Marielle de Sarnez a defendu devant plus de 2000 personnes les grands axes de son projet pour Paris et pour une ville plus humaine : développement durable, solidarité, condition de vie, transports en commun et transport de marchandise, politique familiale, commerce, économie...
"Notre offre politique, c'est un changement profond. C?est la première fois depuis qu'on élit un maire de Paris qu'une liste propose ainsi de sortir du camp contre camp, de la guerre de tranchées. C'est la première fois que quelqu'un dit, non pas « il faut éliminer ceux qui ne pensent pas comme nous », mais « on peut travailler à une ville meilleure avec ceux qui ne pensent pas toujours comme nous ». C?est une révolution, et nous l'assumons. Mais ce pas immense suppose une condition : le respect mutuel" a souligné Marielle de Sarnez.
Réunion publique du Mouvement Démocrate à la Mutualité
Marielle de Sarnez – 4 mars 2008
Mes chers amis,
Ce soir, je veux m’adresser à vous, comme un chef de file heureux, comme une femme
politique heureuse. Nous avons relevé un défi sans précédent, en présentant pour la première fois,
une liste autonome et libre dans la ville de Paris tout entière, dans tous les arrondissements
parisiens.
C’était un défi politique sans précédent et qui supposait un effort humain sans
précédent. Il fallait 517 candidats de qualité, engagés, compétents. Et il fallait autour de ces
517 candidats des milliers et des milliers d’intelligences, de bonnes volontés, pour
réfléchir ensemble et pour convaincre ensemble.
Un grand merci donc à tous ceux qui ont pris leur part de la réflexion sur notre projet. Ces
contributeurs, compétents, imaginatifs, ils ont permis que nous ayons un projet solide, sûr,
précurseur et raisonnable. Ce projet pour une ville plus humaine, il a été une œuvre
collective passionnante, et je vous le dois.
Un grand merci à toutes celles et tous ceux d’entre vous qui depuis des semaines sont
allés à la rencontre des Parisiens, avec leur conviction, avec leur envie de débattre, avec leur
sourire. J’attache beaucoup d’importance au sourire, parce que beaucoup de Parisiens
ont senti au travers de votre sourire que notre démarche politique était sans hargne, sans esprit
de haine ou de revanche, et cela fait, à l’heure du choix, une singulière différence…
Merci à nos têtes de listes et à toutes les candidates, tous les candidats, qui les ont
entourés. Nous avons voulu que la compétence et l’engagement, la connaissance de Paris,
l’amour de la ville soient les vrais critères du choix, et non pas l’esprit de parti.
Grâce à vous, nous avons montré ce visage différent de l’engagement politique.
Et il faut que je vous dise merci en mon nom propre. Nous faisons une campagne heureuse.
C’est une lourde charge que de conduire une campagne comme celle-là. Grâce à vous, en vous
voyant aller à la rencontre des Parisiens avec cet entrain, cette générosité, cet enthousiasme,
j’ai pu porter cette charge. Et je veux ce soir vous en remercier du fond du cœur.
Nous défendons jour après jour un projet que je crois le mieux abouti de tous. Aucune des
forces qui nous sont concurrentes n’a travaillé autant, n’a rassemblé autant de
Parisiennes et de Parisiens pour trouver les meilleures propositions pour Paris et ses habitants.
Ce travail, nous l’avons conduit en liberté, sans parti pris, et cet état d’esprit se
ressent à chaque page. Notre intention n’était pas d’instruire à charge. Mais de faire
les propositions les plus justes. C’est une démarche immensément nouvelle dans le paysage
parisien.
Depuis trente ans, nous vivons dans l’esprit de système. Avec deux camps qui
s’affrontent. À droite, tout ce que fait la gauche est forcément nul, et à gauche tout ce que
dit la droite est évidemment dangereux. Cet esprit de système, camp contre camp, il est nuisible
pour Paris. Il ne permet pas d’avancer, de réfléchir en commun. La présence du Mouvement
Démocrate dans cette élection, c’est une proposition politique nouvelle pour sortir de la
guerre des camps.
