Robert Rochefort, tête de liste pour la circonscription Sud-Ouest, intervient dans le cadre de la Convention thématique sur le thème "Le modèle européen" à Montpellier le 17 mai.
- On y croit, car des sondages parus aujourd'hui montrent que ce n'est pas impossible et
qu'il faut encore bien travailler dans les trois semaines qui viennent.
Ces dix-huit départements de la circonscription du grand Sud-Ouest sont heureux d'accueillir
tous ceux qui viennent des autres circonscriptions, et j'en ai vu. Je les remercie.
Cette grande région qui vous accueille, c'est d'abord une région faite de réalités humaines,
d'hommes et de femmes qui se battent et qui, aujourd'hui, souffrent.
Dans cette grande région, je voudrais citer deux exemples très marquants des dernières
semaines. Ici, en Languedoc-Roussillon, on ne peut pas ne pas dire un mot de ce qui a créé l'émoi
il y a quelques semaines avec cette soi-disant autorisation de faire du vin rosé en mélangeant du
vin rouge et du vin blanc.
Je voudrais le dire simplement, car je rencontre les viticulteurs ici et je vois à quel point
ce qui déclenche une colère par rapport à cette décision avancée, qui n'est pas complètement prise,
vient se rajouter à toute l'inquiétude d'une profession, d'une filière qui ne sait pas où est son
avenir, qui, chaque année, arrache des dizaines de milliers d'hectares sans savoir vraiment de quoi
l'avenir sera fait.
De l'autre côté de la grande circonscription, du côté atlantique, vous avez vu l'actualité
des jours récents, ce sont les forestiers qui ont le sentiment de ne pas avoir été entendus,
d'avoir même été menés en bateau pendant des semaines, avec l'indemnisation à la suite de la
tempête.
Peut-être que, et j'en suis très heureux, cela va un peu s'améliorer. On verra. Mais, là
aussi, un sentiment de colère, d'incompréhension tout à fait considérable.
J'ai pris ces deux exemples. J'aurais pu en prendre plein d'autres. Il y a deux ou trois
jours, j'ai rencontré des étudiants et j'ai été très impressionné par le contact avec ces étudiants
qui, à 20 ans, étaient déjà désespérés. Ils ont d'abord le sentiment qu'au cours des trois mois qui
viennent de s'écouler, on ne les a pas entendus. Je vous assure que c'est vrai. Je n'avais jamais
vu cela de ma vie et, pourtant, j'ai vu beaucoup d'étudiants et de crises étudiantes.
On pourrait en rajouter plein d'autres évidemment, car la liste est longue.
C'est vrai, de nombreux artisans commerçants, de nombreux paysans, pêcheurs, de tous ces
groupes qui ont le sentiment qu'ils ne sont pas entendus, ni écoutés.
Au démarrage de cette convention sur le projet européen, je voudrais vous proposer une idée :
pouvons-nous faire le pari de considérer que l'Europe que nous voulons sera une Europe qui se fera
avec ces gens-là, avec leur réalité vécue, qui partira du principe qu'ils sont les plus compétents
pour savoir d'abord ce qu'ils vivent, ce qu'ils pensent, ce en quoi ils espèrent et que, si on ne
les entend pas, jamais l'Europe ne pourra se construire, alors que, si, au contraire, on fait le
pari que l'on peut les écouter, que l'on peut être dans une logique de co-coproduction avec eux,
des solutions à leurs difficultés et bien, oui, il sera, à ce moment-là, possible de construire
l'Europe.
Je vous propose cela comme projet pour cet après-midi.
Cette Europe qui peut apparaître comme une Europe simplement de gens, pas en colère, pas dans
l’optique de préparer une agressivité ou de se préparer je ne sais quelle rébellion, mais
plutôt dans une colère qui aboutit à de la désespérance, ce qui est encore pire que le reste.
Si on a cette image-là, on a aussi une autre image dans cette grande région du Sud-Ouest.
C'est une image que l'on ne connaît pas assez au plan national d'un ensemble de régions dynamiques,
des régions qui créent. Savez-vous que la part du PIB en Languedoc-Roussillon consacrée à la
R&D est de 2,5 pour cent, ce qui est nettement supérieur à la moyenne nationale ?
