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8 février 2009

Intervention de Jean-François Kahn

Tête de liste pour la circonscription Est, Jean-françois Kahn est journaliste, essayiste, et fondateur de l'Evènement du Jeudi puis de Marianne.

Mesdames et Messieurs, chers amis, j'ai entendu ce qui a été dit et je tiens à vous faire d'emblée une promesse, dont Nathalie Griesbeck sera la garante : je vais tout faire pour essayer de rajeunir ! (Rires...) Le problème, c'est que, si je rajeunis trop, comme je ne cesse de dire que je porte nos idées depuis 35 ans, personne ne me croira plus ! On me demande toujours de répondre à cette question : pourquoi vous vous engagez en politique et pourquoi vous vous engagez au MoDem ? Je m'engage en politique ... Je dois être un peu naïf, car je regarde la télévision, pas beaucoup, mais je la regarde, j'écoute la radio et j'ai parfois l'impression que les journalistes qui nous parlent, que les éditorialistes sont très engagés en politique. Mais cela doit être une totale illusion, puisque, à les entendre, ils sont évidemment totalement neutres et n'ont absolument aucun a priori !

Personnellement, j'ai pensé qu'il était peut-être plus honnête de dire : oui, j'ai des idées et je les défends, je me pose d’ailleurs des questions par rapport aux personnes qui vous disent qu'elles n'ont aucune idée. C'est tout de même inquiétant !…
Et bien moi, j'en ai. Elles valent ce qu'elles valent, mais je pense qu'il n'est pas illogique de s'engager pour les défendre.
Après, pourquoi m'engager parmi vous ?
Je crois que ce n'est pas totalement illogique non plus - encore que, quand je vois ce que je vois -je pense que tout le monde n'est pas d'accord avec moi là-dessus -, j'estime donc qu'il n'est pas totalement illogique de s'engager avec des personnes dont on partage les idées.
Certaines personnes me demandent : « Pourquoi vous engagez-vous ici et pas là ? » « Pourquoi ? » « C'est mieux payé et plus confortable ? »… Je ne pense pas comme ça.
J’ai deux raisons de m'engager dans ce combat avec vous. La première, c'est qu'il s'agit d'une élection, enfin, vraiment démocratique, je veux dire que 40 % des citoyens ne seront pas exclus de la représentation. Ce n'est pas une élection à l’issue de laquelle quatre ou cinq grandes sensibilités, et en particulier la troisième, peuvent pratiquement ne pas être représentées dans les parlements.
Bref, pour une fois, on peut aller vers les électeurs et leur dire : "Voilà une direction, voilà un projet, voilà des idées et vous pouvez les choisir, vous n'allez pas éliminer les autres pour autant, vous n'avez pas à faire de calcul pour savoir si c'est utile ou pas, en fonction du deuxième tour".
Il n'y a pas de vote utile. Tous les votes sont utiles pour une fois : et vous pouvez même, au-delà de votre adhésion à une idée, à un projet, faire passer des messages à la Gauche, si vous voulez lui faire passer un message, comme à la Droite. Tout cela est possible.
En ce sens, ce type de scrutin est unique, alors profitez-en.
On m'a proposé plusieurs fois, y compris en 1967, d'être candidat aux élections législatives. J'ai toujours refusé et ce que je vais vous dire va peut-être vous paraître bizarre, mais je me disais que, pour être élu, il faudrait que je "tue" l'autre !
Or, imaginez qu'au cours de la campagne, je trouve qu'il est pas mal ce mec, qu'il a des idées, même si ce ne sont pas les miennes, et qu’il honoreraient le Parlement.
Il faut que je le tue tout de même ou bien il me tue !
Eh bien non, là, on peut y aller avec chacun ses idées sans exclure pour autant les autres
Pourquoi vous dis-je cela ? Car, avec l'accord du Président, je veux dire quelques mots qui n'étaient pas prévus dans mon intervention.
Nous venons de recevoir deux dépêches indiquant que deux des principaux responsables de l'UMP, le chef actuel et le chef d'avant, c'est-à-dire Xavier Bertrand et Patrick Devedjian, Devedjian dont je pensais qu'il avait peut-être des problèmes plus urgents et plus graves à régler... mais enfin... ces deux-là ne pensent pas ce que je viens de vous dire, à savoir que l'élection au suffrage proportionnel est une élection où l'on peut se respecter et proposer ses idées sans être obligé de tuer l'autre.
