Le Mouvement Démocrate organisait, mercredi 15 avril, sa troisième Convention thématique européenne sur le thème "Politique agricole, politique de la mer : pour une approche nouvelle" à Bouin (Vendée). Dans une salle comble de 400 personnes, François Bayrou a clos la convention.
(Lire la suite)
Discours de François Bayrou :
"Je suis très heureux de cette journée et très heureux que le pari qui a été fait,
c'est-à-dire de réunir la Convention « Agriculture et pêche » en vue des élections européennes en
plein milieu du marais vendéen, à des kilomètres de toutes habitations, soit un pari réussi.
Je suis très heureux de votre présence : 300 à 400 personnes sont venues participer à cette
rencontre et ont prouvé que c'était un pari gagnant. Je veux vous dire merci à vous d'avoir
participé à cette journée.
Je veux ensuite dire merci, à mon tour, à tous les organisateurs… Peut-être, Marielle
de Sarnez n'a pas encore été applaudie, elle mérite de l'être puisqu'elle a animé toute cette
campagne, toute cette réunion et aussi bien sûr l'ensemble de la campagne européenne… Merci à
tout le Mouvement départemental de Vendée qui a pris en charge une partie de l'organisation ; merci
à tous ceux qui se sont exprimés, femmes et hommes de terrain, agricultrices et agriculteurs, et
pêcheurs qui sont venus participer à cette rencontre avec nous ; merci aux responsables associatifs
et syndicaux du monde de la pêche et du monde de l'agriculture ; et merci aux experts, aux
agronomes et aux spécialistes de la pêche qui sont venus réfléchir avec nous tout au long de cet
après-midi ; et merci au département de Loire-Atlantique.
Permettez-moi de dire un mot particulier sur ceux qui ont participé à la rencontre avec nous
et qui vont conduire notre liste aux élections européennes.
Merci à Sylvie Goulard d'avoir été là, merci à Bruno Joncour d'avoir été là, merci à
Elisabeth Delorme, à Laurent Gérault, ainsi qu’à tous les autres candidats sur la liste qui
étaient là. Ils sont aussi dans mon esprit.
Les citoyens ont adopté l’Europe, aujourd’hui la veulent démocratique et
transparente
Je voudrais commencer par un sentiment de surprise. On aurait pu aborder la plupart des
questions que nous avons traitées il y a cinq ans. On l'a souvent fait, par exemple, avec Marcel
Mazoyer. Il est vrai qu'il y a cinq ans, Frédéric, on n'aurait pas été loin d'avoir la même
réflexion, mais il y a une chose que l'on n'aurait pas entendue, il y a cinq ans. C'est ce que les
représentants des pêcheurs disent -j'ai pris la phrase entre guillemets- : « Nous sommes maintenant
des Européens convaincus », et ce que l'ensemble des organisations agricoles qui étaient là
demandent, c’est plus de pouvoir pour le Parlement européen.
Moi qui suis un militant européen depuis toujours, depuis mon premier engagement, je me suis
dit que c'était un formidable changement des esprits, et pour moi ce formidable changement des
esprits est relié à la crise, c'est-à-dire que la plupart, je crois l'immense majorité des citoyens
français ont compris, et je crois que c'est vrai aussi ailleurs en Europe, que tous seuls on ne
pouvait rien. C'est le premier enseignement, à savoir que le « chacun pour soi » ne marchait pas,
et on voit bien que ce sont des phénomènes si universels qui balaient la planète que l'on ne peut y
apporter que des réponses collectives et que, pour un pays comme la France, la clef de l'universel,
c'est l'Europe. C'est le premier enseignement.
Il y en a une autre surprise que je vous demande de noter. C'est que les citoyens ont compris
que, si l'Europe était nécessaire, si elle était vitale pour notre avenir, il fallait qu'elle vive
une conversion profonde et qu'elle devienne démocratique, c'est-à-dire que ce n'est plus l'affaire
des initiés, ce n'est plus l'affaire des experts, ce n'est même pas l'affaire des gouvernants.
C'est l'affaire des citoyens et ce changement que, nous, nous allons porter dans cette élection,
exige que toutes les décisions de l'Union soient l'objet d'un débat public avant d'être prises, et
exige que les véritables décideurs se prononcent publiquement et non pas en secret.
