Philippe Morillon, député européen du Mouvement Démocrate, président de la commission de la pêche au Parlement européen, intervient lors de la première table-ronde de la Convention sur le thème "Politique agricole, politique de la mer : pour une nouvelle approche".
- Je suis heureux de vous voir si nombreux, d'abord. C'est de bon augure parce que je n'ai
pas le souvenir que nous ayons obtenu des rassemblements aussi de qualité et de quantité, lors de
ma dernière campagne.
Lors de la dernière campagne, il y a cinq ans, j'ai compris, en arrivant à Lorient, que la
grande circonscription dont Sylvie va être l'élue avec d'autres, notamment Bruno Joncour, parce
qu'il faut savoir être optimiste et peut-être encore d'autres par surcroît, qu'il y avait deux
choses qui comptaient, dans cette grande région de l'ouest, plus homogène que d'autres. C'était
l'agriculture et la pêche.
À la Commission de l'agriculture, j'avais déjà beaucoup d'amis, mon père est né dans un
village de pêcheurs à Saint Briac, d'où j'arrive. J'ai toujours été attiré par la mer et, pour ne
rien vous cacher, si j'avais eu de bons yeux, j'aurais été marin. Je ne serais pas là ! Mais ce
n'est pas le problème.
À priori, je me suis engagé à Lorient, il y a 5 ans, en disant : « Je vous ai compris ». J'ai
une circonscription qui va de Royan jusqu’au Mont Saint-Michel, la moitié de l'arc
Atlantique. Si je suis élu, je resterai à la Commission des affaires étrangères, mais j'irai à la
Commission de la pêche.
Quand je suis arrivé dans cette commission, mes collègues m’ont fait la mauvaise
surprise de m'en nommer le président. Cela a fait rigoler tout le monde, bien sûr le général
Morillon, Président de la pêche ! Il a dû croire que c'était la politique extérieure et de sécurité
commune !
Mais j'ai évidemment pris cela à coeur. Pourquoi ? Parce que je pense que nous avons un
devoir, tous ensemble et tous les Européens ensemble, de sauver nos littoraux de cette maladie qui
est un véritable cancer qui fait que toutes les cellules actives meurent, les unes après les
autres, au bénéfice de cellules mortes qui sont les résidences secondaires.
Ici, je suppose que c'est comme à Saint-Briac. Quand j'étais enfant à Saint-Briac, il y avait
six épiceries dans le bourg. Aujourd'hui, il n'y en a plus. Il y avait des pêcheurs en pagaille. Il
en reste un et, partout, à mesure que la bulle immobilière s’accroît, on voit cette maladie
se répandre au risque que nos littoraux se transforment en jardin à l'anglaise. C'est joli, mais
cela ne rapporte rien. Ce n'est pas cela qui nourrira nos populations et en port de plaisance, là
encore, ce n'est pas cela qui servira à assurer la suffisance alimentaire de ce continent.
Il y avait une absolue nécessité de prendre à cœur ce problème et je suis heureux que le
Commissaire Borg l'ait compris. Je suis heureux qu'aujourd'hui, il n'y ait plus la DG Pêche, mais
la DG Marée qui s'attache à cette solution. Pour arriver à cela, il faut effectivement sauver la
pêche, parce que cela fait partie des quelques cellules actives qui peuvent survivre et,
éventuellement, se multiplier sur le littoral. Il faut également préserver la ressource halieutique
et vous savez que l'on a, a priori, beaucoup trop exploité un certain nombre de stocks de poissons.
J'en viens très vite, puisque c'est juste pour ouvrir cette table-ronde, à ma conviction
profonde qui est que l'air de la cueillette et de la chasse est terminé sur les océans, comme il
s'est terminé il y a plusieurs millénaires sur les continents. Cela ne fera pas toujours plaisir
aux marins-pêcheurs, si on leur dit qu'il faut qu'ils se transforment en aquaculteurs. Ici, on est
dans le domaine des conchyliculteurs, dans le domaine de l'ostréiculture. Il ne s'agit pas de
transformer nos pêcheurs en aquaculteurs. L’aquaculture est quelque chose de très importante,
très utile sur lequel on va faire un effort.
Il faut qu'ils prennent la mentalité d'être des "éleveurs". L'exemple, je le prends à
Saint-Brieuc où, avec Bruno Joncour, c'est très représentatif. La communauté des pêcheurs de
Saint-Brieuc a compris qu'il fallait semer des coquilles Saint-Jacques pour les récolter et,
croyez-moi, elle vit bien et elle protège sa ressource.
Voilà peut-être quelque chose qui dépasse largement les points de vue techniques développés
jusque là, mais qui est ma conviction profonde.
Pour atteindre ce but, c'est une des conclusions qui a été tirée par le groupe de projet, il
faut effectivement restaurer la confiance entre les secteurs professionnels, les pêcheurs, les
techniciens et les experts et concilier l'expertise des scientifiques avec l'expérience des
pêcheurs. C'est ce que nous avons prôné au sein de la Commission de la pêche, en demandant
l'institutionnalisation de ces fameux conseils régionaux, les RAC, conseils régionaux consultatifs.
Il faut qu'au sein de ces conseils consultatifs, il y ait une part de responsabilité donnée
aux pêcheurs. C'est un des points essentiels.
Je me limiterai à cela, pour le moment, de façon à laisser à d'autres du temps de parole.