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8 février 2009

Intervention de Marielle de Sarnez à la Conférence nationale du dimanche 8 février 2009

Tête de liste pour la circonscription Ile de France, Marielle de Sarnez est députée européenne et chargée de l'animation de la campagne européenne.

Seul le prononcé fait foi.

"Mes chers amis, je suis extrêmement heureuse de vous retrouver. J'ai été très heureuse d'entendre toutes celles et tous ceux qui se sont exprimés ce matin et qui forment ces équipes pour la campagne. Je les ai trouvés formidables et, honnêtement, je suis sûre que nous avons la meilleure équipe de France pour l'Europe. Ce qui se passe aujourd'hui en France nous renforce tous les jours, et je pèse mes mots, dans l'idée que nous devons construire une alternative à un pouvoir qui s'est perdu. Regardons la France, écoutons les jeunes, les ouvriers, les salariés, les licenciés, les enseignants-chercheurs, les magistrats, les patrons de PME, c'est tout un peuple qui va mal et qui demande qu'on l'entende, qu'on soit à ses côtés et surtout qu'on le respecte. En face, le pouvoir ruse, fait des phrases, promet tout et son contraire et entretient une confusion générale.

Nicolas Sarkozy explique par exemple qu’il exige des contreparties des banques, mais il refuse, contrairement à la Grande-Bretagne ou à l'Allemagne que l'État prenne des parts dans les conseils d'administration des banques, ce qui serait le plus simple pour avoir vraiment un droit de contrôle.
Nicolas Sarkozy explique qu'il va supprimer, comme cela, la taxe professionnelle. En passant, il se trompe un peu, ce n'est pas 8 milliards, c'est plus de 20 milliards, mais pour lui, peu importe. Ce qu'il oublie de dire, c'est que, cet argent, les collectivités locales en ont besoin et que, évidemment, s'il allait jusqu'au bout de sa promesse, ce qui n'est pas sûr, il faudrait qu'il invente un autre impôt et que, cet impôt, s'il ne pèse pas sur les entreprises, il pèsera évidemment sur les contribuables.
Nicolas Sarkozy explique qu’un jeune juge ayant failli, il faut maintenant supprimer le juge d’instruction, alors qu’il s’agit en fait, par cette réforme, de renforcer le pouvoir de l’État et son contrôle sur l’instruction et de créer une justice à deux vitesses où celui qui aura les moyens sera mieux et toujours mieux défendu que celui qui n'en aura pas les moyens.
Nicolas Sarkozy nous explique qu’il va réformer le capitalisme mondial, mais il se garde bien de limiter les rémunérations des banquiers, comme vient de le faire Barak Obama. Il se garde bien de tancer la patronne des patrons quand celle-ci dit, il y a trois jours que, la crise aidant, il faut rendre les licenciements économiques plus faciles et plus rapides. Il continue de faire payer le RSA par les seules classes moyennes, et il ne remet pas en cause le bouclier fiscal qui privilégie les plus aisés des Français.
Voilà, mes chers amis, l'état de la France et on aurait pu continuer pendant longtemps. Et voilà, alors que notre pays va aborder des élections importantes pour son avenir mais aussi pour celui des peuples européens et sans doute même pour l’avenir des peuples du monde.
Quelle est la question de cette élection ? À quoi doit-elle répondre ?
La réponse classique, c’est que cette élection sert d’abord à envoyer au Parlement européen des gens compétents qui vont faire un formidable travail, comme l’ont fait tous nos députés sortants du Mouvement Démocrate. Je voudrais associer à cet hommage quelqu'un qui ne peut être avec nous ce matin, mais je voudrais qu'il entende vos applaudissements, c'est Philipe Morillon… À tous, je le dis, un immense merci pour le travail qu'ils ont accompli et qu'ils vont accomplir encore.
Mais cette élection doit servir à refonder un projet européen pour les peuples.
J’ai dit l’inquiétude des Français. Cette inquiétude est la même dans toute l’Europe. Les Européens sont inquiets, déboussolés, ils ne voient plus le cap, ils ne voient plus la vision. Pour eux, nous devons retrouver une capacité d’agir, une capacité à forcer le destin. Au fond, c’est cela le véritable enjeu des élections européennes. Je veux que ces élections agissent comme un levier pour réformer l’Union européenne et améliorer la vie quotidienne de chacun de nos concitoyens.
La première défense, c'est que l’Europe se donne enfin les moyens d’agir d’abord sur le plan économique et social. Tout le monde le sait, nous le disons depuis des années, nous avons besoin d’une cohérence économique nouvelle. L’Europe doit se doter enfin d’une fiscalité harmonisée. Elle doit enfin développer une politique industrielle commune, elle doit enfin avoir une coordination de la recherche et du développement, en particulier pour les énergies du futur.
L'Europe doit soutenir de grands projets d’infrastructures pour des transports propres. Mais aussi pour acheminer gaz et pétrole sans être ou devenir les otages de certains, comme nous l'avons été avec la Russie, il y a quelques semaines. Je veux que nous agissions pour que plus jamais ne se reproduise la situation de cet hiver où la moitié de l’Europe grelottait, tandis que l’autre moitié était bien au chaud. C'est cela qu'il faut changer aussi.
Nous devons nous doter d’outils au service d’une gouvernance économique. Nous devons réformer, refonder l’Eurogroupe, lui donner plus de poids, plus de pouvoir, nous devons créer un fonds d’investissement et nous devons donner à l’Union européenne une capacité propre à emprunter. Aujourd’hui, non seulement dans la crise nous ne sommes pas en mesure de lancer un grand emprunt, qui aurait été sacrément utile pour faire rebondir et repartir la croissance en Europe, mais, nous ne pouvons pas non plus aider les pays qui en ont besoin. Ainsi, par exemple la Hongrie est allée frapper à la porte du FMI pour avoir une aide financière. Eh bien, cela aussi, il faudra que cela change.