Savez-vous qu'en Midi-Pyrénées, on est dans la région de France qui a la proportion de PIB
consacrée à la R&D la plus élevée de France ? Même devant l'Ile-de-France. C'est quelque chose
de tout à fait fondamental à savoir, notamment eu égard aux filières aéronautique, de l'espace, de
la santé. Philippe me reproche souvent de l'oublier ! Cette fois, je ne l'ai pas oublié. Il y a la
filière de l'optique, de nombreuses filières ici.
Quand on va voir ces entreprises, on rencontre l'Europe, on rencontre des gens qui
comprennent que l'Europe peut être au service de leur développement. C'est vrai d'entreprises
technologiques ou d'entreprises plus artisanales à taille humaine.
Quand on voit comment l'anchois de Collioure va continuer à être un produit avec une origine
géographique contrôlée, protégée, mais que, pour cela, il faut aussi s'adapter aux contraintes
normales sanitaires du moment et que l'Europe est là pour proposer des subventions, des
co-investissements, cela fait chaud au cœur.
Ces deux visages de l'Europe, il faut qu'on les intègre complètement. Je voudrais donc que ce
projet sur lequel nous allons encore réfléchir après les sept premières réunions, ce projet auquel
nous allons peut-être donner une sorte d'enveloppe plus large aujourd'hui se présente d'abord comme
cela.
Quand on aura compris que les réalités humaines sont premières, que l'on ne peut rien faire
sans écouter les réalités humaines, oui, on pourra vouloir une Europe efficace, une Europe sociale,
une Europe qui sera démocratique, Si l'Europe n'est pas efficace, tout le travail qu'a fait la
commission économique que Jean a présidée nous a montré à quel point il y a des dizaines de grandes
propositions dont la principale est la coordination des politiques économiques qui sont
indispensables pour que l'Europe soit efficace.
Quand l'Europe n'est pas efficace, elle se "tire des balles" dans le pied, elle fabrique
autant de raisons de ne pas croire en elle. Quand l'Europe n'est pas sociale ni citoyenne, c'est
pareil.
Là, nous avons à remettre tout cela au goût du jour, mais avec, à la base, cette idée très
forte de dire que c'est à partir des réalités que cela se vit. On ne parle plus beaucoup du
principe de subsidiarité, longtemps à la mode, lorsque l'on a parlé du projet européen.
J'aimerais bien voir comment le remettre au goût du jour. Ce principe a, d'une certaine
façon, été galvaudé. Il a été traduit dans une sorte de vulgate qui consistait à dire : "On laisse
des choses subalternes se faire au niveau de la base". Ce n'est pas cela.
Le principe de subsidiarité, pour les pères fondateurs de l'Europe, c'est d'abord un principe
de confiance, de confiance faite aux hommes et aux femmes. Il ne peut y avoir de délégation de
responsabilité que si l'on part du principe que l'on peut, comme dans la démocratie, comme dans
l'hypothèse qui consiste à dire que, lorsqu'un homme égale une voix, une femme égale une voix, on
fait le pari fondamental et humaniste de la responsabilité de chacun.
C'est pareil pour le principe de subsidiarité par rapport aux définitions et aux possibilités
d'être acteur de sa vie.
Lorsque l'on parle de valeur, d'humanisme, c'est, de mon point de vue, de tout cela dont il
s'agit. Depuis quelques semaines, j'ai rencontré tant de personnes, tant d'acteurs économiques et
sociaux, tant de chefs de petites entreprises, de personnes sur les marchés, tant de jeunes aussi,
malgré la désespérance actuelle, qui sont prêts à relever ce défi.
Quand on écoute les personnes, quand on leur fait confiance, on se rend compte que l'on peut
aller loin, tous ensemble en Europe, forts de nos diversités, de tout ce que nous avons la capacité
de rassembler comme énergies.
Démontrons tout cela durant ces trois dernières semaines et démontrons-le aussi cet
après-midi, lors de cette convention.