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9 juin 2008

Intervention de Sandro GOZI, député du Parti démocrate italien

Seul le prononcé fait foi.

Merci. Il est vrai que, en écoutant les intervenants précédents, on ne peut pas dire que le scénario est très rose dans notre Europe aujourd'hui. On voit aussi qu'il y a des tentations très fortes de proposer des solutions simples, voire simplistes, pour faire face aux questions d'actualité européennes. C'est une tentation qui est gagnante, en termes électoraux. Nous sortons d'une défaite électorale qui a été organisée par Berlusconi autour du thème de la protection du protectionnisme et de l'Europe. Il est clair que, d'après moi, la réponse qui consisterait à se rétracter, à développer des instruments purement protectionnistes, voire à réduire l'intégration n'est pas la solution. Par ailleurs, il est aussi vrai, et je crois que c'est cela le défi auquel nous devons faire face dans nos pays en Europe, c'est que l'on ne peut pas se résigner à des taux de croissance constamment plus bas que nos concurrents, constamment plus bas que les États-Unis, comme s'il s'agissait d'événements météorologiques.

Si nous avons des taux de croissance bien plus bas que nos concurrents, il faut réfléchir à la présence ou l'absence d'une véritable politique économique, industrielle européenne.
Je pense que l'instrument pour développer une nouvelle politique économique industrielle, c'est l’Union économique et monétaire. L'instrument est là. C'est un projet historique. Il n'a pas démontré son inutilité. Le succès de l'euro est passé sous silence, comme les avantages que nous avons pu en tirer.
Entre 1999 et 2007, le taux d'inflation en Europe a été constamment autour de 2 % en dépit des fortes tensions internationales. Je crois que, nous, les Italiens et les Français, sommes bien placés pour savoir combien l'inflation a affecté nos économies, avant l'introduction de l'euro, dans les années 1970.
Cependant, je crois aussi qu'il est vain de penser que l'instabilité monétaire puisse être assurée aux dépens de la croissance économique et que l'économie puisse prospérer aux dépens du social. C'est la question des dysfonctionnements de l'Union européenne en général.
Le dysfonctionnement principal est celui du refus d'affronter la complexité du monde et des réformes qui sont nécessaires à mener en Europe. Et surtout le refus de tirer toutes les conséquences que nous devons tirer de la création de l'Union européenne et monétaire.
Je crois que, de ce point de vue, l'interprétation de la Commission Barroso est une interprétation erronée. C'est une Commission qui est trop occupée à surveiller et qui a perdu de vue son rôle qui est celui d'assurer l'intérêt général européen.
Vous avez observé une diète très complexe. Il faut inventer un régime qui permette de sauvegarder son énergie physique et, surtout, la performance de l'amaigrissement. En bref, le but poursuivi n'est pas de mourir maigre, mais de maigrir pour vivre mieux !
En économie, je crois qu'une bonne gouvernance européenne -j'espère que, peut-être, un jour, on pourra parler d'un bon gouvernement économique européen- s'apprécie, pas seulement par l'absence de la dépense publique, mais par la qualité de la dépense publique.
C'est donc à la qualité de la dépense publique que nous devons réfléchir pour promouvoir une véritable politique économique qui n'existe pas actuellement au niveau européen autour de l'euro. Il faut surtout travailler au niveau politique, afin de corriger la symétrie actuelle entre une politique monétaire centralisée et fédérale -disons les mots- et des politiques économiques nationales pas suffisamment coordonnées et certainement pas efficaces.
Nous n'avons aujourd'hui aucun moyen réel d'intervenir sur les partages, la croissance, l'investissement, la consommation. En n'ayant pas ce moyen d'intervenir sur ces domaines, évidemment, nous n'avons pas les moyens de promouvoir nos préférences collectives sur la scène mondiale.
Selon moi, ce sont les deux raisons, une intérieure, l'autre extérieure, pour lesquelles il faut construire cette politique économique, cette gouvernance économique qui n'existe pas au-delà de ce que le commissaire Almunia essaie de nous dire, à chaque réunion du Conseil, au niveau européen.
C'est l'une des raisons, pas la seule, pour laquelle le mot Europe a aujourd'hui des connotations multiples, certaines négatives, d'autres interrogatives.
