9 avril 2009
Jean-Philippe Chabannaud, directeur de l'action sociale de la ville de Blois, président de l'association du réseau d'acteurs, des plate-formes, espaces et maisons des services publics, intervient lors de la deuxième table-ronde de la Convention sur le thème "Quel modèle de services publics en France et en Europe ?".
- J'interviens surtout sur le second aspect, le premier étant plus professionnel, même si
c'est lors de la venue de François Bayrou à Blois en 2002 que j'ai adhéré à l'UDF.
À l'époque, mes amis se sont gaussés de moi - le mot est même un peu faible, car je viens
d'un milieu de gauche - et, dimanche dernier, j'avais un repas avec à peu près les mêmes personnes
et beaucoup se sont tournées vers moi et m’ont dit : "Il est bien Bayrou tout de même !.."
(Rires…)
Je voulais également parler de la crise, car nous sommes en plein dedans et, selon moi, ceux
qui pensent que, dans un an, se sera terminé se trompent du tout au tout. Nous allons changer de
modèle économique et les Français - à l'échelle européenne, cela se vérifie également - ont un
grand désir de retour vers un État régulateur. Il est très important que l'État puisse jouer ce
rôle.
Malheureusement, en France, avant de parler de la proximité, on a un État à la fois arrogant
et impuissant dans les domaines qui le concerne : arrogant, parce qu’il a encore la volonté
d’édicter des lois qu'il est incapable de mettre en œuvre réellement sur le terrain.
Par exemple, on fédère à peu près 400 maisons de services publics représentant à la fois
l'urbain et le rural, que ce soit au niveau de la DIACT, qui est devenue une coquille un peu vide -
rappelons-nous les grandes années de la DATAR, nous en sommes bien loin - ou de la DIV. La semaine
dernière, j'ai eu une réunion avec la DIV pour la subvention 2009 où le débat était : "Aurons-nous
des subventions cette année ?". Nous sommes vraiment dans un système complètement exsangue.
Je voudrais également dire un mot du plan. Tout à l'heure, on parlait de la planification.
Entre le Gosplan et le tout marché, il y a tout de même peut-être la place pour un plan régulateur.
Je n'ai jamais été de tradition gaulliste, mais je crois qu'il y a vraiment une planification à
mettre en place de manière dynamique, décentralisée et plus proche des citoyens. Il faut revenir à
des planifications audacieuses pouvant faire ressortir les modèles territoriaux.
Cela a été dit par d'autres intervenants. Il ne faut pas opposer l'urbain et le rural. Il est
souvent de bon ton de dire que ce sont des problématiques différentes. Non, ce sont deux lieux de
relégation. Que ce soit dans les quartiers d'habitat social, type PRU ou politique de la ville, ou
dans des communes ayant perdu tout service public, il y a un même besoin d'égalité républicaine, de
faire revenir une plénitude du service public. C'est peut-être à faire sous des formes renouvelées
en mutualisant plus, mais ce besoin existe et, ce qui fait la spécificité de l'association des
plates-formes, espaces et maisons de services publics que je préside, c'est que nous sommes
persuadés que ce sont les élus qui doivent se prendre en charge.
J'ai été très intéressé par le témoignage de M. Rodier sur la nécessité d'être acteur du
développement. Même s'ils ne peuvent pas tout, les élus ont un rôle fort à jouer et peuvent peser
face à l'État.
À mon avis, on a trop brièvement évoqué les problèmes de la poste. Je trouve que trop
d’élus se couchent devant la direction de la Poste. La Poste a des obligations, en termes de
péréquation des territoires. (Applaudissements…)
Elle ne peut pas se retirer, en disant : "Vous aurez l'agence postale ou rien" ou, pire "vous
aurez le drugstore, le bar postal" qui est la négation du service public et misérable par rapport
aux enjeux que recouvre l'équilibre du territoire. Là, je pense que les élus ont un rôle fort à
jouer.
Qu'est-ce qui nous caractérise ? Pour notre part, nous partons, plutôt du service public, du
besoin des publics. Nous pensons que, dans chaque territoire, les besoins sont divers et qu'il y a
une nécessité d'avoir des politiques de proximité, afin que le service public corresponde bien aux
besoins des différentes populations, que ce soit par rapport aux problèmes de jeunesse, de
vieillissement ou de la petite enfance qui sont extrêmement prégnants.
Actuellement, je suis très inquiet, lorsque je vois les projets du Gouvernement qui iraient
vers la suppression de l'école maternelle. Le dernier projet Darcos enterre, en gros, l'école
maternelle, ce qui serait un crime, lorsque l'on connaît la richesse de l'école maternelle en
France.
La proximité veut dire qu'aucun projet n'est identique à un autre. On estime que le service
public n'est pas le même dans tous les territoires, même si, là, il y a un problème d'égalité des
territoires. Chaque territoire a sa spécificité et ce n'est pas un handicap, mais plutôt un atout.
La singularité veut dire que l'usager doit être pris dans la globalité de ses problèmes.
Actuellement, on vit une période de crise terrible. Nous sommes assaillis de demandes dans tous les
services sociaux. Il faut avoir une réponse adaptée pour chaque personne, afin qu’elle ait
ressorte d'un entretien avec une réponse complète à l'intégrité de ses problèmes. Cela signifie
inventer de nouveaux métiers de développeurs locaux dans les milieux ruraux et d'agents de
développement social en ville, afin que l'accueil soit, en lui-même, une réponse et non pas
trimbaler les personnes de service en service avec tous les éléments de désespérance que cela crée.
On connait cela dans beaucoup de ville. Il faut donc créer de nouveaux métiers et être plus à
l'écoute des besoins du public.
Le dernier thème est celui de l'universalité. Il faut absolument qu'il y ait une coopération
entre les différentes institutions. Dans nos maisons de services publics, coopèrent souvent les
villes, les départements, la CAF, l'URSSAF, le pôle emploi, de manière à ce qu'une synergie se crée
entre les agents.
En plus, il y a un aspect économique, car c'est souvent source d'économie financière, dans la
mesure où l'on a, sur un même plateau technique, un accueil mutualisé. Ce sont les problèmes du
front office et du back office qui permettent de poser beaucoup mieux les réponses.
Voilà, en gros, ce que je pouvais dire pour vous présenter le sujet, mais je voulais surtout
insister sur le fait que c'est aux politiques de reprendre la main sur ces sujets - je pourrais y
revenir plus tard pour vous donner des précisions - et qu'il faut introduire, dans les maisons de
services publics, toute la vie associative actuellement très importante pour l'équilibre du
territoire. Personnellement et je ne dois pas être le seul, j'ai énormément de craintes par rapport
à la déliquescence du lien social que pourrait créer la crise.