la nouvelle nomination à Matignon de François Fillon, François Bayrou a estimé sur France 5 qu'il y avait "un côté farcesque à la manière dont a été préparée cette séquence".
"Après huit mois, au bout du compte, ce qui reste c'est la reconduction du Premier ministre", a-t-il dit, soulignant à propos de François Fillon que si sa politique n'allait "pas dans la bonne direction", il avait de l'"estime" pour "l'homme".
"Il n'y aura pas de nouvelle donne", a affirmé François Bayrou. "Après tant de mise en scène, rien ne sera modifié", a-t-il insisté, ajoutant : "Tout cela solde la question +va-t-il y avoir une autre politique?+". "Je n'ai jamais cru à cette autre politique" tant que "Nicolas Sarkozy est le président".
Nicolas Demorand: « Bonsoir François Bayrou».
François Bayrou : « Bonsoir ».
ND : « Et merci d’avoir accepté notre invitation ; alors je le disais à l’instant
; on est en plein remaniement, rassurez-nous vous ne ferez pas partis du futur gouvernement Fillon,
numéro je ne sais plus combien ? »
FB : « Je ne sais pas si cela vous rassurera, mais en tout cas je n’en ferai pas parti.
»
ND : « Cela vous a été proposé ? »
FB : « Vous savez bien, vous savez bien que depuis des années ce genre d’idées a germé
dans les esprits fertiles mais je vous le dit avec certitude : on ne peut être membre d’un
gouvernement que si on partage ses options. Vous ne pouvez être dans une équipe que si vous voulez
vous-même aller où elle va, et, depuis le premier jour j’ai dit aux français que les options
qui étaient celles du nouveau pouvoir seraient dangereuses pour le pays, qu’elles
n’arrangeraient pas sa situation et qu’au contraire à bien des égards elle
l’aggraverait : c’est ce que nous avons sous les yeux. »
ND : « Et en tout cas, des esprits fertiles y ont pensé, c’est cela qui est étonnant
quand même ? »
FB : Oui, et bien, on à le droit à la fertilité, disons que cela fait parti des droits
élémentaires. »
ND : « Le droit d’être fertile parmi les droits de l’homme et de la femme, bien
entendu. En tout cas, la seule vraie certitude pour l’instant c’est que François Fillon
reste. Le point sur la délicate relation qu’entretient François Fillon avec le Président de
la République ; on voit cela tout de suite avec Maxime Benneteau. »
(reportage- vidéo)
ND : « Bon, bah voilà on prend le même et on recommence, c’est François Fillon qui sera
le prochain Premier ministre de la France. Une séquence politique de près de 6 mois qui se termine
comme cela. Quelle est votre réaction François Bayrou ? »
FB : « Il y a un côté farcesque dans la manière dont a été préparé cette séquence. J’ai
regardé toute à l’heure sur Internet la première déclaration que Nicolas Sarkozy a faite ;
annonçant un remaniement et une nouvelle étape après la réforme des retraites qui allait tout
changer ; elle date du 11 mars, on est le 14 novembre, 8 mois après, 8 mois pendant lesquels il
n’a été question que de ça. On a mis en scène les entrants, les sortants et au bout du compte
ce qui reste c’est la reconduction du Premier ministre. Alors je veux le dire pour que cela
soit clair : c’est un homme pour qui j’ai de l’estime. »
ND : « C’est plutôt une bonne nouvelle ! »
FB : « Je n’ai pas dit cela. C’est bizarre naturellement parce que je
n’approuve pas sa politique. Enfin, la politique du gouvernement qui est inspirée par Nicolas
Sarkozy, je pense qu’elle ne va pas dans la bonne direction, et, que même elle aggrave les
problèmes de la France mais comme homme ; je le connais depuis longtemps ; je trouve que
c’est quelqu’un d’honorable, de responsable. »
ND : « Et il est bon pour faire le job ? »
FB : « En tout cas, il le fait bien et convenablement, il le fait de manière estimable mais
cependant tout ça solde une question, répond à une question qui était : Est-ce qu’il va y
avoir une autre politique ? Comme vous le savez ; je l’ai même dit à d’autres micros
chez vous ; je n’ai jamais cru à une autre politique parce que la politique c’est la
politique de Nicolas Sarkozy et que les options qui ont été arrêté au début de ces cinq années
c’est des options qui empêchent un changement de politique notamment du point de vue entre
guillemet social comme on l’avait dit tous ces jours-ci. »
ND : « En même temps ; François Bayrou ; on voit que Nicolas Sarkozy a été contraint de
nommer à nouveau François Filon en dépit d’autres hypothèses qui ont pu circuler à certains
moments. Est-ce qu’il n’y a pas là quelque chose qui est en train de se rééquilibrer au
fond entre le Premier ministre et le Président de la République ? »
FB : « Si c’était le cas je trouverai cela très bien et il n’y aura de
rééquilibrage ; notamment avec un vrai chef de gouvernement, un vrai Premier ministre ; que le jour
où on aura coupé le cordon ombilical entre la majorité à l’Assemblée Nationale, en
particulier, et le Président de la République. Tant que vous aurez comme aujourd’hui, alors
bien sûr c’est des institutions, c’est compliqué. Mais je le dis pour que l’on
s’en souvienne : tant que vous aurez, comme aujourd’hui, un système électoral qui fait
qu’en réalité les élus de la majorité sont les élus du Président de la République et
qu’ils lui obéissent aux doigts et l’œil, qu’ils soient d’accords ou
qu’ils ne soient pas d’accords. Et bien, vous aurez, comme aujourd’hui, la
dépendance de ce pouvoir qui devait représenter le peuple par rapport au Président de la
République, c’est mauvais. »
ND : « En même temps, cela fonctionne un peu partout pareil. »
FB : « Non pas du tout. Cela ne fonctionne pas du tout comme ça. »
ND : « Il y a des régimes plus parlementaires, mais bon enfin… »
FB : « Quel que soit le régime… »
ND : » L’exécutif et la majorité qui a été élu…on y va main dans la main. »
FB : « Pas du tout. Quel que soit le régime, vous avez dans les autres pays, dans tous les
pays qui nous entourent, une représentation du peuple à l’Assemblée Nationale qui est une
représentation vraie, véridique, sincère. Et vous avez des courants, vous avez des courants très
importants ; minoritaires provisoirement ; mais très important dans d’autres pays qui sont
représentés, c’est le cas de l’Allemagne, c’est le cas…Maintenant
l’Angleterre est un système à trois puissances. Tout ça c’est la singularité française,
elle est mauvaise, elle nous conduit à des erreurs parce qu’on écoute personne d’autre