Avec deux enjeux. Le premier enjeu, ce sont évidemment les orientations de la politique qui
va être mise en œuvre demain dans notre ville. Depuis des mois, des semaines, au contact des
habitants de nos quartiers, nous avons entendu les demandes et les aspirations des Parisiens. Ils
veulent que cette ville reste leur ville. Qu’elle continue de leur appartenir. Ils veulent
pouvoir continuer d’y habiter, d’y travailler, d’y élever leurs enfants. Ils
veulent pouvoir y poursuivre leurs études, je pense aux étudiants. Ils veulent exercer leurs
professions, qu’ils soient commerçants, artisans, professions libérales ou salariés. Ils
veulent pouvoir s’y déplacer, mieux, et plus facilement. Ils veulent respirer un air
meilleur. Ils veulent exercer leur solidarité à l’égard de ceux qui en ont le plus besoin, à
l’égard des plus démunis, je pense à ceux qui travaillent mais qui n’ont pas de toit et
que l’on qualifie de « travailleurs pauvres ». Elles veulent, je pense à toutes ces femmes
qui souvent élèvent seules leurs enfants, que nous les aidions, que nous les soutenions. Elles
veulent, je pense aux personnes âgées, combattre la solitude souvent difficile dans laquelle elles
se trouvent.
Tous ces Parisiens, ils ont besoin de nous. C’est de notre responsabilité,
d’hommes et de femmes politiques que de leur répondre favorablement. Que de leur dire que
oui, nous les avons entendus, nous les avons compris. Je le dis ce soir aux Parisiens, cette ville
est la vôtre. Il nous revient de répondre à vos attentes, de répondre à vos exigences.
Nous voulons réorienter la politique de Paris en faveur des classes moyennes, des familles,
des jeunes qui trop souvent doivent quitter la capitale compte tenu du coût exorbitant des loyers.
Ces classes moyennes sont pour nous l’âme de Paris. Nous voulons les préserver.
Cela passe d’abord par le logement. Nous proposons de mieux répartir l’offre de
logements sociaux, en en réservant un tiers pour les classes moyennes. De même, nous voulons mettre
l’ensemble du parc privé de la Ville sous conditions de ressources, et nous exigerons des
promoteurs immobilier que la moitié des appartements construits en ZAC soient désormais loués à un
prix largement inférieur au prix du marché.
Nous voulons aussi mettre le paquet sur le logement étudiant. Paris est la ville de France
qui accueille le moins d’étudiants boursiers. Nous voulons que cela change. Et proposons de
créer 6000 logements supplémentaires, de supprimer la caution, et de favoriser la colocation.
Notre objectif est que Paris respecte la loi SRU dès 2014. Paris dispose encore de nombreuses
réserves foncières disponibles qui devront être systématiquement optimisées. Je pense par exemple
aux terrains de Balard dans le 15ème. L’État veut y construire son futur Pentagone. Et
bien moi je préfère que l’on y construise des logements pour accueillir de nouvelles
familles.
Ces familles elles ont aussi besoin d’une ville plus accueillante pour leurs enfants.
Et je pense d’abord aux tout-petits. Pour eux, nous proposons de créer 4000 places
supplémentaires en crèches collectives. Mais, pour répondre à tous les besoins qui sont immenses et
surtout à la diversité de ces besoins en termes d’horaires et de nouveaux modes de vie, je
propose dans le même temps d’innover en créant 4000 places en micro-crèches. Ce système sera
moins coûteux pour la collectivité. Il permettra d’accueillir des enfants, jusqu’à 9
par appartement, sous la surveillance d’assistantes maternelles. Il offrira plus de souplesse
aux familles en termes d’horaires, ou bien quand un enfant est malade, et une plus grande
proximité par rapport à leurs lieux de travail ou à leur lieu d’habitation.
