Merci beaucoup
Je vais essayer de vous dire en quelques minutes quelles sont pour moi les perspectives des mois et des années qui sont devant nous.
Mais d'abord, permettez moi de vous dire le bonheur que j'ai eu de vous voir, de vous écouter ce matin. Je trouve qu'on a une chance formidable. Nous avons une génération nouvelle de femmes et d'hommes. Je voulais vous applaudir et vous dire un grand merci.
Ce que nous avons à faire dans les années qui viennent c'est grand, c'est difficile, mais c'est formidable et c'est indispensable. Et puis c'est aussi - François le dit souvent - probablement, le dernier moment, la dernière chance pour enfin changer quelque chose en profondeur dans notre pays.
Alors, nous avons quatre défis devant nous.
Le premier d'entre eux, c'est que nous voulons créer une force politique nouvelle pour changer en profondeur le système politique français. Nous, Mouvement Démocrate, nous refusons le bipartisme. Nous refusons l'idée de bipolarisation, parce que grosso modo la bipolarisation, c'est exactement les deux faces d'une même médaille. UMP-PS, PS-UMP, c'est la même chose. Nous, nous voulons pour les Français une offre nouvelle. Nous voulons pour les Français le pluralisme. Ça, c'est le premier de nos combats.
Le deuxième, c’est que nous voulons porter, proposer, réfléchir à un projet politique
nouveau, novateur, innovant, que j’ai envie d’appeler ou de décrire comme le « vivre
ensemble ». Comment vivre ensemble aujourd’hui en France ? Comment lutter contre cette
fracture qui fait que nous avons une France de plus en plus décousue, avec d’un côté ceux qui
ont, les plus aisés, et de l’autre côté ceux qui sont dans des difficultés de plus en plus
grandes, de plus en plus lourdes ? Une France de plus en plus fracturée. Je pense que nous devons,
ici au Mouvement Démocrate, refuser l’idée même d’une société à deux vitesses, à trois
vitesses, à quatre vitesses. L’idée même d’une société à plusieurs vitesses.
Nous devons travailler à un projet qui place - Robert Rochefort l’a dit tout à
l’heure – l’équité et la justice au centre de ce projet. Et je veux juste prendre
un sujet d’actualité que je trouve absolument frappant. Nicolas Sarkozy a annoncé que le RSA
allait se mettre en place ; le RSA, c’est une idée que François Bayrou porte et soutient
depuis longtemps. Il s’agit que celui qui retrouve du travail ne soit pas pénalisé et puisse
garder pendant un certain temps un certain nombre de minima sociaux qu’il avait à sa
disposition. Mais la manière dont le Président de la République a porté cette reforme, en annonçant
qu’il allait prendre, redéployer, supprimer pour huit millions de Français une partie de la
prime pour l’emploi, pour de l’autre côté financer le RSA, ça c’est le contraire
de l’équité. C’est le contraire de la justice. Ça n’est pas comme cela
qu’on fera avancer les choses. Parce que pour ces huit millions de Français, cette prime est
un petit plus. Elle est pour eux un peu de pouvoir d’achat. Et on va leur enlever. Pour nous
effectivement – comme François l’a dit – ce n’est pas aux plus démunis
qu’il faut demander de financer la solidarité. C’est à ceux qui en ont les moyens. Ça
aussi, c’est un principe que nous portons et défendons au sein du Mouvement Démocrate.
Dans le même temps, nous voulons porter une vraie réflexion sur l’Etat. Qu’est-ce
que l’Etat doit faire ? Qu’est-ce que l’Etat doit financer ? Comment pouvons-nous
avoir une société où la créativité des chercheurs, des entreprises, des associations, des bénévoles
soit aidée, qu'elle soit soutenue, qu'elle ne soit pas bridée ? Je veux dire, de quoi cet Etat
demain doit-il être fait . C’est aussi une réflexion que nous devons conduire.
Et enfin - c’est le troisième pilier de cette réflexion pour un projet de ce que
j’appelle le « vivre ensemble » - nous, au Mouvement Démocrate, nous disons qu’il
convient tout le temps, tous les jours de dire la vérité aux Français. Sur la situation réelle, sur
la question de la dette, sur la question de nos finances publiques. François Bayrou a été le
premier à le faire pendant sa campagne présidentielle. Nous n’avons perdu que de trop de
temps, nous le voyons tous les jours. Nous avions promis un retour à l’équilibre pour 2010 ;
nous promettons aujourd’hui un retour à l’équilibre pour 2012. Tout le monde voit bien,
tout le monde sait bien chez nos partenaires européens que ce retour à l’équilibre
n’aura pas lieu. Nous voudrions être en rupture avec cette façon de faire, de gouverner qui
ne consiste pas ni à dire la vérité, ni à assumer et à prendre les responsabilités que notre pays
devrait prendre pour faire face, par exemple, à sa dette.
Le troisième défi que nous avons à relever, c’est le défi de l’Europe. Nous
voulons, nous au Mouvement Démocrate, une Europe qui existe. Une Europe forte. Une Europe
indépendante. Nous pensons, au Mouvement Démocrate, que oui, il y a un projet de société européen.
