5 septembre 2008
Atelier : "Jeunes et attentes d'Europe" animé par Jean-François MARTIN et Quitterie DELMAS
Synthèse :
L’idée de cet atelier est d’interroger chacun sur ses sentiments personnels, un peu
sur le mode du brainstorming, afin de faire le point sur les attentes qu’ont les jeunes à
propos de l’Europe. Aussi la séance s’articule-t-elle en deux temps :
d’abord les freins, les blocages, qui subsistent entre les jeunes et l’Europe ;
puis les espoirs que suscite le continent unifié.
Les freins et les blocages
De façon très fluide, chacun s’est exprimé lors de ce tour de table orchestré par
Quitterie DELMAS et la liste suivante a été établie :
- L’incompréhension des institutions européennes.
- L’incompréhension des enjeux européens.
- Le manque de connaissance de l’autre.
- La peur de l’engagement dans l’avenir.
- Le manque d’incarnation physique.
- Le sentiment qu’il ne sert à rien de voter.
- Le décalage entre les campagnes et les politiques européennes.
- L'illisibilité des textes.
- Crise générale de la représentation politique.
- Éloignement des élus européens.
- Méconnaissance des institutions dans l’absolu.
- Non prise en compte des enjeux européens dans l’éducation.
- Le sentiment que l’euro pose des problèmes.
- Le manque d’Europe dans les infos.
- Le sentiment que l’Europe est le cheval de Troie de la mondialisation et non une garantie
vis-à-vis d’elle.
- Le manque de sentiment européen. Cf Geremek : « Maintenant que nous avons créé
l’Europe, il faut créer les Européens ».
- L’absence de la dimension culturelle de l’Europe.
- Les lacunes de l’Europe sur le plan économique : comment l’Europe lutte-t-elle
contre l’inflation, la baisse du pouvoir d’achat… ?
- Les langues qui restent étrangères : les Français se sentent mal à l’aise ailleurs
car ils ne parlent pas d’autres langues que la leur.
- La non-reconnaissance de l’Europe en tant qu’entité. Qui appeler au téléphone si on
veut parler à la « tête » de l’UE ?
- Problème de compréhension de l’administration « à l’européenne » alors
que l’administration française paraît naturelle.
- La crainte des lobbies à Bruxelles (2è ville du lobbying au monde après Washington)
Mais l’euro-génération se sent-elle réellement européenne ?
Le fond du problème, d’après les interventions de la salle, provient de ceci que les
jeunes ne comprennent plus l’objectif de l’Europe.
Le problème n’est pas l’intérêt des jeunes pour la politique en soi
puisqu’ils participent à la présidentielle en masse. En revanche, le caractère très
franco-français des débats de campagne lors du scrutin européen semble freiner l’envie
qu’auraient les jeunes de s’exprimer sur l’Europe. Enfin, certains pensent que,
maintenant que nous sommes en paix, l’Europe est déjà faite et qu’il n’y a plus à
s’investir pour elle.
Il s’est agi ensuite d’évoquer les espoirs que suscite l’Europe mais aussi
et surtout que l’on fonde en elle pour l’avenir.
Au titre des espoirs déjà concrétisés, nous avons :
- Le sentiment de ne pas être seul. Ne pas se faire écraser.
- La paix avec 26 voisins : « Une génération qui n’a pas connu la
guerre ».
- Un certain modèle sociétal, fondé sur la solidarité inter-générationnelle.
- La sécurité commerciale : l’UE est la première puissance commerciale du monde.
Au titre des espoirs à concrétiser, des souhaits, ce qui revient le plus :
- Que l’Europe montre plus sa capacité à nous protéger. C’est d’un réel travail
de communication dont ont besoin les jeunes.
- Que l’Europe devienne une fédération véritable.
- Réinventer un modèle, créer une relation évidente entre le capital et le travail.
- Aller plus loin, créer de nouveaux modes de pensée. Un « saut qualitatif », plus de
participation des citoyens.
- Rôle de l’Europe dans nos objectifs sur l’environnement : et si l’Europe
nous amenait aux résultats concrets que nous attendons tous en termes de développement
durable ?
- Une Europe sociale affirmée.
- Une Europe qui organise et légalise la main-d’œuvre.
- Que l’Europe soit capable de nous nourrir à long terme.
- L’Europe, si elle ne me fournit pas la sûreté de l’emploi, me fournit-elle un
modèle de société qui permette l’épanouissement et l’utilité sans emploi ?
- De nouvelles institutions qui permettent d’identifier, de
percevoir l’Europe?
- La mobilité : l’Europe se vit. Elle devient ainsi très concrète. Il faut favoriser
encore plus cette mobilité, au-delà d’Erasmus.
- Plus de symboles pour l’Europe.
- Plus de fraternité entre les Européens.
- Que l’Europe soit capable de contribuer au développement des pays concernés pour que
l’immigration ne soit plus une obligation pour les pays pauvres.
- Moins d’institutions mais des institutions qui marchent mieux, qui communiquent
plus.
- Se rencontrer plus. Mieux se connaître entre jeunes européens.
- Que l’Europe parle d’une seule voix à l’ONU, au FMI, à l’OMC.
Enfin,
Jean-François MARTINS a formulé une conclusion générale :
Il est très encourageant de voir qu’on n’entend plus des mots
comme « souveraineté », « peur de dissolution du sentiment national ». Nous
n’en sommes plus à ce point là. De même, on n’entend plus qu’on ne veut pas
partager la solidarité avec les autres peuples. C’est nouveau depuis Maastricht. Désormais,
on n'a plus peur d’adopter un « modèle dominant » d’où les espoirs d’un
nouveau modèle, sans peur de perdre notre propre modèle. En outre, les craintes sur l’Europe
sont globalement les mêmes que pour les institutions françaises. La complexité administrative est
la même. La crise de la représentation aussi. Pour autant, ces obstacles ont été surmontés par la
présidentielle. Pourquoi ? Parce que des enjeux très politiques ont été identifiés. La
lisibilité de l’Europe passera donc par lui donner un contenu politique. Dès lors, on assiste
pour le moment à une dualité entre des craintes très rationnelles et des attentes très idéalistes
(la paix, le modèle économique à imposer au monde). Il nous faut donc une Europe à même de répondre
aux besoins du quotidien tout en continuant de faire vivre des idéaux. Le public jeune n’est
pas hostile à l’Europe. Il est déçu. Il faut donc raviver la flamme. C’est notre
mission.