C'est une exigence, que l'on a entendue tout au long de la journée, que les élus du peuple
européen, les parlementaires européens prennent une part plus importante de la responsabilité des
décisions. C'est une exigence que nous portons.
J'ai été très frappé, tout au long de la journée, par ce que les experts ont dit : on sait
bien qu'en matière de pêche, par exemple, ce sont les ministres, c'est-à-dire les gouvernements -et
pas les institutions européennes- les ministres et les gouvernements nationaux qui prennent la
décision en faisant croire que c'est une décision européenne.
Je dis cela, en pensant à ce qui se passe dans les ports du Nord qui sont bloqués par les
pêcheurs, notamment pour le quota de cabillauds. Ils savent bien, maintenant, que ce sont leurs
gouvernants français qui ont signé la décision et que s'ils ne l'avaient pas signée, elle n'aurait
pas été prise.
Il y a donc une exigence de transparence qui m'a paru être vitale, tout au long de cette
journée.
Le désarroi du monde agricole et du monde de la pêche
Deuxième sentiment : je suis très frappé, et vous aussi sans doute, par le sentiment
d'abandon qui règne dans beaucoup de milieux de l'agriculture et de la pêche. Et c'est un
sentiment, pour moi, extrêmement lourd.
Tout à l'heure, notre ami a dit qu'il n'y avait plus d’élus du monde agricole, mais il
y en a encore quelques-uns parmi les Français qui sont nés dans le monde agricole dont les racines
sont dans le monde agricole, dont l'enfance a été une enfance dans le monde agricole, qui en
connaissent toutes les limites.
Moi aussi j’appartiens au monde agricole. La retraite de ma mère est de 638 € par
mois, elle a 92 ans, elle est dans un état de santé naturellement précaire. 638 € par
mois… Je voudrais que l'on me dise comment on peut vivre avec 638 € par mois, quand on
a travaillé toute sa vie, comme femme d'agriculteur, veuve, c'est-à-dire quand on a donné sa vie à
cette activité-là. Comment pourrait-elle faire si elle était seule, au lieu d'être avec ses enfants
?
Ceci, c'est aussi une dimension de la réalité de l'agriculture à laquelle on ne pense pas ou
sur laquelle on ne s'exprime pas.
Je veux rappeler que des promesses avaient été faites et c'est le moment de dire, ici, que
ces promesses n'ont pas été respectées. Nous avons des exigences aussi en matière de respect des
promesses, lorsqu'elles sont faites au moment, par exemple, des grandes élections.
Donc, je reviens à ce sentiment de désarroi. Ce n'est probablement pas le même dans le monde
de la pêche et dans le monde agricole. Il y a des différences de sensibilité.
Je vais vous dire ce que je ressens dans le monde agricole. Ce sentiment de désarroi-là est
beaucoup plus grave chez les agriculteurs de base que chez les responsables associatifs, syndicaux,
parce que ces responsables se battent. Il y a un engagement et cet engagement est une manière de
saisir l'avenir, de bâtir de l'optimisme, de s'investir. Je vous le dis, en tout cas, c'est comme
cela parmi mes concitoyens, dans ma circonscription des Pyrénées-Atlantiques.
D'où vient ce très grand sentiment de désarroi ? Premièrement, de l'impression que, ne serait-ce
qu'en regardant le compte en banque à la fin du mois, c'est de plus en plus dur, et deuxièmement du
fait qu’il n'y a pas d'horizon.
Que disent la plupart des agriculteurs ? « Il me reste huit ans à faire avant la retraite. Je
vais essayer de finir les huit ans, j'aurai remboursé mes emprunts et à ce moment-là, on
verra… ». Ils ont le sentiment que c'est la fin de quelque chose.
C'est la première fois depuis que les siècles que les agriculteurs ont le sentiment, beaucoup
d’entre eux, que c'est la fin de quelque chose. Avant, c'était la transmission de quelque
chose. La fin était une renaissance. C'était un commencement. Maintenant, ils ont le sentiment que
c'est la fin de quelque chose.
Pourquoi ont-ils ce sentiment ? C'est très étroitement lié aux discussions que nous avons eues,
parce qu'on ne leur propose pas de modèle agricole, auquel on leur permette d'adhérer. Il y a un
modèle qui est constamment démenti par la réalité, et les affirmations politiques sont en réalité
le contraire de ce que l'on vit dans la réalité. Il n'y a pas d'horizon !
