26 octobre 2008

Intervention de Jean-François Kahn

Intervention de Jean-François Kahn à la Conférence nationale du 26 octobre 2008 à la Maison de la Mutualité à Paris.

J'entendais tout à l'heure rappeler les prises de position qui étaient hasardeuses. Je vous signale que le Président de la République, avec raison, a attaqué les paradis fiscaux.

 

Vous souvenez-vous qu'il y a quelques semaines, on a voté un statut pour permettre à deux territoires français de développer leurs paradis fiscaux : Saint-Martin et Saint-Barthélémy ?....

 

(Applaudissements...)

 

Je dirai deux choses. Premièrement, il faut tout de même féliciter les néo libéraux dont on parlait tout à l'heure, parce qu'ils ont stigmatisé, pendant des années, l'assistanat, la société d'assistance et ils avaient raison, en fonction de quoi, il y a encore 25, 30 ans, on avait une société que l'on appelait une société mixte, une société sociale de marché à laquelle les sociaux-démocrates, les gaullistes, les chrétiens démocrates avaient participé à la construction.

 

C'est vrai dans cette société-là qui était plus libérale au fond que la société d'aujourd'hui, parce qu'on n'avait pas encore mis les PME et les commerçants sous le contrôle des centrales d'achat, comme on vient de le faire dans une loi. Dans cette société-là, l'État était un peu banquier, était un peu entrepreneur, était un peu industriel, était un peu planificateur et ils ont dit : "Dehors l'État, plus d'État... privatisation, dérégulation des réglementations..." Très bien... Puis, on a tellement dérégulé, déréglementé, que tout était permis et, puisque tout était permis, on a sur le plan mondial la crise que vous savez. Alors, qu'est-ce qui se passe ? Vite, on met les banques sous assistance, les entreprises sous assistance, les citoyens sous assistance et, vraiment, les néo libéraux ont inventé la société de l'assistance totale.

 

(Applaudissements...)

 

La société d'assistance radicale, merci, c'est un succès ! C'est formidable... Remarquez, cela ne les empêchera pas d'être toujours aussi arrogants. D'ailleurs, quand vous entendez à la radio et à la télévision à qui on demande ce qui va se passer, Alain Minc...

 

De la même façon, vous avez parlé des réactions de la base. Cela va être terrible. On a quand même expliqué aux gens, au nom de l'efficacité économique, que, bon, il fallait faire des sacrifices pour être plus efficace, plus productif et ils l'ont fait... Ils s'étonnaient bien tout de même qu'il y avait des gens qui étaient très, très riches. On leur disait : "Oui, mais, enfin, c'est le prix à payer…"

 

Tout à coup, on leur dit : "On a été trop loin, beaucoup trop loin. Les gens sont devenus trop riches. Ils spéculaient avec cet argent et cela a provoqué une crise." Les gens ont dit : "C'est formidable. On va prendre aux riches pour nous en donner un peu." On leur a dit : "Vous n'avez rien compris. Il faut aider les riches. Donc, on va vous en prendre un peu plus."

 

(Applaudissements...)

 

Ce que je voudrais dire pour conclure, je vais le dire avec gravité. Il y avait hier, il y a 20 ans, une société dont l'État était le centre. Aujourd'hui, ne nous faisons pas d'illusion, c'est une société qui a mis l'argent au centre, qui s'effondre. Ce n'est pas une crise financière. C'est une crise psychologique, une crise morale. Elle s'effondre et les gens découvrent, non seulement ce que j'ai dit, mais aussi l'ampleur de l'injustice, de l'irrationalité, de l'absurdité, de l'immoralité de cette société qui s'effondre.

 

Par exemple, cinq des responsables des cinq sociétés américaines qu'il a fallu "nationaliser" pour sauver les meubles avaient -écoutez bien-, en cinq ans, reçu en revenus 3,4 milliards de dollars alors que Lehmann Brothers a été vendu 1,7 milliard de dollars, sachant que 5 personnes en 5 ans avaient touché le double du prix de la quatrième banque du premier pays capitaliste du monde.

 

Cela, on le découvre. Alors, il va y avoir un rejet terrible, une colère terrible de ces gens et, si on n'est pas capable vous, nous ou d'autres éventuellement, mais surtout vous et nous, de proposer, de refonder un projet alternatif, c'est-à-dire de leur dire : "Oui, une autre société est possible. On ne va pas se contenter de celle-là dont on voit bien ce qu'elle est. Oui une autre société est possible".

 

Si l'on ne porte pas le projet d'une autre société possible qui met l'homme au centre dans toutes ses dimensions alors, ne vous y trompez pas, au mieux, et je dis bien au mieux, ils redemanderont une société dont l'État est le centre. Au pire, ils écouteront ceux qui leur diront : "Au centre, mettons la race, au centre, mettons l'ethnie, au centre, mettons Dieu, les intégristes, au centre, mettons le sang".

 

(Applaudissements...)

 

Vous devez donc -c'est une exigence citoyenne- être les combattants d'un mouvement pour montrer qu'une autre société est possible, pour penser une autre société possible, pour essayer de construire une autre société possible.

 

Vous le pouvez tous, parce que, si Obama est élu… C'est un militant à Amiens lors d'une réunion organisée par le Modem qui me l'a dit et j'ai été très frappé par cela. Il m'a dit : "Je croyais jusqu'à présent que l'on était des grains de sable, que l'on ne pouvait rien faire. J'ai réfléchi et je me suis souvenu qu'il y a 40, 50 ans, une femme de ménage noire, toute seule -cela lui a pris comme cela. Personne ne le lui a demandé- a dit : Je monte dans un autobus réservé aux blancs".

Finalement, c'est peut-être parce qu'une femme de ménage noire en Alabama est montée dans un autobus réservé aux blancs qu'un président noir va être élu à la tête des États-unis.

 

(Applaudissements...)

 

Mais, en même temps, Monsieur le Président, ceux qui ont voté pour Bush une deuxième fois sont responsables de la crise, car, quand on vote mal, on est responsable des conséquences.

 

Eh bien, nous sommes quelque part responsables de la crise, parce que nous n'avons pas assez réagi. Nous n'avons pas protesté assez. Nous n'avons pas agi assez. Alors, reprenons notre place et faisons que, cette fois, nous puissions tous être entendus.


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Pragmatique

Posté par : minihic | 4 novembre 2008 00:00

Totalement d'accord sur le principe de la société ou l'homme est le centre, mais cela se traduit comment ? J'aimerais en savoir plus. Merci