En même temps que cette Europe économique, nous voulons faire avancer l’Europe sociale, car tout est lié. Il n’y aura pas de réussite économique durable sans vrai progrès social. Les pays les moins développés doivent enfin progresser pour éviter à l’avenir les risques de dumping social. L’Europe doit imposer les convergences vers le haut. Cela ne se fera pas tout seul, c'est au pouvoir politique de le faire. De même, l'Europe devra, à l’avenir, défendre l’idée que tout ne relève pas du secteur marchand et qu’il y a des services d’intérêt général qui doivent être préservés ; l’éducation, la santé, la formation bien sûr, mais aussi la Poste et les transports de proximité.
Nous devons aussi nous donner les moyens d’agir au plan mondial en faisant évoluer le commerce international vers plus d’équité, mais aussi à plus de responsabilité. On ne peut plus produire en continuant de polluer la planète, on ne peut plus produire en bafouant la dignité humaine d’enfants que l’on fait travailler, au lieu de les envoyer à l’école. On ne peut plus produire en négligeant les questions de santé. L’Europe refuse l’importation du bœuf américain aux hormones, et du poulet chloré, et du lait chinois contaminé à la mélamine et elle a bien raison cette Europe-là ! Nous allons, je l’espère, vers un nouvel accord international en matière de lutte contre les effets du changement climatique, mais vous devez savoir que cet accord, et je le regrette, prévoit d’autoriser les industries européennes les plus polluantes à continuer de polluer tant que leurs concurrentes chinoises par exemple, elles aussi, continueront de polluer. C’est un cercle vicieux incroyable dont on ne sortira qu’en imposant les mêmes normes à tous. L’OMC doit intégrer ces nouvelles exigences environnementales, sanitaires et sociales, il en va de l'avenir de l'Europe et de la planète.
D’autres défis importants attendent cette nouvelle Europe que nous devons bâtir. Je vais les citer très vite en vous rappelant que chacun de ces grands thèmes feront l’objet, dans les semaines et les mois qui viennent, de Conventions décentralisées, organisées en liaison avec les seize groupes de projet que nous avons mis en place. On vous a distribué un rapport d’étape ce matin. Je n'y reviens pas, mais j’en profite pour remercier les présidents et les animateurs de ces groupes qui font un travail remarquable, ainsi que Céline Alléaume et toute son équipe sans lesquels rien ne serait possible.
Je rappelle d’un mot tous ces enjeux que nous avons devant nous et auxquels nous devons apporter des réponses pendant la campagne.
Premier enjeu : le défi démographique. Nous sommes dans une l’Europe désormais confrontée au vieillissement de sa population et à la baisse de sa natalité, à peu près  partout, sauf en France.
Le deuxième défi, Olivier Henno en a parlé, est lié à la pression migratoire qui va évidemment s'accentuer de la part des pays les plus pauvres de la planète et auquel nous savons tous que, seule, une politique européenne pourra répondre.
Le troisième défi, mais nous en avons longuement parlé, c'est la question du développement durable sans lequel rien de valable ne pourra se construire en Europe et sur la planète.
Il y a un nouveau défi qui est lancé au monde pour mettre en place une régulation efficace pour empêcher, à l’avenir, la dérive des systèmes financiers.
Je sais que si nous voulons peser, nous devons, nous, Union européenne, être exemplaire. En matière de régulation d’abord, il faut un régulateur européen à même de discuter avec tous les grands régulateurs de la planète. En matière de législations financières et de fiscalité, nous devons, en Europe, défendre la logique d’entreprise, la logique industrielle contre la seule logique des actionnaires ou du capital. Si l'Europe veut être crédible, il faut en finir avec les paradis fiscaux, pas à l'autre bout du monde, sur notre propre continent.
Puis, c'est quelque chose qui me tient beaucoup à cœur, reste le défi d’un nouveau développement avec les pays les plus pauvres. Je crois qu'il faut tourner le dos aux politiques et aux pratiques anciennes, qu'il faut cesser de submerger des continents entiers, tel le continent africain, de produits agricoles européens ou américains subventionnés. Ce qu'il faut construire, au contraire, c'est la capacité à l’autosuffisance de ce grand continent et ce qu'il faut, au contraire, c'est d'éviter que les peuples de la planète américains, européens, et chinois demain, continuent de venir piller les matières premières ce grand continent.
Dernier défi enfin, celui d’une politique étrangère commune de l’Europe et d’un nouvel ordre mondial. Nous le savons tous. Selon que l’Europe existera ou pas l’équilibre du monde ne sera pas le même, que ce soit au Darfour, que ce soit au Proche-Orient, que ce soit en Afghanistan ou que ce soit en Irak, et cette question n’est évidemment pas étrangère à celle de l’OTAN.
Pour que l’Europe retrouve une capacité à forcer le destin, il nous faudra aussi peser sur sa gouvernance et travailler à une majorité nouvelle au Parlement européen qui ne s’accommodera pas, je veux le dire, des accords passés en catimini par les chefs d’États et de gouvernements européens pour garder Monsieur Barroso qui leur convient très bien.
Sur ce sujet aussi les peuples européens auront leur mot à dire. L’Europe a besoin d’un grand président de Commission comme avait su l’être en son temps d'autres comme Jacques Delors  ou Romano Prodi. Le temps n’est plus aux petits compromis ou aux petites ambitions, il est aux grandes exigences.
Les peuples européens veulent se réconcilier avec l’idée européenne. Ils veulent que nous soyons capables de construire, avec eux et pour eux, un modèle de société qui repose sur des valeurs et sur un idéal. C’est tout le sens de l’engagement que nous vous proposons.
Merci."


