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8 septembre 2009
François Bayrou : Il faut "un centre de gravité de l'alternance"François Bayrou, Président du Mouvement Démocrate, était l'invité mardi 8 septembre de l'émission du 7/10 de Nicolas Demorand, sur France Inter.
Nicolas Demorand : Vous avez donc formulé et réitéré une offre publique de dialogue avec les socialistes. Un certain nombre d’entre eux y ont répondu… François Bayrou : Pas seulement, pas seulement... C’est à destination de tous ceux qui en France, et ils sont nombreux, mais totalement désorganisés, pensent que ce qu’il faut d’urgence c’est préparer une alternance crédible parce que pour aujourd’hui, comme vous le voyez sur tous les fronts, on a l’impression que le régime que Nicolas Sarkozy préside est en train de s’installer pour dix ans sans que personne ne soit capable d’offrir aux Français un autre choix ; et c’est là me semble-t-il que nous avons l’obligation de changer tous ensemble, d’où que nous venions, nos manières de faire et d’être. N.D : Un certain nombre de réponses ont été formulées de la part des socialistes qui sont, pour l’instant, divisés sur la question, comme Daniel Cohn-Bendit, qui lui est plutôt heureux de cette offre publique de dialogue. Est-ce qu’on peut dire que ça y’est, il est amorcé le dialogue ce matin, François Bayrou ? F.B : Je crois que oui. Alors il faut être très prudent parce que tout ça demande beaucoup de désintéressement et de respect mutuel. Ceux qui sont dans mon esprit destinés à ouvrir ce dialogue entre eux ne sont pas les mêmes. Socialiste, je ne suis pas, je ne suis pas au PS, et puis de la même manière, les écologistes ont leur identité, leur personnalité. Et puis, nous, démocrates du centre, centre progressiste français, nous avons, nous aussi notre histoire, nos racines, notre identité. Ce qui compte, me semble-t-il, c’est de bien voir ce qui est en jeu. Au fond, il y a une ligne de clivage dans la vie politique française ; ce n’est pas la ligne « droite-gauche », la ligne du vrai clivage, c’est entre ceux qui considèrent que c’est bien ou que ce n’est pas trop grave si le régime qui est en train d’être mis en place dure dix ans. Et moi, je crois que ces dix ans porteront des conséquences irréversibles pour la société française dans beaucoup de domaines. C’est la société d’inégalités d’un côté… Regardez ce que vivent des catégories entières de Français. Moi, je pense aux agriculteurs, par exemple. Ils nous écoutent là. Ils pour certains dans leur étable, à commencer ou à finir la traite des vaches. Ce sont des gens qui aujourd’hui -et ce sont des vaillants, et c’est des courageux- sont désespérés. Est-ce qu’on laisse faire ou est-ce qu’on change ? Il y a ainsi des millions de Français, et je le crois, qui attendent que ça change. Ceux-là, il faut qu’ils se parlent entre eux. C’est aussi simple que ça, ce que je suis en train de dire. Il faut qu’ils se parlent entre eux. N.D : Quelle forme dans votre esprit, François Bayrou, doit prendre ce dialogue ? Ce sont des rencontres, des négociations, un texte commun, des alliances électorales ? F.B : Alors, rien de tout ça. Parce que tout ça, ce sont des formes que l’on a déjà rencontrées, et qui feraient… N.D : Alors lesquelles faudrait-il inventer ? F.B : Je vais essayer de vous le dire… et qui feraient redites, enfin, on aurait l’impression de déjà vu, des délégations qui arrivent avec leur cartable, et puis, ils font des déclarations devant un mur de télévision. Puis on ferme la porte en disant des choses plus ou moins positives ou plus ou moins vaches. C’est pas du tout ce que je pense nécessaire… N.D : Donc la table-ronde, « niet » ? F.B : En tout cas, je ne crois pas que ce soit la bonne forme. Mais, on va l’inventer. Je vais vous dire ce que je crois, moi. Je crois que ce qu’il faut mettre en place c’est ce qui ressemble à un parlement en petit. Où chacun serait représenté et présent, avec des personnalités qu’ils choisirait. Y compris des personnalités hors des partis politiques, parce qu’il y a des associations en France, il y a peut-être des syndicats, je ne sais pas. Et ceux-là traiteraient d’un sujet devant les Français, pas derrière la porte close. Et ils traiteraient d’un sujet… On verrait assez vite que s’ils veulent parler, ils seront obligés de se respecter, qu’ils seront obligés de dire