que le
Château comme on dit, là où toutes les décisions se prennent auréolées de mystères
paraît-il, nous raconte t-on. Tout cela, c’est évidemment de la blague, cela recouvre un
pouvoir trop solitaire pour qu’il puisse prendre en compte les attentes ou les idées des
français. »
ND : « Donc il n’y aura pas de second souffle, il n’y aura pas de nouvelle donne
dès lors que l’on ne change ni les hommes ni les femmes ? »
FB : « On ne change pas la politique, d’abord, ça c’est la première chose. On ne
change pas les personnes, il n’y aura donc pas de nouvelle donne. »
ND : « C’est un échec pour Nicolas Sarkozy, toute cette séquence là et la manière dont
elle est en train de se solder ? »
FB : « En tout cas, après tant de mises en scène, évidemment le résultat des courses
paraîtrait ; c’est le moins que l’on puisse dire ; mince. On est plus près du rien que
du grand chambardement. Rien à changé, rien n’est nouveau, rien ne sera modifié dans
l’orientation de la politique. Je crois en réalité, qu’il n’a pas eu le choix,
qu’il n’avait pas ce qu’il fallait sous la main. Mais tout ceci donne en tout
cas… »
ND : « Mais je croyais qu’il était hyper président, que les pouvoirs étaient au
Château, vous l’avez dit vous-même, c’est à dire à l’Elysée. »
FB : « Non je n’ai pas dit tous les pouvoirs. Je crois que ce pouvoir, que l’on
présente comme sans limite, est en réalité impuissant. Plus vous êtes dans le fantasme du pouvoir
absolu, plus vous êtes dans l’impuissance parce que les démocraties d’aujourd’hui
; on est au XXIe siècle, on est en 2010, les démocraties d’aujourd’hui elles exigent
que l’opinion suive, qu’elle adhère, qu’elle comprenne. On a raté, pour moi ;
vous savez je vous l’ai dit ; la réforme des retraites parce que le pays était prêt,
c’est rare un pays prêt à une réforme. Mais si vous écoutez attentivement non pas les
hurlements mais ce que disaient la plupart des grandes forces ; les cadres et politiques du pays ;
elles disaient il faut une réforme et même nous sommes prêts à l’allongement de la durée du
travail disait à peu près tous les syndicats. Et même la CFDT a dit : attention la retraite à 67
ans ; comme nous ; mais 62 ans on voyait bien que la porte était ouverte. »
ND : « Donc une occasion ratée là ? »
FB : « Parce que Nicolas Sarkozy a choisi l’épreuve de force, parce qu’il a voulu
ajouter à son portrait une image thatchérienne. Madame Thatcher, qui vous le savez tenait bon
contre les grèves… »
ND : « Les mineurs… »
FB : « Et simplement, ce n’est pas le même temps, peut-être qu’un certain nombre
de ceux qui nous écoutent ne me croirons pas. Je donne rendez-vous d’ici trois ou quatre ans,
et on sera obligé de reprendre de fond en comble la réforme des retraites en faisant cette fois-ci
quelque chose de profond et d’accepté par les français. »
ND : « Nous sommes en direct mais le gouvernement n’est pas encore connu, on suppose
déjà que Jean-Louis Borloo n’en sera pas. Il l’a dit, on avait parlé de lui :
le marquis de source sure. Jean-Louis Borloo avait lui même dit qu’il souhaitait
arriver à Matignon. Il a dit toute à l’heure qu’il sortait du gouvernement. Sur ce fait
là, c’est la disparition aussi d’une figure centriste du gouvernement, sur ce fait là,
votre analyse ? »
FB : « La preuve est faite, la preuve que l’on attendait depuis si longtemps,
maintenant, elle est faite. Alors je vous rappel, la preuve de quoi. »
ND : « Oui ? »
FB : « Il faut remonter huit ans en arrière quand Jacques Chirac a été élu. A cette époque,
il y a un certain nombre de mes amis de l’époque, une majorité d’entre eux. »
ND : « Bah vous êtes seul. »
FB : « Non ce n’est pas vrai, on en reparlera, mais ce n’est pas vrai. Un grand
nombre de ces élus a dit nous défendrons mieux nos idées à l’intérieur d’un grand parti
fabriqué avec le RPR, que l’on appellera l’UMP. Nos hommes et nos idées seront mieux
défendus à l’intérieur ; et moi j’ai dit à Toulouse, vous vous en souvenez, attendez si
vous dites que l’on pense tous la même chose c’est que l’on ne pense plus rien.
Et la thèse que je défendais à l’époque c’est si vous voulez être entendu, compter,
peser alors il faut que vous soyez indépendants et la dépendance et la soumission vous conduiront à
l’insignifiance. C’est un toboggan, si vous acceptez la soumission, vous allez tout
droit à tout droit à l’insignifiance et je leur ai dit mille fois, alors je répète il
n’y a qu’une question en politique, c’est
To be or not to be. »
ND: «
That is the question. »
FB : « C’est la grande question de Shakespeare. »
ND : « Etre ou ne pas être à l’UMP, c’est ça, la grande question ? »
FB : « Non, non, être ou ne pas être indépendant et libre. Si vous acceptez d’être
soumis, vous renoncez à exister et bien au bout de ce chemin de huit ans, ce que Jean-Louis Borloo
vient de constater aujourd’hui ; et pour moi ce n’est pas une surprise ; ce que
Jean-Louis Borloo vient de constater c’est qu’il n’avait pas de poids, il
n’avait pas de capacité à peser de l’intérieur et tous ses amis feront le même constat
et donc… »
ND : « Et donc c’est le triomphe du RPR, là que vous êtes en train de dire, l’UMP
aujourd’hui. »
FB : « Je ne veux même pas le dire sous cette forme, c’est le triomphe d’une
logique politique implacable qui est celle-ci : les partis se tiennent par leur noyau dur. »
ND : « Donc… »
FB : « Et quand vous acceptez d’être à l’intérieur d’un parti qui se
présente comme le seul parti de la droite et bien c’est les noyaux durs de la droite qui
tiendront ce parti. Et si vous acceptez d’être dans un parti qui représentera dit-on la
gauche alors c’est le noyau dur de la gauche qui tiendra ce parti. Et si vous pensez
qu’il faut une politique équilibrée, optimiste et réaliste en même temps, un espoir qui soit
un espoir crédible pour le pays, si vous pensez cela il faut construire la grande force qui le
portera. C’est sur cette position là que nous sommes et je suis persuadé que dans les mois et
années qui viennent de plus en plus nombreux vont être ceux qui vont dire mais après tout
maintenant la preuve est faite, il faut en tirer les conséquences. »
ND : « Donc vous offrez l’asile politique à Jean-Louis Borloo ? »
FB : « Je ne parle pas sous cette forme parce que cela serait un peu condescendant et je ne
veux pas l’être. »
