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29 mars 2009

Introduction de la Convention : "la France et l'Europe face à la crise" avec François Bayrou

La convention thématique européenne "la France et l'Europe face à la crise" a débuté par une présentation du thème de cette réunion publique. L'introduction a été réalisée par François Bayrou. Marielle de Sarnez et Stéphane Cossé ont poursuivi.

François Bayrou : Je suis très heureux que nous nous retrouvions ce matin, décalage horaire aidant, pour ouvrir ensemble cette réflexion sur l'Europe face à la crise.

La crise donne bien entendu tout son sens à l'engagement européen qui est le nôtre. Cette aventure ou cette idée européenne - qui est, comme chacun d'entre nous le sait, le vit, une des plus grandes aventures qui aient été construites dans l'histoire de l'humanité -, pendant longtemps, a enthousiasmé, puis a fait se poser des questions.

Aujourd'hui, les questions, semble-t-il, ne sont plus de mises parce que nous avons vérifié, devant le grand orage de la crise, que le chacun pour soi était une impasse, que les efforts qui ont été faits en ordres dispersés, en réalité, apparaissent comme des efforts vains. Donc, nous sommes maintenant devant, à la fois la justification de cette grande entreprise, cette grande aventure ou ce grand idéal européen et notre responsabilité. C'est dans ce cadre que vont se dérouler les élections européennes.

Naturellement, il n'échappe à aucun d'entre nous que ces élections viennent aussi dans un moment d'interrogation national, de question sur la France, à la fois sur le projet de société qui est en train d'être mis en place, sur la société elle-même avec ce débat qui est extrêmement symptomatique sur le dérapage d'un certain nombre de rémunérations qui apparaissent aujourd'hui indécentes, extraordinairement choquantes, pour tous ceux qui ont du mal à joindre les 2 bouts, sans justifications pour la plupart d'entre elles et même scandaleuses, lorsque ces rémunérations incommensurables interviennent dans des entreprises qui sont en grandes difficultés, qui licencient, qui perdent, qui ont besoin des aides de l'État. Ce n'est pas un sujet circonscrit, ce n'est pas un sujet à part. C'est le sujet même du projet de société qui est le nôtre, de ce que l'on est en train de mettre en place en France et, donc, ces deux grandes questions : qu'est-ce que les Français ont à dire de la France ? Qu'est-ce que les Français ont à vouloir de l'Europe ?, forment naturellement le cœur de la réflexion du sujet de ces élections européennes.

Je suis très heureux - Marielle va vous les présenter, mais vous les connaissez pour un certain nombre d'entre vous - d'accueillir ceux qui vont aujourd'hui nous aider à cette réflexion et je vous suis très reconnaissant de leur manifester par vos applaudissements. Merci beaucoup.

(Applaudissements…)

Marielle de Sarnez : Merci beaucoup, François. Je suis très heureuse d'ouvrir cette première convention.

Vous savez qu'elle sera suivie de sept autres conventions. Nous avons décidé de placer la question du contenu et de nos propositions pour la France et pour l'Europe au coeur de la campagne. Nous aurons donc un cycle de huit conventions dont les prochaines seront décentralisées dans les régions françaises. La prochaine aura lieu le 9 sur des questions d'aménagement du territoire, de solidarité, de service public. Ensuite, une autre aura lieu sur les questions de l'agriculture et de pêche, puis sur les questions d'Europe sociale dans la grande circonscription du Nord-Ouest et ainsi de suite chacun des thèmes sera décliné. L'ensemble de ces conventions a été préparé par, et je veux leur rendre hommage ici, les 16 groupes de projet que nous avons mis au travail, qui se sont mis au travail depuis le mois d'octobre. On peut les applaudir parce qu'ils ont fait un travail formidable.

(Applaudissements…)

Plus de 3 200 adhérents participent à ces travaux de fond. Je suis extrêmement heureuse de leur dire ici combien c'est important. Le groupe avec lequel nous avons préparé cette convention est présidé par Jean Peyrelevade qui me demande de l'excuser parce qu'il n'est pas à Paris ce matin, mais c'est Stéphane Cosse qui va le remplacer aux pieds levés parce qu'il a travaillé avec lui. Ce groupe a travaillé sur les questions économiques et monétaires. Il nous a donné un rapport d'étape, il y a à peine quelques jours, extrêmement dense avec de très nombreuses propositions.