Il y a aussi, troisième facteur, quelque chose d'autre qui est un sentiment extrêmement
douloureux de mise en accusation. Pendant des siècles, c’était les agriculteurs qui, aux yeux
de leur entourage, de leurs concitoyens, étaient censés le mieux connaître et le mieux défendre la
nature. Aujourd'hui, les agriculteurs ont le sentiment, pas seulement le sentiment
d’ailleurs, ils savent qu'ils sont souvent mis en accusation, comme étant ceux qui ne
connaîtraient pas et qui ne défendraient pas la nature. Passer du statut de défenseurs de la
nature, de l'ordre naturel, au statut d'accusés d’être ceux qui ne respectent pas l'ordre
naturel, c'est extrêmement douloureux pour le monde agricole.
Voilà un facteur supplémentaire et j'en ajoute un autre. Peut-être n'est-ce pas le même dans
toutes les régions… Mais dimanche, un de mes anciens élèves est venu me voir. C'était un
garçon tout à fait brillant. Il a fait le choix d'être agriculteur, il s'est lancé dans une
exploitation agricole. Il est venu me voir et m'a dit : « Je viens vous parler. Il faut que je vous
dise quelque chose. Je n'en peux plus de solitude. Autrefois, quand on était dans le champ, il y
avait quelqu'un d'autre dans le champ voisin et, par-dessus la clôture, on pouvait parler et
s'entr’aider. » Il est agriculteur tout près du chef-lieu, et dit-il : « Maintenant, il n'y a
plus personne pour parler. Je passe toute la journée dans mon tracteur avec France culture ou
France musique ou BFM, mais cela ne remplit pas une vie d'avoir une radio. »
Il m'a raconté les difficultés que l'on a quand on est agriculteur, avec une femme salariée.
Parce qu'il dit : « Ma femme a prévu des vacances du 14 juillet au 1er août, mais moi je ne sais
pas s'il fera beau entre le 14 juillet et le 1er août, si j'aurais fait mes foins ou pas, et si je
n'ai pas fait mes foins je ne pourrai pas partir en vacances. Ce sera la troisième fois que je ne
partirai pas. »
Ce sont des choses qui sont humaines. Ce n'est pas de la théorie politique. C'est quelque
chose d'absolument vital pour le bien-être d'une population. Il y a là une des conséquences
directes des phénomènes que l'on a décrits à la tribune et sur lesquels je reviendrai dans une
seconde.
Au fond, ce malaise est le résultat d'une politique que l'on a affichée mais que l'on n'a pas
respectée puisque, au fond, le tissu agricole est en train de se dissoudre complètement, et le
nombre d'exploitations, comme vous le savez, est en train de chuter vertigineusement. Cette espèce
de mutation, les agriculteurs la vivent très, très mal.
Ce sentiment de désarroi-là, c'est le résultat des politiques qui ont été suivies, depuis le
début des années 1990. Le tournant, cela a été le début des années 1990, et je vais essayer de
revenir sur ce sujet, pour tracer les axes de ce que, nous, nous allons défendre en matière de
politique agricole et je dirai, ensuite, naturellement, en conclusion, quelques mots sur la pêche.
Un monde en mutation qui a besoin d’une vision politique nouvelle et volontaire
Premièrement, nos élus au Parlement européen siégeront au Parlement avec la certitude que
l'agriculture est un enjeu mondial, parce que l'équilibre de la planète dépend, comme cela a été
admirablement et si souvent rappelé, de la situation des paysans du Tiers-monde.
Ce sont les paysans du Tiers-monde qui sont -si j'ose dire !- l’étalon-or de la
pauvreté de la planète. Ce sont les paysans du Tiers-monde qui n'ont pas le niveau de vie
élémentaire minimum, mais le plus bas que l'on puisse imaginer, pour pouvoir manger. Et c'est parce
que les paysans du Tiers-monde, ce milliard de paysans actifs, donc, ces deux milliards de bouches
à nourrir, ne réussissent pas à vendre leur production à des prix de subsistance que nous nous
trouvons, en grande partie, dans la crise dans laquelle nous vivons.
Or, je le répète, il n'y a d'accès aux enjeux mondiaux pour un pays comme la France, que par
une organisation de nations telle que l'Europe le permet. C'est donc avec la certitude que nous
portons quelque chose d'essentiel pour le monde que nous siégerons au Parlement européen.
