Gérard Biais, chercheur à l'IFREMER, intervient lors de la première table-ronde de la Convention sur le thème " Quelle politique européenne de la mer ?".
- Il se trouve que je travaille, à titre personnel, sur la sole, une espèce importante pour
la région.
La sole, c'est justement la démonstration : après être passée par un stade de ressource
classifiée comme dégradée, comme étant en dessous de ce qui est considéré comme le seuil minimal en
dessous duquel il ne faut pas descendre, elle est remontée. Elle est presque à la limite,
maintenant, de ce seuil. Ce n'est pas si simple, mais c’est parce que la mortalité par pêche,
c'est-à-dire l'effort de pêche, tout ce qui est représentatif du nombre d'heures et de la puissance
de pêche utilisée pour pêcher a été diminué.
À partir de là, je ne dis pas que cette ressource est dans un état merveilleux, mais elle est
remontée à un état presque acceptable.
Les ressources, cela peut se gérer, à condition d'avoir un minimum d'outils. Les totaux
admissibles de capture sont un des outils très contestés. Vous avez très certainement entendu les
actualités aujourd'hui dans le Nord de la France. Il est certain que c'est un outil qui a des
inconvénients, notamment quand on pêche plusieurs espèces en même temps, mais je ne fais pas partie
de ceux qui « jettent le bébé avec l'eau », c'est-à-dire que les TAC (Totaux admissibles des
captures) peuvent être un outil intéressant dans quelques cas. La preuve, pour la sole, c'est une
pêche pour une grande partie assez spécialisée où il n'y a pas trop de problèmes de mélange
d'espèces, et dans ce cas il y a déjà ce problème qui n'existe pas, mais surtout, les TAC, cela
marche quand c'est respecté. C'est peut-être un des problèmes de la politique des TAC qui est si
critiquée.
On dit toujours que les scientifiques sont à l'origine de telle ou telle mesure un peu
restrictive. En fait, le cheminement pour une prise de décision, pour celle des TAC, c'est d'abord
une réunion d'experts, de scientifiques qui donnent une recommandation qui, ensuite, dans un
processus, se traduit par une proposition faite par la Commission au Conseil des ministres.
Bien souvent, entre le moment où l'on commence à se dire : « Attention, il y a quelque chose
qui ne va pas », par exemple, pour la sole, pour laquelle c’était notamment le cas, à partir
du moment où le sentiment que l'on n'était plus sur une stabilité, parce que c'est un stock qui a
longtemps été assez stable, mais où cela commençait à diminuer déjà, nous-mêmes, il faut que l'on
se fasse notre certitude. Cela demande au moins un an ou deux, parce que ce n'est pas une décision
facile de commencer à tirer la sonnette d'alarme.
Ensuite, à partir du moment où l’on commence à dire : « Il faut agir », il y a au moins
deux, trois ans, avant que cela soit pris en compte par le système politique.
Ensuite, une fois que la décision est prise, elle est bien souvent bien en dessous des
recommandations scientifiques et je ne parle pas des dépassements de quotas. Cela existe.
Finalement, ce système si décrié est peut-être aussi à décrier, parce qu'il n'a pas
totalement été respecté comme il aurait dû. Dans ce cas, il aurait eu de meilleurs résultats, sans
le défendre à tout pris, parce que je sais bien que les TAC ont pas mal de défauts. Les TAC ont été
institués au début de la politique commune des pêches pour gérer les ressources, certes, mais aussi
pour les partager. Entre pays européens, à une époque où les ressources étaient quand même un
enjeu, il y avait eu quelques crises graves.
Philippe MORILLON. - Presque des guerres.
M. BIAIS. - Oui, on a même parlé de guerre de la morue. C'est un pays qui n'est pas rentré
dans l'Europe communautaire, mais l'extension à 200 000 aurait pu donner lieu à des conflits bien
plus graves que ce qu'il y a eu, s'il n'y avait pas eu l'Europe pour faire ce partage de manière
policée et, entre nous soit dit, extrêmement à l'avantage des Français.
La pêche hauturière française a disparu ou presque, mais si elle a pu se perpétuer dans des
ports comme Lorient et Boulogne pendant longtemps, c'est quand même grâce à la politique commune
des pêche.
Maintenant, les temps ont changé, des évolutions doivent se faire. Je trouve que l'on est un
peu ingrat vis-à-vis de cette politique, en oubliant ce qu'elle a permis à la pêche française,
pendant assez longtemps.