Yann Wehrling, troisième de la liste européenne du Mouvement Démocrate dans l'Est, ancien secrétaire général des Verts, intervient sur le thème de la biodiversité et de la santé environnementale dans le cadre de la table-ronde "Quel projet de développement durable pour l'Europe ?".
Cette dernière se déroulait dans le cadre de la Convention thématique sur le thème "Développement durable : pour une Europe pionnière" à Grenoble le 29 avril.
- Bonjour à tous. Évidemment, je ne fais pas toutes les conventions thématiques, mais celle-là me
tenait à coeur.
Il y a un slogan dans un de nos documents de campagne qui s'appelle "Une autre Europe est
possible", évidemment un petit clin d'œil.
Au fond, que ce soit l'Europe ou le monde, en matière de développement durable, je ne suis
pas certain que l'on puisse dire qu'il y a une autre possibilité. Je ne pense pas qu'il ait
plusieurs choix ou chemins. Je pense que cet autre monde, que l'on appelle de nos voeux, est
inéluctable. Il est devant nous et, la seule de différence entre nous et peut-être d'autres
formations politiques, c'est que l'on essaie de trouver le chemin, la manière d'y aller avec tout
le monde. Il ne faut pas opposer les populations et les personnes.
Je crois donc que nous avons, devant nous, un monde nouveau qui s'ouvre, qui va être durable,
et un monde ancien, derrière nous. On est, comme dans certaines périodes de l'histoire entre deux
mondes, dans une période de transition.
Ce qui est amusant à constater, c'est que, quand on est dans une transition, on l'ignore.
Quand on regarde l'histoire, quand on est sorti du Moyen-Âge pour aller dans la Renaissance, ceux
qui ont construit la Renaissance ne le savaient pas. C'est bien plus tard que l'on a appelé cette
période Renaissance.
C'est un écart par rapport au sujet, mais cela me plaît d'imaginer que nous sommes nous
acteurs de cette transition et de cette transformation d'une société qui n'est pas durable vers une
société durable.
Depuis quelques décennies, un gros siècle, nous avons organisé notre économie et notre
société sur un principe : l'exploitation des matières premières de toutes sortes, que ce soit les
matières végétales, les minerais ou les énergies fossiles, en pensant qu'elles étaient infinies.
Le constat que l'on fait aujourd'hui, c'est qu'elles ne le sont pas. Je pense d'ailleurs que
ce constat est récent. Quand on regarde un peu autour de nous, avec Jean-Luc Bennahmias et
d'autres, on a gravité dans le milieu de ceux qui disaient cela depuis plusieurs dizaines d'années.
En réalité, c'est depuis 2-3 ans que la prise de conscience est vraiment là.
Tout le monde aujourd'hui sait qu'il y a un problème lié à la planète, à sa durabilité et à
notre propre activité. La question n'est plus tant d'alerter, de dire que cela va mal, mais de
trouver les solutions concrètes.
J'ai beaucoup apprécié l'intervention précédente, car je crois beaucoup à cette somme de
solutions concrètes et à cette capacité de pouvoir regarder ailleurs ce qui se fait de mieux et,
au-delà des normes -qui sont souvent un peu des façons de se cacher derrière un sentiment que l'on
fait quelque chose parce que l'on a édité des normes-, ce qui est important, c'est le résultat
concret de chaque chose que l'on essaie de faire. L'exemplarité, l'expérience est ce qu'il y a de
mieux aujourd'hui quand on regarde ce qui se fait en matière de développement durable.
Prenons ce qui se fait de mieux, appliquons-le, généralisons-le et faisons en sorte d'avoir
du concret et du résultat. Encore aujourd'hui, cette prise de conscience et cette volonté est là.
Maintenant, il faut passer à l'acte.
De ce point de vue, le Continent européen a objectivement déjà beaucoup avancé. Il faut aussi
dire, dans cette campagne, que, s'il y a bien un sujet sur lequel l'Europe a fait des choses, c'est
sur la question de l'environnement, car il y a compétence en la matière et parce que, aujourd'hui,
si vous regardez autour de vous, si l'Europe n'avait pas pris un certain nombre de décisions depuis
une vingtaine d'années, nous aurions encore le tout-à-l'égout qui irait dans les cours d'eau et la
mer, des décharges à ciel ouvert. Nous n'aurions pas un air moins pollué, car les normes sur les
émissions des véhicules, c'est l'Europe.