Vous aurez ce rapport sur Internet, demain matin. C'est un rapport soumis à discussion pendant les semaines qui viennent. Vous pourrez l'amender, le corriger, le faire votre, l'améliorer.
Je voudrais demander à Stéphane Cossé de présenter rapidement ce document que vous trouverez demain matin sur le site Internet, en le remerciant encore du travail formidable de ce groupe de travail.

Stéphane Cossé : Merci beaucoup, Marielle. Je suis très heureux de présenter les résultats de ce groupe de travail. Nous avons été très nombreux. Il y a eu plus de 500 adhérents qui se sont mobilisés. Nous avons tenu plus d'une trentaine de réunions en 6 mois. Jean Peyrelevade s'est déplacé en province à de nombreuses reprises pour échanger avec les militants.
Pour nous, un succès notamment sur les idées aussi que nous avons cherché à développer au cours de ce groupe projet.

Nous avons eu un constat. Le premier, c'est que nous devons mettre fin à un modèle économique basé sur l'autorégulation. Il faut absolument le changer le modèle américain basé sur l'autorégulation, mais le changer comment ? Nous pensons que l'Europe peut être ce vecteur de construction d'un nouveau modèle. Nous avons surtout pris le modèle, l'exemple de l'Euro.
L'Euro est, pour nous, l'exemple même d'une situation où l'Europe peut montrer qu'elle est un succès, qu'elle est forte, qu'elle peut avoir de l'influence.
Je voudrais insister sur six recommandations que nous avons prises plus particulièrement.

Premièrement, il faut que l'Europe réponde à l'urgence et, pour cela, nous proposons un plan de relance, un nouveau plan de relance, qui porte à la fois sur la consommation et l'investissement, un plan de relance qui donne confiance en l'avenir. Ce plan de relance, nous proposons de le financer par un emprunt européen plus particulièrement.

Deuxièmement, ce plan de relance doit être autour de la croissance verte. Nous pensons que les vecteurs  d'emploi peuvent se faire autour de la croissance verte. Troisièmement, pour cet emprunt européen dans la continuité de l'Euro, nous pensons qu'il faut une gouvernance économique européenne solide. Très concrètement nous proposons la création d'un conseil de la politique économique qui joue ce rôle de coordination entre la politique monétaire et la politique budgétaire. C'est un grand absent du système actuel.

Quatrièmement, nous proposons de mettre enfin la finance au service de l'économie réelle. Nous proposons ainsi une charte européenne des principes fondamentaux à respecter en matière bancaire et financière, que l'Europe se retrouve, dans une charte, sur quelques idées fondamentales comme la création d'un régulateur financier commun, comme l'obligation de réguler tous les acteurs financiers, comme la séparation stricte des métiers bancaires et financiers. Toutes ces mesures, vous les retrouvez dans notre document que nous allons mettre en ligne.
Cinquièmement, nous pensons que la concurrence en Europe ne saurait être une fin en soi, mais bien un outil pour organiser le marché. C'est pour cela qu'il ne saurait y avoir de concurrence fiscale déloyale. Nous insistons aussi beaucoup sur l'harmonisation, la fiscalité, l'épargne et l'harmonisation de la fiscalité sur les sociétés.

Enfin, dernière recommandation, si l'Europe parle d'une seule voix comme nous le proposons, si nous arrivons à nous organiser, nous serons en mesure d'influer sur une nouvelle mondialisation régulée. Cela, c'est très important. Notre modèle, nous pouvons aussi l'influencer à travers le monde, à travers cette mondialisation régulée, nous pouvons structurer ainsi la régulation mondiale à travers les organisations comme le FMI, la Banque mondiale. Vous verrez de façon concrète comment nous le proposons. Nous proposons enfin, notamment dans cet exemple, de mettre fin au G8, d'institutionnaliser un G20 ou de créer un conseil de la sécurité économique où, par exemple, l'Afrique puisse se faire entendre.

Telles sont, Marielle, les six recommandations.

Marielle de Sarnez : C'est un travail extrêmement dense qui a été construit par cette Commission. Ces propositions sont maintenant sur la table et c'est à vous de vous en saisir pour les quelques semaines devant nous, sachant que nous aboutirons sur le projet que nous présenterons courant du mois de mai. Un grand merci, car ces propositions sont de qualité et je suis sûre que certaines d'entre elles vont ouvrir le débat.

Lien(s) :
| Mots clés : bayrou  marielle de sarnez  convention thématique 


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