Mercredi 29 avril, le Mouvement Démocrate organisait sa cinquième Convention thématique européenne sur le thème "Développement durable : pour une Europe pionnière" à Grenoble (Isère). Dans une salle comble de 400 personnes, François Bayrou a clos la convention.
Discours de clôture de François Bayrou :
Je voudrais me joindre aux remerciements, compliments et félicitations exprimés à l'égard de
ceux qui ont participé, ce matin et cet après-midi, à cette convention. J'ai trouvé les tables
rondes passionnantes et j'ai beaucoup appris.
Je voudrais également me joindre aux remerciements de la tribune à la salle, à ceux qui ont
pris leur journée, et beaucoup sont jeunes, ce qui fait qu'ils ont du mérite, pour venir participer
à cette réflexion.
Je voudrais, enfin, exprimer des remerciements à l'égard de Marielle de Sarnez, eu égard
au rôle qu'elle joue, dans la coordination de notre campagne européenne et l'animation de ces
journées.
Tout au long de la journée, je me suis fait cette réflexion… Je suis plongé,
comme vous le savez, dans les rencontres avec la presse pour la sortie de mon livre
–c’est pour demain- et dans la question du modèle de société, puisque pour moi la
question est d'arriver à voir quel est le modèle de société vers lequel on nous entraîne, et quel
modèle de société nous voulons défendre face à celui-là, qui ne nous paraît pas répondre aux
exigences du temps et aux nôtres.
En effet, la politique n'est pas ou peu une question de confrontations, d'étiquettes, de
partis, de majorité, d'opposition, de personnalité. C'est l'écume des choses. Ce que l'Histoire
retient et retiendra, c'est la confrontation des modèles.
Le modèle de société vers lequel on nous entraîne, celui qui, jusqu'à maintenant, dominait la
mondialisation ou la globalisation de toute sa force, c'est un modèle de la loi du plus fort, un
modèle individualiste, un modèle inégalitaire, qui fait que l'on considère que la société avance
plus vite si les forts sont avantagés et que, si le fossé se creuse avec les faibles, ce n'est pas
grave. Au contraire, cela propose des dynamiques que, jusqu'à maintenant, les défenseurs de ce
modèle considéraient comme bonnes.
Nous, en face, nous défendons un modèle de société solidaire et nous croyons que la crise que
nous sommes en train de vivre montre précisément que les modèles solidaires sont plus efficaces,
plus intéressants et seront plus efficaces à long terme que les modèles individualistes,
inégalitaires qui rencontrent des accidents, comme ceux que l'on vient de voir.
Le « durable » nous impose une nouvelle solidarité : la solidarité entre
générations
Je me disais que le mot solidarité n'est jamais entendu comme il devrait l'être, parce que
quand on pense solidaire, on pense toujours à la solidarité à l'intérieur d'une même génération,
solidarité entre nous, les citoyens de toutes conditions, de toutes origines, de toutes
responsabilités, mais vivant ensemble, en même temps, dans le même pays. Parfois, nous en faisons
une fierté.
On élargit la solidarité aux autres pays de la planète et on pense, ce qui est en tout cas
une de nos marques d'identité, qu'il est important, intéressant, utile, vital, de créer de la
solidarité entre pays pauvres et pays riches, par exemple, à l'endroit des pays pauvres de la part
des pays riches et à penser le modèle et l'organisation du monde pour que les pays pauvres soient,
demain, moins pauvres et qu'ils accèdent, comme nous, à une capacité d'être autonomes,
indépendants, libres et à ce que chacun de leurs enfants trouve sa place dans le développement du
pays. C'est la solidarité entre contemporains.
Je pense que c'est insuffisant et qu'il faut défendre l'idée de la solidarité entre
générations. Je suis toujours frappé -vous le verrez dans mon livre où je fais une proposition sur
ce sujet- de ce que, dans le débat politique que nous conduisons, il y ait des absents, des
bâillonnés, des muets que l'on n'entend pas et que l'on refuse d'entendre. Ce sont ceux qui ne sont
pas encore nés. Si l'on réfléchissait à la politique comme elle doit être pensée, à ce moment-là,
on découvrirait qu'il faudrait, dans le débat politique actuel, des défenseurs de ceux qui vont
venir, pas seulement des défenseurs de ceux qui sont déjà là.