des choses précises et concrètes sur lesquelles, ils seront d’accord ou pas d’accord. Imaginez que l’on traite des problèmes de l’Education nationale. Cela va vraiment mal dans le moral de l’Education Nationale. Je lisais tout à l’heure, qu’il y a peut-être huit ou dix pour cent d’inscriptions en moins dans les universités. Vous vous rendez compte ? Un pays comme la France ! C’est la France, c’est nous qui avons inventé l’université. Et bien, ce pays-là, il a huit à dix pour cent d’inscriptions en moins dans les universités. Cela veut dire qu’il y a une crise de confiance terrible. On serait donc obligé de dire des choses précises et concrètes. On verrait qu’il y a des accords, et ça permettrait de faire un socle pour l’alternance, et des désaccords. Et s’il y a… N.D : Un parlement ? F.B : Un « parlement » ? Je mets le mot entre guillemets. Un endroit où l’on parle, où l’on parle publiquement, où l’on ne soit pas en train de négocier autour d’une table entre des appareils politiques, parce que cette forme-là est une forme usée. Et quelque chose qui permettrait de dire aux Français, et bien voilà tout de même ils se parlent, ils discutent alors il y a là quelque chose à laquelle, nous pouvons accorder notre attention avant de donner notre confiance. N.D : Et donc, ce parlement se réunirait en permanence et viendrait symboliquement doubler l’exécutif ? C’est ça, si je vous comprends bien ? F.B : Non, mon idée à moi, c’est peut-être qu’on ait là un travail, une fois par semaine ou deux fois par mois, qui permettrait devant tous les Français, devant toutes les caméras de télévisions et les radios de voir ce que pensent en réalité, ces responsables qui s’adressent à eux, mais qui ne parlent jamais du fond. Parce que c’est comme ça. Est-ce que vous savez que ces responsables politiques, les premiers d’entre eux, pour des raisons humaines et que l’on comprend, ne se rencontrent jamais ? Jamais. C’est incroyable ! Mais, c’est aussi la faute des institutions françaises. Par exemple, Martine Aubry n’est pas à l’Assemblée nationale, Ségolène Royale non plus, et donc il n’y pas de discussions, pas de débats, pas de rencontres. Les débats à l’Assemblée sont organisés - alors maintenant en plus avec la limitation du temps pour les seuls groupes constitués, ce qui fait que par exemple, que les écologistes, ils n’ont que deux députés, nous, nous n’en avons que trois, et pourtant ça représente des courants assez forts dans la vie politique française, plus ou moins mais assez forts - ils ne peuvent pas s’exprimer. N.D : Donc, il faut inventer un lieu où l’opposition puisse se rencontrer et dialoguer… Il faut inventer quelque chose… F.B : Il faut inventer, il faut inventer une organisation d’un dialogue publique ouvert sans concession mais sans condition et sans exclusive. J’observe les débats qu’il y a eu autour de la proposition que j’ai faite. C’est tout de même incroyable qu’il faille ainsi avoir des disputes pour savoir si l’on se parle ou pas. Entre ceux qui ont un point commun ou un bien commun ou un devoir commun, c’est de proposer aux Français quelque chose qui tienne la route. Je ne veux pas que ce régime dure dix ans. Ce qui est pour moi un choix très important. N.D : Martine Aubry et vous-même, vous vous êtes vus, parlés ou vus depuis cette offre publique de dialogue ? F.B : Non, mais j’espère que ça se fera. De même que, j’ai été heureux que Daniel Cohn-Bendit dise ce qu’il a dit. J’ai été heureux que Manuel Valls ou Vincent Peillon disent ce qu’ils ont dit. Et je suis persuadé qu’il y aura partout ; vous avez vu que Jean-Pierre Chevènement a été le premier à dire « Pourquoi pas au fond, c’est raisonnable. » Et on va pouvoir avoir des expressions qui ne seront pas seulement des expressions de rivalités, parce que la politique n’est trop souvent que rivalités -j’y aie participé moi-même quelquefois, je ne me présente pas comme un ange pure et radieux- mais la politique pourrait ainsi au moins dans cet espace là, sur une longue période parce que ça doit durer plusieurs mois être autre chose que de simples rivalités. N.D : Vous avez dit François Bayrou qu’il fallait être dans cette démarche… Si quelqu’un d’autre était en meilleur situation que vous pour une élection, comme l’élection présidentielle, seriez-vous prêt à passer la main à cette personne ? Au nom de cette logique