Il est vrai qu'à tort ou à raison, je crois que, pour ces raisons, pour cette absence d'une véritable politique économique, intégrer l'Europe aujourd'hui est vécu comme une contrainte financière. Cela est vécu beaucoup plus comme une contrainte financière que comme un projet mobilisateur. Je crois que le défi politique, pour nous, est là. Cette nouvelle attitude, même dans des pays traditionnellement pro européens comme le mien, je la trouve très grave.
Notre avenir deviendra beaucoup plus sombre politiquement et économiquement, s'il n'y a pas l'Europe. Les politiques économiques nationales n'ont que peu d'effets sur les équilibres nationaux.
En l'absence d'une politique économique budgétaire européenne qui devrait inclure des instruments qui avaient été proposés par Jacques Delors, dans les années 80, nous pouvons uniquement nous baser sur la flexibilité des prix et des salaires. D'où une des origines du problème du pouvoir d'achat, d'où une des raisons du problème de l'impopularité croissante de l'Europe aujourd'hui.
Faut-il se résigner à la régulation spontanée par les marchés et renoncer à construire une régulation volontaire, donc, une véritable gouvernance économique en Europe ? Ma réponse est négative. Je crois que nous devons dépasser cette Europe inachevée, cette Europe incomplète qui ne correspond ni à notre projet original, ni aux besoins économiques et sociaux des Européens.
La vraie justification économique de l'Europe et de l'Union européenne n'est pas la stabilité financière au détriment de la cohésion sociale. Seule une nouvelle gouvernance économique peut trouver une synthèse positive. Après tout, la vraie justification même économique de l'Europe devrait être celle d'accroître le bien-être des peuples, pas de demander constamment des sacrifices aux Européens.
La question est la suivante : aujourd'hui, on mélange instruments et objectifs. On a des instruments, ils ne sont pas suffisants, mais ils sont là. C'est la stabilité des prix, les équilibres budgétaires, la concurrence. C'est le triangle autour de la Banque centrale européenne, pacte de stabilité.
On ne doit pas confondre ces instruments avec les objectifs. Ceux-ci sont des instruments pour atteindre d'autres objectifs. Les autres objectifs sont la croissance, l'emploi et le pouvoir d'achat.
Seule une intégration économique plus poussée, la construction d'une véritable union économique peut permettre d'utiliser les instruments sur place, afin de poursuivre les véritables buts politiques, croissance, emploi et pouvoir d'achat.
Il est clair que nous avons besoin de travailler là-dessus, travailler sur une union économique forte.
La conjoncture politique européenne y est-elle favorable ? Hélas, non. La conjoncture politique européennes n'y est pas vraiment favorable, pas uniquement pour l'attente du 12 juin et du référendum, mais surtout parce que la configuration politique actuelle en Europe n'est guère propice à la poursuite de la démarche intégrative.
Le président Sarkozy comme le président Berlusconi ont facilement tendance à reporter les responsabilités, les difficultés nationales sur Bruxelles. Sans compter la chancelière Angela Merkel qui doit gérer une coalition, qui a constamment des problèmes.
On ne peut pas dire que les difficultés européennes, les difficultés anglaises et la chute dans les sondages de Gordon Brown sont dus à son sur-activisme européen ! Avec une Commission qui sera renouvelée l'année prochaine, mais ceci peut-il suffire à expliquer l'attentisme, voire l'inertie de la Commission Barroso ?
Nous allons entrer en période de campagne électorale. La question sur laquelle nous devons travailler est celle du paradoxe qui se trouve clairement devant nous : d'un côté, on a une mondialisation galopante qui aspire à voir les acteurs capables d'agir rapidement. De l'autre, on a un ensemble institutionnel, économique unique en son genre, mais peu à même de répondre au défi parce qu'il n'est pas allé au bout. L'Europe n'est pas allée au bout de sa logique. Elle n'a pas voulu devenir autre chose qu'une puissance normative. Cela est vrai, nous le savons en politique étrangère. Cela est d'autant plus vrai en politique économique.
Je crois que notre devoir est de relever ce défi de tracer une dynamique pro-européenne. C'est le défi que devrait accompagner la préparation de notre combat en vue des élections européennes en 2009.

| Mots clés : convention europe  sandro gozi 


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