30 avril 2009
Thierry Lhuillier, Maire de Marsanne, intervient dans le cadre de la table-ronde "Quel projet de développement durable pour l'Europe ?".
Cette dernière se déroulait dans le cadre de la Convention thématique sur le thème "Développement durable : pour une Europe pionnière" à Grenoble le 29 avril.
- Bonjour à vous tous. Je suis maire de Marsanne, une petite commune de la Drôme provençale de 1
500 habitants.
Je suis là aujourd'hui convaincu par la démarche du MoDem, mais également invité par Jean-Luc
Bennahmias pour vous expliquer les aléas rencontrés par un élu convaincu par la nécessité de faire
appel à des énergies renouvelables.
Implanter des éoliennes sur le territoire de sa commune n'est pas chose aisée pour un élu,
fut-il le plus convaincu par le bien-fondé de sa démarche. Il s'attaque à une tâche ardue de
travail de tous les instants qui s'installe loin dans le temps.
En premier lieu, la réflexion du conseil municipal sur le développement durable : 8 éoliennes
de 2 mW produisant 16 mW pouvant alimenter une population d'environ 16 000 habitants hors
chauffage, ce n'est pas négligeable ; la taxe professionnelle, argument non négligeable pour une
petite commune rurale.
Ainsi, concernant Marsanne, alors que le conseil municipal, conscient de l'enjeu que
représentent les énergies renouvelables dans l'optique du développement durable, vote à l'unanimité
le projet de faire installer des éoliennes sur le territoire de la commune, c'est une longue
traversée parsemée d'embûches qui s'ouvre devant le maire, nouvellement élu que je suis alors. Nous
sommes en 2001.
Dans un premier temps, nous créons une commission éolienne au sein du conseil municipal qui
établit un cahier des charges : respect de l'environnement, faune, flore, visuel ; les retombées
économiques pour la commune, après de sérieuses investigations auprès des promoteurs
possibles… Un cahier des charges drastique quant à l'impact des futures implantations des
éoliennes sur le territoire, car Marsanne est un village classé commune agricole, forestière et
touristique. On ne pouvait faire fi de l'environnemental dans le domaine de sa faune sauvage très
riche, de la flore particulièrement diversifiée avec l'impact visuel des mâts de 107 mètres de
haut.
Nous soumettons ce cahier des charges à tous les promoteurs possibles et nous retenons celui
qui répondait à 100 pour cent des critères exigés dans le cahier des charges.
Après, nous avons préparé une réunion publique. En 2002, fort de son choix, la commission
distribue une plaquette explicative à toutes les familles vivant sur la commune, distribution
complétée par une réunion publique de présentation du projet et c'est lors de cette réunion
publique qu'est apparu le front des anti-éoliennes, une opposition virulente, qui fait de la
désinformation son cheval de Troie.
Les coups bas portés alors n'ont pas entamé notre enthousiasme. Nous tenons bon.
Nous préparons le passage à la commission des sites avec l'élaboration d'un dossier à deux
volets : un volet établi par la commission éolienne de la commune, l'autres par l'entreprise
choisie, un dossier précis et particulièrement fouillé que l'on envoie aux autorités pour pré-étude
à tous les services préfectoraux aidés par la DIREN avec des associations écologiques telle que la
FRAPNA. À la commission des sites, il y avait l'association opposée aux éoliennes.
Accompagnés par un représentant de l'entreprise, nous passons devant la commission des sites
qui émet un avis favorable à notre requête. Cela a été vraiment très dur. Cela a duré au moins 3
heures pour expliquer le projet.
Ensuite, nous préparons une enquête publique. Un condensé du dossier de présentation du
projet est envoyé sous forme de plaquette à toutes les familles vivant sur le territoire. L'enquête
publique qui s'ouvre alors va durer 5 semaines. Le commissaire-enquêteur a rencontré tous mes
administrés. Cette enquête est sanctionnée par un avis favorable.
Seulement, ensuite, a lieu la demande du permis de construire. Un dossier de demande de
permis de construire est alors établi et envoyé au service instructeur de la DDE. L'instruction
dure un an et revient avec la signature de tous les services concernés. Nous sommes fin 2006.
Les opposants déposent un recours auprès du tribunal administratif et sont déboutés. C'est
l'hiver. Une nouvelle campagne électorale commence. Il faut attendre la fin de la modification pour
attaquer le début des travaux.
Enfin, elles tournent, 6 éoliennes et non 8, la loi française stipulant qu'une société n'a le
droit de revendre que 12 mW à l'EDF. C'est donc une autre société qui va construire les 2 éoliennes
restantes qui ne seront opérationnelles que fin 2010.
Je suis réélu en mars 2008. Les 6 éoliennes couronnent enfin la forêt de Marsanne et elles
vont être mises en service en mai 2008. Un mois plus tard, les enfants de nos 2 écoles laïques et
confessionnelles viennent les baptiser de concert.
En conclusion, en amont du projet, a été étudié non seulement l'impact environnemental mais
également la rentabilité du site choisi. Ce site est exceptionnel en terme de vent, car un
rendement de 60 pour cent est prévu, alors qu'une moins bonne implantation aurait pu ne donner que
25 pour cent de rendement.
Dans un projet de cette envergure, on peut pallier tous les inconvénients majeurs, y compris
visuels, pour peu que tous les éléments à charge soient judicieusement étudiés.
Moi-même plus que jamais convaincu de la nécessité de prendre soin, dès aujourd'hui, du
capital environnemental de notre planète, d'autres axes de réflexion m'ont également intéressé.
Ainsi, outre le fait qu'une société privée ait demandé l'installation d'une plate-forme de
compostage sur la commune -dossier en cours d'instruction impliquant les avis des communes
environnantes- la proximité amicale d'un industriel en biocarburants me fait envisager d'enfourcher
un autre cheval de bataille.
Là, entrent encore en jeu le développement durable et les énergies renouvelables : en
exploitant la culture du Jatropha en Afrique -arbuste oléagineux résistant très bien aux terres
arides- nous pouvons permettre à des populations fortement dépendantes économiquement des grandes
puissances de créer des richesses, d'obtenir une certaine indépendance énergétique et d'épargner
les forêts et les terres nourricières, car il y a une grande polémique au niveau de toutes ces
énergies bio, c'est-à-dire que cela prend sur les cultures vivrières et cela peut affamer des
populations, ce qui n'est pas le but.
Cette plante est vraiment remarquable, car elle peut pousser au bord du Sahel et elle permet
le reboisement de toute cette partie où il n’y a strictement rien.
On participe activement à la lutte contre la désertification et la protection de
l'environnement.
Je vous remercie de m'avoir écouté. (Applaudissements...)