là… F.B : Cette logique de désintéressement doit s’appliquer à tout le monde y compris à moi. Seulement dans mon esprit, le premier tour de l’élection présidentielle doit faire que tous les grands courants politiques du pays soient représentés. C’est le moment où tous les grands moments politiques du pays viennent et disent aux Français : voilà ce que nous proposons au premier tour. Et après, au deuxième tour, naturellement, les logiques sont de rassemblement. N.D : Donc on reste sur la logique de la Ve République classique pour l’élection présidentielle ? F.B : Tant que vous ne changez pas la règle d’or de la Ve république qui est l’élection présidentielle au suffrage universel… Certains avaient proposé de la changer, mais ce n’est pas fait ; et tant que ce n’est pas fait et bien naturellement, le premier tour de l’élection présidentielle reste le moment du grand dialogue avec les Français. Mais, je le dis en tout cas, pour moi, je me sens dans une logique de désintéressement. Questions des auditeurs : - À M. Bayrou, ne pense-t-il pas que son envie de pouvoir risque de créer un club de partis autour d’un président et qui ferait que la France deviendrait ingérable, un petit peu comme la proportionnelle en Israël ? F.B : Non, je ne crois pas du tout qu’il y ait ce genre de risque, loin de là. Non, ce que je pense simplement, c’est qu’il y a du côté du pouvoir en place, un homme qui décide et une organisation qui paraît pour l’instant presque militaire ; et puis de l’autre coté, il y a, il faut bien dire, division, désorganisation, et incapacité même de se parler ou de se reconnaître. Parce que quand on parle à quelqu’un, forcément on le reconnaît. Cela commence comme ça. Et, je dis qu’il faut en sortir parce qu’autrement tout le monde voit bien qu’il y a une fatalité qui est en train de se mettre en place. C’est une fatalité, qui selon moi, ne peut pas être acceptée. Je ne pense pas que le pluralisme soit le désordre. Je suis pour le pluralisme. Je suis un défenseur acharné. Vous vous souviendrez peut-être qu’autrefois à la réunion qui devait être destinée à la création de l’UMP, j’étais allé leur dire, ce que je crois profondément, vous dites que nous pensons tous la même chose ; si nous pensons tous la même chose, c’est que nous pensons plus rien. Je suis pour le pluralisme, mais je suis pour le pluralisme organisé, respectueux et constructif. N.D : Justement, vous avez fait une proposition nouvelle, un genre de « shadow parlement », où l’opposition se réunirait pour discuter des grands sujets. Ce serait juste pour discuter ou pour trancher dans le cadre d’un futur programme ? F.B : Je ne crois pas du tout que le temps soit venu de trancher avant d’avoir dialogué. N.D : Dialoguer puis trancher dans cette même instance… F.B : C’est ce que je crois ; mais, je ne suis pas tout seul à penser, puisque c’est une proposition et que j’imagine que d’autres visions pourront avoir lieu. Ce que je crois, c’est que se dégageront des zones d’accord. Et qu’il y aura naturellement des désaccords, des divergences. Et bien, les zones d’accord permettront de donner à tous les Français une idée de ce qui pourra se faire dans l’avenir. Et les divergences, elles seront tranchées aussi par eux. N.D : Vous avez dit tout à l’heure qu’au premier tour de l’élection présidentielle, toutes les familles politiques devaient se présenter. Est-ce que ce n’est pas une vision un peu datée ? Parce que de l’autre côté, à droite, il y a un bloc qui est constitué. Nicolas Sarkozy constitue un bloc. Visiblement, Philippe de Villiers ne se présentera pas, les chasseurs n’en présenteront pas… Il y’aura un gros bloc, donc, on peut imaginer que Nicolas Sarkozy arrive à plus de 40%. Est-ce que la pratique du quinquennat et la pratique nouvelle de la Ve République n’aboutit pas au fait qu’il faille la même chose de l’autre coté ? Et que donc, que vous vous présentiez éventuellement aux primaires socialistes ? F.B : Vous voyez bien ce qu’on est en train de dire. D’abord, je ne ferme des portes sur rien, je réfléchis avec vous et avec tous ceux qui sont intéressés. Mais vous venez de dire quelque chose qui est très important : vous venez de dire les primaires socialistes… N.D : Les primaires proposées par les socialistes… F.B : C’est un grand débat, les socialistes l’auront entre eux. Ce que je crois, moi, c’est