ND : « Alors vous lui faite une proposition politique ce soir ? »
FB : « Je dis à tous ceux qui viennent de faire le constat cruel de leur insignifiance dans
le système qui a été construit par le pouvoir actuel, je leur dis qu’il faut construire autre
chose. En Italie… »
ND : « Non mais en France ! »
FB : « Attendez, j’y viens. En ce moment, il y a quelque chose qui est en train de se
construire qui s’appelle Terzo Pole, le troisième pôle. Je suis persuadé qu’il faut un
pôle du renouveau en France, un pôle du renouveau dans lequel ; nous en tout cas nous le
proposerons ; dans lequel chacun peut trouver sa place. »
ND : « Mais enfin la troisième voie, cela ne date pas d’aujourd’hui, François
Bayrou. »
FB : « Ce n’est pas cette troisième voie qu’il faut construire, c’est la
première. »
ND : « Oui alors le Terzo Pole, le troisième pôle, appelez cela comme vous voulez. »
FB : « Vous m’avez entendu ? »
ND : « Oui je vous ai entendu. »
FB : « Ca n’est pas la troisième voie qu’il faut construire, c’est la
première. Parce que les deux autres vont échouer. »
ND : « Si vous manipulez les chiffres, on ne va pas s’en sortir. »
FB : « Les autres vont échouer et donc l’immense enjeu national qui est devant nous,
qui est résignation ou croire à quelle chose. Cet immense enjeu national, il ne peut trouver que là
sa réponse et donc pour moi en tout cas ceci est au fond on a la réponse à la question posée depuis
huit ans. »
ND : « Et ce soir, vous lancez l’appel du 14 novembre, François Bayrou, de la
réunification ? »
FB : « Ne multiplions pas les appels, mais que tous ceux… »
ND : « De la réunification des centres ? »
FB : « Que tous ceux qui viennent de vivre cet épisode, surpris ou pas surpris, comprennent
qu’il y a quelque chose à construire qui manque cruellement dans le paysage politique
français ; et moi naturellement, je leur offre que nous y réfléchissons s’il le souhaite
ensemble, avec d’autres. Parce qu’il y a dans la grande galaxie républicaine, il y a
beaucoup de gens qui ont envie de cela. Et moi je suis ouvert à cette idée maintenant que
l’on a la réponse à la question. »
ND : « François Bayrou, où en êtes-vous politiquement ? Elément de réponse avec Elisa
Coudret, on est déjà rentré de pleins pieds dans le sujet, on continue. »
(reportage- vidéo)
ND : « Chacun porte sa croix François Bayrou ? »
FB : « Bah oui, c’est la vie. »
ND : « Bon on va faire les comptes Hervé Morin, Jean-Louis Borloo, Dominique de Villepin,
vous-même François Bayrou, le non aligné Daniel Cohn-Bendit. Cela fait cinq personnes pour occuper
le même espace politique, c’est beaucoup quand même…y a du monde au Centre ! »
FB : « D’abord cela prouve que cet espace politique existe puisqu’il excite les
convoitises. Il est important qu’il existe et qu’il soit fort et puis qu’il y ait
des vocations pour les entendre s’en occuper, tant mieux. Il y a une chose que je sais, le
seul qui n’a jamais changé d’avis sur ce sujet ; qui a creusé son sillon avec,
j’allais dire, presque obstination, en tout cas fidélité, cohérence, parce que depuis la
première minute je sais qu’au bout du compte cela sera la bonne réponse ; le seul qui ait
fait ça, c’est moi. Je ne le dis pas par orgueil, par fierté. J’ai payé suffisamment
cher pour savoir que c’était dur et mes amis aussi. Vous croyez que c’était simple ce
que nous avons fait contre les deux soit disant prétendus mastodontes de la politique française. Ce
n’était pas simple. »
ND : « Bah c’est des mastodontes quand même ! »
FB : « Non ! »
ND : « Si quand même, mathématiquement ils sont plus forts que vous, excusez moi ! »
FB : « Oui mais discutons-en une seconde. »
ND : » Une seconde alors. »
FB : « Un sondage présidentiel qui vient de sortir qui n’était pas forcément fait pour
nous aider, ce sondage donne à l’élection présidentiel, le Parti Socialiste a 20, à peine a
20, et nous a presque 10. Bon alors vous dites, ces partis énormes d’un côté et… »
ND : « Petits mastodontes alors ? »
FB : « Voilà la vie politique française à besoin de pluralisme, nous sommes les représentants
du pluralisme et nous portons une vision de l’avenir qui ne ressemble à aucune autre. »
ND : « 18 pour cent, presque 19 pour cent à la présidentielle, cinq candidats possibles pour
le centre, 20 divisé par 5 ça doit faire 4, bon tout ça peut mal se terminer aussi. »
FB : « Vous savez bien que vous plaidez quelque chose qui n’aura pas lieu, il n’y
aura pas une multiplicité de candidature. Cela n’a pas de sens. »
ND : « Comment allez-vous faire François Bayrou ? Comment allez-vous faire pour réunir ces
centres là. »
FB : « Je reviens à la question que vous avez posé parce que pour le téléspectateurs ça
paraît évident. C’est comme si vous disiez pour le PS, 20 pour cent d’intention de
vote, y a au moins cinq ou six candidats possibles, cela peut très mal se finir. Bah ce n’est
pas ça, l’élection présidentielle, c’est une élection qui sélectionne… »
ND : « Donc c’est un autre jeu, c’est ça que vous vous voulez dire ? »
FB : « C’est une sélection présidentielle. »
ND : « Alors comment… »
FB : « Et au fur et à mesure qu’on avance les choses se décantent. Je l’ai déjà
vécu deux fois et puis on découvre au bout du chemin là une ou un, femme ou homme, qui a les
épaules et le lien avec les français. »
ND : « Est-ce que dans les mois qui viennent d’ici l’élection présidentielle,
vous allez activement travailler à créer, alors je ne sais pas comment on peut appeler cela, un
cartel des centres, une réunion des centres ? Est-ce que vous êtes en contact avec Dominique de
Villepin ? Avec Jean-Louis Borloo maintenant qu’il a du temps de libre ? Avec ces gens
là… »
FB : « Ce n’est pas gentil pour lui ! »
ND : « De fait est-ce qu’avec ces gens là vous êtes en contact avec eux ? »
FB : « Je travaillerai inlassablement à ce rassemblement mais je ne crois pas que ce
rassemblement ne concerne que l’étiquette centre. L’étiquette centre, c’est une
étiquette géographique, et c’est pourquoi j’utilise le mot
démocrate, comme le grand parti démocratique américain, comme le grand parti démocrate du
Japon qui vient de prendre le pouvoir au Japon et d’autres. J’utilise ce mot parce
qu’il ne se défini pas géographiquement, gauche- droite- centre, entre les deux, il se défini
comme un projet et comme un projet qui dit qu’il faut remettre les choses à l’endroit.
