Intervention de Marielle de Sarnez, tête de liste à Paris, lors de la Convention Municipale du Mouvement Démocrate le 10 février 2008.
"Je suis très heureuse d'être ici ce matin. J'ai été très, très heureuse d'entendre surtout les
candidats et les candidates qui se sont exprimés formidablement bien ici à cette tribune. Je trouve
que c'est une chance, une opportunité formidable d'avoir ces centaines de listes nouvelles dans les
grandes villes de France, listes libres, indépendantes, autonomes.
Je veux simplement vous dire que j'ai absolument confiance, vous allez faire des scores
formidables parce qu'il y a un besoin, une envie de renouveau, de renouvellement, d'air, d'oxygène
dans la vie politique française et qu'heureusement que vous êtes toutes et tous là. Merci de votre
présence.
Nous sommes en esprit de conquête et c'est cela qui fera la différence et non pas en esprit
de gestion. On n'est pas en train de gérer une part de plus en plus petite du gâteau comme certains
malheureusement le font dans certaines villes nombreuses de France, y compris à Paris.
Nous sommes dans l'esprit de reconquête et je voudrais vous dire quelques mots de l'esprit du
projet démocrate que nous portons toutes et tous dans nos villes, car il y a quelque chose qui nous
relie toutes et tous, les uns aux autres, quelle que soit la taille, la dimension des villes dans
lesquelles vous êtes, nous sommes présents. Nous avons, je crois, une inspiration commune dans le
projet que nous défendons.
La première de cette inspiration, c'est que, pour nous, ces élections sont des élections
locales. On a envie de mieux vivre dans nos villes. On a envie que nos villes soient plus humaines,
on a envie qu'elles soient plus agréables et, c'est une échéance, que nos concitoyens aiment. Ils
se retrouvent dans cette échéance électorale locale. Ils sont heureux quand on leur parle de leur
vie de tous les jours et ils ont envie de nous parler de leur vie de tous les jours.
Alors, je n'ignore pas, je fais du terrain et Corine Lepage le disait tout à l'heure, ce que
nous entendons sur le terrain. Je n'ignore pas la désillusion, le désenchantement, les yeux qui
s'ouvrent. Je reprends l'expression de commerçants qui m'ont dit cela hier, ils commencent à voir,
ils commencent à entendre, ils y avaient cru, ils sont déçus, ils n'y croient plus.
Il suffit d'être en campagne pour l'entendre et toucher la réalité plus palpable, plus
humaine de ce que les sondages nous disent, mais il y a, en même temps, dans cette
désespérance, quelque chose en eux qui dit qu'ils ont envie demain de croire à autre chose.
C'est quelque chose que j'entends beaucoup sur le terrain. Ils disent : heureusement que
vous êtes là, heureusement que François Bayrou est là, nous avons besoin d'avoir quelque part un
repère, quelque chose auquel nous pourrons demain nous raccrocher.
Alors, l'inspiration de ce projet, ce qui nous relie tous, c'est un projet démocrate. Un
projet démocrate, c'est d'abord un projet qui lutte contre toutes les fractures et je le dis comme
candidate dans une ville, Paris qui est une ville extrêmement fracturée, on ne parle pas
suffisamment de cette fracture, une fracture sociologique, politique, géographique, électorale.
Entre l'Est parisien et l'Ouest parisien, vous voyez bien qu'il n'y a pas grand chose de commun,
que, d'un côté, on a des ghettos de pauvres et que, de l'autre, on a des ghettos de personnes
aisées ou plus privilégiées.
Nous avons une fracture qui traverse notre ville qui est de plus en plus lourde au fil des
temps et nous avons une deuxième fracture, celle entre notre ville et la proche banlieue. Là aussi,
nous sommes le parti, le mouvement de ceux qui veulent résorber ces fractures, de ceux qui veulent
une ville unie dans sa diversité et sa mixité. C'est le premier esprit de notre projet.
Un projet démocrate, et, là aussi, c'est la question pour toutes les grandes villes notamment
à Paris, Lyon et Marseille, mais aussi les autres grandes villes de France, c'est agir de façon
volontaire et délibérée pour que nos villes ne deviennent pas des villes musées, des villes où
simplement vivent quelques privilégiés, mais pour que les classes moyennes, les familles, les
enfants, ceux qui font la vie dans nos villes puissent rester vivre dans nos centres-villes, qu'on
puisse les y aider en ayant une politique volontariste en matière de logement.
