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30 avril 2009

Intervention de Jacques Maire à la Convention thématique "Développement durable : pour une Europe pionnière"

Jacques Maire, ancien directeur général de Gaz de France (GDF), président de l'Institut français de l'énergie, intervient lors de la seconde table-ronde "Relever les défis énergétiques et climatiques en Europe".

Cette dernière se déroulait dans le cadre de la Convention thématique sur le thème "Développement durable : pour une Europe pionnière" à Grenoble le 29 avril.

- D'abord, un mot de l'Institut français de l'énergie qui est maintenant le Conseil scientifique du Comité français de l'énergie : c'est l'action des responsables de l'énergie vis-à-vis du monde de la recherche académique. Nous aidons à des recherches fondamentales.

Nous avons, à Grenoble, une très bonne équipe avec laquelle nous travaillons régulièrement. Nous nous exprimons, ici, à titre personnel. Je ne suis pas en fonction de mandant et je n'ai pas la carte du Modem… C'est peut-être une erreur de ma part !

Il y a quelques mois, au début du groupe de travail, j'ai effectué un exposé et j'ai un peu regardé ce que j'avais dit en me disant d'ailleurs qu'il valait mieux se répéter que se contredire, mais j'ai trouvé au moins une confirmation, c'est que l'énergie est un problème à long terme où les choses changent tout le temps.

Depuis novembre, je me suis demandé ce qui a changé : les prix du pétrole se sont baladés. La crise économique commence à impacter la consommation. L'Europe a progressé dans ses réformes et ses discussions. La Suède a changé de position sur le nucléaire. Les Russes ont adopté de nouveaux comportements gaziers. Le président américain est devenu écolo. Les USA ont trouvé de nouveaux gisements gaziers. Autrement dit, il s'est passé des tas de choses.

Je souhaite ramener la conclusion de mon exposé devant le groupe de travail : "On ne met pas tous ses œufs dans le même panier" et "L'enfer est pavé de bonnes intentions". Je pense que ces deux proverbes peuvent nous guider par la suite.

Avant de parler de l'Europe et de ce qu'elle peut faire dans l'énergie, je voudrais rappeler quelques données valables dans les premiers temps.

Le premier est le caractère vital de l'énergie. Aucun pays ne supportera la pénurie ou tout au moins le fera payer à ses hommes politiques. On peut les inciter à économiser, mais la pénurie n'est pas supportable. Le gouverneur de la Californie, qui avait cru se retirer des problèmes de l'énergie en organisant le marché, s'est bien retrouvé à la limite de l'éjection, quand il y a eu pénurie d'énergie en Californie. Il ne faut pas confondre économie d'énergie et pénurie.

Le deuxième, inévitable, est que la consommation mondiale va consommer et accroître. On peut faire des économies d'énergie, limiter celle-ci dans les pays développés ; mais avec les pays émergents, qui aspirent à une qualité de vie que l'on ne peut pas leur refuser, il y aura augmentation des quantités mondiales de l'énergie, excepté si la crise actuelle se transformait en catastrophe durable, ce que personne ne peut souhaiter.

Face au développement, il y a le problème du CO² et de l'effet de serre. Il faut trouver la solution limitant le CO². Deux remarques : la première, j'ai vécu le premier choc pétrolier. Je suis déjà ancien dans le métier. On ne parlait pas du CO². La priorité, en dehors du nucléaire, c'était le charbon et le CO² passait inaperçu.

Deuxième remarque : des calculs ont été faits par Hugues Prévost qui avait fait un livre là-dessus qui montrent que c'est plus le problème que les réserves, car si on brûle toutes les réserves, on terminera rôti, car la température aura trop augmenté.

Par ailleurs, comme cela a été dit largement ce matin, il n'y a pas d'énergie miracle. Il n'y a pas une énergie disponible, dans un pays sûr, bon marché, sans pollution. Cela n'existe pas. Même les énergies nouvelles, dont on trouve les qualités intrinsèques très bonnes, le problème est qu'au moment où elles se développent les problèmes apparaissent. Dès que l'on réussit une nouvelle filière, les problèmes apparaissent. Dès qu'il y a quantité, il y a problème. Même la fusion de l'hydrogène, lointaine, qui paraît extraordinaire, car c'est sans pollution, etc., je pense que si elle réussit, les problèmes environnementaux seront redoutables, mais on a le temps.