Cela n’est pas en croyant que l’Etat va tout faire à la place des gens que l’on y
arrivera et cela n’est pas en choisissant la société d’inégalité que l’on y
arrivera. Voilà exactement le chemin qu’il y a à suivre. Et si vous m’interrogez, je
vous répondrai volontiers sur ce qu’il y a à faire sur le chemin, sur les étapes sur le
chemin. »
ND : « Oui, bah allons-y, oui, c’est important, allons-y François Bayrou. »
FB : « C’est même essentiel. Je dirai qu’en France aujourd’hui, la première
chose à faire c’est de donner la priorité de nouveau et enfin à la production chez nous.
Parce que s’il n’y a pas de production, il n’y aura pas de richesses à partager.
S’il n’y a pas de production, il n’y aura pas d’emploi à offrir notamment
aux jeunes, à l’immigration, à l’intégration, aux diplômés, aux seniors comme on dit. »
ND : « Donc un tissu industriel français ? »
FB : « De nouveau l’ambition qu’une part importante de ce que nous consommons et
exportons soit fabriquée en France. Tout est en train de s’en aller, de fiche le camp et ça
nous ne pouvons pas l’accepter. Alors qu’est-ce qu’il faut pour ça ? Innovation,
PME, soutien à l’innovation, soutien aux PME et puis une impulsion sérieuse partagée avec les
Français pour qu’ils considérent que ce qui est fabriqué en France, cela mérite au moins
autant de confiance que ce qui est fait ailleurs. »
ND : « Et donc ça vous pensez que, on peut le dire François Bayrou, il faudrait une industrie
en France. En même temps, on voit que tendanciellement, les postes dans l’industrie sont
détruits, les emplois dans l’industrie sont détruits et que l’on n’a pas de
matière première, donc les usines s’en vont, bref il y a une situation historique aussi. »
FB : « Parce que l’on a accepté un état du monde dans lequel ces choses partaient. Je
regrette de vous dire que dans un pays qui est capable de fabriquer des satellites, des lanceurs
d’engins, des avions, des hélicoptères ; dans ma circonscription un sur deux des moteurs
d’hélicoptères qui volent dans le monde, toujours chez moi, en Béarn, les trains
d’atterrissage d’Airbus et de Boeing ; capable de fabriquer plus de 50 pour cent de son
marché automobile, il est bien capable de fabriquer autre chose. »
ND : « Les frigidaires, les portables y compris les voitures enfin bref les biens de grandes
consommations sont fabriqués là où c’est le moins cher. »
FB : « Les réfrigérateurs si vous voulez bien. Justement j’étais… »
ND : « Avec vos petits bras, parce que nous les avons tous ; les petits bras ; face à la
mondialisation, François Bayrou, vous n’allez pas inverser ce qui est un mouvement général.
La main d’œuvre coûte moins cher en Chine par exemple. »
FB : « Il n’est pas vrai que ce soit la seule comme on dit variable, le seul élément
qui entraine la fuite. Je rentre de Corée du Sud ; cinq fois plus petit que la France, quatre fois
plus petit que la France, une population d’à peine plus de 50 millions d’habitants, des
salaires au même niveau que les nôtres, pas de matière première du tout ; ils sont leaders en
chantiers navales, TGV, centrales nucléaires, composants électroniques, j’en passe et des
meilleures ».
ND : « Dans une économie basée sur la recherche c’est ça ? »
FB : « Appuyée sur l’intelligence, appuyée sur la recherche et une économie ; je vais
dire ça mal ; de l’orgueil de fabriquer chez nous. »
ND : « Ca y est vous devenez patriote maintenant. Vous l’européen convaincu ? »
FB : « Je suis un Européen patriote et j’estime même que j’aie deux patries : la
France et l’Europe. Je ne sais pas vous, mais moi je suis un… »
ND : « Moi c’est encore plus compliqué. »
FB : « Pour moi c’est assez simple. Je pourrai même ajouter que j’aie une petite
patrie… »
ND : « Le Béarn. »
FB : « …dans les Pyrénées. Mais je pense même ; allez un moment de philosophie très
vite comme ça au bar, au comptoir. »
ND : « Vous buvez quoi d’ailleurs ? »
FB : « De l’eau. »
ND : (Il en doute) « Oui oui c’est de l’eau, c’est bon. »
FB : « Tenez ! » (François Bayrou lui tend le verre)
ND : « Bon je vais la gouter pour voir si ce n’est pas de la vodka ou du gin. (Il boit)
C’est effectivement de l’eau. »
FB : « Très bien comme cela je connaîtrai vos pensées. » (François Bayrou prend une gorgée à
son tour).
ND : « Mes pensées c’est que j’aimerai avoir maintenant des propositions
concrètes sur ce que vous comptez faire. »
FB : « Je viens de vous en faire sur le premier aspect de ces choses. Le temps de la
relocalisation, il est venu, sans cela nous allons perdre tous les combats que nous avons livrés.