J'ai proposé, dans mon livre -cela paraîtra peut-être à quelques uns comme une idée poétique,
mais pour moi c'est une idée politique, pas poétique- qu'il y ait auprès du gouvernement un
défenseur des générations à venir, un défenseur de ceux qui vont recevoir… (Monsieur le
Professeur Jean Jacquinot, ce que vous êtes en train de préparer avec l'expérience ITER et,
Monsieur Jacques Maire, les réseaux qu'il faudra des décennies pour construire) …un défenseur
de ceux qui auront à vivre dans le monde déterminé par les directives, les lois européennes que
l'on prépare et vote, par les décisions de structure nationale que l'on est en train de préparer et
de voter.
Permettez-moi de dire cela au passage, mais ce n'est pas anodin, et de répondre à la
question : est-ce que notre industrie du nucléaire civil doit être privatisée ou, au
contraire, demeurer une industrie dont les citoyens français conserveront, à long terme, le
contrôle démocratique ?
Selon moi, c'est tout sauf indifférent. Je ne doute pas de ce qui est en train de se
préparer. Quelqu'un a évoqué tout à l'heure Areva et Siemens. Il y a de grandes opérations
industrielles qui sont en train de se préparer pour des intérêts privés et, parfois, privatifs (il
y a une petite nuance entre les deux et je vous encourage à y réfléchir) mais je considère
qu'il s'agit d'un intérêt démocratique absolument essentiel, car il peut se trouver qu'il y ait une
contradiction assez forte entre l'intérêt général et des intérêts privés.
Il y a des tas de domaines où c'est secondaire, mais, pour d'autres, c'est tout à fait
essentiel et le domaine de l'énergie, notamment nucléaire, est tout à fait essentiel. On est en
train, peu à peu, de préparer l'opinion à l'idée que c'est inéluctable et que l'on devra aller dans
ce sens.
Je ne suis absolument pas résigné à ce que cette privatisation devienne un fait. À mon avis,
c'est une affaire de citoyens. En outre, si vous réfléchissez, dans un contexte plus général, c'est
également une affaire démocratique.
Défense des générations à venir...
Je suis extraordinairement frappé de voir à quel point le sujet que nous traitons
aujourd'hui, énergie, environnement, soutenabilité des politiques, transmission aux générations, a
envahi tout le vocabulaire, mais est, en réalité, absent dans les esprits.
Je voudrais faire cette première remarque : il n'y a plus aucun chapitre de l'action
politique qui ne soit désormais pas affecté de l'adjectif durable. Le durable est devenu la tarte à
la crème des déclarations politiques.
Le durable, vous le savez, c'est la tentative de traduire en français le sustenable, le
soutenable, anglo-saxon. Pour une fois, je trouve que l'anglo-saxon, l'anglo-américain, le basic
english qui sert désormais de véhicule, était plus juste car, en effet, la question "cette
politique est-elle tenable sur le long terme ?" est une question absolument essentielle.
Elle l'est en matière d'environnement et d'énergie, mais excusez-moi de le dire, elle
l’est tout autant en matière de dette publique. Est-ce tenable sur le long terme ?!...
Quelles sont les conséquences sur notre mode de vie, de décision qui ne seraient pas tenables
sur le long terme ? Cela a été très justement indiqué à deux reprises au moins cet
après-midi et largement ce matin, et c'est l'un des points sur lesquels je trouve que Jancovici a
raison. Ce point est essentiel et il s'agit des conséquences qui peuvent être dévastatrices, car
vous pouvez vous trouver avec des situations de déstabilisation qui entraînent, au sein de la
société, des crispations, des tremblements de terre, des tsunamis dans lesquels la démocratie a
tout à craindre.
La démocratie est un régime d'équilibre. La démocratie ne résiste pas longtemps lorsque les
peuples sont saisis d'angoisse. Or, dans ces sujets, nous avons de l'angoisse, des déséquilibres
potentiels très importants.
C'est la première réflexion que je voulais formuler devant vous. Il me semble que la question
"cette politique est-elle tenable sur le long terme ?" et tout à fait essentielle.
Le long terme doit prendre le pas sur le court terme
Deuxièmement, la plupart des décisions politiques sont de court terme. On peut le regretter,
mais il faut considérer que, dans un temps où la communication instantanée est devenue la
contrainte majeure, le court terme devient roi.
Les décisions prises, il y en a beaucoup plus que vous et nous ne croyons, pas prises pour le
lendemain, mais pour le journal de 20 heures, le journal du soir. Il y a un événement, un
problème, un incident, un accident qui se produit, on prend son avion, on se déplace et on va faire
un discours pour annoncer une loi, au 20 heures, car cela permet d'annoncer quelque chose. Ce sont
des décisions de court terme.