Retenez cela : l'optimum est un mixte à trouver qui n'est d'ailleurs pas le même dans tous les pays, car certains ont des hydrauliques, etc. Il y a des habitudes. Toutes les énergies sont valables et doivent être utilisées. Dans le papier que j'ai lu, je n'arrive pas à croire ni au caractère de proscription possible du charbon ni au caractère transitoire du nucléaire.

La crise économique ne change pas fondamentalement ces problèmes, excepté sur un point : effectivement, les personnes dans la tourmente ne font plus rien. C'est vrai également pour les investissements énergétiques, quels qu'ils soient. Le jour où l'économie repart, j'espère que les délais, les bonnes raisons de repousser, etc., n'auront pas de conséquences catastrophiques.

Les pouvoirs publics, que ce soit au niveau local ou national, ont toujours eu une politique pour le caractère vital de l'entreprise. La France a notamment eu une politique énergétique complète et homogène avec la loi de 28 sur le pétrole ou le programme nucléaire. On peut avoir des opinions diverses sur ces aspects, mais cette politique existait de manière concrète et complète.

Les pays européens ont eu plus ou moins les mêmes problèmes et chacun d'eux leur politique. Ils ont également des différences, mais plutôt en train de s'atténuer. Ils ont certainement intérêt à se rapprocher, car il y a des problèmes attaquables par certains pays. Il vaut mieux s'associer.

Il y a l'exemple du réseau gazier. Le réseau gazier tel qu'on le connaît a été bâti par une coopération européenne. L'Europe du gaz a existé avant la Commission. Tous les traités instituaient ce marché de l'énergie. Tous les projets gaziers ont été bâtis, du nord ou du sud, par un rapprochement entre les Allemands, les Italiens, les Belges et les Anglais.

Il est essentiel, pour l'avenir de l'énergie, de définir le rôle du niveau européen dans ce domaine. Autrefois, cela avait commencé par cela avec la SECA. Après, il y a eu une grande période de silence où Bruxelles -peut-être pas Euratom- a été finalement absente des marchés énergétiques jusque dans les années 90 où la Commission s'est réveillée et a attaqué le problème sur son fonds de commerce, c'est-à-dire la concurrence et elle a attaqué le problème de l'énergie par ce bout et le problème de la libéralisation du marché avec une grande persévérance et une conviction quasi religieuse, mais une connaissance des problèmes sans doute assez limitée qui se révèle maintenant à discuter et à voir.

En dix ans, cela a eu tout de même une conséquence. Cela a complètement balayé les acteurs, leur rôle et leur définition. Je dis de temps en temps, en boutade, que les structures telles qu'on les avait connues pour EDF et GDF n'existent plus. Elles ne sont plus nationales, car elles sortent de nos frontières. Elles ne sont plus intégrées, car elles sont coupées en rondelles. Il y a un changement complet du rôle des acteurs.

Est-ce bon ou mauvais ? Je crois, d'abord, que c'est trop tard pour se poser la question, car c'est fait, si j'ose dire.

Est-ce bon ? On ne le saura jamais et en particulier, car il n'y a pas d'étude sur les effets de cette mesure. Je ne connais pas un rapport, que ce soit des instances de régulation nationale ou de Bruxelles, se préoccupant de l'effet sur la satisfaction du consommateur ou de la compétitivité de l'industrie. Tous les rapports sont uniquement orientés vers les progrès techniques des techniques du marché et pas du tout sur les effets. C'est ainsi.

Quoi qu'il en soit, cette politique a également eu une influence, c'est que les États ont été déshabillés. Ils n'ont plus de pouvoir propre. Actuellement, le programme nucléaire de 1974 ne serait plus possible dans les structures actuelles du marché européen. On se poserait des tas de problèmes philosophiques sur la concurrence, mais on ne fera pas le programme qui a parfois conduit à lancer 5 centrales nucléaires en une seule année, mais ce qui est fait est fait. il faut prendre cela et se demander ce que l'on peut faire.