Le temps du ré enracinement d’un certain nombre de production qui sont partis indûment, il
est venu, sans cela nous allons perdre tous les combats des jeunes, des plus âgées… »
ND : « Il y a un discours de la nation chez vous ? »
FB : « Oui. Et oui, c’est bête parce que si vous m’aviez lu vous seriez que
depuis 25 ans je dis la même chose. Je n’ai jamais cru ni pensé…Je vais vous envoyez
mes textes comme vous allez les lire on va s’en servir. Et donc… » (sic)
ND : « Alors la nation ? » (sic)
FB : « Je n’ai jamais cru et pensé que Europe et nation étaient antagonistes. Je pense
que c’est la même chose. Si nous voulons récupérer la maîtrise de notre propre destin, il
nous faut : France, parce que c’est le creuset démocratique. Tous nos amis, qui sont là, ils
pensent et s’expriment la politique en France. En même temps il faut une volonté européenne,
aujourd’hui totalement absente qui est la seule qui puisse nous permettre de résister à
l’immense par exemple entreprise et emprise chinoise. Vous avez vu l’actualité de ces
dernières semaines, la Chine est le seul pays du monde selon moi à avoir une politique en constant
développement. Vous savez les chinois sont des joueurs de Go. Vous savez le Go c’est je crée
une base ; ce n’est pas comme les échecs ; le Go c’est je crée une base et après
j’élargis et j’ai ma base de manière à m’étendre et étouffer mes adversaires. On
a vu la Chine agir en Afrique, elle est allée voir les gouvernements africains, les plus
discutables, en disant nous avons un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, vous pouvez être
tranquille. Je traduis en Français, la langue diplomatique, mais vous pouvez être tranquille si
vous avez des ennuis, nous Chine, nous serons là pour vous protéger dans ces grandes instances
internationales. Objectifs : matières premières, énergies, espace. Et puis on a vu agir aux
Etats-Unis, je rachète la dette américaine par centaine de milliards et milliers de milliards de
manière à ce que les américains soient garrottés quand ils doivent agir. »
ND : « Vous aimez la France mais François Bayrou nous ne jouons pas dans la même catégorie,
la France est une petite puissance, une puissance moyenne qui existe aujourd’hui parce
qu’elle est intégrée à un espace qui est l’espace européen. Avec votre patriotisme
économique, votre
achetez Français, cela ne marche pas en Europe, on ne va pas commencer à se faire
concurrence les uns les autres. En tout cas, ou alors peut être c’est ce que vous proposez
mais jusqu’à présent cela n’a pas fonctionné comme cela l’Union Européenne,
c’est un marché commun. »
FB : « Je pense que avez choisi une caricature et que cela ne se prête pas à la caricature.
Il y a deux choses. Est-ce qu’il y a une volonté européenne autonome ? Et pour finir la
phrase que j’avais commencé avant votre intervention, le fait que la Chine ait décidé de
racheter la dette grecque et la dette portugaise sans que nul ne moufte, j’allais dire, nul
ne dise un mot et bien c’est à mon sens une base politique qui fera que les décisions des 27,
elles seront moins autonomes qu’elles ne l’auraient été autrefois. »
ND : « Alors revenons maintenant en France. »
FB : « A la question que vous avez posé, cette question elle est double. Est-ce que
l’Europe a besoin de bâtir une politique commune en matière monétaire, pour pas que la
monnaie des autres truque tous les contrats, tous les achats ? »
ND : « Réponse oui. »
FB : « Réponse oui. Est ce que la France dans l’ensemble européen à besoin de bâtir son
propre ensemble industriel, sa propre volonté et ses propres entreprises, ses propres usines, sa
propre innovation, ses propres brevets ? Réponse oui aussi. Cela n’est pas parce que
l’Europe existe que la France doit disparaître. C’est exactement le contraire et cela
n’est pas parce que l’Europe existe contrairement à la phrase que vous avez reprise de
débats antérieurs que la France doit renoncer à exister en tant que pays qui porte une vision du
monde. Cette vision au lieu de la défendre tout seul, nous l’a proposons aux autres
européens, ce que nous ne faisons pas assez. Il n’y a pas de politiques européennes et il
n’y a pas d’ensemble européen, nous en discutons avec eux et nous joignons les forces
qui sont considérables de l’Allemagne, de la France, de la Grande-Bretagne, de
l’Espagne, de l’Italie, des autres états du Benelux. »
ND : « Le Général de Gaulle sort de ce corps là. Vous pensez que nous y sommes encore ? Là
vous tenez un beau discours gaulliste : la France etc… »
FB : « Peut-être chez vous c’est la mode de considérer que c’est fini et bien moi
je crois au contraire… »
ND : « Chez vous ? »
FB : « Chez vous ! Chez vous à titre personnel. »
ND : « Ah d’accord, pardon. »
FB : « Peut-être chez vous, vous considérez que c’est fini. Moi, je considère que
c’est le siècle qui vient qui se joue là parce que nous sommes le seul pays en Europe à avoir
des enfants, à avoir des naissances, à avoir des jeunes. Raison pour laquelle à la relocalisation
de la production j’ajoute maintenant le deuxième objectif, deuxième colonne qu’il y a à
construire qui est l’éducation. Vous et moi nous sommes aussi sensible l’un que
l’autre de ce que l’éducation est. L’éducation est devant une démoralisation
absolue, ceci est un impératif pour tous les gouvernements qui viendront. Parce que nous avons des
enfants et bien je considère que nous France, l’histoire n’est pas fini pour nous.
Voilà, au fond, ce qu’il y avait derrière la phrase que vous prononciez comme provocation
naturellement.
Ce qu’il y avait derrière était pour la France, c’est fini. Et bien moi je pense
que pour la France, cela n’est pas fini et la Corée qui a 15 millions d’habitants de
moins que nous et qui était il y a 40 ans le pays le plus pauvre du monde, plus pauvre que le
Malawi. Et bien ce pays là, il montre que l’on peut en 40 ans devenir la combien ? Douzième
puissance du monde et accueillir le G20 à Séoul. Alors, c’est loin d’appliquer le
modèle coréen en France, bien entendu tout cela nous le savons mais il est possible d’offrir
à un pays une ambition qui soit un vrai espoir, et, un vrai espoir parce qu’il est crédible.
Simplement, cela exige de changer beaucoup des choses que nous avons sous les yeux. »
ND : « Bon allez, on va faire un tour du côté de vos adversaires politiques. C’est ce
week end que le mariage d’Europe Ecologie et des Verts avait lieu, avec une nouvelle
formation politique qui est née. Analyse de Corinne Lepage que Sophie Pages et David Lemarchand ont
rencontrée. »
(reportage-vidéo)
ND : « Quelques questions rapides François Bayrou, vous craignez le nouvel Europe Ecologie,
la fusion de ce mouvement et de ce parti, vous pensez que c’est là une force politique
majeure qui est entrain d’émerger ? »
FB : « Nicolas Demorand, je suis un défenseur du pluralisme. Je trouve qu’il n’y
a qu’une chose à redouter c’est qu’il y ait un parti soit disant de droite contre
un parti soit disant de gauche parce que cela trouble complètement le jeu. Donc tout ce qui va dans
le sens du pluralisme me va. Après si je suis d’accord avec les orientations majeures, je
vais vous dire ce qui est le fond de ce que je crois. Je pense que l’écologie doit être prise
en charge par les courants démocratiques dans leurs diversités et ne pas être enfermés dans un
bastion clos. »
ND : « En même jusqu’à présent pour faire avancer les choses, heureusement qu’il
y a eu l’aiguillon des Verts et d’Europe Ecologie, on voit bien que ces préoccupations
disparaissent dès que le vent tourne. »
FB : « Pas du tout. Je pense qu’il y a des choses qui ont avancé peut être pas assez.