Or, les questions que nous traitons ici, et c'est pourquoi elles ne sont pas habitées par la
communauté des citoyens, sont toutes des questions de très long terme.
2020, c'est demain matin. 2050, une génération de plus. C'est à portée de la main. C'est
l'horizon pour lequel on réfléchit et probablement 100 ans, devant des décisions comme celle de
l'invention technique de la production d'énergie si formidable, car je n'imaginais pas qu'avec le
lithium d'une pile de téléphone portable, on puisse faire de l'énergie pour les États-Unis pour une
année, de l'énergie électrique... C'est fascinant. Ce sont des décisions de très long terme.
La décennie, c'est tellement loin que, pour les politiques, c'est presque jamais !
Donc, jamais sujet n'aura imposé davantage le retour à l'ardente obligation du Plan. Il y a
plusieurs sujets sur lesquels j'ai déjà montré, y compris pour la famille politique qui est la
mienne et qui n'avait pas cette habitude, qu'un certain nombre de repères fournis par la pensée du
Général de Gaulle étaient justes, intéressants. Mais là, l'ardente obligation du Plan -Jacques
Delors a indiqué la même chose avec beaucoup de justesse ; je n'ai jamais rencontré Jacques
Delors ces dernières années sans qu'il me parle de son regret de voir disparaître le Plan- aucune
autre possibilité que de voir renaître un Plan et, c'est la proposition que je ferai, un Plan
européen. On ne peut plus, à la fois pour des raisons du cadre de la loi, mais surtout pour des
raisons d'échelle, imaginer que l'on puisse penser un plan énergétique et environnemental qui ne
soit pas à l'échelle européenne.
Je pense, donc, que nous devons, nous, avoir à l'esprit cette idée d'un Commissariat au Plan.
Je ne sais pas ce que la Commission peut inventer de ce point de vue, ou le Parlement européen
suggérer de ce point de vue, mais au moins faudrait-il qu'il y eût une communauté de personnalités
autorisées, chargées, obligées de formuler des propositions de long terme afin que les politiques
s'en saisissent et que, bon gré mal gré, elles en fassent un débat dans lequel les citoyens
s'investiront. Car je crois qu'autant il est difficile de penser à long terme, autant le long terme
permet aux citoyens d'envisager autre chose que les intérêts immédiats. C'est plus facile de penser
les mutations sur le long terme que de les subir avec les inconvénients inéluctables qu'elles
portent sur le court terme.
Donc, ardente obligation du Plan en matière environnementale et en matière énergétique…
Parce qu’ils sont aussi une chance, nous devons choisir -et non pas subir- les
changements de mode de vie
Troisième réflexion, j'ai été frappé tout au long de la journée par un "climat" qui s'est
établi entre les intervenants, un climat d'optimisme. Cela paraît curieux, en pleine crise, avec
les défis que nous avons devant nous, les constats que nous formulons, qui indiquent que ce n'est
pas très facile. Dans la plupart des interventions, j'ai senti cette idée que la bataille n'était
pas perdue du tout, pour de nombreuses raisons, dont la première est qu'en fait, ce qu'ont dit tous
les intervenants, c'est que nous n'avons pas le choix.
Il y a des problèmes dans la vie en politique, dans la vie personnelle, pour lesquels on a
plusieurs options. Ici, on ne les a pas. On a le choix entre deux attitudes : soit subir
l'inéluctable, soit construire le monde qui tiendra compte de ces contraintes, dont nous savons
qu'elles sont inévitables.
Ce que tous les intervenants ont proposé, c'est que l'on refuse l'attitude qui consiste à
subir et que l'on entre de plain-pied dans l'attitude qui consiste à choisir. Choisir et non pas
subir, mais dans les deux cas, au bout du chemin, on sait que l'on n'évitera pas la question
qui se pose.
Par ailleurs, il y a deux choses pour moi apparues et que je veux souligner, car je
pense qu'elles font partie intégrante de notre message. Premièrement, s'agissant de ces choix, à
savoir les mutations énergétiques, les techniques nouvelles, les découvertes à soutenir, la
transmission vers l'industrie de tout ce qui est développement durable, les énergies nouvelles,
processus tournés vers l'avenir, dans toutes les productions d'énergie que nous avons évoquées,
dans tout cela, il n'y a pas que des sacrifices : il y a des richesses à créer, il y a des
emplois, du pouvoir d'achat, des parts de marché.
