9 avril 2009

1ère table ronde : Intervention de Jean Lasalle

Jean Lassalle, député MoDem des Pyrénées-Atlantiques, président de l'association des populations des montagnes du monde, co-animateur de "Campagnes de France", intervient lors de la première table-ronde de la Convention sur le thème "Les territoires, oubliés des politiques publiques".


- Merci beaucoup. Chers amis, cette salle est très agréable et très agréablement remplie.

Je suis maire d'une immense ville de 155 habitants et je suis président d'une association, l'Association des populations des montagnes du monde qui réunit 76 pays, censée représenter 40 pour cent de la surface non immergée de la planète et 1,5 milliards d'êtres humains. Je ne les vois pas tous les jours !

Ce qui me sidère, c'est que je retrouve exactement les mêmes sensibilités, les mêmes impressions, aussi bien dans mon village que lorsque je suis au sommet de l’Himalaya. Je retrouve les mêmes personnes qui se ressemblent, avec les mêmes problèmes et la même volonté d'essayer de faire face.

Je fais du micro et du macro, car comme on m'a dit que c'était dans ce style qu'il fallait faire si on voulait être complet, je le fais très imparfaitement.

Je trouve les mêmes joies, mais également la même tristesse profonde qui parfois m’atteint.

Emmanuel Hervieux, votre exposé était émouvant et d'une émotion que l'on ne peut que partager.

C'est vrai que l'on se demande qui va nous soigner.

Après tout, on se relève d'un tribunal qui ferme, car personne n'est pressé d'être jugé, mais on a du mal à surmonter le départ à la retraite de son médecin et on a du mal à imaginer que, dans l'un des pays les plus avancés du monde sur le plan de l'intelligence, celui qui a découvert les droits de l'Homme, celui qui au fond n'est pas un des plus pauvres de la planète, on en soit arrivé à imaginer que l'on pouvait faire accoucher les femmes dans un établissement situé à 2 heures et demi de l'endroit où elles portent leur grossesse. C’est arrivé chez moi cet été. Je me suis battu comme un désespéré et j'y suis arrivé.

Je crois que tout le monde connaît le problème des services publics qui partent. Ce qu'il faut, c'est voir ce que l'on peut faire. Il y a tout d'abord une très profonde souffrance, un très grand désarroi extrêmement difficile à prendre en compte et contre lequel, il est difficile de lutter.

J'ai toujours cru - je suis maire depuis 32 ans - que le plus important et difficile était de constituer des équipes et qu'avec elles, on pouvait arriver à inverser le cours des choses. Cela a été vrai, mais, peut-être car j'ai dépassé la cinquantaine, j'ai de plus en plus de mal. Je vois des maires déjà fatigués au bout d'un an de mandat. Ils ont du mal à réunir leur conseil municipal, au bout d'un an de mandat.

J'ai vu un maire qui en pleurant m'a dit : "Je suis heureux, j'ai fait le travail pour cette année. Je viens enfin de faire le budget. Maintenant, tant pis..." Où sont les projets de territoire ? Où sont ces projets qui donnent de l'espoir, qui subliment et qui donnent une espérance ? (Applaudissements...)

Chez moi, ce n'est pas difficile, je suis député d'une zone qui est dans un sanctuaire, à 90 pour cent, sanctuarisée avec toutes les directives et lois que nous avons pu prendre. Il est pratiquement impossible d’y entreprendre quoi que ce soit. Les personnes se sont très naturellement portées vers la protection de la nature et ne comprennent pas qu'on ne leur fasse plus confiance.

Pas très loin, parfois à 50 km, on tombe sur une cage à lapins… Je me dis parfois : est-ce que notre pays est condamné en 2010, 2015, 2020 -toutes ces dates qui nous fascinaient lorsque nous avions 5 ou 6 ans- à devenir un immense territoire où les cages à lapins le disputent aux territoires sanctuarisés ?

N'y a-t-il pas moyen de contrer cela ?