Deuxièmement, notre affirmation politique est celle-ci : lorsque l'on parle de politique
agricole, on ne doit pas se contenter de parler de production agricole. Une politique agricole,
c'est une politique qui pose la question de la production et des producteurs. Nous avons à poser la
question des productions agricoles et celle des paysans.
Le but que nous nous fixons, c'est celui d'arrêter de voir le tissu agricole se défaire, se
déliter et se dissoudre, pour défendre en effet un nombre de paysans et d'exploitations familiales
suffisantes pour que la culture agricole de la France subsiste. Car si on laisse disparaître le
nombre suffisant d'exploitations agricoles, alors on va avoir une conséquence, celle de créer de
l'irréversible.
On ne peut plus revenir en arrière lorsque les exploitations ont disparu, parce qu’en
même temps que les exploitations disparaissent, ce qui disparaît aussi c’est un savoir-faire,
une culture, une présence, des habitudes, des gestes, des savoir-faire, dans la société, la commune
dans laquelle on vit.
Cela est irréversible et nous avons donc le devoir d’y prendre garde. C'est ce qui fait
une coupure à l'intérieur de l'Europe, entre deux visions de la politique agricole : entre
d’un côté ceux qui ne s'intéressent qu’aux productions et donc qu’aux marchés, et
de l’autre ceux qui s'intéressent aussi aux producteurs et donc à la défense du tissu
agricole, et nous c'est là que nous serons.
Tous les élus qui sont avec nous, s'engagent autour de cette idée. Nous avons à défendre les
exploitants et les exploitations autant que les productions. C'est la raison pour laquelle
l’enjeu mondial et un enjeu de tissu agricole. Alors, nous nous prononçons clairement pour
une orientation qui est, à mon sens, la seule défendable : c'est l'organisation des marchés et non
pas l'abandon aux marchés.
Il y a deux options : ceux qui considèrent que l'on doit accepter l'abandon aux marchés, et
ceux qui considèrent que l'on doit restaurer l'organisation des marchés, organisation qui, jusqu'à
maintenant, était abandonnée depuis de nombreuses années. C'est là que nos élus se trouveront.
C'est dans cette orientation qu'ils vont se battre.
Je voudrais dire pourquoi il faut défendre -comme vous l'avez dit Monsieur Limouzin-
l'organisation des marchés. C’est parce que c'est le seul moyen d'avoir des prix
rémunérateurs, sans avoir à faire appel aux contribuables pour obtenir des subventions
compensatoires à la baisse des prix. Le seul moyen d'obtenir des prix convenables, d'avoir
l'assurance de nourrir la population, c'est l'organisation des marchés.
Il faut voir les grands tournants historiques. Jusqu'à il y a cinq ans, l'affirmation que
j'aurais faite devant vous en prononçant les mêmes phrases aurait été un voeu pieu, parce
que… Je ne vais pas prendre la place de Marcel Mazoyer et faire un cours d'agronomie
générale, mais je vais tout de même dire quelque chose :
Je reviens à cette réflexion générale, mais c'est une réflexion de très grande importance, à
mes yeux… Si vous voulez avoir l'assurance de nourrir la population, et si la population
consomme 100, vous ne pouvez pas programmer de produire 100, parce que si vous voulez être assuré
d'avoir 100 dans vos greniers, il faut programmer de produire 120 ou 130 et pas 100, parce qu'il
n'y a pas que des bonnes années. Il y a des aussi de mauvaises années, pour des raisons climatiques
ou autres.
Jusqu'à maintenant, la question de l'organisation des marchés était donc empoisonnée par
celle de la surproduction et c'était un cauchemar pour tous les gestionnaires politiques qui
avaient à bâtir des politiques agricoles.
Que fait-on des surplus, notamment céréaliers ? Parce que les 20 ou 30 en plus, ce n'est pas
dans la production de lait -on sait vaguement combien une vache produit de lait- mais en production
de céréales. Là, vous ne pouvez pas garantir les résultats.
La question des surplus était une question invivable. Il fallait acheter les surplus, les
stocker. On ne savait pas quoi en faire. Il fallait les bazarder dans les marchés. On était devant
une situation impossible à gérer.