On a aujourd'hui quelque chose d'extrêmement fort, sans parler de la toute récente et
étonnante, car cela n'existe nulle part dans le monde, directive REACH qui oblige les industriels
chimiques à tester les produits avant de les mettre sur le marché. On aurait pu souhaiter que les
plus toxiques soient retirés du marché. C'est une victoire future.
Comme cela a été dit à l'instant, je crois beaucoup au levier économique et à la capacité que
nous pouvons, les uns et les autres, démontrer que, par le levier économique et la rentabilité des
choses, réorienter et convertir un certain nombre de productions impactant aujourd'hui sur
l'environnement.
Je n'insiste pas sur la question énergétique, qui sera abordée dans le cadre de la deuxième
table-ronde. Je voudrais insister sur un sujet qui sera peut-être moins abordé plus tard, qui est,
à mon avis, avec le climat et la question énergétique, le deuxième grand enjeu sur lequel on doit
se pencher et qui, bizarrement, est un peu éclipsé et occulté par la question climatique et
énergétique. Il s'agit de la question de la perte de biodiversité dans le monde.
La situation est dramatique. Il y a à peu près 25 pour cent des mammifères qui sont
aujourd'hui en voie de disparition, 70 pour cent des végétaux. On peut se dire que l'on peut vivre
avec moins d'espèces, que l'on peut survivre, mais imaginez que vous n'ayez plus que des moineaux
et des peupliers dans nos villes. C'est un peu cet univers épouvantable qui est devant nous, sans
parler du fait que la biodiversité est productrice de richesses, mais encore faut-il le mesurer, le
savoir et le vérifier.
Par exemple, Madagascar est une île en voie de déforestation massive. Un certain nombre d'ONG
ont tenté, à l'échelle internationale, tenté de sauver la situation. C'est vrai pour Madagascar,
comme cela pourrait l'être pour beaucoup d'autres secteurs de biodiversité très riche.
La situation était telle que tous les investissements qui ont pu être réalisés n'ont
finalement pas modifié grand-chose en termes de perte, c'est-à-dire que, quand vous intervenez sur
un secteur en danger… En gros, il y a une érosion de 7 pour cent par an, quand on ne fait
rien. Quand on agit avec des subventions, des programmes internationaux, l'érosion se limite à 1
pour cent par an, mais il y a toujours érosion.
Quelle est la situation aujourd'hui de tous ceux qui réfléchissent à cela ? Il y a eu un
changement de mentalité de la part de ceux qui sont les protecteurs et les conservateurs de la
nature. Ils ont voulu - et c'est aujourd'hui le fruit d'un travail international - vérifier et
considérer l'impact économique de la destruction, au regard de la préservation.
Les rapports commencent à tomber. Des rapports internationaux existent. Le G8 s'est récemment
penché sur la question. Aujourd'hui, on arrive à des conclusions heureuses qui montrent que, quand
on préserve, à long terme, on produit plus de richesses que si l'on détruisait.
C'est cet enjeu qu'il faut réussir à construire à l'échelle européenne et à l'échelle
mondiale. Il s'agit de montrer que la préservation de l'environnement, le développement durable et
les réponses au climat sont des enjeux plus producteurs de richesses, plus rentables que de faire
l'inverse, c'est-à-dire détruire la planète. Cela peut paraître évident, mais cela ne l'est pas
encore.
Quand je disais que nous sommes dans un monde de transition, c'est qu'il y a ceux qui y
croient - j'espère que c'est l'ensemble de cette salle - et ceux qui n'y croient pas. Notre enjeu
aujourd'hui est d'être de ceux qui y croient, ceux qui avancent, qui accompagnent le mouvement sans
être dans des radicalités excessives. Il faut qu'une majorité soit convaincue. Je crois qu'il faut
avancer avec réalisme et les pieds sur terre, mais avec une volonté de fer et de faire.
J'ai un ami qui connaissait bien sœur Emmanuelle et beaucoup de personnes qui venaient
la voir lui disaient : "Je prie tous les jours pour les pauvres" et elle leur répondait : "Que
fais-tu concrètement pour eux ?"
L'exemplarité est très importante dans ce débat. Dans mon quotidien, je compense beaucoup par
rapport à mes émissions de CO2. J'ai envie de proposer que, sur le mandat d'un député européen -
j'en serais peut-être un, je l'espère - qui voyage beaucoup, nous nous engagions à nous donner des
outils pour compenser intégralement nos émissions de CO2.
Dès aujourd'hui, je constate que nous avons été exemplaires, puisque nous consommons une eau
en carafe, c'est de l'eau du robinet. C'est aussi un exemple qui montre que l'économie des matières
premières se passe tout de suite, ici et maintenant.