15 avril 2009
Catherine Laillé, agricultrice dans la région, intervient lors de la deuxième table-ronde de la Convention sur le thème "Quel projet agricole européen face à l'enjeu alimentaire mondial ?".
- Je suis agricultrice en GAEC, à 3 associés à Fégréac dans une commune de 2000 habitants au
nord-ouest de la Loire-Atlantique, en production de porcs, volailles et céréales, avec fabrication
d'aliments à la ferme.
Pour commencer, ma vie professionnelle : j'ai été deux ans secrétaire comptable. Puis, je me
suis mariée à un agriculteur. Fille d'agriculteur, aimant bien le métier, l'exploitation se
développant, j'ai trouvé ma place et j'ai choisi de rester sur l'exploitation.
Cela a été difficile au début, mais, quand on est jeune, on n'a pas peur. On fonce et cela
marche. En production porcine, pendant les 22 premières années, cela a été à peu près correct. On a
connu notre métier avec des crises parce qu'on avait souvent… On dit : 2 bonnes années, une
mauvaise ; sauf que, depuis, 7, 8 ans, ce n'est plus du tout le cas. On a 2 mauvaises années et une
moyenne. Avant on pouvait compenser d'une année sur l'autre. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas.
Je me retrouve complètement désabusée. Je me lève le matin et je me dis : "J'aurais peut-être
mieux fait de rester secrétaire" ou "Je ferais peut-être mieux changer de métier". Aujourd'hui,
j'ai 50 ans. Ce n'est pas évident. C'est tout de même triste d'en arriver là au bout de 30 ans de
métier. On s'endette, à chaque crise successive. Depuis 7, 8 ans, 30 pour cent des producteurs de
porcs ont disparu, parce qu’ils n’ont pas su passer les crises. Il y a aussi l'effet
démographique, mais quand même.
Aujourd'hui, on se retrouve avec 30 ans de métier et être endetté plus qu'il y a 15 ans. Il y
a 15 ans, on vendait du porc à 2 € le kilo. Aujourd'hui, on le vend à 1,30 € avec des
coûts de production à 1,50 €. Forcément, cela ne peut pas passer. Cela coince. A chaque fois,
on a des prêts de consolidation pour racheter les moyens termes et les longs termes.
Comme l'a dit Marcel Mazoyer, la PAC a été bonne jusqu'en 1992 et en 1992, cela a vraiment
été un tournant décisif et catastrophique pour l'agriculture où on a baissé les prix pour les
compenser par des aides. C'est vraiment là où j'ai commencé à réagir, où je me suis engagée dans le
syndicalisme par raisonnement économique. Je ne concevais pas que l'on pouvait baisser des prix
agricoles qui correspondaient à nos coûts de production d’auparavant pour les compenser par
des aides. Je ne connais aucun syndicat de salariés qui négocierait pour des salaires compensés par
des aides. J'ai commencé à militer dans le syndicalisme et à me dire : "Je ne peux pas rester
ainsi, sans rien faire."
Les élections européennes sont vraiment très importantes pour les agriculteurs, car les trois
quarts des orientations se prennent par l'Europe. Je ne comprends pas comment des commissaires
européens qui ne sont pas des élus du peuple décident de notre vie, de notre avenir. Pourquoi
est-ce au Parlement européen de décider de l'agriculture, des orientations parce qu'on a un
formidable marché européen et on doit pouvoir réguler la production, comme cela a été dit, mais
surtout pouvoir nourrir notre population, par groupe de pays ?
Aussi, aux États membres et aux ministres différents de l'agriculture de reprendre le pouvoir
sur les commissaires européens et sur le pouvoir financier. Je pense que, si l'on a une politique
agricole ambitieuse - c'est ce que je souhaite en tant qu'agricultrice -, alimentaire qui me fasse
vivre de mon métier, c'est-à-dire une politique de prix et, quand on parle de prix, il faut arrêter
de dire que c'est le produit agricole qui coûte cher. Ce n'est pas vrai.
Dans le panier de la ménagère, 18 pour cent vont à l'alimentation et là-dessus, seulement 4
pour cent vont rémunérer l'agriculteur. Même si on augmente les prix de 10 pour cent, 10 pour cent
de 4 €, cela fait 0,4 € d'augmentation dans le panier de la ménagère. C'est faux de
dire que le produit agricole coûte cher. On pourrait payer les prix à leur juste valeur en fonction
des coûts de production, sans pénaliser le consommateur.
Par ailleurs, les aides qui nous sont versées sont prises dans la poche du contribuable.
Quand on prend 5 € dans la poche du contribuable, il n'en revient que 1 € sous forme
d'aides dans celle de l'agriculteur. Tout le reste est accroché aux branches de tout le système.
C'est lamentable. (Applaudissements...)
En plus, il y a la préférence communautaire, la régulation des productions, le maintien des
outils de régulation et on va abandonner les quotas laitiers. C'est lamentable. On va faire plus de
volumes, sachant que l'on ne sait pas à qui les vendre, tout cela pour baisser les prix agricoles.
Je sais trop bien comment cela s'est passé en production porcine, pour le vivre. Chaque fois
que l'on est en surproduction en Europe de 2 pour cent, on baisse les prix du porc de 30 pour cent.
Chaque fois que l'on fait trop de volume, on baisse les prix. Ce n'est pas ce que l'on veut et quoi
faire de ces excédents de volume ? Il y a des choses fondamentales à revoir.
La préférence communautaire, l'autosuffisance alimentaire et l'aménagement du
territoire… Si on garde des agriculteurs nombreux qui vivent de leurs produits, le territoire
sera bien régulé, bien équilibré et la coexistence avec les autres catégories socioprofessionnelles
se fera bien.
C'est vraiment ce que je voulais dire. M. Limouzin a parlé d'interprofession. Pour réguler
chaque profession, il est important qu'il y ait une organisation commune des marchés européens par
production pour adapter l'offre et la demande.
Sur le lait, on est capable tous les six mois de recaler les besoins et les volumes. Si on
sait qu'il y a la sécheresse en Australie, on sait pertinemment que, 6 mois après, il y aura une
baisse de production. On est capable au niveau de l'Europe d'adapter l'offre et la demande. C'est
fondamental.
Ce que je souhaite, c'est vivre de mon métier, rien de plus et rien de moins.