Merci.
Il est vrai que, en écoutant les intervenants précédents, on ne peut pas dire que le scénario est très rose dans notre Europe aujourd'hui.
On voit aussi qu'il y a des tentations très fortes de proposer des solutions simples, voire simplistes, pour faire face aux questions d'actualité européennes. C'est une tentation qui est gagnante, en termes électoraux.
Nous sortons d'une défaite électorale qui a été organisée par Berlusconi autour du thème de la protection du protectionnisme et de l'Europe. Il est clair que, d'après moi, la réponse qui consisterait à se rétracter, à développer des instruments purement protectionnistes, voire à réduire l'intégration n'est pas la solution.
Par ailleurs, il est aussi vrai, et je crois que c'est cela le défi auquel nous devons faire face dans nos pays en Europe, c'est que l'on ne peut pas se résigner à des taux de croissance constamment plus bas que nos concurrents, constamment plus bas que les États-Unis, comme s'il s'agissait d'événements météorologiques.
Si nous avons des taux de croissance bien plus bas que nos concurrents, il faut réfléchir à la
présence ou l'absence d'une véritable politique économique, industrielle européenne.
Je pense que l'instrument pour développer une nouvelle politique économique industrielle,
c'est l’Union économique et monétaire. L'instrument est là. C'est un projet historique. Il
n'a pas démontré son inutilité. Le succès de l'euro est passé sous silence, comme les avantages que
nous avons pu en tirer.
Entre 1999 et 2007, le taux d'inflation en Europe a été constamment autour de 2 %
en dépit des fortes tensions internationales. Je crois que, nous, les Italiens et les Français,
sommes bien placés pour savoir combien l'inflation a affecté nos économies, avant l'introduction de
l'euro, dans les années 1970.
Cependant, je crois aussi qu'il est vain de penser que l'instabilité monétaire puisse être
assurée aux dépens de la croissance économique et que l'économie puisse prospérer aux dépens du
social. C'est la question des dysfonctionnements de l'Union européenne en général.
Le dysfonctionnement principal est celui du refus d'affronter la complexité du monde et des
réformes qui sont nécessaires à mener en Europe. Et surtout le refus de tirer toutes les
conséquences que nous devons tirer de la création de l'Union européenne et monétaire.
Je crois que, de ce point de vue, l'interprétation de la Commission Barroso est une
interprétation erronée. C'est une Commission qui est trop occupée à surveiller et qui a perdu de
vue son rôle qui est celui d'assurer l'intérêt général européen.
Vous avez observé une diète très complexe. Il faut inventer un régime qui permette de
sauvegarder son énergie physique et, surtout, la performance de l'amaigrissement. En bref, le but
poursuivi n'est pas de mourir maigre, mais de maigrir pour vivre mieux !
En économie, je crois qu'une bonne gouvernance européenne -j'espère que, peut-être, un jour,
on pourra parler d'un bon gouvernement économique européen- s'apprécie, pas seulement par l'absence
de la dépense publique, mais par la qualité de la dépense publique.
C'est donc à la qualité de la dépense publique que nous devons réfléchir pour promouvoir une
véritable politique économique qui n'existe pas actuellement au niveau européen autour de l'euro.
Il faut surtout travailler au niveau politique, afin de corriger la symétrie actuelle entre une
politique monétaire centralisée et fédérale -disons les mots- et des politiques économiques
nationales pas suffisamment coordonnées et certainement pas efficaces.
Nous n'avons aujourd'hui aucun moyen réel d'intervenir sur les partages, la croissance,
l'investissement, la consommation. En n'ayant pas ce moyen d'intervenir sur ces domaines,
évidemment, nous n'avons pas les moyens de promouvoir nos préférences collectives sur la scène
mondiale.
Selon moi, ce sont les deux raisons, une intérieure, l'autre extérieure, pour lesquelles
il faut construire cette politique économique, cette gouvernance économique qui n'existe pas
au-delà de ce que le commissaire Almunia essaie de nous dire, à chaque réunion du Conseil, au
niveau européen.
C'est l'une des raisons, pas la seule, pour laquelle le mot Europe a aujourd'hui des
connotations multiples, certaines négatives, d'autres interrogatives.
