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22 juin 2010

La réforme du lycée, les experts et la démocratie

La réforme du lycée illustre la réforme telle qu'on la conçoit à droite : que faut -il penser des expert? et quel avenir pour la démocratie?

La réforme  dite « du lycée » rentrera en vigueur à la prochaine rentrée scolaire sans avoir rencontré au tant que l’on puisse en juger, la moindre résistance.

Elle suivra probablement son cours avec l’assurance tranquille du fait accompli, si toutefois d’ici là rien ne vient la contrarier. Ce n’est certes pas la première fois que l’on essaie de remodeler notre ‘’paysage pédagogique’’, pour peu que l’on veuille bien se remémorer toutes les réformes successives censées  avoir  amélioré  le système  éducatif , chaque ministre de l’éducation nationale n’ayant eu de cesse  de vouloir imprimer  son empreinte personnelle et d’empiler en guise de kern pédagogique de nouvelles mesures jugées indispensables, sur d’autres qui ne l’étaient pas moins, pour leurs illustres  prédécesseurs. Mais, si la réforme suscite chez certains un enthousiasme presque spontané, parce qu’elle semble annoncer le « changement » tant attendu, on est en droit  tout de même se montrer un tant soit peu  circonspect  vis à vis de  l’esprit dans lequel est envisagé  cette même réforme, et l’être tout autant en regard des  moyens censés devoir être  mis en œuvre, pour la mener à son terme.

Bref, n’est-il pas temps de se demander aujourd’hui, si nous ne sommes pas en présence d’une usine à gaz , dont la seule finalité serait, avec notre consentement tacite, de déglinguer une fois pour toutes,  une école qui jusqu’à présent avait l’ambition de donner sa chance à tous, et qui, sans être parfaite, avait fait néanmoins ses preuves, en préservant malgré tout une certaine idée de la république.

L’esprit tout d’abord, puisqu’il s’agit pour les tenants du nouvel évangile pédagogique de valoriser les compétences de chaque individu, au-delà de toute évaluation sommative, jugée par trop dévalorisante, voire coercitive pour les tenants de cette nouvelle cuisine …Evidemment quand on sait que tout le monde a des compétences, que celles-ci  varient d’un individu à un autre , nul doute que chacun puisse  son compte, en partant du principe « qu’il le vaut bien »…

Au demeurant, toute une liturgie de pacotille semble être employée  à cet effet pour nous servir la réforme concoctée par les « experts » et convertir les sceptiques à ce mouvement ample de la pensée moderne, en utilisant des expressions ésotériques  quand il s’agit  notamment « d’accompagnement » des élèves, d’enseignement  « d’exploration »… une prose amphigourique censée rassembler autour d’elle dans une unanimité béate, ses maîtres et ses élèves sur le pas de tir d’une authentique drone éducatif, dont on a du mal à comprendre le système de propulsion, quant à l’objectif …peut-être la lune , puisqu’il est de bon temps  aujourd’hui de la promettre à tout le monde.

Admettons, que les intentions soient  bonnes, encore faudrait-il que les moyens soient au rendez-vous, or chacun sait aujourd’hui que ce ne sera pas le cas. Il suffit de s’en tenir aux faits.

Avec la baisse drastique des places offertes aux concours, les suppressions de postes, le non remplacement d’un départ à la retraite sur deux, et d’une manière plus globale, les restrictions budgétaires prévues pour les années qui viennent, il faudra comme on dit « faire avec »…

On pourrait aussi évoquer, la suppression programmée des I.U.F.M qui ne constitue en aucun cas un progrès, mais préfigure une régression évidente, à l’image de tout que l’on est en train de brader: la formation pouvait être critiquée, mais au moins avait-elle l’avantage d’exister.

Car tout le monde est bien conscient que le métier n’est pas une cinécure, qu’il n’est plus question de dispenser uniquement des savoirs disciplinaires, mais tout autant des règles élémentaires de savoir- vivre qui ne vont  nullement de soi pour beaucoup d’élèves et de parents, consommateurs fébriles  d’une école réduite à … « un lieu de vie », pour reprendre l’expression à la mode.

La réforme du lycée illustre à sa façon, l’entreprise de démolition des services publics déjà inaugurée  par le gouvernement, avec le changement de statut de la Poste et d’EDF. Il s’agit d’ouvrir les services publics à une « concurrence libre et non faussée », pour reprendre cette formule aseptisée et indolore, qui résume  l’alpha  et l’oméga  de la philosophie du marché tel qu’on le conçoit  à présent dans les arcanes de la commission européenne.

Ce sont les experts qui s’expriment ainsi et ils le font évidemment pour notre bien…

Que faut-il en conclure , si ce n’est qu’aujourd’hui , plus que jamais , la démocratie , du moins telle qu’on la conçoit, en l’occurrence comme étant l’affaire de tous , ne doit pas être confisquée par quelques experts, aussi érudits soient-ils, car cela signifierait que nous serions condamnés à n’être que les témoins passifs d’une actualité à propos de laquelle nous n’aurions plus grand choses à dire en dehors de quelques lieux communs propres à instaurer une sorte de consensus plat:devenir esclave de cette idée que nous n’avons plus rien à repenser, à explorer par nous mêmes puisque tout à été dit et déjà dit,  bien mieux que nous ne pourrions imaginer le faire par nous-mêmes.

C’est sans doute dans cet espace-là que se situe le choix démocrate, entre une droite et une gauche confinées  toutes deux dans leurs certitudes recuites, et qui jusqu’à présent n’ont jamais témoigné de beaucoup d’imagination, il y a malgré tout , l’espoir  et le devoir  de concevoir la vie autrement, sans avoir à passer sous la toise de quelques princes enfermés dans leurs partis pris, faisant  passer leur intérêt personnel avant celui du bien commun.

 


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