C'est la raison pour laquelle nous avons entrepris une démarche avec beaucoup d'espoir. Elle m'a boosté. François me disait : "Il faut que tu la fasses". Je l'ai fait avec André Chassaigne et on m'a dit : "Pourquoi tu fais cela avec lui et pas seul ?" J'ai répondu : "Si je fais cela tout seul, il faut que je parle 15 fois du développement durable avant de parler du mot campagne à Paris, je vais être "poujadisé" dans le mois qui vient et comme lui avait la même sensibilité, il n'y a aucun risque qu'il me prenne la palme, car s'il veut le faire seul, il le sera … en 15 jours.

Nous avons rejoint nos souffrances. Nous nous sommes rapprochés d'historiens. Nous avons pris des ouvrages très rares à l'Assemblée Nationale et nous nous sommes penchés sur les cahiers de doléances pour voir ce qui avait pu démarrer un mouvement aussi important, il y a 200 ans. Nous avons été surpris.

Ceux qui les ont lus ont été impressionnés par leur contenu qui était d'autant plus puissants, fort et vrai que c'étaient des personnes qui n'avaient jamais parlé et c’étaient dans les zones qui souffraient le plus que les gens disaient le plus de choses vraies. Bien sûr, ils étaient encadrés, à l'époque, par ce qui restait encore de monarchie, par la bourgeoisie et le clergé, mais des choses avaient surgi.

Nous avons étudié les États généraux, pas ceux que l'on ouvre à 9 heures et demi le matin pour les finir à 16 h 30 en ayant déjà tout préparé. Nous avons voulu voir comment donner la parole à ceux qui voudraient tant la prendre et qui ne peuvent jamais le faire et qui finissent par en perdre l'usage, car au moment où les technologies sont les plus développées, on n'a jamais aussi peu parlé qu'aujourd'hui.

On s'est demandé comment parler. Dans un premier temps, on va parler de ce qui s'est passé au cours des 30 dernières années, car c'est là que l'on est le mieux. Imaginez ce que l'on peut faire est plus dur, mais ce sera dans une deuxième étape.

Ce qu’il faut, c’est retrouver une conscience et, à partir de là, un sentiment de responsabilité qui va si bien avec ce principe de subsidiarité qui nous est si cher et montrer que l'on peut redevenir, tous, les acteurs de notre propre destin et que nous pouvons tous y jouer un rôle déterminant et ce n'est pas fait pour dresser les hommes des campagnes contre ceux des villes qui sont accablés de problèmes, encore moins contre ceux des banlieues qui ont exactement les mêmes problèmes que nous.

C'est pour leur permettre d'échanger ensemble et, ce que nous essayons de faire au niveau des populations des montagnes du monde, c'est la même chose : détecter des talents, voir avec eux comment ils peuvent gérer des problèmes, tels que ceux de la gestion de l'eau, qui ne sont pas très loin de nos préoccupations, et comment ils peuvent, non pas en les évangélisant et les sermonnant à grand coup d'immigration interdite ou la pire des hypocrisies, d'immigration choisie, comment on peut inventer un projet leur permettant eux aussi de prendre conscience, de se responsabiliser pour rester dans leurs villages, campagnes d'Afrique, villes et villages d'Amérique du sud au lieu de terminer tous dans les banlieues...(Applaudissements…)

Voilà quel est le sens de la démarche. Je souhaite beaucoup de succès à Jean-Marie Beaupuy.

Je sais le combat qu'il mène pour donner de l'Europe l'image dont nous rêvons tous et je souhaite que toutes nos listes fassent suffisamment de voix pour qu'un homme de la qualité de Gilles Artigues puisse trouver un siège de député européen.

Je vous remercie.


Les derniers commentaires ... Tous les commentaires

Bravo Jean !

Posté par : Canard_Orange | 10 avril 2009 19:50


Mon titre résume sa grandeur de lucidité. L'eau, manger, se loger. Jean est déconcertant de simplicité quand il parle des paysans qui nourrissent, mais qui ont parfois du mal à se nourrir.
Il rejoint la notion exposée par F. Bayrou qui parle d'industrie laitière en GB nécessitant 500 vaches et seulement que 3 personnes. Figurez-vous que vous pouvez maintenant investir dans une vache que vous louez pour exploitation à votre fermier préféré. Surtout à celui qui se sera fait plumé par les prêts d'une installation et qui ne peut plus augmenter le cheptel.
Stop à l'infantilisation des producteurs de toutes sortes !
Bravo Jean !
Christian