8 février 2009

Intervention de Corinne Lepage

Retrouvez en vidéo l'intervention de Corinne Lepage lors de la Conférence nationale du 8 février 2009 à la Maison de la Mutualité à Paris.

Tête de liste pour la circonscription Nord-Ouest, Corine Lepage est ancienne ministre de l’environnement, avocate, et vice-présidente du Mouvement Démocrate.

Discours de Corinne Lepage :

“Merci. Je voudrais d’abord dire à François, à Olivier et aux personnes de Normandie et du Nord, aux personnes de la Picardie combien je suis heureuse et enthousiaste de démarrer cette campagne.

C’est une campagne que nous allons tous mener ensemble, avec l’équipe que François a constitué.
Je voudrais d’abord vous dire, mais cela ne vous a pas échappé, je pense, que nous sommes dans une période que l’histoire retiendra très certainement, une période clé. Que cela nous fasse plaisir ou pas, notre société est une société de transition et nous sommes dans un changement de civilisation.
Pour comprendre et nous y adapter, il faut deux choses et, tout d’abord, être sûr de ses valeurs et ses racines et, ensuite, avoir de l’imagination, car ce n’est pas en bricolant la bougie que l’on invente l’électricité… Cela n’a jamais fonctionné.

Tout à l’heure, mes amis ont dit, les uns après les autres : “Nous savons ce que nous voulons, nous sommes une famille diversifiée d’origine”, mais c’est ce qui fait sa richesse, démocrate-chrétienne, radicale, laïque, écologiste… Tous, nous nous y retrouvons et nous sommes heureux d’être ensemble, car nous représentons ce qu’est notre pays.
Je suis fière pour ma part qu’à un mouvement qui s’appelait Union pour un mouvement populaire… un truc comme cela à un moment donné, je crois, mais cela a changé… Je suis fière de leur dire : “Oui, nous représentons effectivement le peuple et, excusez-nous, nous ne présentons pas les personnes du CAC 40… Nous nous excusons, mais nous représentons tout le monde et nous sommes fiers de le faire”. Puis, je pourrais également citer Bertold Bretch qui disait qu’il serait parfois plus simple, pour un Gouvernement, de se débarrasser du peuple et d’en élire un autre ! C’est plus simple, on peut le lui proposer ici. Je dis cela en riant à moitié. Je le disais hier au Conseil national : parfois, je me demande finalement à quoi servent nos institutions… Finalement, comme nous savons tous où tout se décide, à quoi cela sert-il d’avoir un Parlement ? À quoi cela sert-il d’avoir des juges ? À quoi même parfois cela sert-il d’avoir la presse, sans être méchante avec les journalistes que j’aime beaucoup ? Très franchement, cette interview de jeudi soir ne nous a pas montré leur exubérance.

Puisque nous sommes, en fait, en train de changer de régime, l’Europe, Mesdames et Messieurs, c’est probablement ce que nous avons de plus puissant pour défendre nos libertés publiques en France et pour sortir de la crise.

(Applaudissements…)
Nous avons été le mouvement, Nathalie l’a rappelé tout à l’heure, s’agissant du fichier Edwige, à déposer des recours et à mettre effectivement en échec le Gouvernement. Nous nous sommes manifestés concernant la suppression des juges d’instruction et, enfin, à de nombreuses reprises, François est intervenu sur les problèmes liés à la concentration de la presse, concentration encore accrue, du reste, après les états généraux de la presse qui, suite à cette concentration, vont disparaître…

(Applaudissements…)
Il y a des limites et nous les rappelons. L’Europe nous les imposera si nous ne sommes pas capables de nous les imposer tout seul. M. Berlusconi, ce n’est pas notre avenir !…

(Applaudissements…)
Cela, c’est pour les libertés publiques.
Après, il y a bien sûr ce que nous vivons tous, la crise, une crise dure, d’autant plus dure que nous y étions très mal préparés, du fait de notre dette publique, ce qui nous permet un plan de relance misérable. 4 ou 5 Md€, qu’est-ce que c’est par rapport aux 750 Md$ que B. Obama vient de mettre sur la table pour essayer de sortir les États-Unis de la crise.