que la logique de votre question, c’est la suppression du premier tour de l’élection présidentielle… N.D : Non, pourquoi ? F.B : Si vous voulez qu’il n’y ait que deux blocs qui se présentent… N.D : Il y aura aussi l’extrême-droite et l’extrême-gauche… Cela compte de savoir combien ils pèsent… F.B : Cela compte de savoir combien toutes les grandes familles politiques pèsent. Pourquoi ? D’abord, un, je ne crois pas à deux blocs, je ne crois pas à la fin du pluralisme. Je me suis battu toute ma vie pour que cela n’arrive pas. N.D : Mais, vous demandez de la clarté… F.B : Pourquoi est-ce très important ? Parce qu’une fois qu’on sera passé du temps de la sauvagerie, où personne se parle, où l’on s’injurie, où l’on se soupçonne, où l’on dit des petites phrases vaches, à un temps plus positif, plus constructif, à ce moment là, il demeurera des questions. Quel est le centre de gravité de l’alternance que les Français souhaitent ? Est-ce qu’ils la veulent plus étatique ou moins étatique ? Je veux dire, est-ce qu’ils veulent que ce soient l’Etat qui dirige tout ou ils pensent au contraire que la société doit avoir en France toute sa place ? L’Europe. Il y aura des débats sur l’Europe, sans doute. On n’a pas la même vision de l’Europe. Le premier tour de l’élection présidentielle sert à trancher cette question. S’il y a alternance, où est le centre de gravité de l’alternance ? Qui met-on, quelle idée ou quelle vision de l’avenir, quel style personnel met-on pour orienter cette alternance ? C’est si vous avez à la fois l’organisation et le respect du pluralisme. Question des auditeurs : - M. Bayrou, vous prônez le rassemblement au deuxième tour des élections, or, je crois qu’aux élections présidentielles précédentes, Mme Royal vous avait proposé au second tour, un rassemblement, que vous n’avez pas voulu. Qu’est-ce qui vous fait changer d’avis ? F.B : D’abord, peut-être, vous vous souviendrez que j’ai pris une décision à l’élection présidentielle précédente, et que c’était une décision très lourde de conséquences, y compris pour moi, qui a été de dire que je ne voterai pas pour Nicolas Sarkozy. Pour le reste, je trouvais… N.D : Ce n’était pas d’une clarté limpide… F.B : Quand un responsable politique dit je ne votrais pas pour Nicolas Sarkozy, il dit quelque chose d’assez important. Il est vrai que je n’ai pas appelé à voter pour Ségolène Royal parce que je pensais que l’équilibre des forces telle qu’elle était, le programme tel qu’il était et deux ou trois autres considérations rendaient aléatoire la proposition qui était faite aux Français. Question des auditeurs : - J’ai une question concernant l’UDF. Moi, je suis militant UDF depuis la fin des années 80, actif, donc intéressé par la vie politique. Je respecte parfaitement votre décision, qui au soir du 22 avril 2007, fut de décider de quitter l’UDF, car c’est plutôt vous qui avez quitté l’UDF, ce n’est pas nous à l’UDF qui vous avons quitté. Et la question est la suivante : est-ce que vous comptez un jour nous laisser utiliser un jour, la marque « UDF » ? Quand je dis nous, c’est nous, les centristes de droite. Les centristes ont toujours été à droite historiquement, et quand moi, j’ai rejoins l’UDF, c’était pour cette raison. Et aujourd’hui, franchement, malgré la respectabilité de votre position, je voudrais que l’UDF, c'est-à-dire le centre-droit puisse se retrouver avec la majorité présidentielle. Moi, j’ai pas honte de le dire, ce n’est peut-être pas politiquement correct, je suis dans la majorité présidentielle, dans le périmètre de cette majorité présidentielle, et je trouve que l’UDF pourrait rassembler l’ensemble des centristes de droite pour travailler avec la majorité présidentielle, à donner de nouvelles idées, en restant, tout à fait indépendant. Est-ce que vous ne pourriez pas libérer la marque UDF, c’est ma question… F.B : Je réponds très rapidement à ce qui est anecdotique qui est la marque, elle appartient aux adhérents, qui ont décidé qu’elle se transformerait politiquement en Mouvement Démocrate, qu’on a appelé « MoDem », et que l’adhésion à l’un valait adhésion à l’autre. Et donc, il y des règles associatives assez simples de ce point de vue là. Sur le fond, on a entendu avec beaucoup d’honnêteté, Patrick s’exprimer, et dire moi, je suis à droite. Il a dit le centre, c’est la droite. Et là est le grand débat