Vous le savez tous, nous avons cette question de façon centrale à Paris. Nous la vivons de
façon extrêmement lourde, toutes les familles le vivent à Paris et c'est vécu aussi dans d'autres
villes. Nous devons êtres ceux qui prendront en compte cette attente et qui régleront cette
question et offriront, en tous les cas, aux classes moyennes et aux familles, une possibilité de
rester dans nos villes et d'y vivre mieux.
Un projet démocrate, c'est aussi un projet qui sait que l'État ou la collectivité locale ne
peut pas tout faire toujours toute seule. Je veux en prendre ici deux exemples très brefs.
Nous sommes, dans mon projet, pour la création de places supplémentaires en crèche collective,
c'est évidemment nécessaire et il y a aujourd'hui près de 20 000 tout-petits à Paris qui n'ont
pas de structure d'accueil. Donc, bien sûr qu'il faut et je propose 4000 places
supplémentaires en crèche collective, mais je crois aussi qu'il faut innover.
Il faut porter des projets nouveaux et nous portons, dans le projet parisien, l'idée d'une
création de ce que l'on appelle des micro-crèches, c'est-à-dire 4 000 places en micro-crèche.
Il suffit que la ville ou la municipalité mette à disposition, cela n'existe pas à Paris, des
appartements et que, dans ces appartements, des assistantes maternelles accueillent des enfants
pour avoir des petites structures où l'on accueille 3, 6, 8, 9 enfants d'une façon maximale et
qui soit à proximité, soit des lieux d'hébergement, soit des lieux où les parents travaillent.
Cela a l'air simple, du bon sens. On se demande pourquoi cela n'existe pas à Paris.
Un projet démocrate, c'est un projet qui accorde une place centrale à la culture. Quelqu'un a
prononcé ce terme tout à l'heure. C'est pour moi extrêmement important. Cela veut dire bien sûr la
gratuité des musées, mais aussi une action plus volontariste.
Je veux doubler le nombre de jeunes parisiens qui pourront aller, demain, dans les
conservatoires de musique en créant ce que j'appelle des conservatoires hors les murs, c'est-à-dire
que nous avons des écoles formidables qui sont libres le soir, il n'y a plus personne dans les
écoles à partir de 17 heures. À côté, nous avons des enfants qui rêvent de prendre des
cours de musique.
Eh bien, écoutez, je propose que les professeurs de conservatoire, et j'en ai discuté avec
eux, ils sont d'accord, utilisent les salles vides des classes d'école de Paris et, ainsi, nous
pourrons doubler le nombre de jeunes parisiens qui pourront enfin accéder à la culture.
Un projet démocrate, c'est une ville dans laquelle on remet du lien, dans laquelle on remet
de la solidarité. C'est évidemment la question des personnes âgées, c'est évidemment aussi la
question des jeunes et des étudiants.
Je vais vous donner un seul chiffre : Paris est la dernière ville de France en matière
d'accueil d'étudiants boursiers. Paris, la grande ville universitaire que nous connaissons et que
nous aimons, n'accueille pas les étudiants boursiers, parce que c'est trop difficile, trop cher de
vivre à Paris. Moi, je veux que cela change.
Je propose que l'on crée 6 000 logements étudiants pour les étudiants. Je propose que
l'on supprime la caution, que l'on favorise et que l'on incite à la collocation. C'est ce qui se
passe dans toutes les grandes viles européennes. Pourquoi, à Paris, ne pourrait-on pas le
faire ?
Je veux aussi que Paris soit une ville exemplaire en matière de handicap et de questions de
personnes à mobilité réduite dans notre ville. Nous sommes une des dernières villes de France et la
France est un des derniers pays européens en matière d'accueil pour les handicaps. Je veux que cela
change. Je veux que l'on fasse de notre ville une ville exemplaire que transport, circulation,
manière de vivre, habitat, logement, tout cela soit conçu aussi pour ceux qui ont du mal à se
déplacer.
Un projet démocrate, c'est un projet dans lequel on est capable de parler de solidarité, dans
lequel on parle aux classes moyennes et c'est un projet dans lequel le développement économique a
toute sa place.
Je suis absolument fascinée de voir l'absence, dans les différents projets de mes
concurrents, de cette question que je trouve vitale, parce qu'il n'y a pas de solidarité, s'il n'y
a pas développement économique.
Donc, nous soutenons l'idée d'une ville avec des commerçants et des artisans. Nous soutenons
l'idée d'une ville qui doit être aux côtés de ceux qui travaillent, de ceux qui innovent. Pour ce
faire, nous proposons de baisser la taxe professionnelle pour les professions libérales, les
artisans, les commerçants, les TPE, les PME, pour faire en sorte que ceux qui sont à Paris y
restent et que d'autres demain nous rejoignent.
