26 janvier 2010

Obama et nous

L'investiture de M. Obama a suscité à juste titre beaucoup d'enthousiasme, mais cela ne doit pas nous empêcher de rester lucides sur la nature de cet enthousiasme...

On dit  Obama , on pourrait tout aussi bien dire, sans rire,  Hosanna ! et ça lui irait comme un gant, parce qu’Hosanna est une exclamation de joie dans la  liturgie chrétienne et le mot hoshanna signifie en hébreu « sauve-nous, je t’en prie »: Somme toute, cela résume assez bien le   programme pour lequel  Barack  Obama  a été choisi pour devenir le  44e président des Etats –Unis, le 4 novembre 2008 .

Sauver les Etats -Unis après les années grises de l’ère Bush et nous sauver par la même occasion de notre sinistrose, bref donner à tous les partisans de la terre plate des raisons  de ne plus tourner en rond…Elu avec le score avantageux de 52,5% des suffrages contre 46,2% à son rival, le sénateur républicain Mc Cain, son élection a suscité dans le monde entier une vague d’enthousiasme sans précédent, pour ne pas dire une certaine ferveur.

 

Un épisode mémorable, qui aura permis au moins de démontrer que Les Etats-Unis sont  toujours capables  de nous étonner, en ayant  choisi pour  président  un homme de couleur, ce qui en soi, constitue un authentique exploit, d’ailleurs reconnu comme tel.

 

Mais après tout, ce n’est peut-être pas aussi  surprenant que cela en a l’air, dans le pays de Stephen King, où tout est décidément possible, le pire, souvent, mais aussi le meilleur de temps en temps.

M.Obama, était attendu  là-bas, mais –pour quoi ne pas le dire - chez nous aussi , comme un  nouveau Messie. Son charisme  résonne  ‘’urbi et orbi’’ comme une sorte de sésame pour résoudre nos problèmes, tous nos problèmes; et de ce fait, nous espérons aujourd’hui beaucoup de son action.

 

Mais voilà, c’est peut-être là nôtre problème. Car notre enthousiasme à son égard n’a d’égal que notre propre désenchantement à trouver chez nous, en Europe,  les prémices d’un nouveau départ , une sorte de «  new deal » qui serait synonyme d’espérance, une nouvelle donne qui n’aurait rien avoir avec  un ‘’ arrangement ‘’où  les plus démunis, auraient  le sentiment réel de plus  être  laissés- pour- compte dans un paysage social et économique en berne. Nous lui demandons au fond d’avoir cette imagination et cet esprit d’initiative qui nous font cruellement défaut par les temps qui courent, avec une Europe en cale sèche, dont le seul titre nobiliaire consiste aujourd’hui à exhiber son passé, comme une précieuse relique et à s’extasier sur le fait de ne plus être un champ de bataille depuis plus d’un demi-siècle. Comme si, sans y prendre garde, nous nous étions résignés à considérer cette même Europe comme une sorte de Tour-opérateur, pour touristes en mal ‘’d’authenticité’’, et de nous évertuer à  cultiver «  nos différences » , en pratiquant  cet art distingué qui consiste aujourd’hui à nous soustraire de la moindre de nos responsabilités .Un jardin à l’anglaise où derrière un savant désordre, nous pourrions ressasser béatement nos habitudes de pensée et prononcer ici et là, des jugements de Cassandre, sous le prétexte facile  que nous avons, nous autres, l’expérience de l’histoire, le siècle des lumières en guise de lanterne pour cerise sur le gâteau, avec tout de même par-devers nous, cette hantise de ne plus avoir grand-chose à dire de vraiment original…

Aussi  la question se pose-t-elle  aujourd’hui, avec une acuité inédite, de savoir si le Président Obama représente une opportunité réelle de changement dans notre manière de vivre et d’appréhender le monde qui nous entoure, disons plus franchement, puisque c’est un sujet qui taraude ses supporters,  s’il dispose de la marge de manœuvre nécessaire pour accomplir  son programme.