Il faut construire une politique au niveau européen avec des outils correspondants, mais cela n'existe pas encore et, surtout, cela ne pourra pas être complet. Il sera impossible de bâtir une politique européenne complète. Imaginez de faire accepter aux Autrichiens une politique nucléaire et, aux Polonais, l'abandon du charbon. Je souhaite bien du plaisir aux hommes politiques qui s'attaqueront à ce problème.

Autrement dit, il faut être pragmatique et prendre les problèmes tels qu'ils sont. Il y a eu de nombreuses discussions et concertations, avec beaucoup de travail. Il faut reconnaître qu'avoir un consensus sur les... Il faut trouver des sujets sur lesquels on puisse avancer sur un plan opérationnel avec des réalisations concrètes, que les États y trouvent leur intérêt et que ce soit une pierre dans la construction de l'Europe.

La crise ukrainienne a sensibilisé les personnes à la sécurité d'approvisionnement, même si cette crise a suscité plus de peur que d'effets réels. Un système doit tenir pendant 15 jours avec une interruption du fournisseur, et c'est un peu ce qui a été constaté, mais c'est surtout un changement de comportement et une sensibilisation de tout le monde.

Là, il y a sans doute moyen d'avancer de manière concrète. La première est d'assurer la solidarité des pays et, en particulier, de faire sauter tous les obstacles techniques aux échanges. S'il y a eu des personnes coupées au niveau du gaz, en Europe, au moment de la crise ukrainienne, c'est uniquement parce qu'il n'y avait pas de tuyaux amener le gaz. Pour les pauvres bulgares qui avaient un tuyau venant de Russie, il a fallu faire fonctionner dans l'autre sens un petit tuyau qui venait de Grèce, qui n'est tout de même pas un grand pays gazier, qui a pu détourner une partie de ses approvisionnements. Il y a donc une nécessité de soulever les problèmes techniques.

Cela dit, après, il faudra trouver l'autre raison. La solidarité, c'est bien gentil, mais tout le travail ne doit pas reposer sur des seules épaules. Pour que cela marche, il faut qu'au niveau européen, soient définies des règles pour tout un chacun, c'est-à-dire aussi bien pour les États que pour les entreprises.

Sur ce point, l'Europe a compliqué le problème avec la libéralisation, car la sécurité est un problème orphelin. Définir qui est responsable de la sécurité de l'approvisionnement d'un pays n'est pas une chose simple. Ce n'est plus la société en monopole que j'ai connue où je savais que c'était dangereux pour les responsables de Gaz de France, s'il n'y avait plus de gaz sur le marché français. Maintenant, ils pourront toujours expliquer qu'il y a d'autres fournisseurs, qu'ils fournissent aussi en Allemagne, etc.

La définition du rôle et des responsabilités de chacun demande à être définie. Ce n'est pas simplement un problème de belles paroles. Cela a fonctionné. Les personnes se sont vues de manière informelle. La Commission a été à peu près absente du problème, mais les choses ont avancé. Il y a pu y avoir des choses.

Là, il y a quelque chose à faire, mais c'est pareil dans la fiabilité électrique. Si on assure, elle doit être assurée, mais il faut également que ce ne soit pas au détriment des uns, la fiabilité pouvant venir des problèmes d'investissement et de capacité. Il faut avancer, au niveau européen, dans les problèmes de prévision à moyen terme pour être certain d'avoir la capacité pour faire face.

Par rapport aux autres problèmes, je n'insisterai pas sur la recherche. Je crois que cela fonctionne bien. Les normes, ce serait plutôt de la diarrhée réglementaire, comme ont dit certaines, mais c'est un autre problème.

En revanche, il y a le problème aussi des règles du service public. Sur le plan global européen, il y a certainement à définir les droits et obligations de chacun.

Voici quelques réflexions. Dans la définition du programme, il faut être pragmatique, voir ce que l'on attend de chacun des facteurs et ne pas rêver à un monde utopique. C'est aux politiques de trouver la bonne formule.



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