Ainsi, il faut souligner que l'on ne s'en est pas suffisamment aperçu en France. Tout ceci,
ce ne sont pas seulement des contraintes désagréables, ce sont des chances.
Je pense que nous devons saisir ces chances. Je n'ai fait aucun déplacement ces dernières
années, pendant la campagne présidentielle et même après, sans un volet précisément tourné vers ces
techniques : on a évoqué le photovoltaïque, en couches simples, en couches multiples... Je
suis allé, hier matin, à Londres visiter un quartier « en principe » avec une
« empreinte carbone » extrêmement faible -le zéro, d'après ce que j'ai vu n'était pas
encore là- avec des techniques assez simples et que l'on peut se représenter. L'isolation, on peut
arriver à comprendre comment cela fonctionne, même quand on n'est pas docteur en physique
nucléaire, et les échanges thermiques également.
Lors de chaque déplacement ou presque, je veux rencontrer ce secteur. Il y a beaucoup de
potentiel de développement, beaucoup de potentiel de création, de richesses. C'est une activité des
hommes qui va se développer et, comme toute activité qui se développe, il y a là-dedans de
l'économie et de la croissance. Il y a du plus et de l'optimisme dans ce secteur.
Deuxièmement, Jean-Luc Bennahmias l'a indiqué à très juste titre ce matin, et Marielle de
Sarnez l'a écrit dans son livre "Petit dictionnaire pour aimer l'Europe" chez Grasset, il y a là,
une chance pour vivre mieux. Il n'y a pas seulement de l'économie et de la richesse. Il y a du
bien-être, une vie en société améliorée, du respect mutuel entre citoyens. Cela fait naître des
communautés nouvelles et cela nous permet de vivre mieux, vraiment de vivre mieux.
Ce sujet me tient terriblement à coeur, démocratiquement, car si vous voulez vous arrêter une
seconde, vous avez devant vous un sujet qui illustre remarquablement la maxime que l'on devrait
inscrire un peu partout sur nos documents, la phrase de Marc Sangnier qui dit : "La
démocratie, c'est l'organisation sociale qui vise à porter à son maximum la conscience et la
responsabilité des citoyens".
Conscience et responsabilité....
Il n'y a pas de démocratie s'il n'y a pas conscience. Quand vous prenez conscience, que vous
alignez information, transparence, association des citoyens à la réflexion, comme s'ils étaient de
véritables décideurs ou que, je vais le dire mieux, vous associez des citoyens à la réflexion en
tant que décideurs ultimes, c'est la conscience. La responsabilité, c'est "nous ne nous
prononcerons pas seulement pour nous, mais nous nous prononçons également pour les autres".
Conscience et responsabilité… Ces sujets imposent que les principes démocratiques
soient respectés, car, comme cela a été parfaitement expliqué, lorsque vous êtes devant un grand
sujet énergétique, les tentations de confiscation sont colossales, car il existe de tels intérêts,
d'État et privés, et la fragilité ordinaire des êtres humains est telle, que les intérêts passent
avant ce qui doit être l'intérêt général de la société à laquelle on appartient ou des citoyens qui
la forment.
Voilà pourquoi nous sommes là devant un sujet qui impose que nous exigions l'application de
nos principes, des principes que l'on défend, ici et maintenant.
La responsabilité de l’Europe doit accompagner la conscience des citoyens
Par exemple, je veux rappeler la réflexion toute bête que nous formulons dans cette campagne
électorale, basique, simplissime. Nous disons : un, il n'y a aucune possibilité, pour un pays comme
la France, pour des femmes et des hommes comme les Français, de peser sur le destin du monde, si
l'Europe n'existe pas. C’est ce que l'on a vu dans cette crise, et qui est extraordinairement
frappant pour nous qui regardons ce que l'Europe représente aux yeux des personnes, nous qui sommes
la famille des fondateurs de l'Europe.
