Dimitri Caudrelier, ingénieur et co-auteur de "100 pionniers pour la planète" (JC Lattès), intervient dans le cadre de la table-ronde "Quel projet de développement durable pour l'Europe ?".
Cette dernière se déroulait dans le cadre de la Convention thématique sur le thème "Développement durable : pour une Europe pionnière" à Grenoble le 29 avril.
- Bonjour à tous, merci de m'accueillir ici. Ma mère et moi sommes très fiers d'être parmi ce panel
de conférenciers.
Je suis de l'autre côté de la montagne, encore étudiant à l'EPF. J'ai 23 ans. Je suis parti,
avec un autre jeune diplômé d'une école d'ingénieurs de l'EPF, faire un tour du monde pendant 11
mois dans une vingtaine de pays.
L'idée que l'on s'était faite de ce tour du monde était d'aller voir des solutions
innovantes, concrètes et qui fonctionnent déjà, financièrement viables et technologiquement fiables
dans une vingtaine de pays.
On a commencé à préparer ce tour du monde en juin 2007 et nous sommes partis en janvier 2008
pour 11 mois. On a commencé, très classique, par la France, ensuite l'Espagne. On est remonté sur
l'Autriche, l'Allemagne, le Danemark, la Suède, l'Angleterre. On a passé beaucoup de temps aux
Etats-Unis où il y a beaucoup de choses à voir dans ce que l'on appelait avant la Silicon Valley
qui est, maintenant, la Green Valley et fait un petit passage au Mexique et en Amérique du sud. On
a passé beaucoup de temps en Asie en commençant par le Japon, la Chine, l'Inde. Mathieu est parti
au Sénégal en Afrique et j'ai passé 15 jours en Israël avant de rentrer en France en novembre
dernier.
On a eu beaucoup de chance sur ce projet, d'abord de pouvoir le faire, de trouver les
financements, certains partenaires média et on a surtout eu la chance de pouvoir écrire un livre
qui sera publié, "100 pionniers pour la planète", qui sort le 13 mai aux éditions Jean-Claude
Lattès.
Je voudrais vous parler de trois projets qui nous ont particulièrement marqués. Comme son nom
l'indique, dans le livre, il y en a 100. En sélectionner trois, cela ne veut pas dire grand-chose,
mais ce sont des projets qui peuvent être intéressants.
Le premier projet concerne ce que l'on a vu en Chine. On les appelle toujours les vilains
petits canards de l'environnement. Pourtant, nous avons eu la chance de rencontrer Li Yongfeng, qui
doit m'arriver à la taille et qui est responsable de toutes les questions de développement durable
dans le gouvernement chinois. Il nous a sorti des chiffres assez intéressants que je vais vous lire
en 2 petites secondes.
Aujourd'hui, la Chine prévoit d'investir, sur 15 ans, 146 Md€ pour les énergies
renouvelables, afin de couvrir 16 pour cent de ses besoins en énergie. Ils ont placé 438 M€,
sur 4 ans, pour développer tout ce qui est énergies renouvelables dans les zones rurales. Quand on
parle de cela, on parle souvent de méthanisation. J'en parlerai un peu plus tard.
Un autre chiffre intéressant : aujourd'hui, en Chine, un ménage sur 8 utilise, dans les zones
rurales, des fours à basse consommation d'énergie. En France, on est à un ménage sur 20, voire sur
30. Un sur 8 en Chine, c'est assez intéressant.
Le projet chinois que je voulais évoquer avec vous aujourd'hui est un projet d'une boîte
française qui s'appelle Phytorestaure. L'idée est la phytorestauration. Un spécialiste de l'eau
interviendra sur l'une des tables rondes et vous parlera sûrement plus de ces problématiques d'eau.
La phytorestauration, c'est d'utiliser des végétaux pour purifier l'eau.
On s'est rendu sur une rivière tout près de Shanghai. On nous avait présenté quelques photos,
en 2003, où on voyait cette rivière qui ressemblait plus à un égout à ciel ouvert. Quand on est
arrivé là-bas, on a vu les petits pêcheurs, le poisson à la main, le grand sourire, avec
l'autoroute derrière. on s'est demandé ce qui s'était passé entre les deux. En fait, il y a eu un
procédé de phytorestauration. Ils ont construit, en amont de là où on a visité la rivière, des
petits canaux dans lesquels l'eau de la rivière passe. Cette eau passe à travers différents bassins
de jardins filtrants qui vont filtrer l'eau de manière 100 pour cent naturelle et rendre cette eau
pure de manière complètement naturelle.
On est ensuite allé à Wuhan, entre Pékin et Shanghai, où nous avons vu l'éco-quartier de
Wuhan. On a été reçu par toute la mairie de Wuhan. Ils nous ont montré qu'ils étaient très fiers de
leur quartier. C'était drôle, car on voit l'eau qui rentre d'un côté du quartier, l'eau
d'assainissement impure, et qui ressort dans la rivière complètement pure. Au milieu, vous avez des
arbres, des fleurs, de la verdure, un petit chinois qui se promène à vélo, une chinoise qui se
promène avec son bébé.
C'est très amusant, car c'est un produit 100 pour cent naturel. Cela fait 200 m de long.