Ils sont, en effet, déjà montés au créneau sans même attendre la fin de cette réunion pour nous tuer. Je constate, d'ailleurs, que ni l'un ni l'autre n'ont fait la moindre déclaration polémique à propos de la création du parti de O. Besancenot.
Ils ont d'ailleurs également oublié le PS, mais ont manifesté, en revanche, un acharnement absolument inouï contre cette réunion, contre le MoDem, contre son projet et contre son Président et, entre autres accusations, celle-là : le Président du MoDem est devenu populiste.
Je lis cette phrase de Xavier Bertrand : "C'est populiste de chercher à proposer des candidatures à des personnes uniquement pour leur notoriété". Cette attaque contre Nicolas Sarkozy est, à mon avis, outrée !…
(Rires…)
(Applaudissements…)
À présent, je voudrais parler sur le fond.
Oui, cela fait 35 ans que j'essaie de défendre les idées qui sont les nôtres. Mais j'ai eu aussi une fibre gaullienne, ce n’est pas contradictoire. Imaginez-vous, au moment de la grande époque du gaullisme, que les Gaullistes aient considéré que parler du peuple, que parler pour le peuple, c'était un pêché et que c'était du populisme ?!…
Ne croyez-vous pas que, quand on emploie ce mot-là, et surtout pour nous qualifier, cela prouve que l'on a un tel problème soi-même avec le peuple, avec le mécontentement du peuple, avec l'angoisse du peuple que c'est devenu une tare que de s’en réclamer et que le mot pour injurier, comme par hasard, celui que l'on trouve spontanément, c'est celui dans lequel il y a le mot "peuple".
Dernière remarque sur ce point. Cette façon de faire qui consiste à diaboliser l'adversaire et je dirais même, car certains mots ne sont pas innocents, à le "fasciser", qui l'a inventé ? Le mot « populiste », à l'origine, désignait l'idéologie que défendait Tolstoï en Russie, le grand Tolstoï, l'immense Tolstoï : c'était l'idéologie de ces Russes qui, sous le tsar, essayaient d'aller éduquer le peuple -un crime !- ou de certains aux Etats-Unis qui critiquaient la société oligarchique, un grand mouvement philosophique là-bas. Ce sont les Staliniens qui, à un certain moment, quand des personnes parlaient du peuple, quand les personnes ont voulu sortir d'un système capitaliste outré, etc., mais n'étaient pas pour autant inféodés au marxisme, au stalinisme, quand elles ont voulu, elles aussi, parler au peuple, mais autrement, ils ont dit : il faut inventer un mot pour diaboliser cela. Et ce sont eux qui ont inauguré l'utilisation du mot « populiste » pour diaboliser tous ceux qui veulent aller parler au peuple sans être inféodés à eux. C'est quand même extraordinaire !
Qui, ces derniers temps, a abusé de cette méthode terroriste ? Une petite gauche néo-soixante-huitarde et bobo. C'est pour cela qu'elle a perdu, car ce mépris a débouché sur le score de 2002. C'est cette manière de diaboliser le peuple qui a débouché sur la présence de Le Pen au second tour à la place de Jospin et je constate, donc, que l'UMP est bien partie, puisqu'elle reprend, à son compte, ce qu'il y avait de plus mauvais dans le langage de la gauche !
Si le Président me le permet, je reprends le dernier point que je voulais évoquer, si je ne n'avais pas ouvert cette parenthèse, qu'il m'a inspirée !
Deuxième raison pour laquelle je m'engage et pour laquelle, en duo avec Nathalie Griesbeck, nous allons essayer de mener une campagne efficace : vous le savez bien, nous avons une occasion formidable. Cela a été dit cent fois : hier, une société qui s'était noyée dans l’Etat qui avait tout centralisé, l'État anthropophage qui dévore tout, a fait faillite.
Aujourd’hui, une société qui, au fond, était monothéiste du Dieu argent, qui rendait un culte à cette idole qu’était le profit, idole à laquelle il fallait tout immoler, cette société-là est en train de faire faillite sous nos yeux. Je crois que, tous, nous avons refusé l'un et dénoncé l'autre.