entre nous, parce que moi, je considère que si centre il y a, c’est parce qu’il n’est pas assimilable à la droite. Que pendant très longtemps il y a eu équilibre. Ce très longtemps a été rompu comme vous vous en souveniez en 2002, à la réunion que j’évoquais à l’instant, où l’UMP se constituait, et dans laquelle il n’y avait plus qu’un seul parti. Et c’est à ce moment-là, que j’ai pris mes distances et annoncé que le pluralisme n’y trouverait pas son compte ; ce que je crois essentiel à la démocratie. Le pluralisme n’y trouverait pas son compte. Il y’a donc ceux qui pensent en effet que le centre ne peut être qu’à droite, avec ceux-là, j’ai un débat fondamental en raison même de l’orientation du pouvoir aujourd’hui. Le pouvoir d’aujourd’hui, il n’a pas les orientations de ce que ce monsieur appelait la droite avait autrefois. Parce que c’est absolument contradictoire avec les valeurs démocratiques que de concentrer tous les pouvoirs entre les mêmes mains, que de faire qu’un groupe d’hommes soit dans tous les domaines. Vous savez ce qui se passe en ce moment dans la justice ? On va faire en sorte que l’enquête, soit décidée et conduite par quelqu’un qui est sous l’autorité du pouvoir. Vous vous rendez compte de ce que ça veut dire pour une démocratie ? Même le Conseil de l’Europe a dit que cela ne ressemblait pas à la démocratie. On est en train de le faire ! Vous avez pris de positions dans tous les secteurs de la vie du pays, financiers, industriels, et tout d’un coup vous vous rendez compte que c’est le pays tout entier pas le pouvoir politique, c’est le pays tout entier qui va être soumis à un seul pouvoir, une seule autorité. Ceci n’est pas la démocratie élémentaire. Alors je sais bien que cela ne se voit pas, parce que ce n’est pas de la vie quotidienne, de tous les jours. C’est cependant dangereux pour l’avenir. Et, voilà le débat que j’ai avec ceux qui pensent que centre égale droite. Je pense qu’il était indispensable, en tout cas pour moi, d’enlever le signe égal entre centre et droite, et de dire que le centre égale démocratie et pluralisme. N.D : Vous parlez de la justice, François Bayrou ; autre sujet d’actualité, la taxe carbone. Qu’est-ce que vous en pensez ? Nicolas Sarkozy vient de dire que c’était une mesure très symbolique et très importante, à la hauteur historiquement de l’abolition de la peine de mort. F.B : Oui. Je ne suis pas absolument sur que comparaison soit raison. Mais, en tout cas, moi, j’avais signé lorsque Nicolas Hulot avait proposé cette idée. J’avais signé et je ne renie pas ma signature. J’ai une réflexion dont je voudrais bien qu’elle soit prise en compte dans le débat. La taxe carbone, au fond, ça repose sur une idée. Expliquons parce qu’il y a beaucoup de gens qui n’arrivent pas à suivre le débat. Ça repose sur une idée qui est celle-ci : les dégâts faits par la pollution en matière de gaz à effet de serre sont tels qu’il faut à tout prix que tout le monde change sa manière de faire, de vivre et de consommer. Et pour cela, il n’y a pas de meilleure solution que de rendre dans le long terme le prix du carburant de plus en plus significatif, de manière que tout le monde change ses modes de production. Qu’on se mette à conduire en levant un peu le pied, qu’on change les chaudières avec de l’aide s’il le faut, je suis pour. Je dis une seule chose qui n’est pas prise en compte dans le débat qui est qu’il ne faut pas discuter de cette question comme si le prix du pétrole était stable à jamais, parce que le prix du pétrole dans les huit derniers mois, il vient de varier de 30% comme on l’a connu à la pompe. Ceux qui nous écoute en voiture le savent bien, le carburant à 1 euro 40, il est descendu à 1 euro, et il est remonté à 1 euro 12… N.D : Ca veut dire que vous seriez pour une taxe carbone flottante ? F.B : Je pense qu’il faut réfléchir à ce qui se passe si le prix du carburant augmente brutalement, comme je pense que c’est à peu près fatal. Et donc si on n’y réfléchit pas, vous verrez que ce système explosera. Et ce sera une mauvaise idée, une bonne idée gâchée. Alors moi je dis, une échelle mobile, une certaine flexibilité qui permette de dire dans le long terme non pas la taxe va être de tant, mais le prix du carburant va être de tant. Dans cinq ans, nous pensons que le prix du carburant doit être à ce niveau là, et dans dix ans à