20 janvier 2008
Dans une interview accordée au journal Le Parisien, Marielle de Sarnez réaffirme avec force son projet pour Paris et revient sur les difficultés du président de la République : "On ne peut pas avoir ressassé impunément que l'on était le candidat du pouvoir d'achat et de la croissance lorsque ni l'un ni l'autre ne sont au rendez-vous. Forcément, l'opinion sanctionne." Concernant la futur présidence de l'Union Européenne, Marielle de Sarnez ne cache pas sa préférence: le meilleur candidat serait le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker.
Sincèrement, vous êtes candidate pour gagner ou pour figurer ?
Marielle de Sarnez. Je suis candidate pour être maire de Paris ! Vous en doutiez ?
Mais maire avec quels alliés ?
On ne peut plus gérer Paris droite contre gauche.
Dans 95 % des communes de France, le maire est à la tête d'une équipe qui rassemble toutes
les sensibilités. Eh bien, c'est ce qu'il faut pour Paris : il faut les meilleurs au service des
Parisiens. Quand on prend une décision sur la propreté des trottoirs, vous n'allez pas me dire que
cela dépend d'un clivage majorité-opposition ? J'ai essayé depuis six ans de ne jamais faire preuve
de sectarisme. Seul compte l'intérêt général. J'ai, par exemple, soutenu l'excellente idée du
tramway. En revanche, je n'ai pas compris le refus de la majorité sortante de construire plus de
parkings. Les Parisiens se contrefichent de savoir qui prendra l'avantage, du PS ou de l'UMP. Paris
n'appartient à aucun parti politique.
Après pas mal de défections, on dit le MoDem en difficulté pour constituer ses
listes...
C'est une plaisanterie ! J'aurai 517 candidats formidables, des listes rajeunies et les plus
féminisées. Et, à mes côtés, des figures comme Corinne Lepage, Jean Peyrelevade, Philippe Meyer.
Si vous gagnez, ce serait la revanche de la présidentielle ?
Pas du tout ! Je ne fais pas de politique nationale avec cette élection municipale. Je
m'occupe de la vie des gens. Nicolas Sarkozy a tort de vouloir politiser ce scrutin et le PS, tort
de reprendre la balle au bond. Tout cela est ridicule.
Iriez-vous jusqu'à prendre dans votre équipe Jean-Marie Cavada qui vous a lâchés pour l'UMP
?
Non.
Bertrand Delanoë dit qu'il veut atteindre dès 2014 au lieu de 2019 le seuil de 20 % de
logements sociaux fixés par la loi SRU...
Très bien ! Je suis d'accord. Mais, pour moi, l'essentiel, ce sont les logements pour les
classes moyennes. C'est l'âme de Paris. Paris est une ville terriblement fracturée : entre l'est et
l'ouest, sociologiquement, politiquement. Or la vérité de Paris, c'est la mixité, la diversité. Je
veux être la candidate de tous.
Comprenez-vous la candidature de ministres comme Christine Lagarde ou Rachida Dati
?
Les Parisiens attendent de leurs élus qu'ils soient là pour les servir pendant six ans. Pas
pour être devant les caméras pendant six semaines.
Au soir du premier tour, si vous ne pouvez pas vous maintenir, vers qui vous tournerez-vous
?
Qui dit que nous ne serons pas la surprise de cette élection ? Je suis la challenger. Je
n'appartiens pas depuis trente ans au même système. Quand je vois Panafieu et Delanoë s'envoyer à
la figure ceux du camp d'en face qui occupent des logements sociaux, j'ai l'impression surréaliste
de revivre la campagne de 2001. Qu'est-ce qui a changé depuis ? Rien de substantiel. Il faut
modifier les règles du jeu. Mettons en place une instance insoupçonnable et neutre pour
l'attribution des logements afin qu'on ne sombre plus jamais dans les dérapages et le clientélisme.
Bertrand Delanoë peut-il être à la fois maire de Paris et patron du PS ?
Maire de Paris, c'est évidemment du plein-temps.
« Dans ce système, il n'y a plus de gouvernement ! »
A quoi imputez vous la baisse de Nicolas Sarkozy dans les sondages ?
A la confrontation avec la réalité ! On ne peut pas avoir ressassé impunément que l'on était
le candidat du pouvoir d'achat et de la croissance lorsque ni l'un ni l'autre ne sont au
rendez-vous. Forcément, l'opinion sanctionne.
Sanctionne-t-elle aussi un style de gouvernance ?
Un président, pour moi, doit exprimer une certaine sagesse. Moins bouger que donner du sens.
A force de s'attaquer à tout en même temps et de façon désordonnée, Sarkozy se retrouve nulle part.
Quels conseils pourriez-vous lui donner ?
Il est toujours difficile de faire des promesses intenables. En tout cas, l'accord entre
partenaires sociaux sur les contrats de travail m'a plu. Le chef de l'Etat n'est pas intervenu. Il
a laissé vivre le dialogue. C'est bien.
François Fillon vous paraît-il incarner une politique plus apaisée ?
Y a-t-il de la place pour deux ? Sarkozy occupe énormément d'espace. Il a tellement dit qu'il
était le pivot, l'inspirateur de tout. Si ça va bien, c'est lui. Si ça va mal, c'est aussi lui.
Dans ce système, en vérité, il n'y a plus de gouvernement !
Nicolas Sarkozy remet-il en cause la laïcité à la française ?
Il a eu une phrase choquante dans son discours au Vatican en disant que, pour la morale,
l'instituteur ne remplacerait jamais le curé. C'est le contraire de ce que nous a appris Jules
Ferry. Heureusement qu'on a les instituteurs ! La religion fait partie de la vie privée de chacun.
Sarkozy joue avec le feu.
François Bayrou va-t-il être élu à Pau ?
C'est aux Palois de le décider. Je m'étonne juste que Sarkozy soutienne contre nous un maire
PS fabiusien. Peut-être a-t-il des arrière-pensées ! (Eclats de rire.)
Les caisses sont « vides », dit le président. Va-t-on vers le grand virage de la rigueur
?
On a dépensé inutilement et creusé les déficits. On va vers des lendemains moins agréables.
On s'apprête d'ailleurs à instaurer des taxes en supprimant la pub à la télé. Ce dossier est géré
totalement au débotté. Peut-on demain doubler ou tripler la redevance quand on veut améliorer le
pouvoir d'achat des Français ? On sait, en fait, que c'est davantage un cadeau à TF 1 que le souci
de l'intérêt public.
La création d'une base militaire française à Ormuz, vous approuvez ?
C'est une décision très grave, unilatérale, prise sans consultation du Parlement. On peut se
trouver entraînés dans un conflit dans cette région. Je mets en garde : la force de la France est
son indépendance qui garantissait aussi l'indépendance politique de l'Europe. Si demain la France
s'aligne sur les Etats-Unis, elle renonce à son identité.
Tony Blair, président de l'Union européenne comme le souhaite Nicolas Sarkozy, c'est une
bonne idée ?
Non. Blair ne peut pas présider l'Union européenne. Sa politique étrangère en Irak derrière
les Américains ne le qualifie pas pour porter la voix libre, indépendante et autonome de l'Europe.
Giscard a donc eu raison de s'opposer à cette idée ?
Oui. Et Balladur aussi.
Alors, qui serait le meilleur candidat ?
Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker.
Propos recueillis par Martine Chevalet et Dominique de Montvallon, Le Parisien, le 20 janvier
2008