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8 février 2009

Intervention de Robert Rochefort

Retrouvez en vidéo l'intervention de Robert Rochefort lors de la Conférence nationale du 8 février 2009 à la Maison de la Mutualité à Paris.

Tête de liste pour la circonscription Sud-Ouest, Robert Rochefort est directeur du CREDOC (Centre de Recherches pour l’Etude et l’Observation des Conditions de vie) et chroniqueur dans plusieurs émissions de radio et de télévision.

Discours de Robert Rochefort :

“Pourquoi suis-je avec vous aujourd’hui ? Je vais vous dire très rapidement les trois raisons pour lesquelles je suis avec vous.

La première, c’est que j’ai souvent été avec vous au cours des deux dernières années, dans les différentes manifestations, mais figurez-vous que j’étais aussi de temps en temps avec les autres ! Parce que mon métier était évidemment d’apporter des éclairages aux forces politiques qui faisaient appel à mes modestes compétences.
Mais je vais vous faire une confidence, lorsque je faisais des petites interventions avec vous, dans ces réunions, à Paris ou même à l’université d’été dans le Var, l’été dernier, à la fin de ces conférences - il y en a qui vont se reconnaître -, il y en a qui venaient me voir et qui me disaient : “Mais, pourquoi n’êtes-vous pas plus avec nous ? Parce que, finalement, on a le sentiment que ce que vous dites est très proche de ce que nous pensons.” La confidence que je vais vous faire, c’est que vous étiez les seuls à me dire cela !  Dans les autres propositions, on pouvait me proposer de faire un pas également avec eux, mais je n’avais pas ces militants qui venaient me voir, en me disant : “Allez, finalement, vous êtes des nôtres”. Oui, je suis passé d’expert à compagnon de route, à compagnon, tout court.

La deuxième raison pour laquelle je suis avec vous, c’est évidemment parce que ce qui fait le déclic ou mon engagement, c’est l’Europe, mais je vais là aussi vous dire quelque chose. Je ne suis pas européen de naissance, je suis devenu européen et européen de raison. Pourquoi dis-je cela ? Je dis cela, parce que mon père… Il y en a certains qui vont dire : “Il est en train de nous raconter des bobards”. Mon père a fait la guerre de 1914. Donc, je vous laisse calculer ! Et, mon père, c’est celui qui était né à Pau et qui est aujourd’hui enterré à Bordeaux. C’est celui qui correspond à mes racines dans le sud-ouest, parce que tout parisien a forcément des racines dans des terroirs. Moi, j’ai tout de même été élevé, à la maison, parce que mon grand-père aussi a fait la guerre de 1914, avec la haine du “Bosch”.

Je sais bien que l’Europe a des racines qui sont des racines chrétiennes, même si cela pose débat de savoir quand on le reconnaît, mais, oui, je crois que, peut-être, les militants européens que nous sommes et que je suis devenu, car, avec la famille associative qu’a rappelée François tout à l’heure, nous étions souvent ensemble au premier rang du combat européen au cours des décennies passées et même avant… Cette famille, il ne faut pas qu’elle sous-estime que, dans la réalité des territoires, dans l’histoire de ce XXème siècle, oui, la question européenne n’est pas une évidence pour tout le monde. Ce n’est pas uniquement lié à la vision technocratique qu’ont pu en avoir nos concitoyens au cours des années passées. Autrement dit, nous avons du boulot et, autrement dit, l’histoire, l’histoire de ce qu’ont vécu tous nos concitoyens, compliquée probablement par les années récentes, ce n’est pas une histoire qui fait que l’Europe est d’une si grande évidence, mais, pour nous, c’est un enjeu et je vous assure que j’y crois.

La troisième raison pour laquelle je suis avec vous, c’est que, oui, je veux faire de la politique. Oui, on va en faire ensemble, mais je veux en faire autrement. Pourquoi je vous dis cela ? Je vous dis cela parce que, depuis les 15 dernières années, j’étudie la société française, je vous étudie tous à la loupe ! J’avais des fiches sur ce que vous faisiez, sur ce à quoi vous pensiez, vos inquiétudes, vos angoisses. J’ai commencé à faire cela en 1993 et on oublie de le dire, mais, la dernière crise économique dans notre pays, c’est 1993. En 1993, il y a eu une récession en France. En 1993 il y a eu effondrement des ventes de voiture neuves de moins 22 %. Vous pouvez vérifier ! Qu’a-t-on fait de cette crise-là en 1993 ? Comment a-t-on réfléchi à une société autrement ? Une société différente ?