ce niveau là. De manière que l’on sache où l’on va, et pas seulement en matière de taxes et de prélèvements nouveaux, mais plutôt en matière de facturation à la pompe. Questions des auditeurs : - J’aurais deux questions pour M. Bayrou. Une première question qui est une question politique, c’est à savoir que je suis séduit par son positionnement politique actuel mais localement, on ne constate que des accords avec l’UMP. Qu’en sera-t-il dans l’avenir ? y aura-t-il éventuellement des accords avec le PS ou les Verts ? Et, une deuxième question sociétale, que pense-t-il de l’alignement des droits des couples homosexuels sur ceux des couples hétérosexuels en matière sociale, sociétale, etc., civile, en matière de retraite et éventuellement, l’ouverture au mariage ? F.B : Evidemment, selon les lieux où l’on se trouve, il y a du passé, des traditions différentes ; mais ce que j’observe c’est que de plus en plus, les adhérents ou les militants ou les responsables de notre famille politique cherchent des équilibres qui sont différents des équilibres du passé. De ce point de vue là, je donne raison à ce monsieur qui nous parle. Alors, pour ce qui est des couples homosexuels, je suis pour l’égalité des droits civils, sociaux. Je ne suis pas pour le mot « mariage » -parce que je l’ai dit assez souvent- il y a aussi dans la société française, comment dirais-je, des choses précieuses transmises de génération en génération et beaucoup de gens sont attachés à cette idée que le mot « mariage » puisse représenter l’union d’un homme et d’une femme. Et cela mérite aussi du respect. Et donc, je suis pour l’égalité des droits. N.D : Y compris pour l’adoption, François Bayrou, par les couples du même sexe ? F.B : Est-ce que vous savez qu’il y a des enfants dont les parents sont homosexuels ? Il y en a beaucoup en France. 300 000 exactement. Ils sont nés dans des familles dont l’un des parents a découvert un jour, que la vie le conduisait à autre chose. C’est donc une question très difficile et à laquelle, je fais attention quand on parle. On croit toujours que ça n’existe pas. Ça existe. N.D : Et après avoir fait attention, vous répondez quoi, oui ou non ? F.B : Attendez, ce n’est pas affaire de dérision… N.D : On le connaît ce débat… F.B : On le connaît peut-être. En tout cas, deuxième observation. Les célibataires ont droit à l’adoption. Et donc j’ai proposé que non seulement ils aient droit à l’adoption mais qu’il y ait délégation des droits parentaux à l’autre membre d’un couple. En tout cas pour moi, je ne suis pas choqué que des enfants aient des parents homosexuels. Question des auditeurs : - J’aurais voulu poser une question rapide à M. Bayrou. J’aurais voulu qu’il revienne sur ses révélations sur les sondages avant les élections européennes… F.B : Mes révélations étaient précédées de quelques jours à peine, des révélations qui ont été reprises par la presse et selon lesquelles, tout le monde était prévenu, qu’il y avait des liens particuliers, des interventions particulières de l’Elysée. Les révélations ont montré en effet qu’il y avait du côté du pouvoir, des liens étroits avec des instituts de sondage. Et encore, je crois que ce qu’on a appris n’est qu’une part de la vérité. J’ai lu une interview cette semaine dans laquelle, on racontait combien près de 150 sondages par an étaient commandés par l’Elysée… Thomas Legrand : 132… Mais c’est sans doute beaucoup plus. F.B : Tout ça est assez lourd de conséquences. Et je crois comme vous, Thomas Legrand, que c’est sans doute beaucoup plus. Ces interventions sont beaucoup plus lourdes qu’on ne le croit. N.D : Un mot, François Bayrou, concernant le débat sur la Sécurité sociale, et la baisse de certains médicaments, sur le déremboursement de certains autres. Ces propositions sont dans le débat public, elles suscitent la polémique. Quel est votre point de vue ? F.B : Je pense que si on prenait soin de donner à la Sécurité sociale ce qu’on lui doit, on aurait déjà un meilleur équilibre. Et deuxièmement, je pense que quand on traite ce sujet, on ne doit pas faire porter sur les plus faibles, l’effort nécessaire. L’effort est nécessaire mais il ne doit pas porter seulement sur les plus faibles. Voilà ma position sur ce sujet. 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Les derniers commentaires ... Tous les commentaires
etre fière..
