Anne Laperrouze, députée européenne MoDem du Sud-Ouest, vice-présidente de la Commission Industrie, Recherche et Energie du Parlement européen, rapporteur pour le Parlement européen sur la stratégie énergétique à horizon 2050 et plus, intervient sur le thème de la biodiversité et de la santé environnementale dans le cadre de la table-ronde "Relever les défis énergétiques et climatiques en Europe".
Cette dernière se déroulait dans le cadre de la Convention thématique sur le thème "Développement durable : pour une Europe pionnière" à Grenoble le 29 avril.
- Permettez-moi, tout d'abord, de vous dire que, ce matin, en arrivant à Grenoble, j'ai ressenti un
grand moment d'émotion, puisque j'ai passé ici trois années d'étude. Je me dis souvent que les
études que j'ai faites ici me servent beaucoup au Parlement européen, puisque j'ai fait des études
d'ingénieur en électrochimie et en électrométallurgie.
Je me souviens d'un professeur qui nous parlait de la fabrication de l'acier et nous disait :
"Là, on parle de ces gaz, etc., mais sachez que, bientôt, on parlera du CO², car la plus grande
pollution de la métallurgie, ce sont les émissions de CO²."
Voilà comment aujourd'hui je me retrouve à Grenoble à parler d'énergie et je voudrais saluer
tout particulièrement les Grenobloises et les Grenoblois dans cette salle. (Applaudissements...)
Je vais vous apporter mon témoignage de ce que j'ai vécu au Parlement européen. Quand j'ai
été élue en 2004, le premier rapport affecté à la Commission Industrie, recherche et énergie était
le rapport sur les réseaux de transport transeuropéens de l'énergie, c'est-à-dire électricité et
gaz, dont Florence vient de parler largement.
Pourquoi ai-je eu ce rapport ? On m'a dit : "Tu es ingénieur. L'énergie n'intéresse pas grand
monde au Parlement européen. C'est un rapport pour toi." Je l'ai pris, mais il ne faut pas être
qu'ingénieur au Parlement européen. Il faut également être politique.
Autant, en technique, 1 et 1 font 2, autant, dans la société, 1 et 1, cela ne fait pas 2 et
je dois remercier Marielle qui m'a donné cette touche politique au Parlement européen, car il ne
faut pas oublier que, même si, là, on fait un discours extrêmement technique, et c'est très
intéressant, nous, au Parlement, même si la technique sert pour comprendre les dossiers, mais nous
sommes là pour faire une législation, pour faire avancer la société. Quand on raccroche tous les
débats que l'on a pendant la campagne et que nous avons eus juste avant, avec la première
table-ronde, on voit bien que nous devons, nous élus, pousser la société, et c'est important.
Dans le domaine de l'énergie, Jacques Maire a lu les conclusions de notre rapport. Il disait
que l'on veut supprimer le charbon. En tant que technicienne, je sais que l'on ne pourra pas faire
d'électricité sans utiliser du charbon, mais en tant que politique, j'ai envie que l'on prenne un
positionnement. Je veux une production d'énergie non polluante. Donc, commençons déjà par au moins
réduire les constructions de centrales à charbon, même si cela parait impossible.
J'ai eu un patron qui s'appelait Noël Goutard chez Valeo. C'était en 1995, lors de la
dernière crise de l'industrie automobile. Il nous disait : "La crise est une opportunité pour
Valeo. Les objectifs vous paraissent impossibles à atteindre ? Eh bien, pensez autrement et vous
les atteindrez." Je crois que c'est cela notre rôle de politique.
Il est vrai que, dans notre rapport, on a dit que l'on ne voulait plus de charbon. On a
également dit que l'on voulait modérer le développement du nucléaire en Europe, pas forcément au
niveau du monde entier. Pourquoi a-t-on dit cela ? Car on pense, et nous l'avons d'ailleurs repris
dans mon rapport du Parlement européen, que les investissements dans les centrales électriques en
Europe qui représentent 900 Md€ - à comparer aux 4000 Md€ dans le monde entier - pour
renouveler les centrales et en construire de nouvelles pour répondre aux besoins futurs, vont se
faire en gardant la part du nucléaire actuelle.
Nous pensons que nous devons surtout développer les énergies renouvelables, travailler sur
les économies d'énergie, sur l'efficacité énergétique, vous l'avez vu tout à l'heure dans la
première table-ronde, le développement que l'on dit durable, même si je n'aime pas ce mot….
On doit travailler là-dessus et penser au futur, c'est-à-dire que l'on doit penser, suivant
différents scénarii à l'horizon 2030, 2050, peut-être 2080 pour la fusion, à savoir exactement ce
que l'on veut investir par rapport au monde que nous voulons demain et c'est ce que nous avons
demandé dans le rapport du Parlement européen.
En 2050, nous avons notamment fixé des objectifs très ambitieux : 80 pour cent de réduction
des émissions de gaz à effet de serre, 60 pour cent de part d'énergie renouvelable dans le bouquet
énergétique et 60 pour cent d'amélioration de l'efficacité énergétique.
Voilà les objectifs pour demain et les scénarii que nous devons conduire pour arriver à
utiliser toutes les formes d'énergie qui seront celles de demain.
La fusion, cela paraît un objectif impossible à atteindre, mais comme vous l'avez dit, on
travaille dessus, mais on va également découvrir des tas d'autres choses à côté. La fusion est
finalement la formule 1 de l'énergie de demain. Il faut aussi encourager la recherche. C'est ce que
nous avons fait au niveau Parlement européen et nous l'avons encore plus soutenue, au niveau de
l'Union européenne.
Pour répondre à la question sur le nucléaire, il y a effectivement un débat au niveau
européen. Pour la première fois cette année, le Parlement européen a reconnu, dans ce rapport, la
part du nucléaire, ce qui n'aurait pas été le cas en 2004, et, en fait, on a demandé qu'il y ait,
dans ces visions futures, dans ces feuilles de route futures, une réflexion entre tous les États
membres, quitte à ce qu'ils se partagent la part du nucléaire. Cela veut dire que des pays comme
l'Autriche qui ne voudrait plus du nucléaire, à la limite, n'auraient peut-être pas leur mot à dire
à ce sujet. Il faut que ce soit chaque pays qui décide si, oui ou non, on développe le nucléaire,
mais cela doit tout de même se faire avec une certaine harmonisation.
La fusion, demain, on l'espère tous. Combien d'énergie a-t-on avec un verre d'eau ?
Jean JACQUINOT. - Avec le lithium contenu dans une pile de téléphone portable, je
crois que l'on peut fournir de l'électricité à l'ensemble des Américains pendant un an.
Anne LAPERROUZE. - C'est l'enjeu de la fusion demain et je voudrais terminer avec
cet exemple de la fusion, car la fusion nous ramène vers des fondamentaux de l'Union européenne qui
a voulu développer une société de la connaissance. Si vous lisez le merveilleux essai du Pr Giusy,
qui a travaillé avec l'équipe Delord, il vous explique que la connaissance, cela ne se monnaie pas,
mais que cela se partage.