Depuis 1993, il y a eu l’alternance en France. Il y a eu les deux mandats de Jacques Chirac et le quinquennat de cohabitation de Lionel Jospin. Ce que j’ai vu, c’est, à partir de 1993, arriver l’anxiété de la société française à un niveau record, la peur de l’avenir, le fait que tous nos concitoyens se demandent comment la société de demain sera, ne serait-ce qu’aussi bien que celle d’aujourd’hui, voire, pour beaucoup, la crainte qu’elle soit moins bonne.
Eh bien, ce que j’ai vu, c’est que ces 15 ans d’exercice du pouvoir n’ont pas permis d’apporter des réponses et, même lorsque la croissance est revenue pendant quelques années à la fin des années 1990, l’inquiétude, l’anxiété n’ont pas disparu, tout simplement parce que, aux questions fondamentales que se posaient les Français, on n’avait pas répondu.

J’ai vu quelque chose d’encore plus grave encore. J’ai vu cette fracture de la société française avec les décideurs politiques. Je vais vous dire quelque chose que l’on écrit rarement, mais, qu’il s’agisse de la droite au pouvoir ou des socialistes au pouvoir, quand vous regardez de près, il y a toujours 15 % de la société qui soutient les réformes et ce sont les mêmes. Ce sont les cadres supérieurs, les personnes titulaires d’un bac+6 ou 7, les gens qui rentrent dans un discours technocrate. Je dis cela, ce n’est pas du tout pour accuser ces gens-là, pour dire : “Oui, il faut se réformer, oui, il faut accepter les efforts”, mais mon interrogation profonde correspond à 80 % à ceux qui, depuis 15 ans, que le gouvernement ait été de droite ou de gauche, ont vécu la même chose, même s’ils ont pu avoir, pendant quelques mois, un espoir par rapport à la majorité qui était aux affaires, ont eu le sentiment qu’ils étaient des laissés-pour-compte, que cela se faisait sans eux, qu’ils étaient des victimes, que, depuis 10 ans, le pouvoir d’achat, c’est eux qui en avaient été les perdants.

On en est là. C’est parce que ce sont ces 80 % là qui m’intéressent, parce que, faire de la politique autrement, c’est partir de ce que vivent les gens, de ce qu’ils ressentent, de leur angoisse dans notre pays que l’on ne peut pas faire autrement si l’on continue à penser que cela vient d’en haut, si l’on continue à être penser cela, c’est une conception consistant à “balancer” des projets de réforme de tour l’hecto mais, quand cela continue à être venir d’en haut, cela accroît l’angoisse. Cela ne rassure absolument pas et cela ne crée pas le retour de la confiance.

Telle est la troisième raison pour laquelle je suis avec vous et pour la quelle je m’engage pour faire de la politique autrement.
Alors, évidemment, mon dernier mot, c’est pour vous tous dans le Sud-Ouest qui, déjà, depuis hier et aujourd’hui, me dites si chaleureusement que vous m’accompagnez, que vous êtes heureux que j’arrive avec vous. Chère Anne - elle  est là ! -, oui, on va faire équipe ensemble et je suis sûr que l’on va faire de très bons résultats, en plus, dans ta région, François !
Merci.”


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Synchrone

Posté par : kenya | 13 février 2009 21:41

Merci à Mr Rochefort pour cette entrée au Modem qui nous fait honneur. Modestement, je partage ses points de vue sur l'angoisse sourde des" 80%" de français ballotés entre des fausses alternances.Médecin dans le chaudron de la protection sociale depuis 12 ans, et bientôt aux "ARS", je me crois bien placée pour observer le citoyen lentement dépossédé de toute autonomie.Bonne suite et Merci encore.