Je vais vous dire ce qu’il les a fait avancer, c’est la crise en particulier qui les a
fait avancer. Depuis le gaspi ; vous vous souvenez de la politique qui avait été inventé au moment
de la crise pétrolière et du quadruplement du prix du pétrole ; cela à fait bouger les choses. Et
je crois que nous devons tous les faire bouger, même en dehors des partis politiques dont
c’est l’étiquette. »
ND : « Est-ce que vous voulez comme Corinne Lepage que Nicolas Sarkozy perde en 2012 ? »
FB : « Je veux qu’il y ait une autre politique, un autre pouvoir en France à partir de
2012. Je ne veux pas que cette discussion politique tourne uniquement autour de Nicolas Sarkozy.
Voyez-vous j’ai très tôt, peut être le plus tôt de tous et très seul à l’époque, dis
aux Français et écris aux Français dans un livre dont vous vous souvenez qui avait fait couler au
moins de l’encre, qui s’appelait
Abus de pouvoir. Je leur ai dit ce qui était en germe et où cela allait et vers quel mur
cela allait. Vous choisirez l’image que vous voudrez. Simplement, vous ne pouvez pas
aujourd’hui résumer cette question en la seule personne d’un homme. Parce qu’il y
a au moins deux autres questions pour moi, la première, c’est quelle est l’idéologie en
réalité que portait Nicolas Sarkozy ? »
ND : « En quelques que mots c’est quoi ? »
FB : « Cette idéologie, c’est celle de l’inégalité. Les gens qui défendaient
l’idée, Monsieur Minc à une époque, sans que d’ailleurs on ait vu cela, qu’au
fond c’était mieux qu’il y ait des très riches et des très pauvres, que cela faisait
plus bouger la société, que les locomotives tiraient le train, le train avançait plus vite et
l’inégalité au lieu d’être mauvaise, était bonne. Ceci, la France, l’histoire de
France, ne l’acceptera pas. »
ND : « Mais la France a élu en 2007, François Bayrou, alors pourquoi ? »
FB : « Pourquoi ? Quelle idéologie ? De l’inégalité et de la concentration du pouvoir
entre les mêmes mains qui sont à la fois des mains politiques et des mains économiques ou
financières. Les influences économiques et financières… »
ND : « Pourquoi est ce que cela a parlé aux Français ? »
FB : « Il y a la deuxième question que vous évoquez qui est là, c’est comment cette
idéologie là a t-elle été choisi ? »
ND : « Vous avez une réponse à cela ? »
FB : « En tout cas, c’est pour moi une question infiniment troublante. J’ai cru
pendant longtemps, avant 2007, qu’il y aurait un mouvement de rejet. Que les français
diraient notre histoire, notre patrimoine… »
ND : « Alors analyse ? »
FB : « Alors pourquoi ? Nicolas Sarkozy, il faut le mettre à son crédit à une chose dont les
français avaient infiniment besoin après les années Chirac, c’était l’énergie. Et les
Français ont cru, peut être y en a-t-il là (François Bayrou se tourne vers l’assemblée), que
cette énergie allait pouvoir changer les choses en France. Ca, c’est la première chose, elle
est positive. Il y a une deuxième chose qui est moins positive à mes yeux c’est que
l’on était entré dans le temps de la peopolisation des médias. C’était tout un
mouvement des médias, et ce mouvement là a troublé les français. Je crois, j’espère que nous
sommes au moment où les Français ont besoin que l’on remette les choses à leurs places, que
l’on remette l’important à sa place et le secondaire à la sienne qui est très loin de
celles essentielles. »
ND : « Allez, on passe à la température du monde politique, elle est encore montée d’un
cran avec les déclarations fracassantes de Dominique de Villepin contre Nicolas Sarkozy, problème
pour la France, c’était dimanche dernier. »
(reportage-vidéo)
ND : « Comment vous recevez François Bayrou, cet anti-sarkozisme virulent. Ma maman me disait
dit, Dominique de Villepin, que l’on ne frappe jamais plus petit que soit. Le fait
qu’il ait été traité de chien, de fou. Qu’est ce que ce climat politique ? »
FB : « Il y a moment où les politiques deviennent dingues, viennent perdre le sens commun,
perdent le recul nécessaire. Et moi, je disais l’autre jour que l’on devrait créer le
PGE, le Parti des Gens Equilibrés. Que dans les débats que nous avons, s’en prendre à la
taille des gens, c’est quand même un peu… »
ND : « Vous a dit
dingue, les gens deviennent fous en politique ? »
FB : « Oui la politique est un… pour moi la politique et particulièrement le pouvoir
est un alcool trop fort. Alors il y a des gens très peu nombreux qui deviennent très bien mais pas
très longtemps, pas toujours. Je pense qu’il faut se méfier de la médiatisation, des caméras,
des projecteurs. Pour vous aussi. »
ND : « Oui. » (Il acquiesce)
FB : « Ca marche aussi pour vous. »
ND : « Je vais m’allonger là et vous raconter ma vie après. Bon, alors racontez nous la
votre en attendant. Vous voulez être Président de la République ? »
FB : « Je veux porter cet espoir là. »
ND : « Vous voulez être Président de la République ? »
FB : « Oui si c’est ce que vous voulez entendre. »
ND : « C’est simple au moins comme réponse. »
FB : « C’est tellement repris à longueur de…c’est le seul endroit on
l’on puisse changer les choses. C’est la seule élection on l’on peut changer le
pays. La seule élection où l’on puisse changer le citoyen, où l’on puisse donner au
citoyen un pouvoir qu’il n’a pas. Vous savez, je vais vous le dire autrement… »
ND : « C’est votre déclaration de candidature ? »
FB : « Non »
ND : « Pourquoi non, maintenant que avez fait le plus dur ? »
FB : « Parce que j’ai déjà fait dans ma vie des déclarations de candidatures à
l’élection présidentielle, j’a une petite idée de la manière dont elles doivent se
faire et du moment où elles doivent se faire. »
ND : « Alors vous la ferrez quand ? » »
FB : « Je considère que ni l’un ni l’autre aujourd’hui ne sont en tout cas
réunis ici. Je veux reprendre juste ce que j’étais en train de vous dire. Si vous faites
aujourd’hui une radioscopie des Français alors vous allez découvrir une chose troublante,
c’est que pessimisme noir règne parmi les Français. Tout à l’heure, un garçon, qui est
là, disait : il faut que vous parliez des jeunes des banlieux, des cités, des jeunes cités, des
jeunes taggeurs, des plus vieux des cités. Il faut parler de tous les français, tous,
aujourd’hui ils ont l’impression que pour chacun d’entre eux d’une certaine
manière la bataille est perdue. Aujourd’hui tous moralement baissent les bras. »
ND : « Pourquoi cela changerait avec vous ? »
FB : » Je vais vous répondre dans une minute, à ma manière. »
ND : « Vous êtes homme politique depuis des lustres, vous faites partie du même milieu, vous
pouvez, vous pouvez vous aussi prendre votre part de la défiance à l’égard des politiques,
pourquoi cela changerait avec vous ? »
FB : « J’ai refusé de me soumettre et de me compromettre avec les puissances qui
aujourd’hui dominent le paysage politique français. J’ai refusé, ce n’était pas
simple, ce n’était pas facile, ce n’est pas toujours facile aujourd’hui.