Paris dispose d’atouts formidables. C’est une des capitales les plus commerçantes
et les plus attrayantes du monde. Mais ce tissu de commerces est fragile, menacé dans certains
arrondissements par la monoactivité, et menacé dans d’autres par le coût exorbitant des
loyers. Comme est fragile le tissu de nos entreprises qui créent moins d’emplois
qu’ailleurs et qui subissent plus de défaillances que la moyenne nationale.
J’ai regretté que la municipalité sortante n’ait pas pris la mesure de cet enjeu
économique. Les crédits consacrés au développement économique sont une goutte d’eau du budget
de la Ville, moins de 1% des dépenses. C’est-à-dire rien. Pour rester une grande capitale
économique, capable de répondre aux grands défis de la mondialisation, aux grands enjeux de la
société de la connaissance, Paris ne peut se passer de ses entreprises. Elle a un devoir absolu
d’être à leurs côtés. Nous proposons ainsi de tripler les fonds municipaux consacrés au tissu
économique ; de réduire les charges des entreprises, des professions libérales, des artisans et des
commerçants grâce à un allègement progressif de la taxe professionnelle ; de développer les
pépinières d'entreprises et de mettre en réseau les pôles d'excellence de Paris, en tout premier
lieu les universités, les laboratoires de recherche et les entreprises innovantes. Nous proposons
également d’expérimenter des dispositifs de type «Small Business Act » afin de favoriser
l'accès aux marchés publics des PME et des TPE. Et nous voulons, pour les quartiers les plus
difficiles, expérimenter des zones franches urbaines pour créer de l’emploi et lutter contre
la fracture sociale et économique.
Notre volonté est de préserver et de développer le commerce et l’artisanat. Ils seront
au cœur de nos préoccupations. Pour nous, ce n’est pas seulement une question de
développement économique. C’est aussi du lien, de la proximité, une forme de solidarité dont
Paris a tant besoin. C’est pourquoi je propose d’organiser, dès le lendemain de
l’élection, des Etats généraux du commerce et de l’artisanat, pour prendre en compte
leurs attentes. Une ville plus humaine, c’est une ville qui soutient les petits commerçants.
Et je veux vous dire un mot de l’implantation du magasin METRO dans le 18ème
arrondissement. Ce sujet est grave. Personne ne peut ignorer ce qui va arriver, avec la création en
plein Paris, de cette très grande surface. Tout le monde sait que ce magasin, soi-disant réservé
aux seuls grossistes, sera ouvert aux particuliers. Les petits commerces du 18ème seront frappés de
plein fouet et je ne parle même pas des riverains qui vont subir rapidement des nuisances
insupportables avec le ballet incessant des camions. C’est un mauvais coup porté à
l’intérêt général de Paris, assumé, si ce n’est encouragé, par le maire du 18e
arrondissement. J’étais la semaine dernière à Rungis, pour dialoguer avec les responsables
des filières qui approvisionnent Paris chaque jour. Ils m’ont dit leur inquiétude devant ce
projet qui n’est pas soumis aux mêmes règles d’hygiène et de traçabilité des produits
que les grossistes et les producteurs de Rungis. Cette distorsion de concurrence que créerait
l’installation de Métro à Paris n’est pas acceptable, pour le petit commerce et pour
l’activité économique parisienne. Nous la combattrons.
À Rungis, nous avons évoqué avec les professionnels la question des livraisons dans Paris.
Chaque jour, ce sont 25 000 véhicules, dont un grand nombre de camions et de camionnettes, qui
viennent des halles et entrent dans Paris pour livrer les commerces et les restaurants. Mais, ce ne
sont pas les seuls. Chaque jour, 50.000 véhicules utilitaires entrent dans Paris, dont près de
9.000 poids lourds… Je veux diviser par deux le nombre de ces camions d’ici 2014. Pour
cela, il faudra engager le dialogue avec les professionnels du transport, qui sont parfaitement
conscients des difficultés. Et concevoir un véritable programme alternatif de livraisons : plate
forme multimodales, mutualisation des livraisons, véhicules propres, ferroutage, fluvial. Nous
devrons tout faire pour faire baisser le nombre de camions dans Paris.