Que oui, il y a même un modèle de société européen et que ce modèle n’est pas le même que
celui des autres continents. Nous avons des valeurs dans lesquelles nous ne reconnaissons, des
valeurs d’humanisme, de laïcité, de respect, de tolérance, de droits fondamentaux, de lutte
contre toutes les formes de discrimination. Nous devons revendiquer ce projet de société. Nous
devons en être fiers. Nous devons le porter, nous devons le défendre. Et si nous ne le faisons pas,
nous, démocrates, personne d’autre ne le fera en France.
Et à côté de ce modèle européen, nous voulons porter et réfléchir à un nouveau modèle de
développement européen, économique, social, durable. Avec – je reprends les termes de Robert
Rochefort – une « croissance qualitative ». Il s'agit-là d'une autre réflexion que nous avons
devant nous. On ne pourra plus se contenter d’essayer d’agiter quelques règles telle
que la seule règle de la concurrence de la Commission. La concurrence ce n’est pas une fin en
soi. Nous avons un modèle de société économique, social, durable à inventer pour l’Europe :
cela sera l’objet des prochaines élections qui viennent.
Et enfin, nous voulons une Europe qui pèse dans le monde, et je veux dire deux mots de cela.
Au Moyen-Orient, nous sommes, nous les Européens, les premiers donateurs, nous sommes les premiers
financeurs et nous sommes toujours absents des discussions.
Et puis deux sujets d’actualité. La Chine d’abord. Je regrette que l’Union
européenne n’ait pas eu une position unanime sur la Chine. Je regrette que la France
n’ait pas été pilote pour avoir une position unanime sur la Chine. Je regrette que Nicolas
Sarkozy n’ait pas eu la même position qu’Angela Merkel. Angela Merkel a une position
simple : elle considère que la Chine est un grand pays, mais elle considère qu’il faut lui
dire, les yeux dans les yeux, quand ça ne va pas. C'est ce qu’elle a fait et je regrette
qu’on n’ait pas fait la même chose.
Et le deuxième sujet européen sur lequel je regrette que la France n’ait pas agi de
façon commune, c’est la question de l’Afghanistan. Il y a aujourd’hui 20.000
soldats membres des Etats qui composent l’Union européenne engagés en Afghanistan.
C’est-à-dire que la majorité, plus de 50% des soldats qui sont engagés en Afghanistan sont
européens. Est-ce que vous ne croyez pas qu’avant de prendre une décision, chacun chez-soi,
chacun dans son coin, on pourrait se réunir ; mettre autour de la table les chefs d’Etat et
de gouvernement européens ; faire le constat de ce qui a été fait, bien ou mal, depuis cinq ou six
ans ; regarder, pourquoi pas, si nous pouvons soutenir ou aider nos alliés, mais y mettre des
conditions ; porter l’idée d’une reconstruction ; porter l’idée d’une
sortie si possible politique de cette terrible guerre afghane. Alors oui, nous pouvons être
solidaires avec nos alliés, mais là aussi je pense que nous avons loupé la marche d’une
position commune, européenne. Et que si nous avions une position commune européenne qui nous
engage, nous Europe, à ce moment-là nous pourrions parler d’égal à égal avec les Américains,
par exemple pour l’Afghanistan, par exemple pour l’Irak, par exemple pour le
Proche-Orient et par exemple pour la Chine.
Et dernier mot sur l’Europe, enfin. Nous avons sur notre agenda non seulement les
élections européennes qui arrivent et qui seront le moment privilégié pour débattre de tout ce que
j’ai essayé de citer à l’instant. Mais nous aurons une échéance extrêmement lourde et
importante : à la fin de l’année, va se poser la question de notre réintégration au
commandement de l’OTAN, c’est-à-dire d’une perte de liberté qu’avait portée
la France pendant des décennies et des décennies. Liberté qui nous permettait d’avoir une
voix originale dans le monde et liberté qui était probablement la condition d’une liberté de
l’Europe aussi. Et donc nous devrons regarder cette question dans les semaines et les mois
qui viennent, là aussi avoir une position du Mouvement Démocrate. Je forme le vœu que cette
position ira vers l’indépendance. Plutôt une France alliée qu’une France ralliée. Là
aussi c’est toujours la même histoire : alliés plutôt que ralliés, partenaires plutôt que
ralliés. Cette idée-là, elle vaut aussi pour l’Europe.
Et puis enfin, c’est le quatrième défi – Jean-Luc en a parlé tout à l’heure
– nous devons réfléchir à l’organisation d’un monde plus équitable. Nous ne
pouvons pas regarder cette crise alimentaire que nous voyons surgir dans le monde entier en
croisant les bras. Il faut réinventer un modèle de développement mondial. Il faut réinventer une
politique agricole mondiale. On doit travailler à ce qu’on appelle l’autosuffisance des
pays en voie de développement : autosuffisance en termes alimentaires, autosuffisance en termes
énergétiques. On ne peut pas continuer de piller le continent africain de ses matières premières,
de ses ressources, de son pétrole, de son gaz. Et on ne peut pas, nous pays riches, pays
occidentaux, continuer de subventionner des produits agricoles qui arrivent en Afrique à bas prix,
moins chers que ce qui est cultivé chez eux par les Africains.
Voilà les quatre défis que nous avons devant nous : une politique française nouvelle,
rénovée, ouverte, oxygénée ; un projet, qui règle le vivre ensemble des Français ; une Europe
forte, qui aura quelque chose à dire au monde ; et un monde plus équitable.
Voilà, c’est un projet formidable. En vous ayant écoutés et regardés ce matin, je
n’en doute pas : vous serez, nous serons à la hauteur de ces défis.