Nadine Rivet, conseillère municipale de Limoges et 4ème de liste pour la région Massif Central - Centre pour les européennes, intervient lors de la première table-ronde de la Convention sur le thème "Les territoires, oubliés des politiques publiques".
- C’est un témoignage un peu différent, puisque tourné en zone urbaine. Il rejoint
toutefois celui d'Emmanuel Hervieux, puisque Jean-Marie Beaupuy m'a demandé de témoigner sur les
zones sensibles en milieu urbain et j'ai pu constater, à l'étude, que dans ces zones aussi, il y a
de graves difficultés en matière médicale. J’ai relevé un chiffre qui je livre à votre
sagacité : il y a un médecin à Limoges sur neuf qui est en zone sensible, alors que la population
de ces zones sensibles représente 22 pour cent de la population urbaine.
Si je peux qualifier Limoges, c'est une ville à la campagne avec 135 000 habitants, une
population stable. Il n'y a pas une grande originalité, mais nous avons tout de même cinq zones
prioritaires, trois ZUS et 2 quartiers prioritaires, comme je l'indiquais, près d'un quart de la
population totale.
Si l’on relève les caractéristiques de ces zones, c'est une population jeune. Un quart
des jeunes de moins de 20 ans est issu de ces quartiers. C'est une population peu qualifiée. Quatre
jeunes sur cinq ont un niveau de formation inférieur ou égal au niveau 5, donc au niveau CAP, BEP.
Si ces habitants sont salariés, ils sont en majorité ouvriers ou employés et, plus fréquemment que
les autres à temps partiel. Ils accumulent malheureusement les caractéristiques.
Ce sont des quartiers pauvres. Un de nos quartiers fait partie des 100 quartiers les plus
pauvres de France. Cela n'a pas du tout fait plaisir à notre maire, mais c'est une réalité. Le
revenu mensuel moyen est de 1,5 fois inférieur à celui du reste de la ville. Il y a deux fois plus
d'allocataires à la CAF que dans la ville. Il y a 50 pour cent des RMIstes issus de ces quartiers
et un demandeur d'emploi sur trois y réside.
Evidemment, 60 pour cent de ces habitants sont en HLM, donc, une proportion beaucoup plus
forte que dans le reste de la ville. Les familles sont plus fréquemment qu'ailleurs mono parentales
et il y a une majorité de familles nombreuses. C'est un tableau qui n'est pas très positif.
Cela nous donne une population très cosmopolite, à la limite du seuil de pauvreté, en
majorité étrangère. Vous savez que l'on ne peut pas obtenir de statistiques sur les origines
ethniques, mais on voit en se promenant dans la ville que dans ces quartiers, plus qu'ailleurs, il
y a une différence visible.
Cette concentration de population paupérisée d'origine étrangère dispose pour autant -et on
parle là d'aménagement du territoire- de services publics. Aucun de ces quartiers ne dispose
d’école, voire de collège. Il y a la Poste, une présence municipale au travers de
bibliothèques, de guichets. Il y a même des postes de police, mais il est vrai pas à temps plein,
pas tout le temps. Il faut choisir ses heures.
La question que je voudrais poser et que je vous soumets, pour lier avec la deuxième partie
du débat, est la suivante : il y a bien des services publics, des transports en commun permettant à
toutes ces personnes de venir vers d'autres quartiers, mais c'est insuffisant.
Cette concentration fait que l'on ne parvient pas à jouer la mixité. Sans utiliser des mots
trop forts, ils ne sont pas vraiment parqués, mais, au fur et à mesure que les personnes montent
dans leur niveau de vie, c'est vrai qu'elles abandonnent ces quartiers plus qu'au travers d'un
maillage par les services publics.