De même, nous avons pris beaucoup de retard, en terme de qualité, de fréquences et
d’accessibilité de nos transports en commun. L’une des grandes priorités de la
prochaine mandature, devra être l’effort redoublé en faveur du métro et du RER pour que les
Parisiens et les Franciliens disposent enfin de transports publics dignes. Car les conditions
faites aux voyageurs durant les heures de pointe sont une honte pour la capitale. De même, il
faudra prolonger le Tramway sur le boulevard des Maréchaux, étudier la mise en service pour
l’avenir d’un Trambus, beaucoup moins onéreux, avancer enfin sur le métro en rocade
autour de Paris.
Je veux faire de Paris un modèle de développement durable. Le chantier est immense. Mais il
est vital pour nous, comme pour nos enfants. Nous voulons des éco-quartiers exemplaires, des
espaces publics mieux partagés, un grand espace vert au nord de Paris, une coulée verte sur la
petite ceinture et une coulée bleue en continu sur les berges de la Seine. Nous voulons des jardins
filtrants, par exemple pour le futur jardin des Halles. Nous voulons lutter contre toutes les
formes de pollution, pollution de l’air, qui ne diminue pas, pollution sonore qui n’est
jamais prise en compte. Nous voulons couvrir une grande partie du périphérique, en commençant par
les portes de Paris. Nous voulons que toutes les nouvelles constructions soient en Haute Qualité
Environnementale, et même en Très Haute Qualité environnementale à partir de 2020. Nous voulons
favoriser les économies d’énergie pour la rénovation du parc immobilier et social de la
Ville. Et nous voulons une ville plus propre. Dans cet esprit, nous voulons confier la délégation
de la propreté aux mairies d’arrondissement, créer des « brigades vertes » chargées
d’intervenir immédiatement en cas de pollution ou de nuisances, interdire les sacs plastiques
dès 2010, et mettre en place une politique d’objectif zéro déchet.
Cette politique en faveur d’un développement durable ne se réalisera pleinement que si
nous nous en donnons les moyens. C’est pourquoi, je propose de bâtir une véritable fiscalité
écologique pour que les comportements changent et que les pratiques vertueuses soient encouragées.
Nous voulons une ville plus humaine, et c’est pourquoi je place au plus haut niveau la
solidarité que nous devons aux plus faibles, aux plus fragiles : les exclus, les personnes âgées,
les personnes handicapées. Le plus grand devoir de la ville, son obligation morale, c’est de
leur apporter un soutien de tous les jours. De rompre l’isolement de la maladie et de rompre
aussi la spirale de la pauvreté qui frappe des milliers et des milliers de Parisiens. La
solidarité, c’est notre réponse à la baisse du pouvoir d’achat, aux toutes petites
retraites, aux difficultés d’accès à la santé, aux milliers de personnes qui vivent dans la
rue. Je voudrais insister sur trois de nos propositions : la création, dans chaque
arrondissement, d’une maison ouverte 24 heures sur 24 pour que les SDF puissent se
reconstruire. La mise en place d’un plan seniors pour lutter contre l'isolement, renforcer le
soutien à domicile et anticiper les besoins. Et la création de Maisons de santé, ouvertes 24 heures
sur 24, destinées à accueillir les urgences légères, pour désengorger les urgences des
hôpitaux.