J’ai refusé de rentrer dans ce jeu parce que je savais que ce jeu était délétère et mortel.
Vous me disiez je vais vous raconter ma vie, je vais vous raconter la mienne en deux mots. »
ND : « En trois, c’est je veux être Président, non cela fait quatre… » (Il compte
sur ses doigts).
FB : « Quand j’avais l’âge de ce garçon je croyais à la méritocratie
républicaine, que si on était engagé, que si on était volontaire, si on était vaillant… »
ND : « On y arriverait ! »
FB : « Que l’on se faisait repérer, élire ensuite et avoir des responsabilités ensuite.
J’étais Conseiller régional à 30 ans, député à 35 ans, ministre à 40, très jeune je croyais
que l’on avait du pouvoir et la réalité est que l’on en a aucun. La réalité c’est
que si vous n’êtes pas dans le cœur nucléaire du pouvoir, tout le reste c’est du
sable, cela vous échappe. »
ND : (Il coupe François Bayrou) « Donc vous serrez… » (François Bayrou tente de
terminer son explication, Nicolas Demorand rétorque) « Non, non, non ».
FB : « Si, si, si. »
ND : « Non, non, non, donc vous serrez hyper président si vous êtes élus comme l’est
Nicolas Sarkozy. »
FB : « Pas du tout. »
ND : « Vous venez de le dire, François Bayrou, c’est là qu’est le pouvoir, au
cœur du sommet. Vous serez donc un hyper président. Vous fustigez cela d’une main et
vous venez de faire le plaidoyer pour le même job. »
FB : « C’est parce que vous devriez considérer que votre métier c’est de poser
des questions justes et d’écouter les réponses. »
ND : « Le votre aussi, c’est de répondre parfois…Donc vous serez hyper
président.»
FB : « Non, il y a une autre conception de la présidence, il y a une conception plus
fédératrice, plus équilibrante ; je ne dis pas équilibrée ; de quelqu’un qui considère que
dans cette fonction il n’est pas fait de clans mais qu’il est en charge de tout un
pays. Il est le président de tous ceux qui le soutiennent et de tous ceux qui ne le soutiennent
pas. Sur la réforme des retraites j’aurai pris en compte ce qu’avait à dire la CGT, la
CFDT, le Parti Socialiste, le Mouvement Démocrate, l’UMP et d’autres… la CGPME. »
ND : « Et après ? »
FB : « Et on aurait découvert qu’il y avait plus de points de rencontres que le
simplisme auxquel vous nous habituez ne le montre. Il y avait beaucoup de points de rencontres,
beaucoup de gens qui étaient prêts à faire un pas les uns vers les autres. Et si j’étais
Président de la République, je vais vous dire un scoop, il m’arriverait de donner raison à
l’opposition. Parce que ce n’est pas vrai qu’il y a un camp qui a toujours raison
contre l’autre. »
ND : « Le gouvernement de bonne volonté, quoi ? »
FB : « Je n’ai pas dit cela, vous voyez vous venez avec vos à priori. »
ND : « J’essaye de vous aider à accoucher d’une idée qui pour l’instant est
assez... »
FB : « Vous n’êtes pas obligé d’être désobligeant. »
ND : « Nébuleuse. »
FB : « Pas du tout. »
ND : « Si. »
FB : « Elle est parfaitement claire. C’est une pensée qui seulement est différente du
cadre habituel dans lequel vous vous mouvez. C’est à dire que pour vous c’est droite et
gauche et que c’est comme cela que le monde est bien fait. Et moi, je vous dis que l’on
n’est pas obligé de choisir entre deux erreurs. Or les deux sont une erreur. Est-ce que vous
avez lu le catalogue du Parti Socialiste cette semaine qui s’appelle
Pour l’égalité réelle, est- ce vous l’avez lu ? »
ND : « Oui je l’ai lu et d’ailleurs on va en parler dans quelques petites
minutes, je vous propose juste d’ici là, car je sais que vous êtes un homme du livre, de
faire un petit tour en librairie où se multiplient les livres politiques en ce moment. Top et Flop
des livres on marque cette pause là. »
(reportage-vidéo)
ND : « Bon François Bayrou, je vous disais que vous aviez une pensée nébuleuse.
