Adhérez!
Pour adhérer au Mouvement Démocrate !
Se connecter
Google+ François Bayrou RSS Facebook Twitter FlickR Dailymotion

30 avril 2009

Intervention de Jean-Yves Casgha à la Convention thématique "Développement durable : pour une Europe pionnière"

Jean-Yves Casgha, journaliste, collaborateur de l'émission "Microméga" sur RFI, intervient sur le thème dees actions de sensibilisation à l'environnement (exemples de Terre TV et du festival Sciences Frontières) dans le cadre de la table-ronde "Quel projet de développement durable pour l'Europe ?".

Cette dernière se déroulait dans le cadre de la Convention thématique sur le thème "Développement durable : pour une Europe pionnière" à Grenoble le 29 avril.

- Je ne suis pas très habitué à parler en public, bien que je sois journaliste, et depuis un certain temps.

Il y a 25 ans, au sortir d'un reportage - et je reconnais Jean Jacquinot dans la salle - qui 25 ans plus tard deviendrait le projet ITER, jeune journaliste scientifique sur une grande chaîne du service public qui était TF1, c'était mon premier sujet. Je suis allé voir comment cela se passait d'essayer de monter à 80 ou 100 millions de degrés, à une température voisine de celle du soleil, une petite bille de deutérium.

En parlant avec le chercheur - à l'époque, on avait du temps pour faire les reportages -, j'avais été extrêmement surpris, car quand je disais : "Bien sûr qu'il y a un aspect très positif, si on arrive à faire cela, on va pouvoir dégager beaucoup d'énergie à partir de l'eau de mer et ce serait extraordinaire, mais de l'autre côté, 100 millions de degrés, la température du soleil, si elle est mal utilisée, il y a de quoi s'angoisser." Le jeune journaliste que j'étais a entendu comme réponse : "Ce n'est pas mon affaire, c'est celle des politiques". Cela m'a complètement bouleversé. J'ai dit : "Ce n'est pas possible qu'on laisse la recherche travailler dans son coin et qu'il n'y ait pas une relation avec la société."

Comme c'était un peu compliqué de vendre cela à la télévision, déjà à l'époque, je me suis dit : "On va créer un lieu qui sera un lieu de liberté où les chercheurs pourront échanger, mais devant le public." Nous, nous ne sommes pas des gourous, on n'a pas de solutions. En revanche, si l'on ne met des personnes intelligentes et que l'on donne de l'information non truquée mais vraie, après, les personnes peuvent voter et décider du futur qu'elles veulent. C'est ainsi que l'on a créé le Festival Science Frontières qui a été longtemps dans les Hautes-Alpes, ensuite à Cavaillon et à Marseille où Jean Jacquinot nous a rejoints 2 fois pour parler d'ITER. Je suis très fier que ce soit devenu ITER, 25 ans plus tard.

J'ai donc lancé cela et j'ai continué mes activités télévisées. Il s'est trouvé qu'au premier ou deuxième festival, le premier OGM végétal avait un an, dans l'indifférence absolue. On s'est dit que ce serait drôle de faire venir les chercheurs, à savoir une petite équipe belge avec des capitaux américains qui travaillaient sur un plan de tabac à qui ils faisaient produire de l'insuline. On les a fait venir et on a été complètement sidéré, car ce qu'ils nous ont raconté, c'est le débat que vous lisez tous les jours dans les journaux, depuis 1996 ou 1997. Là, c'était déjà écrit. Entre temps, ils ont changé de discours, car ils ont été rachetés par Monsanto, mais le discours initial de celui qui cherche et qui commençait à trouver, on l'avait eu "brut de fonderie".

On s'est dit : "Mince, on est sur quelque chose d'extraordinaire. Si on va à la source du savoir, forcément, on peut changer le monde". Du coup, alors qu'au début, on était plutôt science au sens large, et c'est pour cela que l'on s'est appelé "science" au singulier et "frontières" au pluriel, les frontières de la science pour essayer de balayer large, on s'est dit : "Il y a un truc important" et on a basculé dans l'environnement et le développement durable sans le savoir, et bien avant tout le monde.

Je l'ai donc vraiment vu naître. On y a beaucoup participé. Par exemple, le débat OGM… Corinne Lepage était ministre de l'environnement et elle en a témoigné dans son livre. Le festival était cette année-là à Cavaillon et on l'a invitée à venir participer à une table ronde, car on se disait : "C'est bizarre que la ministre de l'environnement ne soit pas au courant du sujet OGM." Je dis "on" car on est une bande de journalistes un peu fêlés tout de même qui essayons de faire autre chose.

Elle a accepté de venir, mais, pareil, par des réseaux, une amie qui était dans son service de presse… Car cela ne marche jamais officiellement cela.

Elle est donc venue et elle a découvert qu'il y avait un problème OGM. Au cabinet, cela n'avait jamais franchi ses collaborateurs. En sortant de Cavaillon, elle a monté une réunion avec plusieurs personnes et elle est allée voir Juppé, premier ministre à l'époque, en disant : "Je démissionne, s'il n'y a pas un moratoire sur les OGM".