Une ville plus humaine, cela veut dire une solidarité plus grande et une meilleure qualité de
vie. Je veux insister sur l’importance des liens qui doivent unir tous les Parisiens, quels
qu’ils soient, d’où qu’ils viennent, où qu’ils vivent. Améliorer la vie
quotidienne des habitants, c’est à la fois très ambitieux et très concret. Cela signifie des
minibus de quartier pour désenclaver les endroits les plus excentrés de la capitale, pour permettre
aux personnes âgées ou aux personnes à mobilité réduite de faire leurs courses à côté de chez
elles. Cela signifie des logements vraiment mixtes, où se côtoient, au sein d’un même
immeuble, des étudiants, des travailleurs pauvres, des familles et des personnes seules. Cela
signifie que les internes en médecine donneront du temps de leur formation au service des aînés,
pour que ne se reproduisent plus les drames que Paris a connus durant la canicule, cela signifie
que des jeunes pourront accompagner des plus anciens dans leurs démarches quotidiennes, et que dans
le même temps, les aînés apporteront leur expérience pour former notre jeunesse. Une ville plus
humaine, ce sont tous ces villages qui existent à Paris et que la mairie de Paris doit aider. Et
cette aide peut prendre mille formes : favoriser le retour des gardiens dans les immeubles,
généraliser les zones 30 aux abords des écoles, lutter contre les pollutions sonores, ouvrir les
installations culturelles et sportives le soir, le week-end et pendant les vacances, favoriser le
stationnement de courte durée pour faire ses courses, valoriser le tissu associatif parisien…
Il n’est pas un sujet, pas un thème, qui soit superflu ou secondaire. Partout où la ville
peut agir, elle doit agir.
Alors, vous le voyez, ces propositions ne sont pas partisanes, elles sont des propositions
pour défendre l’intérêt général de Paris et de ses habitants. Le choix que nous faisons
d’une nouvelle gouvernance qui associe toutes les sensibilités, qui partage la démocratie et
associe les Parisiens aux décisions, c’est le choix de privilégier en tout l’intérêt
général, de rechercher des majorités de projets pour travailler en faveur de tous les Parisiens
sans exclusive aucune. Dans la gestion quotidienne de Paris, qu’est-ce qui importe le plus ?
Quelle est la question que nous devons nous poser comme responsables politiques ? La vraie
question, c’est de savoir ce que l’on fait, plutôt que de s’interroger sur qui le
fait. C’est la position qui est la nôtre sur le grand sujet de l’eau. Ce qui compte,
c’est le cahier des charges, c’est ce que l’on impose au prestataire : la qualité
de l’eau, son prix, la maîtrise des besoins d'eau potable, la modernisation du réseau... Sur
ce sujet, la question de savoir qui le fera est seconde. Pas secondaire, mais seconde. Et si un
concessionnaire privé ne répond pas aux obligations lourdes qu’on lui fixe, et bien
choisissons la gestion en régie ! Je n’ai pas d’a priori sur ce sujet. Seul compte
l’intérêt général. Telle est notre conception de l’action publique.
Vous l’avez compris, nous voulons changer la gouvernance de Paris.
Et je voudrais, sur ce point, vous faire partager un constat et vous dire quelles sont nos
exigences pour changer vraiment la donne politique à Paris.
Nous sommes la seule offre nouvelle de cette élection. La seule nouveauté de cette campagne.
Imaginez ce qu’aurait été cette élection sans les listes du Mouvement Démocrate. Une querelle
de bilans et de chiffres entre l’UMP et le PS, la triste répétition de 2001, elle-même
répétition de 1995, elle-même répétition de l’élection précédente… Aurait-on parlé de
la même manière des classes moyennes ? Aurait-on parlé des fractures qui divisent Paris ? Aurait-on
parlé développement durable et développement économique comme étant les deux faces d’une même
politique ? Je ne le crois pas.
Nous sommes la seule offre politique nouvelle parce que nous acceptons de sortir de la guerre
de tranchées d’un camp contre l’autre. Nous affirmons que Paris mérite que l’on
se comporte non plus en adversaires, mais en partenaires.
Hier, pour participer à la gestion d’une ville, d’un arrondissement, il fallait
être ficelés par un accord de gouvernement national. Union de la gauche d’un côté, ou union
de la droite de l’autre, décalqué dans toutes les villes de France. Sans exception.