 

Au-delà de l’estime que l’on a pour  M. Obama , compte tenu de son parcours personnel, force est de constater, ‘’qu’à l’ouest il n’y a rien de nouveau’’ , pour reprendre la formule  d’ Eric Maria Remarque. Un peu plus d’un an s’est écoulé depuis son investiture et aucune leçon semble-t-il n’a été tirée de la dernière crise financière, les banques  après avoir frisé l’apoplexie semble avoir oublié qui les a aidées, et les affaires continuent comme si de rien n’était, et après quelques actes de contritions médiatiques, on en revient aux fondamentaux: les paradis fiscaux sont toujours là et prospèrent .

Il n’ y a plus de liste noire ou presque, et tout est bien qui finit bien, comme dans un film de MGM, on a la couleur, même si en studio, on  filme toujours en  blanc au détriment du noir …

Faut-il s’en étonner ? Pour peu qu’on se donne le peine d’observer l’aéropage de conseillers économiques qui entourent M. Obama, on constate que son équipe d’experts  est  ‘’un générique ‘’, copié –collé de la précédente, qui elle-même est …

En somme bien avant la prise de fonction de M. Obama, pendant la période de transition, un cheval de Troie s’est installé à la Maison-Blanche pour être sûr que les grandes banques puissent recevoir la botte de foin qui leur revient de droit après avoir eu si chaud. Le tout, aux frais et sur le dos  du contribuable américain qui a compris qu’un effort de solidarité s’imposait: elle est pas belle la vie ?

 

En Afghanistan le conflit s’enlise, avec des Talibans qui métastasent un peu partout  en face d’un président Karzaï uniquement là pour  passer les plats et qui ne représente en définitive que lui-même… En Palestine, tout est au point mort, non seulement les Palestiniens de Gaza demeurent reclus dans des conditions sanitaires déplorables à l’intérieur d’un ghetto,  mais de surcroît,  on n’envisage même de construire là-bas un mur d’acier, le long de la bande de Gaza, côté égyptien, pour interrompre les trafics souterrains, sous la houlette attentive d’ingénieurs américains et … français.

 

Par ailleurs, la colonisation en Cisjordanie perdure sans que personne ne trouve rien  à y redire, derrière  un mur qui longe la frontière israélienne, et qui en rappelle un tout  autre, dont on a commémoré récemment avec faste la ‘’chute’’… Faudra-t-il qu’il y ait toujours  un autre mur derrière le premier ? Et le second  en est-il pas moins « honteux » pour autant  ?

 

Last but not least, cette grande réforme de la santé, projet phare du Président Obama :

 ne risque -t-elle pas d’être à ce point édulcorée par le camp républicain  qu’elle ne soit condamnée à n’être qu’un ersatz, sans rapport aucun avec le projet initial ? Les exemples abondent et l’on voit que décidément ,une hirondelle, ne fait pas le printemps …

Ce n’est pas M.Obama qui est en cause ici, mais un système dominé par l’argent, qui demeure le mètre étalon pour prendre la mesure de toute chose.Un an tout juste après sa prestation de serment, les électeurs du Massachusetts ont choisi le 19 janvier un républicain pour succéder au Sénat à Ted Kennedy. C’est dire que rien ne sera épargné à M. Obama pour faire évoluer la société américaine vers plus de justice sociale …

L’espoir que suscite la présidence de M. Obama  peut  se résumer tout entier aux propos tenus par ce dernier quelques mois avant son investiture :

« Le plus grand risque que nous pourrions prendre serait  de recourir aux mêmes techniques politiques avec les mêmes joueurs, et d ‘en attendre un résultat différent. Dans des moments pareils l’histoire nous enseigne que ce n’est pas de Washington que vient le changement, il arrive à Washington parce que le peuple américain se lève et l’exige »

On peut effectivement espérer que ce ne soit plus les mêmes ‘’joueurs ‘’ qui décident Outre- Atlantique, sans se méprendre  pour autant sur la nature de cette espérance, qui ne doit pas attendre un quelconque miracle d’un homme, certes de bonne volonté, mais qui n’a strictement rien à voir avec le Messie.

On l’attend toujours, et c’est peut-être mieux ainsi pour nous et surtout pour lui…

 

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