C'est pour cela d'ailleurs que je suis absolument défavorable à la proposition du rapport
Attali de libéraliser, faciliter, favoriser partout l'implantation de grandes surfaces. Je n'ai pas
envie d'une ville dans laquelle il va falloir prendre sa voiture et faire dix kilomètres pour
aller faire ses courses dans dix ans. Paris n'a pas vocation à devenir demain une ville
américaine.
On a un projet de vie, un projet de ville qui nous appartient, que j'ai envie, demain, de
pousser. Nous avons des quartiers qui sont extrêmement en difficulté à Paris. Ils sont tous
concentrés dans le Nord et l'Est de Paris. Il faut savoir qu'à Paris trois arrondissements
seulement concentrent à eux seuls la majorité du logement social et, donc, quand je vous parle de
fracture, c'est une vraie fracture qui existe.
Nous proposons la création de zones franches urbaines dans ces quartiers qui en ont
vitalement besoin. Cela veut dire favoriser l'implantation d'entreprises et que ces entreprises,
c'est le programme des zones franches, pourront désormais faire venir à elles des salariés de ces
quartiers puisque, quand vous faites une zone franche, au moins un tiers de vos salariés doivent
venir du quartier où vous vous implantez.
Un projet démocrate, c'est enfin une écologie urbaine humaine, humaniste, citoyenne,
responsable, le contraire d'une écologie qui décrète ou qui bride, une écologie qui se fait avec
les gens en les responsabilisant. C'est la vision, en tous les cas, écologique que nous portons à
Paris.
Puis, un projet démocrate, c'est retrouver de la démocratie dans tous les actes de la ville.
Ce sont les référendums dits d'initiative locale sur la petite ceinture pour en faire une coulée
verte, ce sont de nouvelles instances de régulation pour attribuer des logements pour que plus
jamais on puisse être soupçonné de favoritisme.
Dans quel monde vit-on où ce sont des élus qui attribuent des logements à des élus ?!
Écoutez, il faut mettre fin à cela.
C'est aussi le fait de donner à nos citoyens de quoi avoir prise sur leur vie. Quand
j'entends Nicolas Sarkozy dire qu'il va créer un ministère du grand Paris, je dis que ce n'est pas
notre façon de penser, ce n'est pas notre vision.
Le grand Paris appartient d'abord à ses habitants. C'est à eux de s'en saisir et pas à une
administration de plus qui nous tomberait ainsi sur la tête avec un projet, je ne sais quoi.
Je dis non au ministère du grand Paris, mais, oui, avançons sur le grand Paris, mais avec
vous, les élus, les habitants.
Un projet démocrate enfin, c'est changer ce que j'appelle l'esprit de gouvernance. À Paris
comme dans les grandes villes de France, ce qui n'est pas le cas des petites communes de France,
cela fait 30 ans que l'on s'affronte camp contre camp. Forcément, on met en avant du
dogmatisme, de l'idéologie.
Je trouve que tout cela est absolument dépassé. Très honnêtement, la propreté, cela ne
devrait pas être une question de droite ou de gauche et, quand je vois, par idéologie ou
dogmatisme, les positions que prennent les uns ou les autres… La majorité sortante a été
contre les parkings pendant 7 ans parce que, construire un parking, c'était favoriser la place
de la voiture, mais, enfin, franchement, je suis pour diminuer la place de la voiture dans la
ville, mais j'aime autant que les voitures aillent se garer en sous-sol que sur les trottoirs. Cela
fait plus d'espace pour les enfants, les familles et les personnes qui marchent dans la ville. De
l'autre côté, on a une droite un peu on va dire conservatrice qui a voté, à chaque fois, par
exemple, contre le tramway qui est, pour moi, un bon mode de transport.
J'ai donc envie que l'on tourne la page sur le sectarisme, que l'on tourne la page sur
l'esprit partisan, j'ai envie que le projet, les idées, les propositions valent davantage que les
étiquettes.
C'est cela notre idée. C'est l'idée cet esprit de gouvernance que nous défendrons pour Paris.
Nous voulons changer durablement la vie politique à Paris, pour changer durablement la vie des
Parisiennes et des Parisiens et faire de Paris une ville plus humaine.
Pour ce faire, j'ai une équipe formidable. Vous avez entendu Corine Lepage tout à l'heure, je
veux qu'on l'applaudisse.
(Applaudissements...)
Il y a 517 candidats, je ne vais pas citer les vingt têtes de liste :
12 femmes, 8 hommes issus de la diversité de Paris et j'ai confiance, je ne doute pas que
les Parisiennes et les Parisiens seront au rendez-vous. Je vous remercie."