Depuis quelques années, à mon sens, cette question ne se pose plus car on a découvert qu'un
certain nombre de productions agricoles pouvaient être utilisées, pour les surplus et pour les
quantités que l'on voulait, de manière industrielle : agro-carburant, agro-industrie, demain
biomasse comme vous l'avez très justement évoqué. On a devant nous, pour la première fois de
l'histoire de l’humanité, la possibilité de gérer sans drame la question des surplus,
notamment en matière céréalières, sans avoir à jeter, sans avoir à basculer des bennes dans les
rivières. On a le moyen d'utiliser, pour le bénéfice de l’humanité, les surplus agricoles qui
sont naturels, quand on veut garantir la sécurité alimentaire, d'une partie de l’humanité, en
tout cas de notre partie de l’humanité.
Ceci est, pour moi, une révolution. Si l'on veut bien y réfléchir, on a désormais les
instruments de la gestion. L'organisation des marchés, ce n'est donc plus désormais un rêve
impossible à atteindre et qui coûte extrêmement cher. C'est une faculté qui nous est ouverte de
manière à pouvoir garantir la sécurité alimentaire et les prix nécessaires pour les agriculteurs.
Voilà le premier point.
Dans le même sens, deuxième élément… Je suis très fâché -je ne sais pas vous- contre la
décision prise ou en gestation de mettre un terme aux quotas laitiers, parce que c'est toujours de
l'organisation des marchés dont on parle.
Au début des années 80, j'étais au cabinet du ministre de l'agriculture de l'époque (cela ne
nous rajeunit pas et lui non plus !)… Et, donc, je me souviens à quel point c'était
révolutionnaire, les quotas laitiers, à quel point c'était sujet à émeutes presque, dans les
campagnes. Heureusement que l'on a fait cela ! Cela a permis à un très grand nombre d'exploitations
agricoles de vivre, de se transmettre, de se développer, notamment dans les zones les plus
difficiles, je pense en particulier aux zones de montagne.
Abandonner l'organisation de la production que représentent les quotas laitiers avec garantie
de survie pour les exploitations pour passer au marché, cela veut dire que vous rayez d'un trait de
plume l'ensemble des petites exploitations laitières, notamment dans les zones les plus , et les
zones les plus fragiles ce sont évidemment les zones de montagne.
On nous dit : « on donnera des compensations ». La vérité est que les compensations ne
dureront pas et il se passera ce qui est arrivé dans d'autres secteurs : au bout d'un certain
temps, les compensations deviennent des primes, des aides abusives. Les contribuables ont le
sentiment qu'on les vole, en aidant la production et les exploitations.
Je considère que l'on doit se battre pour défendre la pérennité des exploitations que
représente le système d'organisation de la production que l'on avait mis en place. Si c'est notre
spécificité dans la campagne, cela le sera. Cela mérite qu'il y ait des gens qui se battent pour
défendre les agriculteurs et pas seulement pour faire baisser les prix des produits, d'autant que,
comme cela a été rappelé à très juste titre -par vous madame- la vérité est que les produits
agricoles occupent une part assez faible dans le prix des produits alimentaires. Le prix de la
matière première, c'est une part assez faible et il me semble que cela mérite que l'on défende des
prix rémunérateurs par des systèmes d'organisation.
Je ne crois pas beaucoup à l'idée que les prix seront régulés à l'échelon international. En
revanche, je crois à l'organisation des marchés qui s'autorégulent, et cela on l'a vu fonctionner
depuis trente ans.
Je veux aller un peu plus loin sur une question qui a été posée, qui était celle de la
spéculation sur les matières premières agricoles. J'ai entendu qu'on allait la supprimer. Je veux
simplement alerter sur un point : les marchés à terme sont indispensables pour qu'un certain nombre
de producteurs puissent vendre leurs récoltes avant que la récolte ne soit dans les silos. Vous
avez donc besoin de marchés à terme, mais ces marchés à terme doivent être régulés pour éviter la
spéculation.
Je pense que la régulation des marchés à terme -on en a beaucoup discuté avec Jean
Peyrelevade encore cette semaine- est tout à fait accessible dès l'instant que l'on veut bien avoir
une autorité internationale qui s'en occupe. On a fait une régulation des marchés à terme sur un
certain nombre d'autres produits. Je pense qu'on peut ou que l’on devrait l'envisager aussi
pour les produits agricoles afin d’éviter les pics et les effondrements que nous avons connus
ces derniers temps. Donc, je suis pour la régulation des marchés à terme.