Il est vrai qu'à tort ou à raison, je crois que, pour ces raisons, pour cette absence d'une
véritable politique économique, intégrer l'Europe aujourd'hui est vécu comme une contrainte
financière. Cela est vécu beaucoup plus comme une contrainte financière que comme un projet
mobilisateur. Je crois que le défi politique, pour nous, est là. Cette nouvelle attitude, même dans
des pays traditionnellement pro européens comme le mien, je la trouve très grave.
Notre avenir deviendra beaucoup plus sombre politiquement et économiquement, s'il n'y a pas
l'Europe. Les politiques économiques nationales n'ont que peu d'effets sur les équilibres
nationaux.
En l'absence d'une politique économique budgétaire européenne qui devrait inclure des
instruments qui avaient été proposés par Jacques Delors, dans les années 80, nous pouvons
uniquement nous baser sur la flexibilité des prix et des salaires. D'où une des origines du
problème du pouvoir d'achat, d'où une des raisons du problème de l'impopularité croissante de
l'Europe aujourd'hui.
Faut-il se résigner à la régulation spontanée par les marchés et renoncer à construire une
régulation volontaire, donc, une véritable gouvernance économique en Europe ? Ma réponse est
négative. Je crois que nous devons dépasser cette Europe inachevée, cette Europe incomplète qui ne
correspond ni à notre projet original, ni aux besoins économiques et sociaux des Européens.
La vraie justification économique de l'Europe et de l'Union européenne n'est pas la stabilité
financière au détriment de la cohésion sociale. Seule une nouvelle gouvernance économique peut
trouver une synthèse positive. Après tout, la vraie justification même économique de l'Europe
devrait être celle d'accroître le bien-être des peuples, pas de demander constamment des sacrifices
aux Européens.
La question est la suivante : aujourd'hui, on mélange instruments et objectifs. On a des
instruments, ils ne sont pas suffisants, mais ils sont là. C'est la stabilité des prix, les
équilibres budgétaires, la concurrence. C'est le triangle autour de la Banque centrale européenne,
pacte de stabilité.
On ne doit pas confondre ces instruments avec les objectifs. Ceux-ci sont des instruments
pour atteindre d'autres objectifs. Les autres objectifs sont la croissance, l'emploi et le pouvoir
d'achat.
Seule une intégration économique plus poussée, la construction d'une véritable union
économique peut permettre d'utiliser les instruments sur place, afin de poursuivre les véritables
buts politiques, croissance, emploi et pouvoir d'achat.
Il est clair que nous avons besoin de travailler là-dessus, travailler sur une union
économique forte.
La conjoncture politique européenne y est-elle favorable ? Hélas, non. La conjoncture
politique européennes n'y est pas vraiment favorable, pas uniquement pour l'attente du 12 juin
et du référendum, mais surtout parce que la configuration politique actuelle en Europe n'est guère
propice à la poursuite de la démarche intégrative.
Le président Sarkozy comme le président Berlusconi ont facilement tendance à reporter les
responsabilités, les difficultés nationales sur Bruxelles. Sans compter la chancelière Angela
Merkel qui doit gérer une coalition, qui a constamment des problèmes.
On ne peut pas dire que les difficultés européennes, les difficultés anglaises et la chute
dans les sondages de Gordon Brown sont dus à son sur-activisme européen ! Avec une Commission
qui sera renouvelée l'année prochaine, mais ceci peut-il suffire à expliquer l'attentisme, voire
l'inertie de la Commission Barroso ?
Nous allons entrer en période de campagne électorale. La question sur laquelle nous devons
travailler est celle du paradoxe qui se trouve clairement devant nous : d'un côté, on a une
mondialisation galopante qui aspire à voir les acteurs capables d'agir rapidement. De l'autre, on a
un ensemble institutionnel, économique unique en son genre, mais peu à même de répondre au défi
parce qu'il n'est pas allé au bout. L'Europe n'est pas allée au bout de sa logique. Elle n'a pas
voulu devenir autre chose qu'une puissance normative. Cela est vrai, nous le savons en politique
étrangère. Cela est d'autant plus vrai en politique économique.
Je crois que notre devoir est de relever ce défi de tracer une dynamique pro-européenne.
C'est le défi que devrait accompagner la préparation de notre combat en vue des élections
européennes en 2009.