La décision politique n'a pu être prise que parce qu'il y avait eu connaissance réelle du sujet. Donc, le travail que l'on faisait été fondamental. On était donc assez content et on a continué.

C'est ainsi qu'il y a 2 ans - le festival a 25 ans -, bénéficiant de complicités technologiques avec tel ou tel chercheur nous ayant aidés - je suis très ému de raconter ma vie -, on s'est dit que, comme la télévision et même la radio dans laquelle on travaille assez régulièrement n'autorisent pas ce genre de débordement intellectuel, il fallait maîtriser un outil de diffusion.

Évidemment, n'ayant pas les moyens d'acheter un satellite, de racheter Canal et de se mettre sur l'hertzien, il n'y avait plus qu'Internet, mais Internet posait un problème : était-il possible, sur un fil de téléphone ridicule, de balancer assez de données pour avoir une image fluide sur l'écran d'ordinateur ?

En fait, on a réussi cette performance et on a créé Terre TV, dont je suis très fier, qui est, non pas un site avec des images, mais une télé sur Internet. On a inversé la problématique. On ne fait pas des machins avec des petites diagonales pourries et plein de pixels. C'est vraiment une image grande. Le but était que ma mère puisse la voir. Ma mère peut l'allumer et elle la regarde comme France 2. Les sujets s'enchaînent très normalement.

Au bout de 2 ans, on est à un peu plus de 2 000 sujets sur l'environnement et le développement durable. On s'est appelé la Télé des Générations Futures, car on a de l'espoir. On est plutôt positif. On a 450 000 visites par mois et, sur avril, on aura 1 800 000 vidéos vues. C'est vrai que, le mois d'avril, il y a le festival et cela aide, mais enfin, grosso modo, c'est un outil qui se met à exploser, auquel personne n'avait pensé.

Pour des petits comme nous, il coûte cher, mais en réalité, cela ne coûte pas cher, par rapport à une télé habituelle, puisque les frais de diffusion, ce n'est jamais que de la bande passante et c'est beaucoup moins cher que ce que doit payer TF1, tous les matins quand il se lève, avant même d'avoir fait un programme, puisque le réseau hertzien coûte la peau des yeux.

J'ai vu, pendant 25 ans, ce développement durable…. Je ne supporte pas le terme, car j'ai vu arriver tous les rats qui n'avaient jamais travaillé et que, maintenant, on appelle très pudiquement Greenwashing. Toutes ces personnes sont arrivées et ont ripoliné leur façade avec rien, et surtout pas d'idées et encore moins de connaissances.

J'ai toujours la même métaphore : tant que vous passez de l'arc à l'arbalète, ce n'est pas très dangereux. Quand vous passer de l'arbalète à la bombe atomique, il peut commencer à se poser un problème et, quand vous passer de la bombe atomique à la maîtrise du vivant, c'est très grave.

Comme la technologie augmente plus vite que notre éthique et nos compétences, il y a une distorsion qui fait que, là, aujourd'hui, on a un vrai souci. Ce n'est pas tellement le réchauffement climatique qui n'est pas un réchauffement, mais un changement climatique. Ce n'est pas si grave que cela. Si vous prenez l'histoire de la terre, cela s'est passé "x fois" et, le seul fait que nous puissions en parler aujourd'hui, c'est bien que la vie a perduré.

La question est : notre espèce va-t-elle passer l'obstacle ? Ce sont les espèces qui ont disparu, ce n'est pas la vie qui s'est arrêtée. La vie est forte et elle est dans des petites choses incroyables. Une anecdote de journaliste scientifique, car je me suis beaucoup spécialisé dans les petites informations insolites qui essaient de changer la vision des choses : un biologiste anglais qui travaillait en Cornouailles prenait toujours la même route le matin pour aller à son laboratoire. Puis, régulièrement, il voyait des mineurs uriner contre un mur. Cela faisait partie de son paysage.

Un jour, en passant, il a l'impression qu'il voit une tache bleue. Il se dit que c'est bizarre. Il repasse le lendemain et la tache lui semble avoir grossi. Il s'arrête, fait un prélèvement. Il analyse, c'était une cacabéchya*, une algue dont on était persuadé qu'elle avait disparue, il y a plusieurs millions d'années. Le milieu acide de l'urine lui avait redonné vie, c'est-à-dire que la vie s'était planquée pendant plusieurs millions d'années et qu'elle ressortait, juste car elle était dans la bonne configuration. C'est bourré d'espoir un truc pareil. Continuez à pisser contre les murs !... (Rires…)

Sur 25 ans, je suis tout de même bourré d'espoir, même s'il y a des personnes qui méritent des paires de claques. (Applaudissements...)



Le projet humaniste
contacts locaux

Les sites récents


lesdemocrates.fr
e-Boutique du Mouvement Démocrate
Jeunes Démocrates