Car entre Schumann et moi, il n'y a que deux personnes, et l'un et l'autre sont restés
suffisamment longtemps pour que l'on puisse les signaler. Je rappelle au passage que nous serons à
Scy-Chazelles sur la tombe de Robert Schumann le 9 mai… On m'a dit ce matin que l'on
nous refuserait peut-être d'aller sur la tombe… mais il ferait beau voir que l'on nous
refusât le droit... (applaudissements) ...d'aller voir notre camarade Robert Schumann, je voudrais
que l'on nous mette des CRS devant la porte, et je promets un peu de sport à ceux qui le
feraient !… Quoi qu'il en soit, je vous dis de la manière la plus ferme : nous
serons à Scy-Chazelles le 9 mai, et je vous invite tous à y venir -nous allons alternativement
voir Jean Monnet et Robert Schumann. Lors des dernières élections européennes, le 9 mai, nous
étions chez Jean Monnet, et cette fois-ci nous serons chez Robert Schumann, car je trouve cela
normal, puisque ce sont les nôtres. Scy-Chazelles c'est à côté de Metz et vous pouvez venir en
voiture. Excusez-moi ! le thème de cette convention, c'est le durable, alors venez à
bicyclette ou faites du co-voiturage !...
Comme donc c'est l'intuition des fondateurs et que l'on suit, et cela depuis longtemps, je
suis heureux de découvrir qu'en réalité, dans la conscience des citoyens, la responsabilité de
l'Europe a progressé et pas régressé.
Une enquête a été réalisée il y a quelques semaines et elle m'a beaucoup encouragé. Cette
enquête demandait aux personnes ce qui pouvait les aider dans la crise. Elles ont formulé
deux réponses que je considère comme justes et fondées de bon sens, l'une et l'autre.
A la question « qu'est-ce qui peut nous aider dans la crise » ?
Première réponse, pour 65% : nous-mêmes (aide-toi le ciel t'aidera), nos familles, nos
amis, notre entourage, notre communauté d'entreprise, notre communauté de citoyens !
Deuxième réponse, pour 62% : l'Europe !
Écrasés le gouvernement, président de la République, tous ceux que l'on met en scène
perpétuellement sur les écrans de télévision… Seulement 30% !
C'est une prise de conscience formidable et juste. Je ne connais aucune autre clé d'accès au
défi universel pour un pays comme la France que l'Europe. Cela ne veut pas dire que la France
n'a pas son mot à dire. Pour moi, si la France renonçait à l'inspiration qu'elle porte, elle
renoncerait à elle-même. Si la France renonçait à la vocation universelle qui est la sienne, elle
renoncerait à elle-même.
Toutefois, comme clé d'accès, comme outil pour saisir cet universel, il n'y a que l'Europe et
la capacité de conviction de ceux qui nous entourent en Europe. L'acte de foi que je fais, c'est
que tous les autres citoyens européens ont les mêmes questions que nous-mêmes.
Je rappelle simplement, pour mémoire qu'au moment de la guerre en Irak, j'ai approuvé et
soutenu l'attitude du Président de la République Jacques Chirac. Je suis monté à la tribune pour le
soutenir, mais les autres, nos contradicteurs disaient : "les autres pays européens ne sont pas
d'accord". Excusez-moi, « les gouvernants » n'étaient pas d'accord, mais les peuples
avaient exactement les mêmes attentes, prévisions, exigences et espérances que les nôtres, car il y
avait des manifestations de millions de personnes à Londres, à Madrid, à Rome qui disaient la même
chose que ce que nous disions. Si le débat politique européen s'était noué, alors on aurait vu les
peuples soutenir la position française et les gouvernants auraient bien été obligés de plier.
Pour accéder à l’universel, l’Europe doit devenir transparente et
compréhensible par tous
Je crois que la clé d'accès à l'universel est l'Europe, sans que nous renoncions à rien de
notre vocation. Toutefois, si l'Europe est la clé d'accès à l'universel, si les délibérations de
l'Europe comptent tellement pour le destin de nos familles, il faut que l'Europe opère une mutation
ou accepte une révolution. Il faut qu'elle devienne compréhensible par tout le monde.
Pour l'instant, convenons-en entre nous, c'est loin d'être le cas. Convenons entre nous que,
si vous sortez dans la rue, pourtant dans une ville aussi éminente, brillante, intelligente que
l'est Grenoble et si vous demandez aux personnes comment se prennent les décisions en Europe, vous
aurez comme une incertitude.