Les derniers commentaires ... Tous les commentaires

Beau discours appelant un changement de politique salutaire.

Posté par : mconstant | 13 février 2009 18:00

J'espère que j'ai bien compris ce qu'a dit Marielle Sarnez. Elle veut remplacer Barroso, ce néolibéral convaincu, ce qui suppose qu'elle souhaite aussi le remplacement de nombreux commissaires par des personnalités voulant établir une régulation économique humaine. Celle qui, par des prélèvements compensatoires, permettra l'élévation plus rapide du niveau de vie des classes populaires des pays émergeant, sans mettre au chômage et dans la précarité les classes populaires des pays riches dont l'Euroland. Quand elle aborde le problème du grand emprunt, j'espère qu'elle propose de modifier les règles aberrantes, que le lobby de l'argent a réussis faire donner à la BCE, et ses critères de fonctionnement, qui sont faits pour enrichir la finance internationale aux dépens des états européens. Il est aberrant que nous nous soyons dotés d'une Banque centrale, que nous cautionnons, et à qui nous interdisons de nous prêter de l'argent (à nos Etats et toutes structures associées). Si nous avons besoin d'argent, nous devons donc l'emprunter en payant un tribut à la finance, et aux banques centrales étrangères !... Elle aurait pu être plus explicite en proposant de mettre à notre programme européen le remaniement du traité de Lisbonne, pour tenir compte de la nécessaire sortie du néolibéralisme dogmatique.


Excellente intervention de Marielle

Posté par : rmt13 | 10 février 2009 22:13

Cette dame sans chichi a un dynamisme et une justesse étonnante.


rapport d'étape des groupes "projet Europe"

Posté par : cellodan59 | 10 février 2009 10:23

Bonjour, Un rapport d'étape des groupes "projet Europe" a été distribué aux participants à la Conférence nationale ce 8 février (cf. discours M. de Sarnez). Serait-il possible de le mettre à disposition sur ce site. Merci par avance. Daniel Testard (59)

NdM : Ces rapports d'etape vont être mis en ligne très rapidement.


Si je m'étais attendu à ça !

Posté par : Jibus | 10 février 2009 02:18

Quel Nouvel Ordre Mondial, MdS essaie de nous vendre ?!!! Parce que si c'est le même que celui de Sarkosy, BlairBrown, Merkel, Bush et consorts, ce sera sans moi. Ce genre de vocable me ramène invariablement, par le bruit de bottes qui l'accompagne, vers 1984 et le Meilleur des Mondes.... Et c'est loin de me faire sourire...


Intervention de Kahn

Posté par : juliencaillat | 9 février 2009 19:52

Quand l'intervention de Jean-François Kahn sera-t-elle en ligne ? Amicalement.

NdM : Vous pouvez retrouver toutes les interventions sur le lien indiqué sous le discours de cloture de François Bayrou et dans le menu EVENEMENTS/Conférence nationale 8 février 2009