Qu’ils s’en aillent tous, c’est le titre de l’ouvrage de Jean-Luc
Mélenchon, ça a le mérité d’être clair. »
FB : « Je vais reprendre des choses que je vous ai dites, nous avons trois choses à faire et
jusqu’à maintenant je vous en ai dit deux. »
ND : « L’industrie. »
FB : « Pas l’industrie, la production. »
ND : « La production, l’éducation. »
FB : « Parce qu’il y a l’agriculture, parce qu’il y a l’industrie. La
production, l’éducation. L’éducation, cela consiste à faire que tous les gamins à six
ans sachent lire, pas 20 ou 30 pour cent comme aujourd’hui mais 100 pour cent. Et ceci est un
changement de politique majeur. Trois, il faut un Etat en France qui soit impartial, c’est à
dire qui puisse être présent là où il n’est pas présent et qui ne soit pas l’Etat
d’un parti comme on le voit aujourd’hui à chaque instant. La certitude où le sentiment
qu’il serve l’intérêt général. Voilà la question qui était posée par Hirsh et que
j’ai reprise récemment dans une audition à l’Assemblée. Comment être sur qu’ils
sont honnêtes ? Comment être sur qu’ils ne servent pas un intérêt particulier et non pas un
intérêt général ? Quatre, il faut que l’Europe ait une volonté et que la France trouve les
chemins pour que cette volonté se construise. »
ND : « Votre pensée n’est pas nébuleuse. »
FB : « C’est bien que vous le reconnaissiez. Voilà on a fait un progrès. »
ND : « Je vous l’accorde. Vous avez connu vous aussi le succès en librairie avec votre
livre
Abus de pouvoir, le lecteur malheureusement n’est pas l’électeur et cela
n’a pas été suivi de grande victoire et au contraire d’une lourde défaite pour vous. »
FB : « D’abord, très lourde défaite…on emploie des superlatifs »
ND : « Ce n’était pas une très grande victoire, excusez moi. »
FB : « Peut être que j’aie fait moi-même des erreurs de communication, et que je
n’ai pas su faire passer une vision plus générale des choses et bien corrigeons le. »
ND : « On termine avec le Parti Socialiste au boulot, le PS qui planche sur la présidentielle
de 2012 et donc son projet en faveur de l’égalité réelle. Projet que vous citiez toute à
l’heure. Analyse de ce document par deux économistes. »
(reportage- vidéo)
ND : « Bon ce document sur l’égalité réelle à profondément divisé le Parti Socialiste,
n’est ce pas François Bayrou ? »
FB : « Ce document je l’ai lu et je vous avoue sans à priori, c’est intéressant
de voir un grand parti qui apporte sa vision des choses. J’en suis sorti avec un sentiment
étrange de revenir trente ans en arrière. Pour la bonne raison qu’il y a des chèques à toutes
les lignes, augmentation des salaires des fonctionnaires, augmentation du nombre des
fonctionnaires, augmentation de l’intervention de l’Etat. »
ND : « Ce sont des chèques en blanc pour vous ? »
FB : « C’est des chèques sur un déficit et quand l’on regarde ce que font les
socialistes grecques, je ne souhaite pas que l’on en arrive à cela en France. »
ND : « On n’est pas dans le même état. »
FB : « On verra. Peut être un jour cette phrase vous la regretterez. Un, des chèques à toutes
les pages sans qu’il y ait des fonds pour payer ces chèques, des chèques en blanc ou en bois
plus exactement. Deuxièmement, tout est collectif, depuis la prise en charge des enfants, tout est
collectif, l’Etat ou bien les collectivités locales ou bien les associations. Et moi, je
pense que ce que les Français ont besoin c’est qu’on les prenne mieux en charge. Vous
voyez que c’est une pensée extrêmement différente que celle que je décris. »
ND : « C’est à dire donner du pouvoir à l’individu pour qu’il construise
son propre destin. »
FB : « Pas seulement à l’individu, à la société, aux entreprises, à l’innovation
industrielle et sociale et politique. De ce point de vue là, au sein du parti socialiste, des
leaders très important ont dit que ceci n’est pas crédible. Je partage leurs sentiments,
parce qu’en réalité ce sont des illusions, ce sont des songes. Et de ces songes on sortira
comme d’un cauchemar. Ce que je crois moi c’est en l’optimisme dont nous avons la
charge, c’est à dire la capacité d’entrainement. »
ND : « Vous, vous parlez d’espoir crédible. »
FB : « L’espoir a donné aux gens. »
ND : « L’espoir, cela fait rêver ? »
FB : « Si un espoir n’est pas crédible, ce n’est pas un espoir. »
ND : « D’accord. »
FB : « Mais réfléchissez aux mots que vous employez, vous êtes un homme de mots. Moi, je
pense que, en effet, l’indispensable c’est la crédibilité de l’espoir ceux que
j’avais appelé les
mensongeurs ; ceux qui font des songes et des mensonges ; en un seul mot. C’est ceux
qui en réalité, s’apprêtent à décourager les gens. Dans un pays qui est dans l’état
moral de la France, on est dans le devoir, tous ensemble et vous aussi un peu, c’est que les
gens de nouveau aient quelque chose pour y croire. Que l’on écoute les gens qui veulent que
l’on en sorte et pas que l’on en reste. Je propose que l’on sorte. »
ND : Je vous ai écouté avec grande intention François Bayrou.
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des propositions SVP
Posté par : gilco | 16 novembre 2010 10:02C'est très bien les billets de constatation, voire de félicitations que je partage bien sur à l'égard de notre leader mais, penser aux propositions .....
C politique
Posté par : kenya | 15 novembre 2010 22:00Beaucoup de plaisir à retrouver Bayrou, et sa défense du long terme.Cerise sur le gâteau, la logique du "remaniement", contemporaine de ses propos renforce l'espoir du troisième pôle. Il a cependant dit que ce n'était pas toujours facile ni pour lui, ni pour ses amis.J'ai apprécié qu'il fasse ainsi mention de nous, ...pas vous? A bientôt
L'espoir changea de camp...
Posté par : roseaupensant | 15 novembre 2010 17:30le combat changea d'âme !les retournements de veste commencent,les pleurs et les grincements de dents aussi...beaucoup d'élus et peu d'appelés..inutile de développer. - F.B. reste égal à lui-même, ne concédant rien, ni sur le fond ni sur la forme, son diagnostic et ses préconisations se confirment de jour en jour.Dieu veuille qu'il ne revienne pas trop tard aux affaires !A bientôt au congrés.
Petit à petit
Posté par : renard | 15 novembre 2010 12:52L' automne propice aux travaux des champs se révèle une bonne saison pour ceux qui depuis longtemps déjà, surtout pour eux mêmes ! ont vu bien avant beaucoup de courtisans accompagnés de ceux pressés de le devenir, l'issue de cette malheureuse page de notre Histoire de France.
Notre amuseur nous parait de plus en plus nu ! et sans solution ! Celui qui nous était présenté comme un animal à plusieurs cerveaux a bien du mal avec un seul !
Notre prestidigitateur a épuisé tous ses tours de malice, le voila bien dépourvu quand la brise fût venu .....................
il faut aller à contre courant
Posté par : Francky71 | 15 novembre 2010 10:06Les vrais problèmes enfin abordés ! François Bayrou serait donc devenu le seul à oser briser le tabou qui s'installe en France et qui consiste à ne surtout pas soulever publiquement (et même en privé) ce qui ne va pas. Ce qui me semble être la base même d'une démocratie n'est plus accepté dans notre pays. Les problèmes n'étant pas soulevés, il va de soi qu'aucune réponse n' y est apportée !
On ne peut plus se voiler la face : notre industrie va mal, le secteur primaire se meurt, nos sociétés de services (70 pour cent économie est tertiaire) sont souvent précaires. Le salaire médian des français n'a que peu évolué en 20 ans ! le pouvoir d'achat s'effondre à cause des marchés volatils. L'inégalité de traitement des PME et entreprise individuelle face aux grands groupes est criant. La liberté de concurrence est faussée.
L'école n'a plus comme priorité la transmission des connaissances et du goût d'apprendre, de comprendre. c'est devenu une sorte de centre "social" où les problèmes disciplinaires (que j'estime lié à la déliquescence de la société, de l'abandon d'un projet d'avenir positif) seraient traités "administrativement".
Il faut réagir et proposer des solutions allant à contre-courant