Il n'y a pas un Français sur 1 000 qui puisse le dire. Et même dans une salle aussi
brillante, intelligente, cultivée, engagée, grenobloise en un mot, pas seulement, rhône-alpine en
deux mots, que celle-ci, si on faisait un petit sondage genre "interro écrite", on aurait
quelques surprises…
Il faut que l'on change cela et nous proposons, dans notre programme, deux idées toutes
simples et bêtes, qui ne coûtent pas un euro, et qui n'exigent rien qui change dans les textes ou
les traités :
Première idée : aucune décision ne doit se prendre dans les institutions européennes sans
avoir été annoncée trois mois à l'avance par voie de presse aux citoyens européens, afin que
ces citoyens européens puissent engager, par l'intermédiaire de leurs brillants, éminents et
capables, remarquables députés européens que nous allons élire, ou bien par leurs associations, ou
par leurs syndicats, par tous les moyens qui permettent à quelqu'un d'isolé de devenir un acteur du
jeu politique collectif, sans que, trois mois à l'avance, ne soit annoncé : "nous allons
débattre de tel ou tel aspect".
Deuxième idée, à mes yeux toute aussi essentielle : aucun vote ne doit engager un
gouvernement en Europe sans qu'il soit public et diffusé par Internet. Pourquoi ? parce que
les dirigeants nous font toujours le même coup très simple de la faute à Bruxelles, alors
qu’il ne peut pas y avoir de décision européenne sans que la France, entre autres, ait donné
son accord. Toutes les décisions européennes requièrent l'assentiment de nos gouvernants : ils
vont à Bruxelles, votent oui en catimini et reviennent chez nous dire que c'est la faute de
Bruxelles. De ce fait, tout le monde croit qu'il y a, à Bruxelles, des loups-garous qui nous
obligent et nous contraignent, nous amènent sur les chemins où nous ne voudrions pas aller. Donc
toute décision devrait être publique, filmée et diffusée sur Internet.
Tout cela ne coûte rien, mais cela changerait bigrement le climat.
Je suis pour la démocratisation, pour que l'Europe devienne compréhensible par tout le monde
et c'est très facile. Si on ne le fait pas, c'est parce que l'on ne le veut pas, que cela arrange.
Cela arrange, en effet, les gouvernants que l'Europe demeure la "chose" des gouvernements : c'est à
moi. peuple, n'y touche pas !
Nous sommes là pour que les peuples et les citoyens y touchent. Nous voulons cette
démocratisation de l'Europe qui nous permette d'en faire l'instrument de notre avenir. C'est un
chapitre que nous avons l'intention d'aborder pendant cette campagne.
Il est vital de protéger le tissu économique des agriculteurs, et en même temps
l’organisation des marchés agricoles
Je finis en indiquant que nous sommes en train de vivre des mutations extraordinaires qui
vont toucher des secteurs vitaux dans lesquels nous sommes et, devant ces mutations, nous avons,
nous, famille politique, démocrates européens, des choix qui ne ressemblent pas à ceux des autres.
On m'a rapporté les propos de Martine Aubry, ce matin à la radio -je fais attention car,
quand j'entends Martine Aubry, après il arrive qu'elle démente ce qu'elle m'avait dit dans un
premier temps et j’ai déjà dit qu'il m'arrivait d'avoir des acouphènes avec elle !
Martine Aubry a indiqué ce matin, me semble-t-il, que nous étions, nous, ici en France, des
contestataires, mais qu'à Bruxelles nous étions les plus ultralibéraux de tous, que nous avions
contribué par nos votes, tout le temps, à la destruction des services publics, que j'avais signé,
on m'a dit, le traité… Je ne pense pas qu'elle ait dit le traité, peut-être le programme de
Stockholm, qui exige le démantèlement de tous les services publics.
Je veux rappeler ceci à Martine Aubry : nous, ici, ce n'est pas « l'Internationale
libérale » ni le parti des libéraux. Nous, ici, c'est le Parti Démocrate Européen. Nous
l'avons fondé et je le préside avec Francisco Rutelli, l'un des principaux animateurs du Parti
démocrate italien, le grand parti de centre-gauche italien qui va, lui aussi, vivre cette
expérience.
Nous avons notre propre programme. Je n'ai signé aucun autre programme, d'aucune autre
famille et je combats, à Bruxelles comme en France, les orientations ultralibérales que je
considère comme destructrices de la société (applaudissements).
Je ne me laisserai détourner de rien dans cette affaire.
Nous avons, sans exception, voté tous les textes de défense des services publics et proposé
un certain nombre d'amendements pour solidifier la défense des services publics en Europe et nous
continuerons à le faire.
Mais l'un des principaux obstacles que nous rencontrons sur ce chemin est la Commission de
Barroso qui, malgré le passé maoïste qui est le sien -je le connais depuis très longtemps- est
devenu un des théoriciens libéraux les plus accentués.