Je veux dire un mot de la question qui a été posée sur le « bio ». Je ne suis pas tout à fait
d'accord avec votre chiffre. C'est vrai que la production « bio » représente une part faible de la
production agricole totale. Je pense que c'est plutôt 3 pour cent, dans un pays comme la France,
peut-être 2,8 pour cent ou quelque chose comme cela, mais pas 0,5.
Je veux attester de quelque chose qui me surprend : il y a dix ans, le « bio » c'était
militant, c’était du militantisme et, parfois, dans les campagnes c’était regardé comme
marginal.
Moi, je constate aujourd'hui que beaucoup d'agriculteurs conventionnels sont en train de se
poser la question d'une conversion de leurs exploitations à des pratiques qui sont des pratiques
d'un autre ordre, raisonnées pour les unes et, carrément « bio » pour les autres. Beaucoup d'entre
eux affirment qu'ils ont trouvé un meilleur équilibre économique dans ces modes de production,
alors qu'ils ne le trouvaient dans les modes de production antérieurs.
J'étais hier dans l'Ain. Pierre Cormorèche, un nom qui dira quelque chose à beaucoup d'entre
vous, était un responsable agricole. Son frère Henri s'est mis à la production de blé « bio » et il
parvient dans cette production à faire 60 quintaux à l'hectare, ce qui est stupéfiant pour
quelqu'un qui vient de la pensée agricole traditionnelle ; et comme il perçoit environ 20 à 25 pour
cent de plus, il trouve un rendement à son exploitation qu'il n'avait pas jusque-là parce que les
intrants sont extrêmement limités -il met seulement des composts- et on se trouve dans une
situation de production extrêmement changée.
Je crois -je veux le dire devant vous- que nous sommes devant une inflexion de la production
agricole et que cette inflexion doit être accompagnée par la PAC et par les choix politiques
nationaux. Il me semble qu'il y a, là, quelque chose de tout à fait positif et de tout à fait
heureux pour les agriculteurs, pour les sols et pour l'équilibre économique.
Naturellement, je sais que cela ne se fait pas d'un coup de baguette magique, mais je voulais
le dire devant vous pour que le « bio » ne soit plus dans la marginalité qui était celle dans
laquelle il était enfermé jusque-là. Voilà pour les grands choix agricoles.
L’Europe doit rééquilibrer le marché en permettant l'organisation des producteurs
Je partage ce sentiment qui a été exprimé à la tribune, selon lequel il y a un changement à
apporter d'urgence à la législation européenne : il faut donner aux producteurs ou rendre aux
producteurs le droit de s'organiser, d'agir et de se défendre pour rééquilibrer le rapport de force
qui existe, par exemple, entre les grandes centrales d'achats et eux.
Je considère que la pénalité, la punition, l'amende de plusieurs dizaines de millions
d’euros que l'on a voulu infliger aux organisations agricoles parce que pendant l'affaire de
la vache folle elles ont organisé les producteurs pour essayer de maintenir des prix qui ne soient
pas trop effondrés, cette menace est un scandale.
Je considère normal que les agriculteurs s'organisent. Il n'y a pas là atteinte à la
concurrence, il y a un rééquilibrage nécessaire. Je demanderai à nos élus européens de défendre
cette idée que l'organisation des producteurs est un rééquilibrage nécessaire à l'intérieur du
grand rapport de forces qui est celui du marché européen.
(Applaudissements...)
Réconcilier les pêcheurs et les scientifiques par la co-responsabilité avec la
co-expertise
Je voudrais pour terminer aborder le sujet de la pêche, en exprimant plusieurs préoccupations
et orientations. J'ai écouté attentivement les réactions, tous ces jours-ci, et notamment celles
des pêcheurs, ceux qui sont sur les bateaux, des armateurs, leurs réactions aux problèmes que
rencontrent les pêcheurs du nord de la France dans le blocage ou l’organisation du blocage
des ports pour protester contre une politique de quotas qui ne leur paraissait pas juste.
Je suis frappé d'une chose : les pêcheurs ont exactement le même intérêt que les associations
écologistes les plus en pointe dans la préservation des espèces. Ils savent bien que, s'ils veulent
survivre, il faut que les poissons survivent aussi. Autrement le désert des mers qui pourrait selon
certains savants être lui aussi irréversible, serait pour eux une condamnation à mort.