Qu’importe la ville, ses difficultés, ses atouts, qu’importe la qualité des équipes et
des projets locaux, ce qui comptait c’était l’accord national. Les projets et les
valeurs passaient au deuxième plan. Et qu’importe que l’on n’ait pour la ville ou
l’arrondissement ou le quartier ni les mêmes projets, ni les mêmes valeurs.
Nous proposons une autre approche : on peut travailler ensemble à la gestion d’une
ville, d’un arrondissement, d’un quartier, même si l’on n’a pas signé un
programme commun national. Et nous allons plus loin ; nous affirmons qu’il est mieux pour une
ville qu’il en soit ainsi, que la diversité des opinions n’empêche pas de réfléchir et
d’agir ensemble. Au contraire. Nous affirmons qu’il est mieux de faire travailler et
agir ensemble des opinions différentes. Car la ville c’est la diversité, sociale, autant que
politique.
Surtout en un temps où les repères s’effacent et se brouillent au point qu’on
retrouve des socialistes au gouvernement et des gens de droite sur des listes de gauche ! Du
partenariat, de l’acceptation de la diversité, nous faisons non pas une politique de
communication, mais un principe et une nécessité.
Dans la plus grande majorité des communes de France, c’est autour de projets communs
que les élus se rassemblent, pas en fonction des étiquettes. Je ne veux pas que Paris soit une
exception, qu’il soit le spectacle d’un affrontement permanent entre les uns et les
autres. Je veux pour Paris l’inverse de ce qui se passe depuis trente ans, et qui a nourri
une fracture insupportable, une cité coupée en deux.
Nous voulons par exemple faire travailler ensemble tous les maires d’arrondissements,
quelles que soient leurs étiquettes politiques. Ils ne devraient d’ailleurs pas être là pour
défendre les intérêts de tel ou tel parti, mais pour défendre les intérêts de tous les habitants de
leur arrondissement.
Nous voulons des élus qui travaillent ensemble, et non plus les uns contre les autres. Voilà
notre objectif. C’est la condition pour répondre aux attentes des Parisiens et leur redonner
confiance.
Mes chers amis, je suis prête à faire avec vous un pas en avant qui n’a jamais été fait
dans la vie politique parisienne. Nous acceptons, et c’est un grand risque, de faire bouger
les choses, de sortir de cinquante ans de glaciation. Nous mettons en pratique notre ouverture
d’esprit, nous voulons faire bouger les choses.
Est-ce que les choses pourraient bouger avec Françoise de Panafieu ? Pour tout vous dire, au
début, je l’ai cru. Je me disais, avec une femme, peut-être ces attitudes machistes au fond,
« je me pose en m’opposant », peut-être bougeront-elles. Et puis, les choses sont plutôt
allées dans l’autre sens avec à la clé des attitudes politiques avec lesquelles je me sens en
profond désaccord : débauchages, parachutages, « tocards » et compagnie… Au fond de moi, je
crois que la plupart des électeurs de l’UMP ne partagent pas ces choix, ces attitudes. Je
pense qu’ils les subissent plutôt qu’ils ne les souhaitent. Je pense qu’ils
voudraient, eux aussi, une démarche politique de l’ouverture d’esprit. Ils sont comme
tout le monde, ils pensent que Bertrand Delanoë ne se trompe pas sur tout, même s’ils sont
sûrs que, contrairement à ce que lui pense, il n’a pas raison sur tout. Ils voudraient, ces
électeurs UMP, déçus, eux aussi, ayant perdu leurs illusions sur le pouvoir, eux aussi, ils
voudraient bien que des rapprochements aient lieu et qu’on discute des projets plutôt que
d’organiser l’affrontement des partis.
Est-ce que les choses peuvent bouger avec Bertrand Delanoë ?
À la question : ces dernières années, est-ce que vous vous êtes senti plus proche de la
gestion de Bertrand Delanoë que de la gestion de Jean Tiberi qui le précédait, ma réponse est sans
ambiguïté. Je me suis senti plus proche de Bertrand Delanoë comme maire de Paris. Il y a beaucoup
de choses que j’ai approuvées, le tramway, le plan climat, le PLU dont nous avons aidé à
l’adoption. Et chaque fois, j’ai vu avec lassitude, que l’opposition systématique
était le choix des élus UMP et je n’y retrouvais en rien l’ouverture d’esprit des
Parisiens.
