9 avril 2009
Vanik Berberian, Maire de Gargilesse-Dampierre dans l'Indre, président national de l'association des maires ruraux de France, intervient lors de la deuxième table-ronde de la Convention sur le thème "Quel modèle de services publics en France et en Europe ?".
- Pour aller à l'essentiel, je vais me limiter à deux, trois points.
Lorsque l'on regarde derrière moi, on se dit : "Heureusement que cela a été enclavé pendant
longtemps" et, après que, ce constat n'est peut-être pas suffisant et qu'il faudrait peut-être
parler de la notion de désenclavement.
Sur le terme désenclavement, lorsque l'on est rural, on a en général l'habitude de considérer
que c'est le rural qui doit se désenclaver pour aller vers la ville. Or, cette notion est valable
dans les deux sens. Un quartier, cela se désenclave de la même manière et, dans une situation où
l'on a un urbanisme explosif, la notion de désenclavement s'impose. C'est vraiment de première
importance.
C'est donc une nécessité pour la ville, pour la campagne, mais avant de parler de
désenclavement, attention à ne pas réenclaver. Actuellement, c'est ce qui est en train de se
passer. On réenclave. Je m'explique : lorsque la SNCF supprime des arrêts de train dans les gares
secondaires, elle enclave. Lorsque France Télécom met uniquement des pylônes sur les endroits
rentables et oublie le reste, elle enclave le reste.
Aujourd'hui, c'est un constat que l'on peut faire sur un bon nombre de services publics. La
tendance est tout de même à la concentration. Cela nous est vendu avec l'idée de réaliser des
économies d'échelle, mais cela reste à démontrer. En réalité, on se rend compte que les choses sont
de plus en plus compliquées et s'éloignent de nos citoyens.
Avant de parler de désenclavement, donc attention à ne pas réenclaver et pour cela, on a des
outils. Nous en avons eu un exemple tout à l'exemple. Des documents qui ont également été signés et
élaborés. Je pense notamment à la charte des services publics, signée par tous les opérateurs, y
compris la SNCF, mais elle n'est pas respectée. Lorsque ces documents ne sont que des documents de
bonnes intentions, il y a problème.
Pour nous ruraux, la notion de l'Europe est un peu compliquée. On a bien conscience que c'est
une nécessité et que c'est très utile - nos agriculteurs le savent pertinemment -, mais c'est
également vécu comme une entrave. Ils feraient mieux de s'occuper des grandes infrastructures,
plutôt que de tergiverser pendant des heures sur le pourcentage de matière grasse dans le fromage.
Une phrase dans la liturgie bruxelloise nous inquiète toujours. C'est la notion de
concurrence libre et non faussée. Cela ne peut être le seul émetteur de la politique.
Particulièrement dans des zones économiquement peu rentables, vous comprenez que l'on soit
particulièrement attentif à ces notions.
C'est un sujet sensible et, au cours de cette campagne, nous avons la nécessité de
réenclencher une autre perception vis-à-vis de l'Europe. C'est indispensable.
Puis, puisque je suis un peu précis sur la question de la poste et des NTIC, le
désenclavement, c'est également celui des mentalités. Lorsque l'on dresse ainsi une longue liste de
tout ce qui ne va pas dans les territoires ruraux, et la liste peut être longue à un moment donné,
on est dans l'incantation et il ne faut pas se contenter de ces remarques. Il faut aller plus loin,
quitte à déplaire.
Tout à l'heure, il a été abordé la question de la poste. J'ai commencé à m'intéresser aux
questions relatives à la poste en 1989, lorsque j'ai été élu maire. Au mois de juin, arrive un
jeune directeur de la poste, tout fringant, et il me dit : "Monsieur le Maire, on va fermer votre
bureau de poste la moitié de la semaine".
Je précise que, mon village, c'est Gargilesse, c'est-à-dire un des villages faisant partie de
l'association des plus beaux villages de France comme Montpeyroux, qui a donc une activité
touristique.
Lorsque ce monsieur est venu et m'a dit qu'il allait fermer, au mois de juin, le bureau de
poste, j'ai dit : "Je ne comprends pas. Vous voulez flinguer le bureau, si vous le fermez au mois
de juin. Vous voyez la porte ? Vous la prenez et vous partez". Notre rencontre s'est terminée là.
Depuis, je me suis intéressé à la question de la poste, ce qui fait que je suis le Président
de la CDPPT, membre de l'Observatoire postal, etc.
À un moment donné, il faut arrêter l'incantation. La crise nous oblige à regarder les choses
de manière un peu différente. Je vous assure que, dans certains cas, la notion d'agence postale
communale, c'est mieux qu'un bureau qui ne fonctionne pas. Il faut avoir le courage de le dire.
Pendant 20 ans, j'ai été contre, mais aujourd'hui, je ne raisonne plus de la même manière,
car les enjeux ne sont plus les mêmes et la situation de la poste n'est plus aujourd'hui celle
qu'elle était il y a quelques années.
Lorsque je dis qu'il faut désenclaver les mentalités, c'est également cela, c'est-à-dire
peut-être s'habituer à regarder les choses un peu différemment avec la volonté de mutualiser.
Pour finir, je voudrais juste dire un mot sur les nouvelles technologies. On a parlé des
routes, des autoroutes, du train, de la télémédecine. On est en plein dans les technologies de
l'information. C'est indispensable et c'est sur cela que doivent porter les efforts.
Moi, que l'Europe vienne paver mon village, je m'en moque. Je peux paver d'une autre manière,
mais avoir accès au haut et très haut débit, c'est indispensable. Aujourd'hui, on nous dit que cela
participe à l'attractivité des territoires, mais on n'en est plus là. Ce n'est plus la question de
l'attractivité des territoires, mais du maintien de l'activité dans les territoires. Il nous faut
le très haut débit tout de suite.