Alors je dis à Martine Aubry : il y a une chose très simple à faire, à savoir que nous décidions
ensemble de refuser notre voix à l'investiture d'une Commission qui serait présidée par Barroso, et
que nous exigions, ensemble, qu'il y ait des personnalités plus proches de nos valeurs !
Je demande à Martine Aubry de décrocher son téléphone, d'appeler Zapatero, l'ami de
Ségolène Royal -les amis de mes amis sont mes amis et cela ne doit donc pas être difficile-
qui vient de déclarer qu'il soutiendrait envers et contre tout, mordicus, avec un soutien
absolument irrésistible, la ré-investiture de Barroso à la tête de la Commission !!!
Je dis aux socialistes français qu'ils commencent à s'occuper des socialistes européens...
(applaudissements) …au lieu de multiplier les attaques en France, non pas contre le pouvoir,
mais contre nous !!! Je comprends qu'on les embête : on embête à droite, on embête à
gauche, nous sommes des empêcheurs de se partager le pouvoir en rond !... (applaudissements).
J'ai un souvenir qui me perturbe... Il y a cinq ans, il y avait l'élection du Parlement
européen. Nous avons eu l'idée… J'ai proposé que le premier Parlement de l'Europe réunifiée
élise, à sa tête, comme premier Président du premier Parlement de l'Europe réunifiée, un homme pour
qui j'avais une immense affection, comme nous tous ici, qui est venu me soutenir lors de l'élection
présidentielle, Bronislaw Geremek.
C'était une formidable et rayonnante personnalité européenne. Il parlait toutes les langues
de l'Europe, il était un très grand historien des idées en Europe et notamment du Moyen-âge
européen. C'était un homme de générosité, c'était le ministre des Affaires étrangères de
Lech Walesa. C'est lui qui a insisté et provoqué, en partie, comme l'un des inspirateurs des
« refusniks » polonais, la chute du mur de Berlin, et de surcroît il était reconnu dans
sa compétence politique par tout le monde.
J'ai dit : voilà, nous avons là le visage du premier Président du premier Parlement
démocratique de l'Europe réunifiée. On avait convaincu autour de nous et convaincu aussi Bronislaw
Geremek d'accepter de se présenter.
Eh bien ce sont les socialistes et le PPE, ensemble, la droite Européenne l'UMP, et le PS
qui, ensemble, ont voté pour battre Bronislaw Geremek ! Cela pour élire un apparatchik
socialiste pour la première partie du mandat, et du PPE pour la deuxième partie du mandat !
Nous n'aurons pas l'occasion de recommencer, car Bronislaw Geremek s'est tué l’été dernier
sur une route en Pologne.
Que les socialistes, qui passent leur temps à se partager les postes au Parlement européen,
cessent de nous donner des leçons de démocratie ! Car nous faisons ce que nous disons, nous
l'avons fait et nous avons bien l'intention d'en faire une exigence au Parlement européen
(applaudissements).
Cela m'a entraîné un peu loin de mon sujet…
J’étais en train de dire que nous allons vivre des révolutions très importantes, dans
lesquelles nous avons des positions qui ne sont pas celles des autres.
Par exemple il y a une très grande question agricole qui va se poser. L'orientation de la
Commission dont je parle et d'un certain nombre de gouvernants européens est de considérer que
l'agriculture n'est qu'affaire de marché, ou affaire que de marché.
Ce qu'il faut regarder en matière agricole, ce sont les productions, afin qu'elles soient
répandues par tous, au travers du monde.
Je propose que nous ayons à l'idée qu'en matière agricole, il n'y a pas que les productions
qui comptent, il y a aussi les producteurs. Penser agriculture sans penser agriculteurs, ce qui est
le mode de fonctionnement d'un certain nombre de pays. Et d'ailleurs la Grande-Bretagne est
désormais quasiment sans agriculteurs, ils ont des usines agricoles !
Notre choix de société est prudent. Ce n'est pas l'usine agricole, ce sont les agriculteurs
pour nourrir la population européenne. Et ce choix est d'ailleurs le même pour les pays en voie de
développement. La question majeure des pays sous-développés, notamment en Afrique, ce sont les
agriculteurs. Ceux qui meurent de faim, ce sont les paysans.