Quelle est la question ? La question, selon moi, c'est que l'expertise scientifique est
extérieure à la profession. L'expertise scientifique, c'est d'autres que les professionnels, elle
tombe d'en haut et les pêcheurs discutent cette expertise scientifique.
Moi je voudrais plaider devant vous pour une orientation qui sera celle de la co-expertise.
Je considère que toute expertise scientifique dans un domaine aussi sensible que celui de la pêche
-c'est d'ailleurs une idée que j'avais défendue autrefois pour la chasse- doit réunir des
scientifiques désignés par les autorités politiques et des scientifiques désignés par les
professionnels.
Scientifiques désignés par les pêcheurs et scientifiques désignés par l’organisation
européenne doivent être co-responsables de l'expertise. À ce moment-là, il me semble que nous
aurons une perception différente des décisions qui tombent d'en haut, notamment pour ce qui est de
la gestion des quotas.
Deuxièmement, on a besoin de gestion et on a besoin de stabilité. C'est la raison pour laquelle
je plaide, comme les organisations qui se sont exprimées dans ce but cet après-midi, pour des plans
glissants par exemple sur cinq ans, avec des marges de fluctuation limitées, pour que chacun sache
quel est son horizon.
Vous êtes un patron pécheur, vous avez un bateau. Il est légitime que vous sachiez, à deux ou
trois ans, quels sont vos espoirs de production. C'est une gestion plus raisonnée, c'est une
gestion programmée dans le temps, et pas une gestion qui tombe comme un couperet.
J'ai été heureux d'entendre, et je trouve que c'est éloquent, l'idée que, par un simple
changement de calendrier, on trouve une gestion des quotas qui soit une gestion plus…
j'allais dire « durable », plus équilibrée, plus responsable, qui fasse que les quotas partant au
1er avril, l'adaptation se fasse sur les grandes pêches du premier trimestre de l'hiver et pas sur
la pêche des petits artisans locaux.
Je trouve qu'il y a là une idée intéressante, qui ne coûte pas un centime d'euro, une idée
simple comme tout. J'imagine qu'il doit y avoir de très gros intérêts derrière cette affaire-là, je
ne suis pas tombé de la dernière pluie, mais je trouve intéressant et utile de défendre une gestion
des quotas qui aillent du début du printemps au début du printemps et permettent ainsi une
adaptation plus raisonnable.
Troisième orientation : je crois très intéressant, comme cela a été dit, que la politique de
la pêche européenne soutienne des expériences avec des nouveaux moyens de propulsion notamment
l'hydrogène, des piles à combustible, plutôt que simplement des moteurs qui consomment du
combustible fossile et qui sont de surcroît extrêmement polluants parce qu'ils doivent être
extrêmement puissants.
L'idée que l'on puisse équiper un certain nombre de bateaux de pêche avec des moteurs
contemporains et même d'avant-garde soutenus par une politique d'expérimentation financée par la
politique de la pêche européenne me paraît très bonne, parce qu’en effet il est absurde de
vivre ce que nous sommes en train de vivre. On a eu des années de subventions pour construire des
bateaux, et maintenant on est entrés dans des années avec exactement les mêmes subventions,
exactement les mêmes montants, pour détruire les bateaux que l'on avait construits.
Ceci n'est pas équilibré, ce n'est pas raisonnable, ce n'est pas de bon sens et ce n'est pas
durable. On a là peut-être un moyen d'éviter cette idée.
Je termine avec la certitude exprimée par plusieurs de nos intervenants selon laquelle, dans
ces sujets si sensibles, l'Europe a désormais, comme ils l'ont dit, besoin de devenir une
démocratie équilibrée. La clef de cette démocratie équilibrée, ce sont les pouvoirs du Parlement
européen sur les décisions de l'Europe, afin que les décisions de l'Europe ne soient pas seulement
enfermées dans le dialogue entre Commission et gouvernements nationaux, comme elle l'est
aujourd'hui, mais que les représentants des peuples européens prennent leur part de responsabilité
dans la prise de décision au vu et au su des citoyens européens qui les ont élus.
Nous considérons que l'Europe aura trouvé son équilibre quand elle sera devenue démocratique.