Est-ce que pour autant, je me suis retrouvée dans tous les choix de Bertrand Delanoë. Non. Je
n’ai pas approuvé par exemple que par idéologie on refuse de construire des parkings
souterrains. J’ai trouvé désolant que sa majorité se perde trop souvent dans des querelles
d’appareil. Je n’ai pas aimé quand il regardait de haut ceux qui ne pensaient pas comme
lui. Ou quand il lui arrive de juger que l’union de la gauche est l’horizon
indépassable de la politique parisienne et nationale.
Les jours qui viennent vont nous permettre de défendre cette idée de partenariat et de juger
de la volonté de tous.
Notre offre politique, c’est un changement profond. C’est la première fois depuis
qu’on élit un maire de Paris qu’une liste propose ainsi de sortir du camp contre camp,
de la guerre de tranchées. C’est la première fois que quelqu’un dit, non pas « il faut
éliminer ceux qui ne pensent pas comme nous », mais « on peut travailler à une ville meilleure avec
ceux qui ne pensent pas toujours comme nous ». C’est une révolution, et nous
l’assumons. Mais ce pas immense suppose une condition : le respect mutuel.
Si l’on nous dit : renoncez à ce que vous êtes, acceptez d’être sous la coupe du
parti majoritaire, alors nous adopterons une autre démarche. Partenaires, oui, nous y sommes prêts.
Solidaires, oui, la solidarité dans l’action est nécessaire. Mais soumis, non. Sectaires,
non. Nous ne voulons pas refaire le camp contre camp. Quand il y a des mains tendues, il faut que
ce soient deux libertés qui se rencontrent. Et pas une domination ou une soumission.
Je ne me fais pas d’illusion. Ce partenariat entre femmes et hommes libres, ce
changement profond, il ne viendra pas tout seul. Si on laisse faire les états-majors, les
appareils, les habitudes, il y aura un accord général pour que rien ne change. Le seul élément qui
peut obliger à une attitude nouvelle des élus, c’est le vote des électeurs. Il n’y a
qu’eux qui peuvent obliger au changement. Je ne doute pas qu’ils vont le faire. Ils
vont imposer ce choix nouveau. Tranquillement. Sereinement. Mais avec détermination.
Grâce à vous j’ai conduit cette campagne avec bonheur. Nous sommes un mouvement en
formation, en naissance, en surgissement. Nous inventons, en marchant, le visage de notre avenir.
Nous avons toutes les audaces et nous prenons tous les risques. C’est un immense bonheur pour
moi de le faire à Paris. La vie m’a donné de naître à Paris, d’y grandir, d’y
mettre au monde des enfants, d’y travailler, d’y élever mon fils et ma fille, d’y
être élue. J’ai cette ville dans le cœur. Quand je ferme les yeux, je vois des jardins
secrets, des lumières grises et bleues sur la Seine, et Notre-Dame comme un aimant, ainsi que le
dit Aragon. J’ai marché dans Paris tous les jours de ma vie, jours de joie ou jours de
chagrin, comme on marche au bord de la mer, sans jamais se lasser. Paris, pour moi, ce n’est
pas seulement une lumière, un paysage, des façades. Ce sont des visages. Visages de grand-mères,
d’enfants, de femmes, d’immigrés récents ou anciens. Visages de Parisiens de toujours
ou de Parisiens de quelques heures. Je rêve que cette ville divisée se rassemble pour relever tous
les défis qui se présentent à elle. Et les seuls rêves qui valent la peine, pour nous, et
c’est tout le sens de notre engagement, tout le sens de notre combat, les seuls rêves qui
vaillent sont ceux qu’on fait entrer dans la réalité. Je vous remercie.