C'est un parc et c'est un procédé développé par des Français, mais cette entreprise Phytorestaure
fonctionne à 80 pour cent en Chine.
Croyez-moi, les Chinois ne sont pas du tout aussi... Certes, ils construisent une centrale
par semaine à charbon, mais d'un autre côté, ils sont très en avance sur certaines questions liées
aux énergies renouvelables et au traitement des eaux.
Un autre projet qui est un peu notre projet-phare, c'est le projet Better Place. Certains
doivent connaître un peu l'idée. C'est l'idée d'un Israélien, Shai Agassi, de 35 ans, qui a monté
dix start-up qui ont toutes été revendues à Google, Microsoft et Yahoo. Il s'est retrouvé n° 2 de
SAP, le leader allemand des logiciels de gestion et il a monté, en 2006, le projet Better Place.
L'idée est de vendre des kilomètres électriques. Comment cela fonctionne ? Aujourd'hui quel
est le souci des voitures électriques ? Il y en a 3 : l'autonomie, les performances et le temps de
rechargement. Vous êtes tous d'accord pour attendre et charger votre voiture, quand vous travaillez
ou faites vos courses. En revanche, attendre 4 heures que la voiture se recharge, quand vous allez
de Paris à Grenoble, vous n'êtes pas d'accord. Il s'est dit : "Comment pallier cela ? Je vais
mettre des stations d'échange de batteries". Il échange les batteries. Le temps est de 3 minutes,
c'est complètement automatique.
Évidemment, le projet a plu. Il a réussi à faire la plus grosse levée de fonds aux États-Unis
dans la Silicon Valley, avec les plus grands Venture capitalistes. Il a eu 200 millions de dollars
en même pas un an et demi.
Il a commencé par Israël pour mettre le projet en place et, son idée un peu politique quand
il rentre dans un pays, c'est : "Un, je n'entre pas tant que ma voiture électrique est plus chère.
Il faut qu'elle soit moins chère qu'une voiture à essence classique - là, il faut des subventions
gouvernementales - et, deux, je ne mets pas en service mes voitures dans un pays tant que je n'ai
pas autant de stations d'échange de batteries que de stations essence." Il veut que les
utilisateurs profitent du même réseau que les stations essence.
Il a donc commencé par Israël et, là, pas mal de pays commencent à s'y intéresser : le
Danemark, l'Australie, le Portugal, certains États américains, le Japon, Tahiti ont signé, et le
next stargate pour Shai Agassi : la France et l'Angleterre.
Dernier projet, le premier pour nous : le premier jour où nous sommes partis, le 10 janvier,
on s'est retrouvé dans le parking du Louvre pour visiter "La Petite Reine". Vous en avez peut-être
entendu parler. L'idée est le service du dernier kilomètre.
Un petit chiffre sur lequel Gilles Manuelle, le fondateur de La Petite reine, est parti,
constat tout bête : aujourd'hui, 30 pour cent du trafic, 50 pour cent de la consommation du gasoil
et plus d'un quart des émissions de CO2 en ville sont dus au transport de marchandises.
Vous avez tous déjà pesté contre les petites camionnettes qui transportent des colis, qui
sont d'ailleurs toujours quasiment vides car elles transportent un colis d'un arrondissement à un
autre.
Ce que s'est dit Gilles Manuelle, c'est qu'il allait louer 600 m2 de parking sous le Louvre
et il a signé un contrat avec DHL, UPS, Chronopost qui viennent distribuer leurs petits colis, le
matin, à 4 heures, sous le parking et, ensuite, le dernier kilomètre est assuré par La Petite reine
sur des tricycles électriques de 80 kg.
Je tiens à signaler une petite aberration : quand je me promène à Paris et que je regarde des
taxis qui sont soit vides soit avec une petite Japonaise qui vient faire ses courses entre les
Champs-Élysées et la place Vendôme, je trouve cela toujours assez aberrant, car les taxis sont tous
de gros taxis de marque allemande, pesant 2 ou 3 tonnes, qui transportent un chauffeur de taxi de
80 kg et une petite Japonaise de 50 kg. Il y a une aberration quelque part.
Gilles Manuelle s'est dit : "Si on partait d'un système de service du dernier kilomètre
complètement électrique avec des petits véhicules, cela fluidifie le trafic et il y a 0 pollution".
On nous demande toujours les mêmes choses, depuis que l'on est rentré et que l'on fait de
petites interventions :
- "Était-ce dur avec Mathieu ?" Oui, car partager ses chaussettes, caleçons, pantalons et
dormir dans la même voiture, forcément, au bout d'un moment, quand on vit ensemble 24 heures sur
24, sauf dans la douche, c'est un peu compliqué. Donc, oui, cela l'a été.
- "Quel est le point commun de toutes ces personnes que vous avez rencontrées ?", C'est assez
clair. C'est drôle, car qu'ils soient asiatiques, européens ou américains, ils ont tous compris
qu'environnement et économie pouvaient fonctionner ensemble et ils ont tous une motivation. Qu'ils
soient dans des collectivités, des industries, des start-up ou des entreprises classiques, ils ont
tous compris - ici, on parle de croissance verte. Aux Etats-Unis, on parle de green business comme
une opportunité et qu'il fallait la saisir.
Merci pour votre écoute et j'espère pouvoir répondre à vos questions, si vous en avez.