J'ai entendu François Bayrou depuis des années dénoncer cela et, entre autres, les dérives du capitalisme anglo-saxon.
Or, nous sommes, maintenant, et pour la première fois, en situation de dire quelque chose de tout simple : au fond, reconnaissez-le (je le dis tout bas et je vais dire pourquoi), en gros, vous avez eu tort et nous avons eu raison.
Je le dis tout bas, car vous remarquerez que, quand on fait un débat, vous pouvez dire à quelqu'un : "Vous êtes un clown, vous êtes un pantin", même une « crapule », il accepte, mais si vous dites : "Écoutez, vous avez eu tort, j'ai eu raison", alors, c'est absolument épouvantable et il ne le supporte pas !
Cependant, vous reconnaîtrez tout de même avec moi qu'avoir eu raison n'est pas un crime !
Quand j'ai entendu le Président de la République… (Mme de Sarnez, lors de la réunion sur l'Europe, a cité des phrases extraordinaires)… : "Il faut s’aligner sur la modernité anglo-saxonne, sur le système néolibéra, et, en revanche, larguer ce modèle social français dépassé", quand il disait cela, y compris en ventant les subprimes, indiquant qu'il s'agissait d'un formidable système qu'il fallait adopter en France, quand il disait cela, nous disions : "Non, ce système anglo-saxon, avec ses inégalités inouïes, ses dérives irrationnelles, n'est pas moral et il est fragile".
"En revanche, dans le modèle social français, il y a quelque chose de protecteur dont on a besoin".
Or, soudain, j'entends Nicolas Sarkozy à la télévision qui dit exactement ce que nous disions hier et le contraire de ce qu'il disait lui.
Je vous le dis, il n'a pas tort, mais il n'est pas absurde de voter plutôt pour ceux qui d’emblée ont eu raison !
Nous pourrions multiplier ces exemples.
Nous disions : La relance doit être un mix investissment-consommation et le débat idéologique qui oppose relance par la demande ou par l’offre est absurde. Il faut les deux.
Évidemment, il faut un mix entre la consommation et l'investissement.
Nicolas Sarkozy et l'UMP disaient : "Non, par la consommation, c'est impossible, c'est inacceptable, ce serait la catastrophe, etc."…
Et je l'entends à la télévision nous proposer déjà un deuxième plan de relance et en partie par la consommation. Je dis : Il n'a pas tort, mais, enfin, il vaut mieux voter pour ceux qui, d'emblée, avaient raison !
Quand j'entends, et ce n'est pas une plaisanterie, Nicolas Sarkozy dire sans arrêt, qu'avant lui, c'était la ruine, la catastrophe et qu'il n'y avait que des nuls et que ce sont des nuls qui ont dirigé la France. Je rappelle, qu'en l'occurrence, les nuls sont du parti dont il est le président ou pour lesquels on nous demande de re-voter...
Entre parenthèses, je me demande parfois si l'on ne devrait pas avoir l'honnêteté et le courage de dire : "Arrêtez, ce n'est pas vrai, l'UMP, ce n'était pas ci épouvantable. J. Chirac, ce n'était pas aussi épouvantable".
Etant donné les horreurs que Sarkozy dit sur son propre parti, sur ce qu'a fait son propre parti, sur le Gouvernement de son propre parti et sur le Président de son propre parti qui, d'ailleurs, a créé son propre parti ! je dis : "Arrêtez, s'il faut les défendre un peu, montons au front et défendons-les un peu !"
Cependant, s’ils n'étaient pas aussi nuls… Il est vrai qu'ils n'étaient pas "très bons", c’est e que nous avons toujours dit, il vaut donc mieux voter pour ceux qui, d'emblée, avaient raison !
Vous n'avez peut-être pas remarqué, peut-être, que le Président a dit une chose extraordinaire : "La rupture c'est une idée idiote, c'est un non-sens".
La première fois où j'ai participé à une université d'été de ce qui n'était pas encore le MoDem -je n'ose pas trop en parler, car j'étais avec Hervé Morin, mais enfin...-, je suis intervenu pour expliquer que l'idée de rupture était une idée idiote.
Il vaut donc mieux tout de même nous élire, puisque nous avons eu raison !
J'ajoute un dernier mot qui va faire plaisir au Président…