Posté par : babi75 | 15 septembre 2009 21:13Juste un mot à dire ...Etre fière...c'est tout...Du modem.... ne pas rougir au contraire...:-)
Le PS à la fête de l'Huma
Posté par : DrDeath83 | 13 septembre 2009 20:37Bonjour, Martine Aubry est allée à la fête de L'Huma. Elle a dit : Quant à la question de l'alliance avec le MoDem, «si François Bayrou dit qu'il n'est plus de droite, je n'ai pas encore pu vérifier qu'il était à gauche», a rétorqué la patronne du PS aux militants communistes qui lui lançaient dans les allées de la Fête de La Courneuve : «A gauche, vraiment à gauche ! » et «Pas d'union avec le MoDem !» Ce la signifie qu'il faut désormais exclure toute alliance avec le PS ! Je pense qu'une alliance MoDem-Europe Ecologie est plus logique en vue de la non-évolution du PS. Et, bien sur, l'autonomie au 1er tour des Régionales. Il faut que le MoDem reste un parti qui soit ni de droite ni de gauche et puiser dans les principes fondateur du MoDem pour faire le programme. Et s'appuyer sur les raisons qui ont fait l'ascension de Bayrou durant la présidentielle de 2007. Amitiés Oranges
Et les gens de droite ?
Posté par : rouldug | 13 septembre 2009 16:24Si il faut l'alternance, il faut discuter avec des gens de droite qui ne s'estiment pas sarkozistes (et ils sont nombreux !). Voici le texte d'une note que nous avons diffusé à ce sujet pour répondre aux inquiétudes des électeurs MoDem de notre coin. http://modem.ovillois.et.autour.over-blog.com/article-35958227.html Vos commentaires sur cette note sont les bienvenus.
Centre de gravité et taxe carbone.
Posté par : Burgou | 11 septembre 2009 13:54Je suis venu au Modem, car pour moi ce parti représente le centre politique, le vrai centre. Quand FB dit "il faut un centre de gravité...", on est dans une loi fondamentale de physique. Le centre est par essence le point d'équilibre; si vous déviez ne serait-ce que légérement, ce point d'équilibre est rompu et l'élément tombera. Faites l'essai avec une régle. Alors quand j'entends centre droit le vrai centre, là j'en doute. Quant à dire historiquement que "patati et patata", je m'en fous. Je suis un adhérent jeune en durée (pas en age) dans ce parti, sa position actuelle me plait, avant c'est du passé, c'est devant que je regarde. Je rappellerai qu'avant, historiquement, on avait un roi....De même, il y a un centre gauche. Quant à la taxe carbone, elle serait juste si justement on avait le choix de sa pollution. J'ai un véhicule à changer, je veux un véhicule soit électrique et pouvant être rechargé facilement (ou avec la possibilité de changer ma batterie en France sans probléme) ou hybride avec une batterie pouvant me permettre une certaine distance kilométrique même si le relais est ensuite pris par une énergie plus classique, bien sur avec un prix de Monsieur tout le monde. J'attends les propositions 2010, je pense qu'une main suffira pour les compter, et je ne suis même pas sur de me servir de tous les doigts de celle-ci, voir d'ailleurs d'aucun. Donc taxer le pollueur, oui, mais à partir du moment où l'on a ce choix, et qui plus est, à portée de toutes les bourses. On peut bien sur parler d'autre chose que les véhicules, le principe sera le même, ça n'existe pas ou c'est trop cher. Donc, il s'agit bien d'une forme "d'impôt nouveau", peut-être que sur quelques annnées, quand les solutions seront là, mais qui, en attendant, grévera encore les finances des ménages. En aparté : M. HULOT, avez-vous les problémes financiers d'un grand nombre de Français, vous qui appréciait cette taxe ?
Le MoDem c'est la "Force de Rappel" !
Posté par : regisr | 11 septembre 2009 08:08Comme un balancier avec son fort centre de gravité, le MoDem se revendique du Centre ce centre qui rappelle la politique dasn ses égards c'est la "force de rappelle" de la France ! telle la quille des bateauxqui satbilise la navigation Régis78