Et la clef de la démocratie c'est la transparence. Pour que désormais tous les citoyens en ouvrant
leur journal ou en consultant Internet puissent savoir ce qui se prépare dans le cadre des
institutions européennes, dans le cadre de la démocratie européenne à laquelle ils participent, et
pour qu’ils puissent savoir ce que ceux qui les représentent votent, quels sont leurs choix,
de quelle manière ils se prononcent lorsque c'est leur destin à eux qui est en jeu.
Désormais l'Europe ce sera, sauf drames, sauf crises, une partie très importante du destin de
chacun d'entre nous, et donc c'est un droit que nous avons à défendre, le droit des citoyens à être
informés des décisions qui son prises en leur nom.
Ainsi nous aurons retrouvé, reconstruit, l'orientation profonde qui est celle de cette
famille politique à vouloir offrir aux citoyens et aux générations qui viennent un nouveau moyen
pour bâtir elles-mêmes, pour participer elles-mêmes à la définition de leur propre destin.
L'Europe c'est cette vocation, et c'est celle que nous avons l'intention de défendre devant
les citoyens.
Je suis heureux que nous ayons pu, par cette réflexion sur l'agriculture et la pêche, montrer
que précisément dans les domaines les plus sensibles, il existait un autre chemin pour l'avenir de
l'Europe et des citoyens français.
Quand on VOIT ce que mange une vache productrice de lait destiné au Saint - Nectaire (
éxemple ) et que l' on SENT ce que mange sa cousine, dont la prod. est dédiée aux grands groupes
industriels, cette histoire de quotas.... m' amuse !
j' ai apprécié la partie du discours sur le " bio " . Il faut travailler cette idée pour les
européennes.
Il faudra réfléchir aussi à la composition de nos rations quotidiennes de " gras " Européens
( j' en suis ).
Philippe
Peu question de qualité !
Posté par : phiphilac | 20 avril 2009 22:46
Et produire du lait de qualité ?
Les 12 engagements pour les Européennes 2009
Posté par : cazyv16 | 19 avril 2009 14:29
Le n°9 traite de l'agriculture.
Ne pourrait-on y ajouter la pêche? Car, compte-tenu des exposés entendus à Bouin qui
reflétaient l'actualité, ce secteur demande également la plus grande considération pour le présent
et l'avenir des femmes et des hommes qui essayent d'en vivre ainsi que pour l'environnement.
Il manque des interventions
Posté par : vladim01 | 18 avril 2009 21:36
Bonjour,
Il manque les autres interventions comme celle de Frédéric Descrozaille par exemple.
Où peut-on trouver les autres interventions ayant eu lieu lors des deux tables rondes à Bouin
?
Merci pour votre réponse.
NdM : les interventions sont progressivement mises en ligne, soyez assuré que l'ensemble des
interventions seront prochainement consultables sur le site.
Les derniers commentaires ... Tous les commentaires
Alimentation
Posté par : phiphilac | 20 avril 2009 23:13Quand on VOIT ce que mange une vache productrice de lait destiné au Saint - Nectaire ( éxemple ) et que l' on SENT ce que mange sa cousine, dont la prod. est dédiée aux grands groupes industriels, cette histoire de quotas.... m' amuse !
j' ai apprécié la partie du discours sur le " bio " . Il faut travailler cette idée pour les européennes.
Il faudra réfléchir aussi à la composition de nos rations quotidiennes de " gras " Européens ( j' en suis ).
Philippe
Peu question de qualité !
Posté par : phiphilac | 20 avril 2009 22:46Et produire du lait de qualité ?
Les 12 engagements pour les Européennes 2009
Posté par : cazyv16 | 19 avril 2009 14:29Le n°9 traite de l'agriculture.
Ne pourrait-on y ajouter la pêche? Car, compte-tenu des exposés entendus à Bouin qui reflétaient l'actualité, ce secteur demande également la plus grande considération pour le présent et l'avenir des femmes et des hommes qui essayent d'en vivre ainsi que pour l'environnement.
Il manque des interventions
Posté par : vladim01 | 18 avril 2009 21:36Bonjour,
Il manque les autres interventions comme celle de Frédéric Descrozaille par exemple.
Où peut-on trouver les autres interventions ayant eu lieu lors des deux tables rondes à Bouin ?
Merci pour votre réponse.
NdM : les interventions sont progressivement mises en ligne, soyez assuré que l'ensemble des interventions seront prochainement consultables sur le site.