Ce plan de relance est d’autant plus faible qu’il n’y a aucune direction. Où allons-nous ? Où est le gouvernail ? Où est le cap ? J’ai, comme vous tous, écouté le Président de la République jeudi soir. Où nous emmène-t-il ? Avez-vous compris où nous allions ? Moi pas… Peut-être dans le mur. C’est malheureusement possible, mais, en dehors de cela, où allons nous ? Quelle est la direction ? Quel est le cap ? C’est précisément avec les Européens, avec modestie, car nous avons à apprendre la modestie et que cela suffit de la gloriole dont tout le monde se moque dans toute l’Europe, excepté évidemment en France, puisque ce qui est dit en Europe sur nous est malheureusement rarement retransmis à nos concitoyens, même si c’est une réalité.

(Applaudissements…)
C’est par l’Europe que nous allons pouvoir effectivement travailler sur un plan de relance. François avait d’ailleurs proposé qu’un plan européen soit mis en place de manière précisément à nous amener au moins à 3 % du PIB. Nous ne sommes mêmes pas à 2 % et, en France, encore beaucoup moins.

Nous avons besoin de flécher les crédits du plan de relance, car on a l’impression, quand on le lit, que c’est un inventaire à la Prévert. On a pris ce qui était en magasin et on a décidé que cela s’appelait plan de relance. Ce n’est pas cela un plan de relance. Plan de relance, cela veut dire préparer l’avenir de nos concitoyens, s’attaquer à la crise sous toutes ses facettes, car nous ne vivons pas seulement une crise économique et financière, nous vivons une crise globale, une crise des inégalités, des ressources, écologique, démocratique et des valeurs. C’est à tous cela qu’il faut s’attacher et c’est en préparant l’avenir qu’il faudra le faire, mais non pas en refaisant l’annexe de Nôtre Dame ou l’hôtel de police de Saint-Flour. J’adore Saint-Flour, mais il y a peut-être d’autres priorités.

(Applaudissements…)
Je vous disais que l’important, c’est d’être sûrs de nos valeurs, savoir où nous allons et avoir de l’imagination. Savoir ce que nous allons mettre en place, vous le savez et nous le savons, car nous sommes un mouvement humaniste et solidaire. C’est dans la coopération que l’on trouve effectivement les solutions, dans le développement, bien sûr, de nos grandes entreprises, mais aussi du tiers secteur, social et solidaire, dont personne ne parle jamais, mais qui représente tout de même 10 % de l’activité dans ce pays.  Il nous faut des sociétés coopératives dans lesquelles les actionnaires sont en même temps les salariés de l’entreprise et peuvent donc investir, comme ils l’entendent le fruit de leur travail.

S’agissant du développement du micro crédit, il y a, parmi nous, dans le pays basque, François, des personnes du MoDem qui se sont mises en réseau pour monter un micro crédit de manière à aider quinze micro projets à voir le jour et c’est ainsi quinze petites entreprises qui ont pu se mettre en place grâce à la solidarité des autres.

C’est à ces solutions aussi qu’il faut penser et pas seulement aux grandes solutions macro économiques, car c’est vrai, je terminerai là-dessus, que l’une des critiques majeures en dehors de ce que j’ai dit tout à l’heure sur le plan de relance, qui n’est pas une vraie relance, qui n’est pas fléché, sur la sortie du pétrole, sur l’éducation et la recherche, sur les services sociaux, dont nous avons besoin pour sortir de la crise… Comme d’habitude, ce sont les grandes entreprises et certaines d’entre elles qui ont des liens particuliers avec le pouvoir qui “tirent les marrons du feu”. C’est toujours pareil : on parle des PME et on ne leur donne rien dans la réalité.

(Applaudissements…)
Voilà ce que nous avons sur la table et c’est pour cela que je suis enthousiaste de partir avec vous tous dans cette campagne. Les uns et les autres ont dit à cette tribune ce matin qu’ils souhaitaient que nous soyons la troisième force, mais nous sommes déjà la troisième force de ce pays !…

(Applaudissements…)
Nous devons devenir, car nous sommes solidaires, car nous avons des idées et car nous sommes sûrs de ce que nous croyons et de nos valeurs, la solution alternative à Nicolas Sarkozy.
C’est ce que nous devons prouver dans cette campagne.

Je vous remercie.”
(Applaudissements…)