Un milliard de familles souffrent de famine et, à 90 %, ce sont des paysans qui n'ont
que leurs bras pour travailler. Naturellement, comme ils n'arrivent pas à vivre de leur maigre
production, ils partent de la terre et vont se réfugier dans les bidonvilles des mégalopoles
africaines. Et c'est l'horreur, car en dix ans, une déculturation absolue se produit. Ils
oublient leurs racines, leurs repères et techniques et cela devient une histoire absolument
horrible que vous avez pu voir en Afrique.
S'occuper du tissu des agriculteurs, c'est également important, mais pas plus que de
s'occuper des productions et de la capacité de nourrir les peuples.
Cela signifie que nous défendons l'organisation des marchés, non pas le marché abandonné à sa
seule dynamique et n'ayant comme objectif que de baisser les prix pour les consommateurs.
Par exemple, on est en train de supprimer la politique des quotas laitiers. Cela va faire des
dégâts en montagne, autour de nous, absolument considérables. On me dit que l'on va faire baisser
de 5 % le prix du lait. Cela m'est égal qu'il soit à tel ou tel tarif, car dans le yaourt, le
prix du lait représente 4 ou 5 %, soit, pour un yaourt, une baisse de 0,25 % du
prix, c'est-à-dire presque rien.
Nous avons besoin de cela. Je suis pour que l'on protège les marchés africains, les pays en
voie de développement, pour arriver à soutenir une agriculture réelle et pas l'abandonner à des
productions subventionnées qui effondrent les prix.
Je suis pour que l'on s'intéresse aux agriculteurs, que l'on fasse de la défense du tissu
agricole l'un des critères d'une juste politique agricole.
Et je suis, dans la société, pour que l'on défende les services publics, car nous
considérons, nous, Français -je sais bien que tout le monde ne pense pas la même chose- que c'est
un acte d'égalité que de permettre que, dans une vallée alpine, on ait des écoles convenables, des
Postes convenables et une santé convenable. Nous considérons, nous, Français, que c'est un droit
pour les citoyens d'avoir, ainsi, une présence de la solidarité nationale auprès d'eux. C'est ce
que nous défendrons au Parlement européen.
J'ai voulu défendre devant vous une vision volontaire, optimiste qui s'intéresse, par la
solidarité entre générations, aux problèmes les plus brûlants qui sont devant nous, et je ne doute
pas que cela touche les Français qui, au bout du compte, décideront de l'avenir de l'Europe et du
signe qu'ils enverront à la politique nationale.
extrait su site d'Obama
:http://my.barackobama.com/page/community/post/amyhamblin/gGxW3n"President Obama Makes Commitment
to Increase Research and Development Funding" Speaking before the National Academy of Sciences
earlier this morning, President Obama emphasized the need to get America to lead again in science
and technology. After years of watching other countries catch up to us as we made fewer and fewer
investments in those areas key to America's prosperity, President Obama announced his commitment to
dedicating more than three percent of our GDP to research and development."...At such a difficult
moment, there are those who say we cannot afford to invest in science. That support for research is
somehow a luxury at a moment defined by necessities. I fundamentally disagree. Science is more
essential for our prosperity, our security, our health, our environment, and our quality of life
than it has ever been. And if there was ever a day that reminded us of our shared stake in science
and research, it’s today..." en réponse à Sarkozy revêche à investir là ou il faut pour
l'avenir.. qui ne semble pas l'interesser OUI, il faut un garnd plan d'investissement Europeen
c'est MAINTENANT !!" Régis 78
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c'est maintenant ou jamais
Posté par : regisr | 2 mai 2009 17:50extrait su site d'Obama :http://my.barackobama.com/page/community/post/amyhamblin/gGxW3n"President Obama Makes Commitment to Increase Research and Development Funding" Speaking before the National Academy of Sciences earlier this morning, President Obama emphasized the need to get America to lead again in science and technology. After years of watching other countries catch up to us as we made fewer and fewer investments in those areas key to America's prosperity, President Obama announced his commitment to dedicating more than three percent of our GDP to research and development."...At such a difficult moment, there are those who say we cannot afford to invest in science. That support for research is somehow a luxury at a moment defined by necessities. I fundamentally disagree. Science is more essential for our prosperity, our security, our health, our environment, and our quality of life than it has ever been. And if there was ever a day that reminded us of our shared stake in science and research, it’s today..." en réponse à Sarkozy revêche à investir là ou il faut pour l'avenir.. qui ne semble pas l'interesser OUI, il faut un garnd plan d'investissement Europeen c'est MAINTENANT !!" Régis 78