La Salle. - Lequel ?

Jean-François KAHN. - Le nôtre !…
Il y a deux mois, est paru un rapport terrible qui expliquait tous les effets pervers provoqués par la privatisation des autoroutes, le fait que cela risque de provoquer une grève des sociétés routières parce que cela a provoqué une augmentation des péages dangereuse en période de crise…
Là aussi, votez pour ceux qui avaient raison !
J'aurais pu ajouter le paquet fiscal. Vous vous rendez compte, on a fait un grand plan de relance, inouï, formidable, la partie investissement, c'est 5 milliards, mais, là, c’était 13 milliards par an auxquels on a renoncé.
Qui peut défendre cela ? Qui peut défendre, on le voit bien aujourd'hui, en période de crise, que l'on a fait en sorte qu'allonger le travail... Je vous le rappelle, j'étais contre les 35 heures, qu’allonger le temps de travail, disais-je, coûte moins cher que créer des emplois.
Imaginez-vous le mal que cela fait aujourd'hui ?
En effet, il y a, pour l'instant, plus d'heures supplémentaires et de moins en moins d'emplois et, demain, il y aura de moins en moins d'emplois, mais aussi de moins en moins d'heures supplémentaires.
J'ai entendu que le Président disait : "Je vais continuer les réformes". Je trouve extraordinaire de dire sans arrêt : "Je vais continuer les réformes". Mais, lesquelles ?
J'étais contre les 35 heures et donc, à en croire Sarkozy, puisque c'est une grande réforme… La Gauche, elle, dit : "Arrêtons les réformes."
Personnellement, je trouve qu'il ne serait pas inintéressant de dire : Continuons les réformes mais cessons les mauvaises et commençons les bonnes !
Oui, nous pouvons imaginer et construire un nouveau modèle de société et ce modèle, c'est évidemment l'Europe, l'Europe des lumières, l'Europe de l'humanisme, l'Europe de la démocratie, c'est évidemment cette Europe-là qui doit en être le socle et merci de nous permettre éventuellement d'aller là-bas pour mener ce combat.


Les derniers commentaires ... Tous les commentaires

Belle intervention

Posté par : CHATBLEU | 20 avril 2009 21:24


belle intervention mais bande son exécrable. M'enfin vous le faite exprès ou quoi ?


NdM : nous avons connus des problèmes techniques ce jour de convention, merci de votre compréhension.


diffusion

Posté par : kenya | 12 février 2009 22:51

"Yes he khan,!" comme disait un lecteur du monde à l'annonce de cette réjouissante candidature aux européennes.Belle présence à la tribune, d'ailleurs j'y étais.Petit problème technique, par contre,la bande son passe mal dans cette vidéo.Peut-on revoir çà?Ne perdons pas de chances de bien diffuser cette belle prestation.